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Le jour où ma vie a basculé

Le matin du 27 novembre 2005, le ciel était bleu, aucun nuage en vue.

Le matin du 27 novembre 2005, le ciel était bleu, aucun nuage en vue. Une légère couche de neige s’était installée durant la nuit. Mes parents étaient partis déjeuner ensemble. Ils étaient si amoureux.

Lorsqu’ils sont revenus, mon père est allé pelleter et ma mère et moi avons commencé à regarder la télévision. Quand mon père est entré, il était essoufflé. Il est venu s’asseoir par terre, il a enlevé son chandail et s’est installé avec une jambe relevée contre sa poitrine. Il serrait sa cuisse et son genou contre son plexus.

Cette position était celle qu’il prenait lorsqu’il ne se sentait pas bien. Mon père était né avec une cardiopathie congénitale, la maladie d’Ebstein, une maladie rare. Il avait un trou dans son cœur. Selon les médecins, il ne devait jamais atteindre l’adolescence et encore moins l’âge adulte. Dès que nous avons su parler, ma sœur et moi avons appris à composer le 9-1-1 et à dire « Mon papa est cardiaque et il est… ».

Je lui ai demandé s’il allait bien. Il m’a répondu qu’il était essoufflé et avait un peu de palpitations. Il est allé se coucher pour essayer de faire passer tout ça. J’ai regardé ma mère et je lui ai dit que j’avais un mauvais pressentiment, que nous devrions appeler l’Institut de Cardiologie. Elle m’a répondu que papa allait nous dire quoi faire. Mon père s’est relevé cinq minutes plus tard, il a dit qu’il allait dans la douche. J’ai demandé à appeler l’Institut. Il m’a dit que si après sa douche, il n’allait toujours pas mieux, je pourrais appeler.

Il est allé dans la douche, il y est resté trois minutes. Il est sorti et « boom ». Ma mère et moi avons couru jusqu’à la salle de bain. En ouvrant la porte, j’ai vu mon père convulser au sol en vomissant. J’ai appelé les urgences, « Mon papa est cardiaque et il est tombé, il convulse ». Lorsque j’ai prononcé cette phrase, je n’avais plus dix-neuf ans, mais cinq ans. J’ai donné le téléphone à ma mère pour qu’elle puisse décrire ce qui se passait. Ma sœur est montée du sous-sol en demandant ce qui se passait. J’avais pris mon cellulaire et j’ai juste eu le temps de lui dire « Papa » quand mon oncle a répondu au téléphone. J’ai expliqué ce qui se passait. J’ai vu le visage de ma sœur se décomposer devant moi. Nous sommes sorties pour attendre l’ambulance. J’avais appelé mon amoureux qui était pompier volontaire pour la ville, et son beau-père était le chef de la caserne de notre secteur.

Ma voisine d’en face a crié à son mari que quelque chose s’était passé et il a couru jusque dans la maison. Quand mon copain est arrivé, il m’a dit qu’il avait appelé son beau-père et ce dernier avait lancé un appel à l’aide pour nous. Plusieurs pompiers avaient répondu. Il m’a interdit d’entrer dans la maison tant que les ambulanciers seraient là. J’ai décidé d’aller me réfugier dans le camion avec ma sœur.

Après une longue attente, des gens ont commencé à sortir de la maison. Un ambulancier et un pompier sont sortis en trainant la civière avec mon père et l’ambulancier qui continuait les manœuvres. Quand je suis entrée dans la maison, je suis allée chercher le chandail des Canadiens de Montréal avec le nom BARBIER écrit derrière. J’espérais qu’il pourrait sauver mon père comme la dernière fois lors de son opération en 2001-2002.

Ma sœur, mon copain et moi sommes partis vers l’hôpital. Nous avons couru dans le stationnement jusqu’à la porte de l’Urgence. On nous a dit d’aller dans la salle familiale. Quand j’ai tourné le coin, j’ai vu un homme et deux femmes en sortir. Nous sommes entrés dans la minuscule pièce. Ma mère et son frère étaient là, assis sur un divan.

Mon oncle s’est levé et a demandé à ma sœur et moi de nous asseoir de chaque côté de maman. Il a fermé la porte du minuscule salon. Mon oncle s’est accroupi devant nous.

« Les filles, vous allez devoir être fortes. Vous savez combien je vous aime et combien j’aime votre mère. Sachez que je serai toujours là pour vous. » Sa voix s’est cassée, ses yeux se sont remplis de larmes. La tête de ma mère s’est penchée vers l’avant.

« Les filles, papa est parti. Son cœur n’a pas recommencé à battre, malgré tous les efforts du personnel médical. Papa est mort. »

J’ai vu mon amoureux s’effondrer au sol, en larmes. Tout le monde pleurait dans la pièce. J’ai tourné la tête vers la fenêtre, j’ai regardé le ciel bleu. Il faisait si beau dehors.

« Je veux sortir », ai-je dit.

Je me suis levée et je suis sortie dehors. Je me suis arrêtée au milieu du rond-point. Les mots résonnaient dans ma tête. « Papa est mort. Papa est mort. Papa est mort. » En boucle, sans arrêt. Ça faisait mal, de plus en plus mal. J’avais mal physiquement partout. On dit qu’avant de mourir, on voit notre vie défiler devant nos yeux. Moi, j’ai vu défiler devant mes yeux mes souvenirs et tous ceux qui n’auront jamais lieu, mon père qui m’amène à l’autel a mon mariage, mon père qui joue avec mes enfants, mon père que j’appelle pour avoir un conseil. J’ai senti quelque chose se briser en moi. J’avais tellement mal, mais tellement mal.

Le dimanche 27 novembre 2005 à 13 h, mon père est parti pour toujours. Mon père était un homme très drôle, un farceur, un homme généreux, attentionné, aimant, attachant, fier. Il touchait le cœur de chaque individu qu’il rencontrait. Il était ce genre de personne qui attirait toujours le bonheur. Il mettait un sourire sur les lèvres de tout le monde.

La douleur est toujours présente, elle est simplement plus tolérable. Même après quatorze ans.

Les jours passent. Les années passent. Chaque jour, je pense à lui et je m’ennuie. Mes enfants savent qui il est et je vais tellement parler de lui qu’ils vont avoir l’impression de l’avoir connu.

Mon père était mon héros. Mon idole. L’homme de ma vie. Mon roc. Mon confident. Mon meilleur ami.

Il est mon papa, mon papounet.

Je t’aime papa. Tu me manques terriblement.

Cindy LB

J’ai peur de me réveiller

Quand j’y repense, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai tou

Quand j’y repense, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours eu les mêmes buts dans la vie. Être enseignante, avoir une grande famille, vivre avec l’homme de ma vie, et par-dessus tout, être heureuse… Et chaque matin, je me réveille dans cette vie. Je comprends maintenant, plus que jamais, l’expression « être sur son X ». Parce je me tiens justement sur le mien, à deux pieds joints.

Je n’ai jamais dit que c’était facile non plus. La vie est faite de montagnes russes… Parfois, j’ai l’impression de me lancer dans le vide pour descendre au plus bas. Et d’autres fois, j’ai l’impression d’être au sommet de l’Everest, le cœur léger et la fierté au ventre. Et ces temps‑ci, c’est comme ça que je me sens…

J’ai l’impression d’avoir coché les points les plus importants sur la liste de ma vie. Et tout à coup, j’ai peur. J’ai vraiment peur. J’ai peur de me réveiller. Mon plus grand cauchemar, c’est de me réveiller dans mon lit d’adolescente, avec la peur au ventre de ne pas y arriver. Je me souviens de ces années, où la jeune femme insécure et ternie tentait de suivre le troupeau, sans faire de vagues… Aujourd’hui, je sais que je ne suis plus cette femme‑là. J’ai confiance en moi, je suis fière de ce que j’accomplis chaque jour et je suis sincèrement heureuse. Mais parfois, au fond de mon lit, j’ai peur de m’endormir et de me réveiller en arrière. Peur que tout ceci ne soit qu’un rêve. Peur que je ne sois en fait que cette adolescente qui a le mal de vivre. Peur de ne jamais vivre ce que je suis déjà en train de vivre…

Je berce mon nouveau-né dans mes bras, mon tout dernier bébé… Et j’ai peur de me réveiller demain matin, avec le sentiment que tout cela n’existait pas en fait. Je m’imagine raconter à mon mari ce rêve, dans lequel nous avions fondé une magnifique et grande famille. Je nous imagine en rire au petit matin, de ce rêve.

Parce que c’est exactement ça en fait, je vis mon propre rêve. Et j’ai peur que tout s’écroule. Peur de tout perdre. Je ne dis pas que je passe ma vie à en avoir peur non plus. Je sais bien rationnellement que tout ceci est réel et je ne vais pas vivre dans la peur chaque jour. Mais aujourd’hui, juste un instant, je vous parle de cette peur. Cette petite voix au fond de moi qui me chuchote de profiter de chaque seconde, parce que personne ne sait quand tout cela va s’arrêter.

Puis, si par malchance, un jour tout doit s’effondrer, je veux me souvenir de cet instant de perfection. L’instant présent. Celui où je suis comblée par la vie. Parce que je sais que bien des gens n’auront même jamais la chance d’effleurer ce bonheur.

Alors, je profite de chaque câlin d’enfant, de chaque berceuse, de chaque éclat de rire, de chaque matin où nous sommes enlacés… Parce qu’un jour, on ne sait pas trop quand, la fragilité de la vie nous ramènera à la réalité. Et peut-être que quand on meurt, on ne s’endort pas. Au contraire, on se réveille. La mort, au fond, ce n’est que le réveil du rêve de sa vie… Alors, aussi bien faire en sorte que ce soit le plus beau des rêves…

Joanie Fournier


Ma prise de conscience COVID

Il y a certains moments dans la vie où on prend davantage conscience de ce

Il y a certains moments dans la vie où on prend davantage conscience de certains faits de la vie. S’il y a une chose juste avec notre passage sur terre, c’est que l’on naît et que l’on meurt tous. Aujourd’hui, à cause de la COVID, j’ai pris conscience que l’on perd les êtres chers autour de nous ou que nous les quittons. J’ai pris conscience qu’un jour, je vais perdre ma sœur ou qu’elle me perdra, et on se sentira bien seules. J’ai pris conscience que mes parents avaient de grandes familles, qu’ils partent tour à tour, que ce n’est pas plus facile chaque fois, que je ne sais pas vraiment quoi dire. Qu’est-ce qu’on peut dire en fait ?!

La COVID a pris mon oncle, le frère de mon père. Je sais que mon père est triste. Avouons‑le, être huit frères et sœurs et se retrouver à quatre n’a rien d’un décompte amusant. On n’y peut rien, c’est le cycle de la vie ; on ne choisit pas.

J’ai découvert que peut‑être que moi, je sais bien être. Je ne peux ramener frères, sœurs, parents, conjoints, grands-parents, amis. Croyez‑moi, j’aimerais sincèrement avoir ce super pouvoir, mais je peux aider à continuer le plus doucement possible.

Une autre occasion de se rappeler l’importance du moment présent, toute l’importance d’aimer ceux qui nous entourent pour ce qu’ils sont, avec bonté, comme s’ils allaient nous quitter le moment suivant. Autrement dit, aimons-nous les uns les autres ! N’attendez pas des moments pour en reprendre conscience, pas de 11 septembre, pas de COVID, pas d’attentats. Soyez dans l’urgence d’aimer.

Papa, maman, amis, beau-frère, cousins, cousines, je ne peux enlever la douleur de la tristesse. Je n’ai pas beaucoup de mots, mais soyez assurés que je suis de tout cœur avec vous et je saisis tout à fait ce qui se passe.

Marie-Josée Gauthier

Souvenirs d’orpheline

Je cherchais une photo de lui,

Je cherchais une photo de lui, une photo de nous. Impossible à trouver. L’album hommage que j’ai fait il y a dix ans pour faire passer le motton ? Disparu ! Mystère… Alors je dois me contenter de vous parler de lui, disparu il y a 35 ans, aux griffes d’un long cancer du cerveau. Devenu introuvable comme ses photos, sauf dans nos mémoires.

Lui, c’est mon papa. C’est le mari de ma mère, le père de mes frères. C’est le petit frère de ses frères et sœurs, le grand frère de sa petite sœur qu’il a vue naître. Le fils de ses parents, aussi partis. C’est le grand-père de mes enfants. Ils ne l’ont pas connu, n’ont jamais entendu sa voix, mais l’appellent quand même Grand-Papa André. Et ils l’aiment. Ce qu’il aurait donné pour entendre leurs rires…

Lui, c’est l’ami de plusieurs, l’ennemi de personne. C’est un gars de bois et de pêche. Je soupçonne qu’il partait plus à la chasse au ressourcement et aux bons moments entre chums qu’à la pêche aux poissons. C’est l’entraîneur et l’arbitre de hockey qui m’amenait dans la chambre des joueurs, comme si j’avais été one of the boys. C’est l’instructeur de l’Institut de police et le policier qui se donnait un air sérieux avec sa moustache parfaitement taillée, mais qui était un blagueur doux comme une écharpe en mohair. C’est d’ailleurs lui qui m’a ramenée de l’hôpital il y a presque 43 ans, dans son auto de patrouille pour me garder en sécurité. La légende dit qu’il avait même allumé ses gyrophares pour annoncer mon arrivée sur terre. Un papa fier…

Lui, c’est le gars qui prenait sa marche dans le village chaque jour où sa santé et son niveau d’énergie le lui permettaient. Tout le monde reconnaissait sa tuque noire qui protégeait les traces laissées par les scalpels et son crâne chauve. Tout le monde le saluait, s’arrêtait pour lui jaser, pour prendre de ses nouvelles. Lui, c’est l’humain-ange qui apaisait ceux qui le voyaient passer.

Lui, c’est un grand amoureux de la nature et des papillons. Un croyant qui priait sans essayer de convaincre et qui prenait sa petite 50 en famille le samedi soir en riant. Bref, un être équilibré.

Lui, c’est celui qui m’a fait assez confiance pour me permettre d’utiliser ses outils avant que j’entre en maternelle. Celui qui m’a enseigné à prendre mon bain, à reconnaître les rouge-gorge et à cueillir le thé des bois. C’est aussi celui qui nous servait nos repas dans les casseroles quand c’était son tour de nous faire manger.

Lui, c’est un auteur qui a écrit un livre malgré la douleur, mais qui est décédé avant de pouvoir le publier. C’est sa mort qui m’a convaincue d’écrire plus tôt que trop tard.

Imaginez ce qu’il aurait pu nous transmettre s’il avait vécu aussi longtemps que les parents devraient vivre !

Mais je suis chanceuse, parce que ma maman a choisi de revêtir le double rôle de papa-maman. Depuis 35 ans.

Nathalie Courcy

Papi

Papi pensait que le Bon Dieu l’avait oublié.

Papi pensait que le Bon Dieu l’avait oublié.

Ma mère m’a dit qu’il y a tout juste quelques semaines, il Lui avait demandé de se rendre jusqu’à son anniversaire et qu’après, Il pouvait venir le chercher. Il faut dire qu’à 102 ans le temps semblait sûrement s’étirer indéfiniment.

1224 mois et 20 jours exactement entre le samedi où il est arrivé et celui où il est parti.

Ceux et celles qui ont eu le privilège de le connaître savent que c’était un homme bon, généreux et qui ne demandait jamais rien pour lui. Toujours en tenue impeccable, sa plus grande joie était de passer du temps en famille. De voir grandir ses petits-enfants (Véronique, Étienne, Marianne, Julie, Mathilde et moi) et ensuite ses arrière-petits-enfants (Jean-Olivier, François-Étienne, Hayden, Luca, Anna, Livia, Nathan et Finley).

Je ne suis pas religieuse, mais je crois aux anges. Ces êtres nous rendent visite et nous inspirent par leur bonté. Parfois on a la chance d’en connaître un. En leur présence, l’humanité s’anoblit.

Moi j’en ai connu un.

Papi a gagné ses ailes hier.

Il est donc parti accompagné d’une pluie d’étoiles filantes, les Eta Aquarides, et la dernière Super Lune de l’année parce que, évidemment, il méritait un étincelant cortège de départ.Mais il était modeste, Papi, et il voudrait que j’arrête ça là. Il voudrait aussi que nous nous remémorions des bons moments.

Grand-papa, j’espère que tu te trouves maintenant dans les bras de ta belle Judith. Sur une plage d’Espagne à l’image des nombreuses belles vacances que vous y avez passées. Transmet mon amour à Mamie, François, Françoise, Jacques et tous ceux et celles qui t’ont accueilli là-haut.

Ce n’est pas un adieu, Papi. Nous nous reverrons dans les étoiles.

À la mémoire de Philéas Boulay (1918-2020)

Geneviève Brown

Ne méprisez pas nos anges gardiens

J’ouvre la télévision. Je vous vois et vous entends, vous qui bl

J’ouvre la télévision. Je vous vois et vous entends, vous qui blâmez le système de santé présentement, dans la pleine folie à laquelle nous faisons face tous ensemble.

Je vous entends et je tiens à vous dire qu’une partie de moi vous comprend, mais qu’une autre vous méprise. Malheureusement…

Vendredi dernier, le 3 avril 2020, j’ai perdu mon papa. Non, il n’était pas censé nous quitter!

Il était jeune et en excellente forme à son entrée à l’hôpital. Il est entré dans cette aventure de greffe de moelle osseuse avec une seule pensée : sortir de là et vivre sa retraite tant méritée avec sa famille et ses amis.

Seulement, des complications ont pris le dessus de son corps, si fragile.

Le virus qui s’est invité dans ses poumons, alors que ses soldats reformaient une équipe solide pour son futur, a eu le dessus sur lui.

On m’a donc appelée, le 3 avril dernier, pour me dire que si je voulais venir voir mon père, lui parler et lui dire au revoir, c’était le moment.

J’ai eu la chance, dans cette frénésie actuelle, d’être avec mon père pour ses derniers souffles. Bien évidemment, avec toutes les précautions recommandées.

J’ai pu être à ses côtés pour lui souffler à l’oreille quelques paroles. De se reposer, que nous allions nous occuper de notre maman, de sa femme. Que nous, ses enfants, allions nous soutenir et bien nous occuper de sa petite‑fille adorée. Ma fille qui aimait tant son papi.

J’ai pu lui dire que, malgré le fait que je n’ai pas pu aller lui parler doucement à l’oreille pendant qu’il était intubé et dans le coma, j’ai appelé chaque jour et chaque soir de son hospitalisation pour avoir de ses nouvelles et suivre son état de santé.

J’ai pu lui dire que depuis deux semaines, si je ne pouvais pas être à ses côtés pour lui tenir la main et lui dire que tout irait bien, c’est parce que dehors, c’est dangereux. Il y a un virus plus féroce que celui qu’il combattait et qui ne m’aurait peut‑être pas permis de pouvoir lui tenir la main tendrement et de lui dire au revoir s’il l’avait attrapé à cause de mes visites.

Je parle de ma situation. Et voilà pourquoi je vous méprise, vous à la télé qui blâmez le système de santé et les membres du personnel de la santé. Ils se donnent corps et âme en dépit de leur propre santé et de celle de leur famille afin de soigner LA VÔTRE.

Vous qui êtes assis à la maison et vous êtes mécontents de ne pas avoir de nouvelles claires de votre maman, de votre papa, de votre grand-papa, de votre grand-maman.

J’ai passé deux semaines à appeler chaque jour et chaque soir. Pendant ces deux semaines, j’ai eu la chance de parler à des humains plus qu’extraordinaires. Des médecins, des infirmiers, des infirmières et beaucoup d’autres personnes du corps médical, qui prenaient toujours quelques minutes pour m’informer de l’état de mon père. Qui, malgré la charge de travail, m’assuraient que son état était stable et que je pouvais dormir la tête plus légère.

Pendant ces deux semaines, de douces voix me réconfortaient en me disant qu’ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour améliorer l’état de mon père. Qu’ils lui faisaient passer les examens nécessaires pour trouver le problème et tenter de le guérir. Qu’ils n’allaient pas le laisser tomber à cause de la situation extérieure. Qu’ils étaient à ses côtés bien que moi, sa fille, qui était là depuis le début de la maladie, je ne pouvais y être.

Chaque soir, je parlais à des infirmières ou à des infirmiers différents, mais tous se partageaient les mêmes valeurs. On me disait que même si mon papa était dans le coma, ils lui parlaient. Une infirmière m’a même dit qu’elle le soignait comme si c’était son père. Elle lui mettait la radio, sifflait en entrant dans sa chambre et qu’elle lui transmettait mes mots. Ceux que j’aurai aimé lui dire de vive voix.

Chaque matin, la douce voix de son médecin des soins intensifs se faisait rassurante tout en étant honnête. Non ça ne va pas, mais je m’occupe bien de lui. Elle m’assurait que si papa n’était plus en mesure de se battre, elle allait m’aviser pour que je puisse être à ses côtés lors de son départ.

Et vous savez quoi? Malgré le chaos, elle a tenu sa parole. Ils ont tenu leur parole.

Soyez donc certains que d’une façon ou d’une autre, même si ce n’est pas l’idéal souhaité, le personnel fera en sorte que le départ de votre proche soit doux et rassurant malgré le fait que vous ne pouvez pas y être.

Vous savez, je comprends votre peine, votre rage. Mais, au‑delà de votre frustration, il y a des humains extraordinaires, qui font un travail magnifique au détriment de leur santé et de la santé de leur famille. Des hommes et des femmes qui se sentent démunis mais qui jour après jour, s’occupent de leurs patients (vos proches) comme si c’étaient des membres de leur propre famille.

Alors je tiens à vous dire, chers anges gardiens, que grâce à vous, grâce à votre humanisme et à votre bienveillance… Vous avez mis un baume d’une douceur indescriptible sur cette douleur et cette tristesse. Et pour ces raisons, je vous serai éternellement reconnaissante.

Isabelle Nadeau

Déception saisonnière

Depuis de nombreuses années, j’ai ce sentiment au printemps…</p

Depuis de nombreuses années, j’ai ce sentiment au printemps…

En fait, ça fait bientôt quinze ans. Le temps, le boulot, la famille, les amis et toutes mes responsabilités actuelles n’y font rien. Si je ferme les yeux, je m’y replonge complètement. Cet hier, celui qu’on ne désire ni aujourd’hui ni demain. Pourtant, tout semblait si parfait.

J’avais passé l’été à bien m’y préparer. Une espèce de maturité naissante. Mon père m’avait inscrit à un camp de perfectionnement. Pour celui‑là, je m’y étais donné à fond. J’ai aussi mieux assumé le stress de la période de sélection. Ce court moment, où d’autres vous remettent à votre place.

Enfin, je faisais le double lettre. U13 Pee-Wee BB.

Nous avions une saison formidable. Quatorze jeunes qui formaient une équipe. Un ensemble, fort de chacun de nous. Chacun de nous, fort de l’ensemble. Solidaires. William et Thomas sont restés mes amis. Nous jouons toujours le jeudi soir, le souffle court et moins de rapidité qu’autrefois.

J’aimais beaucoup notre entraîneur. Patrick était motivé, mais juste. Surtout, il nous a communiqué la responsabilité. Le jeu, c’est le nôtre. Du banc, il ne peut ni arrêter les rondelles ni compter de buts. Encore moins fournir les efforts nécessaires.

À la mi‑saison, nous étions déjà qualifiés pour faire les séries régionales. Les Seigneurs avaient le vent dans les voiles depuis une dizaine de matchs. J’étais le deuxième marqueur de la ligue. Avec espoir encore d’être le meilleur. Ma plus belle saison « à vie », comme je le disais alors.

Tout était prévu. Grand-papa Gaston y serait comme chaque année. Il avait ajusté son séjour pour y être. Lui, moi et le hockey, c’était lié. Il était celui qui m’avait accompagné si souvent aux activités, parce que mes parents ne pouvaient pas. Enfin, pas tout le temps. Cette année‑là, c’était le premier hiver qu’il passait en Floride. Au chaud, comme il disait à tous. Avec son clin d’œil espiègle.

Tout semblait possible, même le championnat…

Puis, la décision a été prise. Évidemment, sans nous. Nous prenant complètement par surprise. C’est terminé! Plus de matchs, plus de séries, plus de saison. La pandémie et le virus avaient gagné. J’ai tellement pleuré. Seul, dans ma chambre. Effondré par le choc. Mon premier, de ceux qui nous marquent à jamais.

Je ne vous parle pas de ma déception sportive. Je pense à mon grand-papa Gaston, mort en Floride. En mars 2020, l’année de la COVID-19.

Tu me manques tellement, grand-papa…

michel

 

La beauté de la mort

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Une pluie de « Je t’aime » si sincères.

Des millions de sourires inquiets et à la fois si reconnaissants.

Des yeux angoissés qui s’apaisent lorsque je te prends la main.

Des larmes qui coulent sur tes joues lorsque tu reçois, une fois de plus, de mauvaises nouvelles à propos de ton combat, celui que tu mènes depuis près de deux ans.

Un regard vers moi, comme celui d’un enfant qui demande à sa maman de le rassurer. Ce regard si naïf et fragile.

Des rires et des pleurs à un intervalle si rapproché que nous en sommes étonnées.

La maladie qui t’a emportée nous aura permis de vivre des moments que jamais je n’oublierai.

 

J’aurais pu écrire sur l’incompréhension qui me hante, ma frustration ou la peine que je ressens que tu sois partie si jeune, laissant derrière toi tes deux parfaites petites filles et ton amoureux à qui tu vas tellement manquer.

J’ai plutôt décidé de composer sur les doux derniers jours de ta courte vie.

Des rires dans ta chambre d’hôpital, des amis qui « popent » ton veuve Clicquot pendant que tu prends tes dernières respirations avec une force déroutante.

Tes petites amours qui courent autour de ton lit avec des ballons que les infirmières ont gonflés pour elles. Tes filles qui s’arrêtent de temps à autre pour caresser tes mains de maman qui deviennent de plus en plus froides et marbrées. Puis, elles retournent dans la salle de jeux pour rire et s’amuser avec les jouets. Elles ne le savent pas, mais elles aussi, tout comme leur maman, elles nous enseignent sans le savoir, la beauté de la vie à travers la mort.

Tes amis, ta famille… nous sommes autour de toi à nous raconter des anecdotes vécues avec toi. Parce que toi, par la personne que tu es, tu nous laisses le souvenir de ta vie et non de ta mort qui approche.

Tu as créé sans le savoir de si belles amitiés entre nous tous. J’ai connu, grâce à toi, des personnes merveilleuses, des femmes aussi fortes que toi, des battantes. J’ai aussi rencontré des amies à toi, qui feront maintenant partie de ma vie et qui, par ce qu’elles sont, feront vibrer ton âme pour que tu demeures près de moi… près de nous.

Pendant que tu expirais tes derniers souffles, nous qui t’entourions avons inspiré ton courage et ta résilience.

 

Certaines personnes entrent dans notre vie et y laisseront sans le savoir des empreintes sur notre cœur. Ces traces feront en sorte que nous ne serons plus jamais la même personne.

Tu es cette personne.

Après avoir vécu avec toi les derniers instants de ta courte vie, je ne serai plus jamais la même.

Je te remercie de m’avoir laissé entrer dans ta vie, de m’avoir permis d’être à tes côtés afin d’escalader les montagnes qui se sont dressées devant toi ces derniers mois.

Tu vas me manquer… nous manquer.

Pour donner pour soigner le cancer du sein: Donner!

 

Isabelle Nadeau

 

 

 

 

 

Parler de la mort avec les tout-petits

Je ne m’attendais pas à en parler aussi rapidement avec mes enfan

Je ne m’attendais pas à en parler aussi rapidement avec mes enfants. Mon plus vieux me prend parfois par surprise. Nous sommes chanceux, nos enfants n’ont pas encore été réellement confrontés à la mort, ils n’ont perdu aucune personne qu’ils aiment. On se croise les doigts pour que ça n’arrive pas de sitôt. Ce sujet reste donc assez abstrait pour eux.

La première fois que notre aîné m’en a parlé, il n’avait pas encore trois ans. Il m’a demandé où était son papi, mon père. Il est décédé. Je ne voulais pas lui mentir, mais je ne voulais pas le traumatiser non plus. Pas évident. J’ai réussi à lui faire comprendre son décès sans que ça le préoccupe tellement dans les jours suivants, ouf! Je m’en suis sortie. Il a plus accroché sur le fait qu’il aimerait un papi et que c’est triste de ne pas en avoir que sur la mort en tant que telle.

Je lui ai alors demandé ce que c’était, selon lui, un papi. Il m’a répondu que c’était quelqu’un, un monsieur, qui jouait avec lui, qui le consolait, qui lui lisait des histoires et qui prenait soin de lui. Je lui ai alors fait remarquer qu’il a donc plusieurs papis. Le père de son père d’abord, mais aussi mon parrain qui a une place privilégiée dans la vie de mes enfants et l’amoureux de ma mère qui aime beaucoup jouer avec eux. Il se trouve maintenant bien chanceux d’avoir autant de papis.

Une chance qu’il ne m’a pas encore demandé comment mon père est décédé parce que je ne sais vraiment pas comment ni quand aborder le concept du suicide avec un enfant… Si vous avez des conseils, je suis preneuse!

Ensuite, l’an dernier, dans un épisode de Passe-Partout, Cannelle et Pruneau discutaient de Grand-Maman Bi avec Grand-Papa Bi. Ce dernier expliquait à ses petits-enfants que Grand-Maman Bi était décédée parce qu’elle était simplement arrivée à la fin de sa vie.

Le soir même, notre plus vieux m’en a parlé à l’heure du coucher. Il était très inquiet de mourir. J’ai tenté de lui dire que Grand-Maman Bi était très vieille, que ça n’arriverait pas avant très, très longtemps. J’ai essayé de mieux lui faire comprendre la notion du temps en comparant les âges de membres de notre entourage. Rien à faire. « J’ai pas envie d’être mort, maman. Je ne veux pas arriver à la fin de ma vie ».

Depuis plus d’un an, ça revient parfois. Il en reparle, nous répète qu’il n’a pas envie d’être mort. On le rassure du mieux qu’on peut, on lui dit qu’on prend bien soin de lui, qu’il ne mourra pas. Mais ça finit toujours par revenir le chicoter.

J’ai tenté de trouver des livres qui traitent de ce sujet, mais tous ceux que j’ai consultés sont destinés à des enfants ayant perdu quelqu’un. Ce n’est pas le cas des nôtres, c’est encore abstrait pour eux. Chaque fois, j’ai l’impression que ça le tracassera plus après avoir lu un livre qu’avant. Par exemple, un livre qui parle d’une mamie au ciel pourrait faire qu’il s’inquiète de perdre sa mamie.

Il est déjà si sensible. Je veux le rassurer sans lui mettre prématurément des soucis en tête. Ce n’est pas une tâche facile. Avez-vous déjà vécu quelque chose de semblable? Comment y avez-vous fait face?

Jessica Archambault

 

Laissez-les jouer!

C’est le festival des yeux rougis et des épaules qui tressautent

C’est le festival des yeux rougis et des épaules qui tressautent sous la force des sanglots. Dans une boîte, un corps. Une personne aimée. Adorée. Partie trop jeune. Beaucoup trop jeune.

Il fait froid dans la salle et dans nos cœurs. On ressent le vide immense laissé par cet être cher. On gèle… Plus tard, à la réception, on aura la force de se remémorer quelques anecdotes plus rigolotes. Le son de son rire. Ses rêves d’enfance. Et ceux qu’elle avait pour ses enfants. Devenus orphelins.

Mais pour l’instant, on observe le silence rituel. On chuchote nos condoléances. On entend le voisin se moucher, discrètement. On regarde le plancher parce qu’au moins, lui ne nous fait pas pleurer. L’atmosphère est lourde.

Et puis, il y a ces enfants qui jouent à la cachette entre les chaises. Les plus jeunes qui chevauchent les épaules des plus vieux. Une table avec des cahiers à colorier, quelques collations. Un enfant endormi au creux d’un fauteuil. Il est capable d’oublier ce qui se passe à l’instant, le chanceux… Un bébé qui réclame bruyamment son lait ou sa routine.

Il fut un temps où petits et grands avaient la même obligation lors des cérémonies mortuaires. À genou, debout, chut! Contenance obligatoire. Comme si le deuil faisait vieillir de vingt ans. Mais plus maintenant.

J’ai tellement passé de temps dans les salons funéraires que je m’y sens chez moi. Et chaque fois, je remarque les yeux embués qui s’illuminent quand un enfant reste un enfant. Je remarque la tension qui baisse de quelques échelons dès qu’un jeune parent entre dans la pièce avec son bébé. Je vois les regards soulagés de pouvoir observer les enfants qui jouent au lieu de n’avoir que le cercueil comme seul point de mire. Je vois les sourires au milieu des larmes. À la vue des enfants, on se souvient que la vie continue…

Je n’amènerais pas mes enfants « pour le fun » dans un salon mortuaire ou dans des funérailles, mais je ne m’empêcherai jamais de les y amener pour une personne proche ou s’ils demandent de m’accompagner. Et surtout (dans les limites du raisonnable, bien sûr!), je ne les empêcherai jamais d’être des enfants.

Au salon comme partout, les enfants ont un pouvoir magique : celui de s’ancrer dans le moment présent et de faire sourire les gens.

Nathalie Courcy

La collègue

Une journée plus tranquille au bureau… Vous savez, un vendredi de formation. Pour apprendre à

Une journée plus tranquille au bureau…

Vous savez, un vendredi de formation. Pour apprendre à mieux se connaître. À connaître ses collègues. Les ressources humaines fixant fermement l’objectif commun. Une présentation, un questionnaire, des ateliers. Tout s’enchaîne rapidement. Il y aura un cocktail plus tard. Pour enfin compléter la journée avec le repas de groupe. La farandole des trois services, dans le style cafétéria de luxe au menu limité.

Une formation sur la communication. D’emblée on identifie votre boîte, votre style. Vos tendances. Votre étiquette d’être. Puis on vous demande d’interagir avec les autres. En arrière-plan, votre cerveau qui les juge. Du moins, veut leur mettre la bonne étiquette. Cette boîte, ce style. Maintenant qu’on sait.

Une journée très agréable, dans mon cas. Surtout que je suis un des petits nouveaux. J’ai l’occasion de pouvoir briser la glace. De rencontrer plusieurs collègues. Sans stress, sans performance. Je suis aussi joueur. J’aime l’interaction avec les gens. Les défis, seul ou en groupe.

Le temps file. Comme, trop souvent, les beaux moments de la vie. Déjà attablés. Pour agrémenter la soirée, un collègue anime un encan. Au profit d’une bonne cause. Il était dans mon groupe, pour les ateliers. Il n’a jamais communiqué ce côté de lui. On communique bien ce qu’on veut, après tout. Il s’avère excellent pour susciter la surenchère. Avec beaucoup d’humour. Au final, la somme récoltée sera impressionnante.

Puis, au travers de l’encan, il fait l’annonce. L’émotion. La sienne, d’abord. Il peine à compléter ses phrases. Puis l’émotion de ma voisine de gauche, qui est dans les personnes qui vont aussi la visiter. Celle qu’on ressent ensuite, dans toute la salle. Une collègue a pris sa retraite cette année. Au début de la soixantaine, si j’ai bien compris. Quelques mois. Puis, Lou Gehrig. La rapidité de la dégradation. Le fauteuil roulant. L’avenir plutôt sombre…

J’aime le baseball, mais rarement entendre ce nom.

Rien des images qu’on nous montre, pour la retraite. Rien des projets qu’on se fait pour plus tard. Confiants, insouciants. Mais ça, je le sais bien. Trop bien, en fait. Ce qui me fait dire souvent qu’il faut en profiter maintenant. Réaliser nos rêves sans trop attendre. Car, parfois, ça n’arrivera juste pas.

Cette collègue n’est pas là. Elle ne peut sentir tout l’amour et tout le positif que le groupe veut lui donner. C’est ce qui m’a décidé à écrire ce court hommage. Pour qu’elle le lise, à sa guise. En espérant lui faire ressentir ces moments. Les siens.

J’envie un peu cette personne que je ne connais pas. Nous nous demandons tous ce que les autres retiennent de notre manière d’interagir. De communiquer. Surtout, j’envie cette émotion qu’elle a provoquée, bien après avoir quitté l’entreprise.

Si tu permets, chère collègue, je t’envoie ce gros câlin de réconfort…

michel

P.-S. – J’ai eu l’idée de ce texte à la soirée. Le tourbillon de la vie m’a retardé. Je voulais prendre le temps de bien faire. Depuis le 18 novembre dernier, la collègue veille désormais sur ceux qu’elle aime. Cruel rappel du message que je voulais vous communiquer.