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Ce drame si près – Texte : Nathalie Courcy

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande ville somme toute pas mal tranquille. Dans un quartier sécuritaire. Et pourtant, bang ! Ce qui a tous les airs d’un drame familial (lire : le meurtre de deux enfants innocents suivi d’un suicide) a eu lieu à cinq minutes de chez moi. Cinq. Petites. Minutes. Allons-y avec un cliché : ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça n’arrive pas qu’ailleurs. Ça arrive dans notre cour, dans notre quartier, dans notre communauté.

Les détails liés aux décès seront révélés avec le temps et l’enquête. Tout porte à croire que des signes clairs avaient été vus et rapportés aux autorités. Les services et les soins arrivent toujours trop tard quand il y a des morts, de la violence, des menaces. Tout simplement parce que dès qu’il y a une menace, un geste ou une parole de violence, un meurtre, il y a déjà des dégâts. Il y a déjà une demande d’aide qui n’a pas été faite ou entendue.

Le résultat aujourd’hui est permanent : une maman, des grands-parents, des voisins, des amis ont perdu des humains qui leur étaient précieux. Des vies ne se poursuivront pas. Tout un quartier est choqué. Une province soupire : « Encore ? Quand ça va arrêter ? »

Une humanité pleure.

Est-ce qu’on peut laisser les enfants en dehors de ça ? Est-ce qu’on peut préserver la vie et même l’honorer ?

On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. La violence existait avant, elle existera après. Mais est-ce possible que l’isolement, le stress, les difficultés économiques, les dépendances aient rendu une partie de la population à ce point désespérée que la vengeance et la mort leur apparaissent comme des solutions ?

Je remarque que plusieurs sont plus extrémistes qu’avant dans leurs opinions et leur façon de s’exprimer. N’y a-t-il plus de place pour les nuances ? Pour la bienveillance ? Pour la patience ?

Time-out d’adulte. La méthode du retrait, ce n’est pas que pour les enfants. On s’éloigne de la situation, on respire, on cherche des solutions, on va chercher de l’aide et on revient dans la société seulement quand on est capable de s’exprimer avec respect.

Afuuu ! Afuuu ! Inspire, expire, repeat.

 

Nathalie Courcy

L’Histoire dira si on s’est trompés – Texte : Nathalie Courcy

Treize années de guerre. 40 000 militaires canadiens sur le terrain. 165 Canadiens décéd

Treize années de guerre.

40 000 militaires canadiens sur le terrain.

165 Canadiens décédés.

Sans compter les traumatisés, les suicidés, les poqués.

Sans compter les familles à qui ils ont manqué, les enfants qui ont fêté leur anniversaire sans leur papa, sans leur maman pendant des années. Ou qui grandiront sans lui, sans elle.

Et maintenant ?

Maintenant, tout est à recommencer. Le bouton reset n’a pas été enfoncé dans le bon sens. L’Afghanistan est en train de retourner aux mains des talibans. La démocratie perd du terrain, mais elle ne perd pas son sens.

Le papa de mes enfants y est allé. Il en est revenu. Fiou. Je me souviens, dans le temps (pourtant, 2001-2014, ce n’est pas si loin), on formait une communauté serrée. Les conjointes de militaires. On se parlait chaque jour, parfois chaque heure, sur les forums de discussions. Même pendant la nuit. On s’encourageait, on s’informait, on s’épaulait. On avait peur ensemble quand ils partaient vers les terrains minés ; on était soulagées ensemble quand ils en revenaient sur leurs deux pieds. On pleurait ensemble quand leurs pieds sortaient de l’avion en premier, accueillis par une haie d’honneur éplorée. Les bérets inclinés, les visages livides. Un frère d’armes était mort. Une sœur d’armes était morte. Un de leurs frères, une de leurs sœurs. Tout court.

Ceux qui sont revenus en vie et qui le sont restés voient maintenant leur travail défait. Les lieux qui avaient été sécurisés sont tombés. La démocratie timide a dû fuir l’Afghanistan. Des milliers de réfugiés seront cachés ici, ailleurs. Mais combien d’enfants, de femmes, d’hommes, de personnes âgées, ne pourront pas être sauvés ? Quelles horreurs recommenceront ? Quelles violences règneront ?

La covid prend beaucoup de place dans les médias. Les élections fédérales. Les olympiques. La canicule. La face de Trump. Je ne veux pas que les médias redeviennent obsédés par la situation en Afghanistan. C’était pénible, je vous jure. On est plusieurs à avoir éteint notre télé pendant de longs mois pour éviter d’en faire des cauchemars ou d’angoisser nos enfants. Mais quand même, la réalité est là. L’Afghanistan libéré à grands coups d’aide humanitaire et de sang international est en chute libre et j’ai peur. Je suis triste, aussi.

À toutes les conjointes de militaires, à tous les conjoints de militaires, à tous les enfants et à tous les parents de militaires : je pense à vous. Je pense à vous qui vous dites peut-être, comme moi : « Mais pourquoi ?! Est-ce que tous ces morts ont été inutiles ? Est-ce que ça va recommencer ? »

Je pense à ceux qui ont enterré un ami, une sœur, un fils, un parent, descendu sous terre dans un cercueil recouvert de l’unifolié. Vous ne pouvez pas en vouloir à l’uniforme qu’ils avaient choisi. Mais je comprendrais que vous en vouliez à la réalité.

L’Histoire dira si on s’est trompés. Et peut-être aussi qu’on ne saura jamais ce qui serait arrivé si on était restés là-bas plus longtemps. Le Canada est fort, mais il ne peut pas sauver la terre entière. Nous, comme familles, nous sommes forts, mais nous ne pouvons pas nous sacrifier éternellement.

Nathalie Courcy

Ta non-naissance – Texte : Nathalie Courcy

Aujourd’hui, je célèbre ta non-naissance, comme chaque année. Il y a onze ans, tu es sorti de m

Aujourd’hui, je célèbre ta non-naissance, comme chaque année. Il y a onze ans, tu es sorti de mon ventre, mais tu n’es pas né(e). Je t’ai pris(e) dans ma main, mais je ne t’ai pas bercé(e). Tu es venu(e) dans ce monde pour en repartir aussi tôt. Je ne t’ai présenté(e) à personne, mais je n’ai pas non plus pu te garder pour moi. J’ai dû accepter de te laisser partir sans savoir sous quelle forme tu reviendrais vers nous ni quand. Ni si.

Il y a onze ans, mon bébé, tu as quitté le piège de mon ventre où tu étais mort depuis… quelques jours ? Quelques semaines ? Mon intuition de maman me disait depuis un mois que je ne te donnerais pas la vie. Mon ventre grossissait, bougeait, oui, déjà à trois mois de grossesse. Je sais maintenant que c’était ton frère qui s’exprimait. Peut-être cognait-il à la porte de ta part : « Hey, maman ! Quelqu’un veut sortir d’ici ! ». Savait-il, lui, si tu étais un garçon ou une fille ? Savait-il, lui, que tu étais déjà décédé intra-utéro ? Savait-il, lui, si ton cœur qui avait lâché, ou si ton cerveau fonctionnait mal, ou quel gène était défectueux ? Savait-il, lui, qu’il ne te suivrait pas malgré la porte que tu laisserais ouverte ?

Ton grand frère né après toi a maintenant dix ans et demi. Il est né en janvier, plusieurs mois après toi. Le médecin m’avait pourtant dit : « À partir de maintenant, madame, votre autre bébé a 50 % des chances de s’accrocher et 50 % des chances de partir. Il est en pleine forme, il mesure 10 centimètres, mais la porte est ouverte. Peu importe ce que vous ferez, c’est à lui de décider s’il reste ou non. » J’avais accepté que le meilleur se produirait, comme pour toi. Parfois, on ne comprend pas pourquoi, mais on l’accepte.

Il est resté.

Pendant des mois, je ne l’ai plus senti bouger. Toute la place que tu avais laissée… il barbotait dans le vide. Il devait te chercher. Même après sa naissance, il a continué. Il avait besoin de ta présence et ne comprenait pas que son partner des premiers temps n’y était plus. Encore maintenant, tu lui manques. Vous auriez fait une équipe du tonnerre !

Un intuitif m’a dit un jour que tu avais senti que je n’étais pas prête à avoir des jumeaux et que tu étais parti(e) pour me protéger. Peut-être. On ne le saura jamais. Ce que je sais, c’est que j’avais tout fait pour que tu sois bien, en santé, fort(e). Je n’ai aucun remords, aucun regret. J’aurais aimé te connaître plus longtemps, jouer avec toi, t’enseigner la vie, te voir grandir comme je vois grandir ton frère. Tu serais déjà presque aussi grand(e) que moi ! Tu aurais ta personnalité et non celle qu’on t’a imaginée. Tu aurais tes amis, tes petites habitudes, tes goûts, tes colères et tes joies. Tu aurais ta chambre, ou peut-être voudrais-tu partager celle de ton frère jumeau. Comme le fait votre petit frère, né deux ans plus tard…

Ce petit frère qui vient du même don de sperme que vous deux. Ce petit frère qui vient d’un autre monde tellement il est connecté à l’Univers. Ce petit frère fusionnel, si complice de son grand frère. Ce petit frère qui, chaque fois qu’il regarde vers le ciel noir, s’exclame : « Regarde, maman ! C’est bébé-étoile qui nous dit bonjour ! ». Ce petit frère qui est peut-être toi.

Nathalie Courcy

Premier dimanche de mai

Hier, était le premier dimanche de mai. C’est pas mal moins g

Hier, était le premier dimanche de mai. C’est pas mal moins glamour de dire que c’était la journée des mères endeuillées alors que dimanche prochain, on va fêter toutes les mamans de ce monde. Plusieurs mamans s’apprêtent à fêter la fête des Mères, alors que d’autres soulignent le départ de leur enfant. Hier, pour plusieurs mamans, c’était une journée où ce que nous vivons est un peu plus reconnu. Mais pour certaines, c’est une journée de plus à se rappeler que nous ne profitons pas du beau temps avec notre enfant. Une journée de plus à vivre ce moment sans eux. Mettons que je l’aurai skippée celle‑là.

Cette journée se passe toujours le premier dimanche de mai. Coïncidence avec la fête des Mères ? Je ne crois pas. Je suis toujours à la recherche du sens de cette date. Je n’arrive toujours pas à savoir si c’est positif ou pas… Dans tous les cas, si vous avez une maman près de vous qui vit avec la perte de son enfant, je vous invite à lui faire une petite attention. Que ce soit un petit mot pour lui dire que vous êtes là, une fleur… Rappelez-lui que vous êtes là, pas juste le premier dimanche de mai !

D’une maman qui vit sa première journée des mères endeuillées

Faire un deuil de l’abstrait…

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À toutes celles (et tous ceux) qui vivent un deuil périnatal,

À vous toutes qui avez vécu le pire en ce temps de pandémie, vous n’êtes pas seules. Même si vous êtes passées par tous les échelons médicaux sans épaule pour pleurer, sans main pour vous tenir debout, sans les yeux doux de votre partenaire pour vous soulager. 

Nous sommes plusieurs femmes à partager cette souffrance. En silence, mais ensemble. Nous avons entendu les mots : avortement spontané, grossesse ectopique, grossesse pathologique. Notre monde s’est arrêté, la réalité qu’on s’imaginait s’est effacée. Nous avons dû entamer un deuil de l’abstrait, si c’était notre première grossesse. Un deuil plus concret si nous connaissions déjà la joie d’être parent.

À toutes celles qui ont pleuré devant ces spécialistes qui sont immunisés face à ces nouvelles désastreuses, qui ont pleuré lors de leurs contrôles d’hormones, qui ont pleuré dans leur lit, vous n’êtes pas seules.

À tous ces partenaires bienveillants qui vivent le même deuil, mais à qui on ne donne pas la chance d’être aux rendez-vous médicaux, vous n’êtes pas seuls. Nous avons vu vos cent pas dans le stationnement, nous avons senti vos caresses douces et apaisantes. Vous méritez tous les éloges puisque vous êtes ces rocs qui traversent la tempête avec tellement de courage.

À vous tous qui vivez ces moments indescriptibles et douloureux, en temps de pandémie, même si vous vous sentez seuls au monde, sans vos proches et leur présence physique, vous n’êtes pas seuls.

Je nous souhaite de prendre le temps de combler cette absence et d’en sortir un peu plus forts. Je me sens moins seule en sachant que vous comprenez ce deuil de l’abstrait, comme moi.

Geneviève

Le jardin de paix — Texte : Jessyca Brindle

Parce qu’avant de partir, de mettre la clé dans cette porte, je d

Parce qu’avant de partir, de mettre la clé dans cette porte, je devais faire le ménage de mes pensées, faire le ménage de ce qui me fait du mal, pour n’apporter que ce qui me rendra plus légère. Il y a quelques semaines, je suis tombée sur les papiers du rapport du coroner et du rapport détaillé des ambulanciers. Je n’ai pas pu m’empêcher de lire et de re-re-lire ces documents qui m’amènent tellement de peine et en même temps de la frustration.

Pendant plusieurs jours, cette émotion, je la transportais dans un bagage invisible mais tellement douloureux. J’ai décidé de prendre un instant pour voir ma psychologue et pour lui parler de ce que je ressentais et à quel point mon esprit était encore dans ce tourbillon interminable de souffrance. Elle m’a expliqué que ces papiers ne me rappellent rien de bon ; ils ne me rappellent que le décès de ma fille. Que si j’en étais capable, il était temps pour moi de brûler ces papiers pour que plus jamais, je ne puisse retomber dessus. Cela m’éviterait tellement de mal et pourrait apporter simplement du doux dans ma vie et dans mes pensées.

Ce n’est pas instantané ni magique, mais juste une liberté qui se développera un peu chaque jour. Je me suis assise auprès du feu, j’ai ressorti les documents. On dirait qu’ils pesaient si lourd entre mes doigts pourtant, il n’y avait que six pages au total. Je n’ai pas relu ces papiers, j’ai simplement parlé à ma fille et je lui ai expliqué pourquoi maman se devait de brûler les papiers (avec l’accord de papa, bien sûr).

Ma plus grande crainte était qu’elle ne nous le pardonne pas et qu’elle se sente oubliée. J’ai donc eu une discussion en tête à âme avec elle. Je lui ai déclaré tout mon amour inconditionnel. Je lui ai expliqué que c’était ma façon de lui donner enfin ses ailes d’ange.

Une fois les papiers brûlés, j’ai ressenti cette chaleur se déposer sur mes genoux. J’ai ressenti un sentiment d’apaisement et de soulagement. Je me donnais le droit de me libérer et de respirer davantage pour mieux me connecter à ce que la vie m’inspire.

J’amène avec moi du doux, de la légèreté, du bonheur, de la paix, mais aussi le droit d’être tout simplement, en me donnant le droit d’amener les souvenirs d’amour…

Jessyca Brindle

Oui, ta mère va mourir – Texte : Kim Boisvert

J’aimerais ça te dire, ma belle grande brune aux cheveux sexy et

J’aimerais ça te dire, ma belle grande brune aux cheveux sexy et aux jambes longues comme l’hiver, que l’aventure qui commence pour toi va être le fun, sereine et pas si difficile que ça. Attache-toi bien, ce que je vais te dire sera pas doux.

Tu m’as écrit un courriel pour me dire que pour ta maman, les médecins avaient abandonné. C’est officiel, ils la laissent dériver dans une rivière qui bouge un peu trop à ton goût. Probablement à son goût à elle aussi. Au mien aussi, by the way. Ça m’attriste et en écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que ça t’aidera peut-être pas tant que ça pour te réconforter, mais je mise sur le fait que tu me connais, tu sais que je vais pas t’écrire une belle chanson d’amour avec plein de rimettes pour te dire que la vie à venir va être chouette. Ça aura au moins le mérite d’être différent que ce que 90 % des gens vont te dire dans les prochains jours, mois, semaines. Plus difficile, mais pas vide.

Ta mère va mourir. C’est tough à lire, tu trouves ? Attends de le vivre. Moi, je n’ai pas eu la chance que t’as d’être proche de ma mère. En fait, c’est peut-être plus une chance pour moi, finalement. Bref, j’avais envie de te raconter des vérités.

— Elle va mourir. On ne sait pas quand. Alors, arrête de penser que ce sera demain. Parce que tout le temps que tu passes à attendre sa mort, tu oublies de vivre ta vie à toi. Ce serait bête que le cancer te gruge ta vie à toi aussi, tu ne trouves pas ?

— Elle aura certainement besoin que tu sois forte pendant les derniers jours. Mais t’as le droit de craquer. T’as ben beau avoir le cul tight, des beaux enfants, une belle carrière pis une superbe personnalité, calme-toi, t’es pas Wonder Woman. Pleure, crie, varge, mais sors ce qui te blesse. Accepte ta peine. Vis ta peine. Dis-le que t’as de la peine. Fais pas comme si t’en avais pas. Je ne te croirais pas.

— Tu vas te sentir impuissante. Y’a rien à faire, fais-toi à l’idée. Mais t’es juste impuissante face à sa maladie. T’as le pouvoir sur tout le reste. Comment tu vas réagir face aux prochains jours, semaines, mois et années. T’as le pouvoir de décider de vouloir profiter de chaque moment. T’as le pouvoir de lui dire tout ce que tu lui as jamais dit. T’as le pouvoir de décider de la faire rire le plus longtemps possible. T’as le pouvoir de continuer ta vie. T’as le pouvoir. Prends-le.

Ma belle grande brune au sourire éclatant, ça ne sera pas drôle. Mais ce qui est génial, c’est que t’as encore du temps, une famille, des souvenirs à chérir. T’es riche d’amour. Demande-lui de t’écrire ses recettes préférées, des recettes de ton enfance. Elle vivra alors gaiement dans tes chaudrons. Demande-lui de t’écrire une lettre que tu ouvriras à tes 40 ans. Payez-vous un shooting photo professionnel en famille pour célébrer la vie, et non vos souvenirs de la maladie. Demande-lui si elle a peur et écoute-la. Demande-lui qu’elle te dise trois choses qu’elle regrette de ne pas avoir faites dans sa vie et si vous n’avez pas assez de tours au compteur de lousses pour réussir à les faire avant son grand départ, fais-les plus tard, pour elle, pour vous.

C’est là, alors que tu sais que tu ne peux rien contrôler, que tu dois tout faire pour être en paix avec ce qui arrive.

C’est là, alors que je sais que je ne peux rien faire pour t’aider, que j’ai écrit quelques lignes pour te montrer mon soutien.

Parce que quand j’ai perdu ma mère, j’aurais préféré avoir le vrai et le laid.

Kim Boisvert

Mes deuils, nos deuils, leurs deuils… Texte : Ghislaine Bernard

On nous dit qu’il y a des étapes : déni, colère, marchandage,

On nous dit qu’il y a des étapes : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation sont leur nom. Même si au départ, ces cinq étapes étaient le résultat d’une recherche concernant l’annonce à une personne atteinte d’une maladie incurable et non endeuillée (Dre Kübler-Ross), nous pouvons facilement trouver des similitudes entre ces étapes et les sentiments que l’on vit à la perte d’un être cher.

Je vous parle de cela aujourd’hui, car je suis en deuil, en deuil de plusieurs personnes qui m’ont été d’importance. Je me réveille tout juste d’un rêve (un cauchemar ?) où mes disparus chantaient et dansaient. Oui, il y a plusieurs façons de voir cela. Ils dansaient sur la mélodie publicitaire très populaire en son temps « Amène-moi à la ronde » et ils dansaient tous ensemble, en ronde un peu loufoque. Ils étaient joyeux, ils riaient et semblaient au comble du bonheur. Se sont ajoutés à cette ronde tous mes disparus, du plus récent au plus ancien.

Je peux vous dire que mon réveil fut brutal. Émotive, sous le choc, je me suis levée tremblante et j’ai lutté contre cette panique, cette anxiété qui est mon lot quotidien depuis quelques mois et à laquelle j’apprends à ne pas succomber le souffle coupé, les membres tremblants de sueurs. Mes tempes résonnent au moment d’écrire ce texte et j’ai ce ver d’oreille qui persiste…

Si je reviens aux fameuses étapes, le déni. Refuser de croire que la réalité est ce qu’elle est. Que le passage d’une personne s’achève ou soit définitivement terminé. Je crois que cette réaction normale est en fait une surprise (pas du genre plaisante, j’en conviens !) Un sentiment d’irréalité. Lorsque mon amie nous a quittés il y a quelques semaines, j’étais abasourdie par toute la vitesse, le dénouement, cela me semblait fantasque. Comment était-ce possible ? Puis, la réalité ne pouvait être niée : elle n’était plus là. Simplement… douloureusement.

La colère. Je peux vous dire que chaque départ me vrille le cœur et je me révulse contre l’injustice de certains départs par rapport aux gens qui restent, mais qui ne… méritent pas cette chance ! (oui, je porte encore cette colère, mon deuil étant très récent et présent. Veuillez m’en excuser.) Mes sentiments ne sont aucunement confus. Je suis en colère, encore à ce jour, de l’injustice de la fatalité, mais je n’y puis rien. Je crois, je sais, que la colère s’estompera.

Marchandage. Je n’ai pas envie de marchander. Je ne PEUX pas humainement marchander. Comment pourrais-je avoir veto de vie ou de mort? Mes défunts, qu’ils reposent en paix, ne sont pas plus importants que les vôtres. Ne font pas plus souffrir que les disparus des autres. Alors qui suis‑je pour penser qu’une personne aurait dû « partir » avant les miens ? Même si…

Dépression. Bon, je suis depuis plusieurs mois en dépression majeure. Je me relève petit à petit. Je suis bien prise en charge et le décès de cette amie chère en tout pour moi est survenu alors que j’étais déjà… malade. Ça m’a scié les jambes, mes symptômes ont été décuplés durant quelque temps. Je suis, encore, à me battre avec les ressentis de ses symptômes. Je revois pour l’instant cruellement des instants de vie. Des anecdotes joyeuses et moins heureuses. Je revois en moi derrière mes paupières NOS moments. La peine que ce soit fini, que ça ne se reproduira plus jamais est immense. Ça fait mal, tellement mal !

L’acceptation, socialement souhaitable, personnellement préférable pour continuer d’avancer. Passage obligé si l’on ne veut pas être submergé. Je n’accepterai jamais cette injustice. Cette douleur d’une perte si prenante. Mais je peux accepter les faits, je n’en ai pas le choix. La réalité est ce qu’elle est, aussi dure et douloureuse soit-elle.

Bref, cinq étapes. Je crois que ce sont de beaux mots pour nous aider à nous accrocher à du vrai, à du concret pour ne pas être submergés définitivement. Alors voilà, je ne sais pas trop où me mène cet échange avec vous. Ce partage de ma douleur. Je sais tellement que nous en portons tous ! Je sais qu’une perte est parfois plus « importante » dans le sens plus près, plus forte dans certaines situations. Mais n’oublions jamais que nos douleurs, elles sont les pires à nos yeux, car ce sont les nôtres. Ce sont NOS sentiments, nos peines. Il n’y a rien de pire que ce que l’on porte et nous avons le droit de l’exprimer. Nous avons le devoir, oui le devoir d’exprimer nos deuils. Car la mort fait partie de la vie.

Je voulais vous partager tout ceci, ne serait-ce que pour encourager ceux qui, comme moi, souffrent ou souffrirons… Demandez de l’aide si vous en avez besoin. Si vous ignorez en avoir besoin, parlez avec des professionnels, ne serait-ce que pour éviter un déni qui vous fera d’autant plus de mal. Ne restez pas seuls, vous ne l’êtes pas… nous sommes tous dans le même bateau :

Nous naissons, nous vivons et nous mourrons… un éternel cercle de vie… « Amène-moi à la ronde, la ronde… »

Simplement Ghislaine

N.B. Il existe énormément de ressources d’aide pour « vivre » et surtout survivre au départ définitif d’une personne. Voici quelques liens :

https://www.lagentiane.org/

https://www.indexsante.ca/clsc/

https://www.esantementale.ca/Quebec/Deuil/index.php?m=heading&ID=132

Ce soir, tu n’es plus là

Le 17 novembre dernier, nous nous préparions à passer une petite

Le 17 novembre dernier, nous nous préparions à passer une petite soirée tranquille pour fêter notre anniversaire de couple. Huit ans, déjà. Le téléphone sonne, on me demande de venir chercher ma fille et de se rendre à l’urgence. La nuit à l’hôtel s’est transformée en une nuit à l’hôpital.

Après seulement vingt minutes, déjà trois personnes différentes me demandaient si nous acceptions la réanimation en cas de complications. J’ai dit non à la réanimation ! Après quelques tests, résultats : pneumonie et plusieurs problèmes reliés à sa maladie neurodégénérative.

Nous sommes le lendemain matin, 18 novembre. Nous transférons la petite à la maison de soins palliatifs pédiatriques en soins de confort sans trop savoir si c’est la fin. On commence la médication pour enlever la douleur. 19 novembre, son état est stable, on a encore des chances qu’elle s’en sorte. Elle ne reçoit que de la médication, plus rien dans l’estomac, il l’a lâché depuis maintenant deux jours. 20 novembre, on augmente très rapidement les doses pour enlever la douleur. La famille proche doit faire vite. Son état se détériore rapidement.

21 novembre, 8 h 15. Son dernier souffle. Je la regarde, j’attends, j’espère qu’elle reprendra un autre respire, j’attends… Je dépose ma main sur son cœur, il ne bat plus. C’est la fin. La fin de sa vie sur terre, la fin de son combat, la fin de mes inquiétudes, mais surtout, la fin de ses douleurs.

Ce soir, je suis étendue, sur un matelas dans le sous-sol de mes beaux-parents. Un soir de plus où les larmes coulent sur mes joues et où je crie intérieurement. Encore un soir où j’essaie d’écrire quelques mots pour revenir sur le mois qui vient de se passer. Ces mots qui ne peuvent être assez puissants pour dire avec justesse comment je me sens.

Ce soir, je t’aurais appelée par vidéo pour prendre des nouvelles de toi comme je le faisais chaque fois que tu allais dormir chez tes grands-parents. Mais ce soir, je dois aller dans un cimetière pour savoir comment tu vas. Il neige, j’ai froid, très froid, et pourtant je suis habillée chaudement. J’aimerais tant me coucher là, et te réchauffer comme toutes les mamans le font quand leurs enfants ont froid. Mais moi, je ne peux pas, je ne peux plus…

La vie m’a arraché ma vie. Et ce n’est pas peu dire. Lorsque tu as pris ton dernier souffle, mon cœur devait battre deux fois plus pour me permettre de rester en vie. Ce soir, je dois encore me battre contre la vie. Je réalise qu’il y aura toujours des larmes qui couleront sur mes joues. Je devrai vivre avec ce que la vie m’a enlevé, TOI.

Noël arrive à grands pas et comme des milliers d’autres, je ne pourrai être avec l’une des personnes qui me sont le plus chères. Sauf que moi, c’est pour tous mes prochains Noëls.

Tu es mon soleil, ma lune et toutes mes étoiles. Rayonne de tout ton amour.

Tu seras à jamais dans mon cœur !

Repose-toi où il n’y a plus de douleur.

Carolanne Fillion

La mort

La mort, elle rôde autour de nous. Nous ne pouvons la quantifier, m

La mort, elle rôde autour de nous. Nous ne pouvons la quantifier, mais elle est là près de nous, près des gens qu’on chérit. Elle est sournoise et sans merci. Elle attaque quand on s’y attend le moins. Elle détruit des vies, des couples, des familles…

La mort, elle nous enlève des gens qu’on aime. Des gens qui sont si importants dans notre vie. Elle nous prive d’une partie de nous. Elle nous prive de continuer à bâtir des moments heureux avec eux. De les entendre rire, de leur permettre de nous étreindre et de nous rassurer…

La mort, elle fait des ravages à la personne atteinte, mais elle en fait autant à ceux qui restent. Elle nous oblige à nous réconforter nous-même. Elle nous oblige à vivre avec un vide immense pour une partie de notre vie. Elle nous oblige à devoir passer par-dessus cette tristesse et à continuer notre vie sans cette personne essentielle.

La mort, elle nous amène à être seul avec nous-même. Seule avec notre peine, avec cette douleur insupportable qui nous transperce de l’intérieur. Ce manque indescriptible. Elle nous amène à devoir vivre différemment. À devoir garder la tête en dehors de l’eau pour ceux qui restent.

La mort, elle nous amène à parler au passé des gens qu’on aime. À nous remémorer ces beaux souvenirs qui font que ceux qui sont partis restent près de nous. À nous remémorer le plus souvent possible la voix de celui qui nous manque, dans la crainte de ne plus s’en souvenir. À se rappeler chaque détail de son visage pour continuer à pouvoir l’imaginer.

La mort, elle nous amène à restructurer notre vie. À apprendre à revivre sans celui qui est parti. À s’adapter. Elle nous force à passer au travers. Elle nous amène à apprendre à ré-aimer la vie différemment sans jamais oublier ceux qui nous ont quittés…

 

Cynthia Bourget

Cher 27 novembre

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Cher 27 novembre 2005, que ce soit en 2008, en 2013 ou en 2020, je ne t’aime pas. Je te déteste même. Je t’haïs. Tu as volé une partie de moi, une partie de ma sœur, une partie de ma mère, une partie de ma famille. 2020 est déjà difficile, je ne peux pas être avec ma sœur ou ma mère ni les serrer dans mes bras.

Cher 27 novembre 2005, tu m’as pris mon père, mon papa, mon papounet. Sans avertissement. Brutalement arraché à nos vies. Détruite, anéantie, en douleur constante. Tu me l’as pris devant mes yeux, des images que je ne peux pas effacer de ma mémoire. Des images horribles, traumatisantes.

15 ans. Ça fait 15 ans qu’à chaque 27 novembre, je revis la journée, minute après minute, je me rappelle quand il tombe, le son que ça fait, le voir convulser, voir le chaos régner partout autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, marcher pieds nus dans la neige parce que je suis en panique. Voir mon père sortir de la maison les deux bras de chaque côté de la civière et un ambulancier par‑dessus qui fait le massage cardiaque. Ce genre d’images ne disparaît pas et ne disparaîtra jamais.

15 ans. Savais-tu, cher 27 novembre 2005, que cette année a une signification affreuse ? 2020 signifie que ma sœur a vécu la moitié de sa vie sans son père. Oui, elle avait 15 ans quand tu nous l’a pris. 15 ans. Ça fait beaucoup d’années. Certains diront « Ben ça doit être moins pire avec le temps. » La réponse est simple : NON. Comment ça devrait être moins pire ? J’étais très proche de mon père, nous n’avions pas besoin de parler pour comprendre l’autre. Notre père était un papa présent, attentif, fier de ses filles et de sa femme. Comment le fait de perdre un parent peut devenir moins pire ? Oui, je suis capable de parler de lui sans pleurer et même d’avoir un sourire sur mon visage, mais la douleur de sa perte est là, vive. Je m’ennuie de lui chaque minute de chaque jour. Je m’ennuie d’appeler quelqu’un « Papa ».

Cher 27 novembre 2005, j’aimerais tant t’oublier, passer par-dessus cette date, par-dessus le mois de novembre. Ça fait mal d’entendre mes enfants dire à quel point ils auraient aimé connaître leur papi Barbier. Ma mémoire a oublié le son de sa voix, son rire qui était contagieux ; son visage est flou dans mes souvenirs. Le temps, le temps ne guérit pas toujours tout. Le temps adoucit peut-être.

Ce 27 novembre, je vais regarder des photos et des vidéos de toi, papa. Je vais pleurer, me rappeler chaque instant cette journée parce que c’est plus fort que moi. Je sais qu’à 13 h, tu vas tomber. À 13 h 5, je vais appeler le 911. À 13 h 15, je vais sortir dehors et mon voisin va entrer dans la maison pour faire le RCR. À 13 h 20, la police va arriver. À partir de 13 h 30, des pompiers vont arriver. À 13 h 40, l’ambulance va arriver. À 14 h 30, les ambulanciers vont sortir mon père et le mettre dans l’ambulance. À 14 h 40, je vais appeler le travail pour dire que je n’entre pas. À 15 h, ma sœur, mon chum et moi, on va partir pour l’hôpital. À 15 h 20, on va courir jusqu’à la porte de l’urgence. À 15 h 22, on va voir le médecin et une infirmière sortir de la salle familiale et à 15 h 27, mon oncle va nous annoncer que papa est parti, son cœur a lâché.

À 15 h 30, mon monde s’est effondré.

Je t’aime papa et je m’ennuie tellement de toi.

Cindy LB