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Je t’aime déjà !

Et voilà ! La glace est brisée, nous nous sommes rencontrés ! 🤗

Tu t’es installé dans ma classe, dans TA classe et tu y as fait ton nid pour quelques mois. Je te connais un peu, mais j’ai hâte d’en savoir plus et de découvrir qui tu es !

Après quelques jours, je te sens déjà plus rassuré et plus confiant. J’ai le sentiment que tu sais que je vais tout faire pour que ton année à mes côtés soit riche et mémorable.💫

J’aime que tu me parles de tes enseignantes des dernières années, ce sont mes amies ! 🌷 Je sais combien elles t’ont aimé. Elles m’ont déjà beaucoup parlé de toi, le sai ‑-tu ? 😉

Lors de ton départ aujourd’hui, quand tu m’as dit que tu avais déjà hâte de revenir en classe, tu m’as fait le plus beau des cadeaux ! Lorsqu’on est enseignant, on souhaite votre bonheur avant toute chose ! Merci pour cette confidence.❤️

L’année est à peine commencée et tu sais quoi ? Je t’aime déjà !

Karine Lamarche

Six mois avec vous

Lundi, ce sera la grande rentrée. Ici, c’est la grande réouverture des écoles. Parce qu’avec la Covid-19, ça fera tout près de six mois qu’on est encabanés tous ensemble à la maison. Pas d’école, pas de garderie, pas de visite, pas de camp de jour… Et j’avais envie de faire un bilan de tout ça. Un bilan de tout ce que j’ai appris durant cette pandémie.

J’ai appris à être reconnaissante. Parce qu’autrement, jamais je n’aurais eu la chance de vivre six mois consécutifs avec vous. Six mois complets, juste vous et moi. Vous avez pu vivre les tout premiers instants avec votre bébé-frère, vous étiez là à chaque première fois. J’ai pu vous voir grandir, évoluer, jouer et rire tous les jours. J’ai été témoin de vos jeux et de la magie qu’ils suscitent encore dans vos yeux.

J’ai développé mon « système D ». Je me suis improvisée enseignante de primaire. Dès le 16 mars, j’étais prête. Nous avons fait des sciences, de la musique, de la couture, du tricot, des mathématiques, de la lecture, de l’écriture, du yoga et j’en passe ! J’ai appris que j’aimais beaucoup vous enseigner à la maison. Vous enseigner la vie. À ma manière. Avec les matières qu’on avait tous envie d’apprendre. Dans le plaisir et sans obligations. Quand les cours à distance obligatoires ont été instaurés, avec les dizaines de rencontres par semaine, les devoirs forcés et le grand vide laissé par l’incertitude collective, là en revanche, j’ai eu moins de plaisir à improviser… Je l’avoue.

J’ai appris à arrêter le temps. J’ai appris à oublier l’heure et à laisser le frigo ouvert 24/7. J’ai appris à lâcher prise sur ce que vous mangiez et quand vous le mangiez. J’ai appris à fermer les yeux sur le bordel. J’ai appris à vous faire confiance à travers vos mille expériences scientifiques. J’ai appris à profiter de chaque câlin, de chaque rire et de tous les petits instants magiques du quotidien.

J’ai appris à vivre avec vous, pas juste en mode routine-métro-boulot-dodo. Non, vivre avec vous chaque moment et non pas juste survivre à la routine. J’ai appris à quel point j’aimais être votre maman. J’ai découvert que j’aurais sûrement été une bonne maman à la maison. Mais j’aime trop mon travail pour en faire une expérience permanente.

J’ai appris que votre père et moi, on fait un maudit beau travail d’équipe. Parce qu’avant, on manquait de patience devant vos disputes. Souvent. Mais après six mois, je ne sais pas ce qui a changé… Soit c’est vous qui avez appris à mieux jouer ensemble. Soit c’est nous qui sommes devenus plus tolérants, sans le tourbillon de la vie. Soit c’est un peu des deux… Mais une chose est sûre, c’est que tous ensemble, on forme une fichue belle famille.

J’ai hâte que l’école recommence. J’ai hâte de retourner travailler. Pour de vrai. Vous devant votre pupitre et moi devant mon bureau. J’ai hâte de sortir de la maison. J’ai hâte d’aller prendre un verre avec une amie. J’ai hâte de faire des lunchs. J’ai hâte de m’ennuyer de vous, juste un peu. J’ai hâte d’aller vous chercher à la sortie des classes. J’ai hâte que vous me parliez de votre journée, de vos amis et de ce que vous avez appris sans moi. J’ai hâte de vous voir évoluer loin de moi aussi.

Je sais que sans cette pandémie mondiale, je n’aurais jamais eu la chance de rester six mois au complet avec vous tous. Certes, les morts sont nombreux et chacune de ces morts est tragique. Mais ici, on lui doit beaucoup, à cette pandémie. Je n’ai pas envie de me plaindre. Le train-train de la vie reviendra bien vite. Je veux me retourner et voir derrière moi tout ce que cette expérience nous a appris. Parce qu’au‑delà de l’obligation de porter un masque, de garder ses distances et de laver ses mains, je suis certaine qu’on a appris plein de belles choses durant les derniers mois.

Joanie Fournier

 

Le retour de la routine

Le retour à la routine

On le sait tous, le retour à l’école est synonyme du retour à la routine. On le sait aussi : ce n’est pas toujours facile de jongler avec tout ce qui va avec. Personnellement, j’aime être organisée, savoir où je m’en vais et être à temps. Je retourne au travail après un an de congé de maternité et avec un bébé de plus à gérer. Je tiens à ce que ça se passe bien et j’ai donc réfléchi à ce que j’aurais à faire pour que le retour se fasse positivement. Voici un résumé des trucs que j’ai acquis au fil du temps pour faciliter mon quotidien et qui j’espère, me serviront encore cette année.

La gestion du temps le matin

On le sait tous, le temps est parfois notre plus grand ennemi, surtout quand on est pressé. On pense que tout va bien puis pouf, on fait face à un imprévu. Bien qu’il m’arrive encore de me faire avoir, voici ce qui fonctionne généralement pour moi : j’essaie d’estimer le temps nécessaire pour tout faire, puis j’ajoute dix minutes. Pourquoi ajouter dix minutes ? Parce que bien souvent, mon deuxième va faire un dégât ou mon bébé va salir sa couche quelques minutes après que je l’ai changée. On ne peut pas prévoir l’imprévisible, mais on peut quand même essayer d’améliorer notre sort.

Pour gagner du temps, j’essaie aussi de préparer quelques petites choses la veille. Je demande à mes enfants de choisir et de sortir leurs vêtements pour le lendemain. Je prépare les verres de lait et je mets le café dans la cafetière. Ça peut paraître anodin, mais ces petits gestes peuvent parfois faire une différence.

Les lunchs

J’avoue que je déteste faire les lunchs. C’est plate et je dois en faire environ 600 par année. Mon truc pour alléger mes souffrances : je prépare tous les à-côtés le dimanche, et ce, pour la semaine au complet. Je coupe les légumes et les fruits, je mets du yogourt et des craquelins dans des petits plats, je fais cuire des muffins. Je sais qu’on ne peut pas tous faire ça par manque d’espace dans le frigo mais ici, mon frigo du sous-sol sert principalement à ça. Ça me prend une heure ou deux et après, c’est fait.

Un autre truc pour gagner du temps en lien avec les lunchs : je prépare les boîtes à lunch le soir. Il ne me reste plus qu’à mettre un bloc réfrigérant dedans le matin (et à faire chauffer les thermos quand mes cocos mangent des repas chauds). Ici, pour motiver les garçons, j’ai décidé que le premier à avoir complété correctement sa routine peut sortir les boîtes à lunch du frigo. L’art de transformer une tache en privilège !

Les leçons et les devoirs

En tant qu’enseignante, je me permets de vous donner ce conseil : laissez un peu de temps à vos enfants pour décompresser le soir en arrivant, avant de vous attaquer aux devoirs et aux leçons. Si vous le pouvez, prenez aussi ce temps pour relaxer. Nous accumulons tous un petit lot de fatigue et de stress au cours de la journée. Prendre quelques minutes pour respirer ne fait jamais de tort. Ça vous permettra par la suite d’effectuer le travail à faire ensemble, dans une ambiance plus calme et harmonieuse. J’ai pris cette habitude et croyez-moi, c’est beaucoup plus efficace de travailler avec un enfant reposé qu’avec un enfant bousculé et stressé par sa journée.

En soirée

Après le souper, je vous suggère de répartir les tâches avec votre conjoint. Quand tout le monde sait ce qu’il a à faire, c’est plus simple et plus efficace. Mon chum s’occupe de la vaisselle et du nettoyage de la cuisine alors que je gère généralement les bains et les douches des plus petits. Parlant de douches, je ne sais pas si c’est partout comme ça mais ici, c’est comme une guerre. Mes deux plus vieux se chicanent toujours parce qu’ils ne veulent pas aller se laver en premier ou ils essaient de gagner du temps avant d’y aller. Il y a donc maintenant une règle : c’est chacun son tour à être le premier et à 18 h 45, on entre dans la douche à moins d’être victime d’une attaque nucléaire.

Bien entendu, je n’ai pas la science infuse. Ces astuces me conviennent, mais elles ne sont peut-être pas adaptées à votre quotidien. J’ose quand même penser qu’elles sauront vous être utiles. Bonne chance et bonne rentrée !

Caroline Girard

Mon sac vide

La rentrée scolaire arrive. Je vois plein de publicités qui montrent du matériel que j’aimerais bien avoir dans mon sac à dos. Je n’ai pas vraiment hâte de retourner à l’école, mais j’aime bien avoir de nouveaux crayons dans mon étui et de nouveaux cahiers dans mon sac.

Malheureusement, je sais que je commencerai mon année scolaire le sac vide, comme chaque année. Pourtant, j’ai demandé à mes parents d’aller acheter mon matériel. J’aurais même pu récupérer des effets de l’année passée. C’est meilleur pour l’environnement. Mais pour toutes sortes de raisons, ils n’y ont pas pensé. Alors voilà, c’est ma première journée et je suis différent des autres.

La deuxième activité de la journée est de vider mon sac, mais le mien est déjà vide. Avec sa voix rassurante, ma nouvelle enseignante, madame Julie, me répète que ce n’est pas grave. Je dois avouer que j’aurais bien aimé ranger mes cahiers neufs dans mon bureau en même temps que les autres élèves. Je fais comme si ça ne me dérange pas, mais dans le fond, j’aime bien faire comme mes amis. Je devrai vider mon sac plus tard cette semaine, quand mes amis feront une activité.

À côté de moi, il y a une fillette que je ne connais pas encore. Ses parents ont oublié d’écrire son nom sur chacun de ses crayons. C’est vrai que ça doit être long. Madame Julie nous a expliqué que les crayons se ressemblent tous et qu’on les perd souvent. L’étiquette permet de les remettre aux élèves qui les ont perdus. Sans étiquette, le pot d’objets perdus se remplit rapidement et on n’arrive pas à savoir à qui appartiennent les objets. J’avoue qu’un crayon de plomb, ça ressemble à un crayon de plomb. J’ai donc aidé ma voisine à écrire son nom sur tout son matériel.

Nous avions ensuite une activité dans laquelle il fallait écrire des informations sur nous. J’ai dû emprunter des crayons à mon enseignante. Le garçon derrière moi a eu beaucoup de difficulté à aiguiser ses crayons. La mine cassait sans cesse. J’ai essayé de les tailler à mon tour, mais je n’ai pas réussi. Même madame Julie n’a pas réussi avec son taille‑crayon. Tous les crayons de son paquet neuf avaient le même problème. Elle a donc sorti des crayons de son tiroir pour les donner à mon voisin. J’espère que j’aurai des crayons de bonne qualité dans mon sac.

J’ai quand même passé une belle première journée d’école. En arrivant à la maison, je vais sortir mon étui de l’année passée pour vérifier si mon nom est écrit sur mes crayons. Je peux les réutiliser quand ils ne sont pas brisés. J’aurai au moins un peu d’outils de travail. J’espère que mes parents auront pensé d’aller se procurer le matériel qui manque. Je vais même pouvoir les aider à mettre les étiquettes. Ensemble, ce sera plus rapide. J’ai déjà hâte à demain.

Plusieurs organismes, dans toutes les régions, viennent en aide aux familles défavorisées pour qui la rentrée scolaire est difficile.

Soyez généreux !

Nancy Pedneault

La rentrée de mai

Il y a deux mois, les écoles ont fermé. Deux mois, comme des vacances d’été. Mais sans été.

Les élèves sont partis. Sans savoir.

Les concierges ont tout désinfecté.

Les enseignants ont déplacé leur bureau de travail dans leur cuisine ou leur sous-sol.

Ils ont tout fait pour se réinventer. Pour apprendre de nouvelles façons de communiquer avec leurs élèves, avec les parents, avec l’équipe-école, avec les collègues. Team work encore plus que d’habitude.

Ils ont appris le fonctionnement de toutes les plateformes de partage de fichiers et de vidéoconférences. Ils sont devenus leurs propres techniciens informatiques, leurs propres cameramen ou camerawomen. Ils ont adapté leur matériel d’enseignement et d’évaluation à une modernité qu’on avait plus ou moins vue venir : l’enseignement à distance, à grande échelle, au secondaire comme au primaire. Je ne peux même pas imaginer de quoi ça a l’air avec les petits de maternelle…

***

Et maintenant que l’école rouvre ses portes, on fera le chemin inverse, comme à toutes les rentrées scolaires.

Les enseignants sont déjà de retour dans leur classe. Ils ont placé les pupitres (mais en ont sorti la moitié dans le corridor). Ils ont refait leur liste d’élèves (enthousiastes de retrouver ceux qui reviennent, tristes que la moitié du groupe reste à la maison ou soit envoyée dans une autre classe). Ils referont cette liste chaque semaine, en fonction des nouvelles inscriptions et des changements d’idée.

Ils planifient l’horaire des premières journées :

  • Beaucoup de temps consacré aux nouvelles règles à respecter (deux mètres de bulle, des collants aux planchers pour indiquer la direction des déplacements, des lavages de mains encore plus fréquents, et l’obligation d’attendre son tour deux par deux au lieu d’attendre en rang).
  • Le casse-tête des arrivées et des départs d’élèves, des récréations et des dîners.
  • Les matières (en nombre réduit) à réviser ou à enseigner en groupe live et à distance, sans autre matériel scolaire que ce qui se trouve dans les pupitres des élèves et dans l’imagination du prof.

Viendront les journées de canicule, la fatigue de fin d’année et la période des évaluations. Coronavirus, on n’y échappe pas ! Normalement, c’est balancé avec les voyages de fin d’année, les BBQ de juin, les célébrations de finissants, les activités extérieures dans les jeux d’eau et les parcs… mais pas cette année. Juin 2020 sera drabe. Mais mémorable.

Puis, le concierge refera sa tournée, encore et encore. Et encore. Chaque classe, chaque racoin, chaque lieu partagé. Matin, midi, soir. Tout sera nettoyé, organisé, désinfecté. Ça sentira l’eau de Javel dans les corridors ! Chaque jour. Je vous jure, les élèves ne s’enfargeront pas dans les boîtes à lunch qui traînent. Ce sera (en bon québécois) spik’n span.

Puis sonnera l’heure du retour des élèves. Comme à chaque mois de septembre, ce sera progressif, pour ne pas étourdir les enfants et les intervenants. C’est juste que là, la rentrée est en mai. C’est juste que là, la plupart des élèves connaissent leur école, leur classe, leurs amis, leur prof. Mais ils devront les regarder avec des yeux nouveaux. Des yeux prêts à découvrir un nouveau monde stérile en microbes, mais tout aussi fertile en apprentissages et en amitiés. C’est juste que là, les parents ne tiendront pas les mains de leur enfant jusqu’à la porte de la classe. Ils devront plutôt les badigeonner de Purel avant de leur dire au revoir de loin.

Si je me fie à ce que j’ai vu sur l’écran de mon ordinateur cette semaine, quand l’enseignante de mon fils de première année lui a fait visiter sa classe virtuellement, élèves et enseignants attendent ce moment avec impatience, même s’il sera rempli d’inconnu. Tout le monde (incluant les spécialistes du gouvernement, Horacio en tête) aura ses réticences et ses inquiétudes, et une hâte peut-être faite de maux de ventre et d’attentes trop élevées. Et tout le monde apprendra de tout ça.

Les profs et les enfants ont déjà compris que leur plus grand défi, ce sera de résister à l’appel des câlins. Et mon garçon, lui, sait que sa prof a déjà collé dans son pupitre la photo de son toutou préféré parce qu’il devra le laisser à la maison. Bien qu’il ait très hâte de retourner à l’école, il s’ennuiera aussi de son cocon familial. Au moins cette fois-ci, les vacances arriveront à peine un mois après la rentrée !

Nathalie Courcy

Pas de mammouths à l’école!

Veille de rentrée scolaire, trois minutes après l’heure du coucher, moment propice par excellence pour que la machine à soucis s’emballe.

 

– Maman, je ne me sens pas bien, j’ai mal au ventre, j’sais pas ce que j’ai…

– Hum… genre des papillons dans l’estomac?

– Ouin…

– Des papillons féroces à grandes dents qui te dévorent l’intestin?

– Ouin…

– Ça ressemble étrangement à de la nervosité… La rentrée scolaire te stresse?

– Ben non voyons, j’aime ça, l’école!

– Même si tu aimes l’école, tu peux être nerveux. Une première journée, dans une nouvelle école en plus… Même les profs et les directeurs d’école ont des papillons la veille de la rentrée. Je t’ai déjà parlé des mammouths, hein?

Mes enfants connaissent l’histoire des mammouths, mais un petit rappel est parfois le bienvenu. En tant qu’abonnés aux ateliers de gestion de l’anxiété, nous avons entendu et raconté cette histoire plusieurs fois. En plus, ce n’est même pas de la fiction! Quoique je n’étais pas là à l’époque pour témoigner…

Il y a des milliers et des milliers d’années, les humains vivaient au milieu des mammouths. Quand ils voyaient une gang de mammouths courir vers eux, ils avaient trois choix :

– Qu’est-ce qui arrive si on s’écrase par terre en boule et qu’on fige devant une gang de mammouths?

– On se fait écraser. On devient une crêpe. Ce n’est pas une bonne solution.

– Parfois, figer et prendre le temps de réfléchir, c’est la meilleure solution. Mais pas devant une urgence mammouths. Le deuxième choix, c’était de se battre.

– Ben là maman, on n’est pas assez forts!

– En effet. Tu as beau avoir des super muscles, ton petit coup de poing sur le nez d’un mammouth ne t’amènera pas très loin. Même chose à l’école : si tu es fâché parce qu’un prof te donne une dictée ou parce qu’un plus petit t’a embêté, sortir tes poings et tes passes de karaté, ça ne t’aidera pas. Tu n’auras pas ce que tu veux. En plus, tu vas avoir des conséquences et tu risques de blesser quelqu’un. Enlève la violence de ton répertoire d’options.

– Et la troisième solution?

– Devant le danger, on peut aussi s’enfuir. Penses-tu que c’est une bonne solution face à des mammouths?

– Faut courir vite en titi, mais ça peut nous sauver.

– En effet. Mais courir vite, ce n’est pas la solution à tout. Si tu te sauves de l’école et que tu cours dans la rue, tu te mets en danger et tu inquiètes pas mal de monde.

– Mais si je m’éloigne pour me calmer ou parce que quelqu’un fait des bruits qui m’énervent, ça va.

Dans la vraie vie de maintenant, on peut parler, écouter, demander de l’aide. Les mammouths sont plutôt rares. Mais dans le temps, le corps humain devait permettre de figer, de frapper ou de s’enfuir. Pour ça, une grande partie du sang était subitement dirigée vers les pieds pour courir et vers les mains pour frapper.

Résultat : le cerveau et le bedon recevaient moins de sang et donc moins d’oxygène.

– Tu te souviens, quand je te dis de prendre des grandes respirations?

– L’air, c’est comme l’eau qu’on boit : ça aide à réfléchir et à se calmer le pompon.

– Si un jour, tu te fais courir après par un mammouth, tu ne prendras pas le temps de penser à toutes les options. Tu vas frapper, tu vas courir ou tu vas figer. Tout ton corps va réagir à l’urgence.

– Comme quand je me suis fait piquer par une guêpe.

– Voilà. Tu ne t’es pas demandé si la guêpe aurait mal ou si elle serait triste que tu la frappes. Tu as crié, tapé, couru. Après, on a pris le temps de réfléchir pour te soigner et pour enlever le nid de guêpes. À l’école, tu as le temps de respirer pour calmer ton cerveau. Ton instinct de survie peut relaxer.

Et le ventre, dans tout ça? En mode panique, notre digestion ralentit. Ce n’est pas la priorité. Si nos organes reçoivent moins de sang, ils font moins bien ce qu’ils ont à faire. Donc en état de stress, on peut avoir des crampes, un peu comme si des engrenages mal huilés essayaient de tourner dans l’estomac. On peut avoir de la difficulté à aller aux toilettes ou au contraire, avoir des selles liquides, parce que notre système ne réagit pas comme d’habitude. Dans ces cas, boire de l’eau, se reposer, respirer, être en contact avec la nature, recevoir des câlins, penser à des choses qui nous font du bien, ça aide beaucoup.

– Tiloup, merci de m’avoir dit que tu ne te sentais pas bien. C’est une excellente façon de faire taire le mammouth-papillon-à-grandes-dents qui essaie de te faire croire que tu es en danger.

P.S. Quelques minutes après le début de la première journée d’école, les papillons à grandes dents, les mammouths et les maux de ventre étaient portés disparus…

Nathalie Courcy

 

Des mots sourires

Comme je travaille en milieu scolaire, j’ai le bonheur de vivre pleinement mes étés. Toutefois, lorsqu’arrive la rentrée, j’ai toujours hâte de retrouver ces grandes et petites « bébittes sur deux pattes ». Ce sont pour eux et elles que j’ai choisi ce métier. Pour leur spontanéité, leur vivacité et leurs couleurs. Ce n’est pas tous les jours faciles, mais lorsqu’ils ou elles m’offrent ce que j’appelle des « mots sourires », je me souviens alors combien je les aime. Afin de vous faire sourire dans le chaos de la rentrée, je les partage avec vous…

😉

Je me penche sur Ludovic pour l’aider à attacher son lacet et au même moment, on me parle dans le radio émetteur que je porte toujours à la ceinture. Lorsque j’appuie sur le bouton pour répondre, il fronce les sourcils et me demande :

– Pourquoi tu parles dans un « Tinky-Winky »?

😉

Au retour d’une fin de semaine de beau temps du début de l’été, je m’approche d’Alexandre pour l’aider à ouvrir sa boîte à collations et j’observe qu’il se gratte vivement la nuque.

– Hé la la! Tu as beaucoup de piqûres de maringouins, Alexandre!

– Non, me répond-il plein d’assurance. C’est pas des piqûres, c’est des bosses de maringouins!

😉

Quelques minutes après avoir tenté de consoler Maya au sujet d’une dispute avec sa meilleure amie, elle vient me retrouver, un sourire illuminant ses grands yeux bleus encore mouillés :

– On s’est réconseillées finalement, me dit-elle.

😉

Alors que je m’occupe de panser le genou d’une fillette, Estéban entre dans le local, l’air inquiet sous ses cheveux blonds.

– Qu’est-ce qui ne va pas, mon grand?

– J’ai mal à la gorge, mais j’ai pas de douleur, m’explique-t-il.

😉

C’est journée pédagogique et nous roulons vers un verger. Soudain, Isaac s’exclame, tout heureux en pointant les pylônes électriques :

– Regarde Isabelle! Des Tours Eiffel!

Quelques minutes plus tard, Nathan me regarde avec ses grands yeux bruns et l’air inquiet, il me demande :

– Pourquoi la montagne nous suit?

Enfin, tout juste avant d’arriver, Jacob, impatient, lance :

– Voyons! C’est ben long ce voyage‑là! C’est pareil comme Cayo Coco!

😊

Yan est de retour après quelques jours d’absence. Sachant qu’il a été malade, je m’informe de son état.

– C’est parce que j’ai eu mal à la mémoire, m’explique-t-il en frottant son front.

😊

Je suis dans le parc avec Louis et un cycliste passe lentement devant nous. De ses jolis yeux en amandes, il l’observe attentivement et affirme :

– Moi, mon vélo court vite!

😊

Il fait chaud et l’année tire à sa fin. Nous amenons donc les enfants aux jeux d’eau à côté de l’école. Le charmant et très sage Jordan s’approche de moi, triste de ne pas avoir son maillot.

– C’est pas grave Jordan, tu pourras mettre tes pieds dans l’eau avec moi.

– Non! tranche-t-il très sûrement. Parce que si je mets mes pieds dans l’eau, tout mon corps va dire : « Go! On y va! ».

😊

Enfin, le dernier mot sourire me vient d’une amie qui un jour, alors que sa puce était malade, lui dit qu’après le souper, si ça ne va pas mieux, elle va lui mettre un suppositoire. La petite hoche la tête et lui demande en secouant ses bouclettes :

– C’est quoi maman, des soupers aux histoires?

Bonne année scolaire à tous!

Isabelle Lord

 

N’aie pas peur…

Cher parent, toi qui nous confies ton trésor pour cette nouvelle année scolaire, n’aie pas peur de tout nous dire.

Tu sais, lorsque tu nous avises de certains trucs plus personnels, tu n’as pas idée à quel point cela peut faire la différence.

Savoir que votre animal de compagnie est malade, qu’un membre de votre famille traverse un moment difficile ou qu’une séparation se prépare, ça nous permet d’intervenir de façon adéquate auprès de ton enfant et parfois même, de lui offrir les services de professionnels.

L’arrivée d’un petit frère, d’une petite sœur, un déménagement, un papa qui travaille de longues périodes loin de la maison… On aime savoir ces choses qui peuvent te paraître anodines. Ne sous-estime jamais leur importance!

Cher parent, n’aie pas peur du jugement. Sache que nous sommes tes complices et que, tout comme toi, on souhaite le meilleur pour ton petit.

N’hésite jamais à te confier à nous ; fais-le pour ton enfant.🌸

Envoie un courriel, laisse-nous un message, mais surtout, n’aie pas peur.

L’enseignant de ton enfant 🍎

 

Lettre à ta première prof

Ce soir, en faisant un cinq minutes de gratouilles à mon kiki qui est anxieux à l’idée de commencer la première année demain…

Je pensais à toi, la future prof de mon bébé (grand garçon)…

Je me disais que j’espérais que tu as eu un aussi bel été que moi, que le soleil et les longues soirées de chaleur ont su combler ton cœur assez pour que demain, quand on sera tous réunis dans la cour d’école, habillés en bleu et blanc, tu seras heureuse.

Heureuse, mais vraiment, là.

Passionnée, impatiente, emballée à l’idée de rencontrer tes nouveaux petits amis… ceux avec qui tu passeras toute l’année à venir et envers qui tu auras un pouvoir extrême.

J’espère que tu prendras le temps de connaître mon garçon, que tu sauras reconnaître son regard un peu hésitant quand il a peur de l’inconnu ou même quand il s’ennuie de moi…

Que tu sauras et auras envie de prendre deux minutes pour le rassurer.

Rappelle-toi qu’il est petit encore (encore plus à mes yeux).

Quand il te dira dans ses mots à lui ce qu’il vit en dedans, j’espère que tu trouveras ça aussi cute que moi.

T’sais, parce qu’on va se le dire :

En toute honnêteté, on est tous à certains moments de vie un peu moins patients. Et toi, t’as toute qu’une job pour tester ta tolérance, prof de première année. Je te lève mon chapeau.

Je ne veux pas que tu deviennes sa meilleure amie, que tu lui chantes des chansons pour lui dire merci et bonjour, seulement que tu sois sincère… humaine.

Mon kiki, c’est ma vie.

Je te le confie avec le cœur lourd et la gorge tellement serrée que j’aurai sûrement du mal à te dire un mot demain.

Ne me trouve pas bizarre ou trop intense quand tu verras que même s’il pleut, je n’enlève pas mes lunettes du tout.

Tu sais bien qu’en dessous, je pleure ma vie parce que je te laisse mon kiki en ne sachant pas, en ne sachant rien.

J’en saurai un peu plus demain soir et au fil des journées qui suivront.

Je te jure que je ne serai pas jalouse quand il me dira qu’il t’aime et que tu es même meilleure que moi dans certains domaines, parce que c’est ça que je veux de toi…

Je veux qu’il t’admire.

Moi, demain, je marcherai vers la maison la main vide de mon bébé, en essuyant mon cœur brisé qui inondera mes joues.

Moi, je suis là à me dire que la personne qui aura LA CHANCE d’avoir mon petit loup dans sa classe pour une année sera tellement CHANCEUSE.

Faque. Steplait, aime‑le donc,

Tant qu’à être avec lui cinq jours sur sept pour les dix mois à venir…

Tu vas voir, il est tellement facile à aimer, je t’en demande pas gros dans le fond : sois juste toi-même ❤️

Lisa-Marie Saint-Pierre

Souvenirs de rentrées

Que l’on soit enfant ou adulte, nous avons tous des souvenirs qui flottent dans notre tête quand on pense à la rentrée scolaire. La rentrée peut être une source d’émerveillement pour certains ou de stress pour d’autres. Chacun vit cette période importante à sa façon.

Certains ont des souvenirs précis de leur première journée d’école, de leur première journée au secondaire, de l’entrée à la maternelle de leur plus vieux ou de leur bébé. Certains associent des odeurs à la rentrée scolaire : la rentrée sent le matériel d’école, les vêtements neufs, les feuilles, la cantine de l’école. Chose certaine, il y a une odeur particulière qui flotte dans les écoles et dès qu’on y met le nez, les souvenirs de nos années scolaires remontent à la surface.

Cette année sera ma 35e rentrée scolaire! J’ai vécu toutes sortes de rentrées scolaires. J’en ai vécu en tant qu’élève, en tant qu’étudiante, en tant que stagiaire, en tant qu’enseignante, en tant que maman et maintenant en tant que directrice. Tous ces chapeaux m’ont fait vivre des expériences uniques et enrichissantes.

Je me souviens que lorsque j’étais moi-même élève au primaire, le début de l’école était pour moi un moment merveilleux. J’étais contente de retrouver mes amis, de recommencer à apprendre, de connaître enfin qui était mon nouvel enseignant. Je trouvais cela excitant et j’avais tellement hâte d’être grande comme mes profs et de faire comme eux.

L’été, je jouais au professeur avec mon frère et ma sœur plus jeunes que moi. Ils avaient intérêt à bien écouter ce que je leur enseignais! Cette magie est disparue lorsque je suis entrée au secondaire. La rentrée scolaire de cette époque me stressait tellement que je pouvais ne pas manger pendant les quelques jours précédant la journée fatidique. J’étais miniature et les gars m’appelaient « Petit-Pied le Dinosaure ». Je ne me sentais pas comme les autres filles de mon âge qui avaient des courbes et qui avaient des chums. Moi, j’avais encore l’air d’une fillette du primaire.

Je me souviendrai toujours de ma première rentrée en tant qu’enseignante. J’ai obtenu le poste la veille. Imaginez le stress cette nuit‑là! Du haut de mes 23 ans, je devais accueillir, dès le lendemain, 29 élèves de 5e année. Un beau défi pour une jeune enseignante. Ce fut tellement une belle année! J’ai compris immédiatement que les enfants étaient ma raison de vivre et que je créais facilement des liens avec eux. J’aime être entourée d’enfants et les entendre me raconter leurs histoires. Ce fut le début d’une longue relation d’amour avec mon travail.

Vivre une rentrée scolaire en tant que maman, c’est autre chose! OMG que c’est déchirant et stressant de laisser aller son petit pou! On voudrait les garder avec nous pour toujours, mais ils doivent apprendre à vivre sans nous. Oui, oui : sans nous! Cette année, mon plus vieux entre au cégep et mon plus jeune à la maternelle. Disons que mes émotions sont mises à l’épreuve. Un mélange de fierté, de mélancolie et de bonheur est à l’intérieur de moi ces jours‑ci.

Maintenant, en tant que directrice, j’accueille des profs, des élèves et des parents à chaque début d’année scolaire. Je constate que chacun vit la rentrée à sa manière. Je rencontre des enseignants passionnés, des parents angoissés, des élèves heureux de revenir.

Ce qui compte dans le fond, c’est de s’imprégner de ses souvenirs d’école et de les transmettre à ceux qu’on aime. Ce sont des souvenirs marquants dans notre vie, car ce sont les premiers pas que nous faisons dans la société et ils guideront nos actions pour le reste de notre vie.

Karine Filiatrault

Crise à la maternelle

C’était un beau matin ensoleillé. Je m’étais levé de bonne humeur et tout allait bien. Je m’étais dit en prenant mon café que ce serait une très belle journée. J’étais allé mener ma fille à l’arrêt d’autobus avec le cœur paisible. Par la suite, je m’étais rendu à l’école avec mon fils et ma femme. Mon fils devait aller porter ses effets scolaires ce matin­‑là pour sa rentrée à la maternelle.

Arrivé à l’école, tout allait bien. J’étais un papa extrêmement fier d’aller avec mon garçon à son premier jour de classe à vie. C’est quand même un évènement marquant pour un enfant. Dans la classe, fiston a décidé que c’est papa qui complèterait les papiers. Maman, elle, devait écouter les directives de l’enseignante.

J’avais fini de remplir les formulaires lorsque j’ai commencé à avoir des flashbacks. Le stress s’était mis en place rapidement. Ma respiration était courte et mon rythme cardiaque était plus rapide. Mes pensées étaient embrouillées et je n’étais plus capable d’entendre ce qui se passait. J’avais beaucoup de difficulté à rester là et je voulais juste m’enfuir.

Mais non ! Je ne pouvais pas. C’était une journée importante pour mon fils. J’essayais de prendre de bonnes respirations, discrètement. Inspire, expire… Je ne voulais pas que les autres parents me remarquent. Mon champ de vision avait rétréci.

Les autres enfants étaient chanceux. Ils n’avaient pas un papa ou une maman atteints du TSPT.

Ah oui ! Ma femme revenait de la salle de bain. Elle me l’avait dit et je ne m’en souvenais plus. « Chérie, dis‑moi quoi faire parce que là, ça ne va pas du tout. Je ne sais plus quoi faire. » J’étais vraiment perdu et en détresse. Moi qui avais dirigé du personnel dans des situations exigeantes. Moi qui avais formé des recrues dans les Forces armées canadiennes. Moi qui avais transformé des citoyens en soldats. Moi qui avais effectué des missions à l’étranger. Là, j’étais au pied du mur. Je ne pouvais même pas faire ce que l’enseignante demandait aux enfants de cinq ans. Quelle humiliation pour moi ! Je me sentais tellement inutile et incompétent ! Il n’y a pas de mots pour exprimer la douleur et la honte que j’aie ressenties cette journée‑là.

Heureusement, j’avais rendez-vous avec une personne formidable à la fin de ma journée et tout s’est bien terminé.

Carl Audet