Tag tristesse

Ai-je le droit ? Texte : Ève

Le 13 mars 2020, la vie telle qu’on la connaissait a cessé d’e

Le 13 mars 2020, la vie telle qu’on la connaissait a cessé d’exister. J’étais enceinte de 33 semaines. On venait de finir la chambre de la plus vieille (16 mois) pour pouvoir transférer la bassinette dans la chambre de bébé. J’en étais au stade d’être emballée pour la suite, de tout préparer pour que mon mini soit des plus confortables lorsqu’il allait arriver. Mais en l’espace d’une annonce du gouvernement, tout a basculé. On entrait dans un confinement. Un confinement qui venait avec un lot incroyable d’émotions vraiment difficiles à gérer pour une maman pleine d’hormones de grossesse. Et un stress inimaginable entourant les circonstances incertaines d’un accouchement prévu début mai. Mais personne ne me comprenait.

« Vous êtes en santé, c’est ce qui compte ».

« Vous n’avez pas perdu vos jobs, ça va bien financièrement comparativement à plein d’autres familles ».

« Vous n’avez pas perdu personne à cause de la Covid ».

Ce sont toutes des affirmations que je ne peux pas nier.

Mais, ai-je le droit d’avoir de la peine parce que je n’ai jamais pu terminer la chambre de mon bébé à cause de la fermeture des garderies et celle des magasins ?

Ai-je le droit d’avoir de la peine parce que je n’ai pas pu recharger mes batteries avec mon mari avant que bébé arrive ?

Ai-je le droit d’avoir de la peine parce que ma fille n’a pas pu rencontrer son frère à l’hôpital ? Tout comme mes parents ou mes beaux-parents ?

Ai-je le droit d’avoir vraiment beaucoup de peine (attention, celui-là c’est mon summum) d’avoir présenté mon nouveau-né À TRAVERS UNE FENÊTRE à mes parents et de voir les larmes couler sur leurs joues parce qu’ils ne pouvaient pas le prendre dans leurs bras ? Et parce que je ne pouvais tout simplement pas le leur laisser.

Ai-je le droit d’avoir de la peine parce qu’encore aujourd’hui, un an plus tard, j’ai l’impression que mon bébé Covid n’a rien vécu autre qu’être à la maison ? Pas d’épicerie, pas de magasinage, pas de zoo, rien.

Est-ce que j’ai le droit d’avoir ce sentiment d’amertume envers toute cette situation ? Ce sentiment qui me gruge par en dedans parce que plus les jours avancent, plus on se fait voler des moments précieux qui ne reviendront jamais.

Oui, on est en santé. Oui, on a encore nos jobs. Non, je ne suis pas décédée seule dans un CHSLD. J’en suis vraiment reconnaissante. Je suis aussi contente pour les familles à qui le premier confinement a permis de se rapprocher et d’avoir du temps de qualité. Mais est-ce que je dois vraiment me sentir mal si pour nous, ça a été un des moments les plus difficiles de nos vies ?

Ça ne change absolument rien au fait que j’adore mes enfants et je ne regrette absolument pas l’arrivée de mon deuxième, je veux être claire sur ce point. C’est juste que « ça prend un village pour élever des enfants » qu’ils disent. Ben, on est seuls depuis un an. À se démener comme des fous pour protéger nos minis, nos parents et les personnes à risque. À piger dans l’énergie qu’on n’a plus pour protéger la santé de tout le monde.

Donc, ai-je le droit de dire à voix haute, pour la première fois, que j’ai de la peine ?

Ève

Inspirer, expirer : la petite histoire d’une garde partagée – Texte : Julie Lévesque

Préparer le sac de transfert, tes petits patins, les rares objets q

Préparer le sac de transfert, tes petits patins, les rares objets qui ne sont pas en double dans l’autre maison. Inspirer, expirer. Faire une réserve de bisous sur ton joli visage au cas où tu en aurais besoin quand je ne serai pas là. Oui, je sais… c’est moi que ça rassure.

Te prendre dans mes bras, te serrer fort, avoir chaque fois une petite humidité dans le regard. Je ne sais pas quand ça va passer ou si ça passera un jour. Je n’en ai pas l’impression.

Prendre place dans la voiture, mettre des chansons que tu aimes, chanter fort et rire encore. Être parfois aussi en silence parce que c’est toujours un peu difficile de se séparer. Inspirer, expirer jusqu’à l’autre maison.

Te sortir de la voiture, te voir si grande déjà du haut de tes cinq ans aller retrouver ton papa d’amour. Cogner à la porte, inspirer, expirer. Te rappeler avec le sourire pour la 100 000e fois combien je t’aime. Et surtout, te dire de passer une super fin de semaine avec ton papa à t’amuser et à faire plein de belles activités ! Voir ton magnifique sourire une dernière fois et fermer la porte.

Je sais que tu seras bien. Soupirer de soulagement. Un baume.

M’asseoir dans la voiture, inspirer, expirer et ne pas être capable de contenir les maudites larmes qui arrivent comme un torrent dans mes yeux… encore une fois.

Aller prendre soin de moi, parce que ça aussi, c’est important. Inspirer, expirer…

Julie Lévesque

Ce soir, tu n’es plus là

Le 17 novembre dernier, nous nous préparions à passer une petite

Le 17 novembre dernier, nous nous préparions à passer une petite soirée tranquille pour fêter notre anniversaire de couple. Huit ans, déjà. Le téléphone sonne, on me demande de venir chercher ma fille et de se rendre à l’urgence. La nuit à l’hôtel s’est transformée en une nuit à l’hôpital.

Après seulement vingt minutes, déjà trois personnes différentes me demandaient si nous acceptions la réanimation en cas de complications. J’ai dit non à la réanimation ! Après quelques tests, résultats : pneumonie et plusieurs problèmes reliés à sa maladie neurodégénérative.

Nous sommes le lendemain matin, 18 novembre. Nous transférons la petite à la maison de soins palliatifs pédiatriques en soins de confort sans trop savoir si c’est la fin. On commence la médication pour enlever la douleur. 19 novembre, son état est stable, on a encore des chances qu’elle s’en sorte. Elle ne reçoit que de la médication, plus rien dans l’estomac, il l’a lâché depuis maintenant deux jours. 20 novembre, on augmente très rapidement les doses pour enlever la douleur. La famille proche doit faire vite. Son état se détériore rapidement.

21 novembre, 8 h 15. Son dernier souffle. Je la regarde, j’attends, j’espère qu’elle reprendra un autre respire, j’attends… Je dépose ma main sur son cœur, il ne bat plus. C’est la fin. La fin de sa vie sur terre, la fin de son combat, la fin de mes inquiétudes, mais surtout, la fin de ses douleurs.

Ce soir, je suis étendue, sur un matelas dans le sous-sol de mes beaux-parents. Un soir de plus où les larmes coulent sur mes joues et où je crie intérieurement. Encore un soir où j’essaie d’écrire quelques mots pour revenir sur le mois qui vient de se passer. Ces mots qui ne peuvent être assez puissants pour dire avec justesse comment je me sens.

Ce soir, je t’aurais appelée par vidéo pour prendre des nouvelles de toi comme je le faisais chaque fois que tu allais dormir chez tes grands-parents. Mais ce soir, je dois aller dans un cimetière pour savoir comment tu vas. Il neige, j’ai froid, très froid, et pourtant je suis habillée chaudement. J’aimerais tant me coucher là, et te réchauffer comme toutes les mamans le font quand leurs enfants ont froid. Mais moi, je ne peux pas, je ne peux plus…

La vie m’a arraché ma vie. Et ce n’est pas peu dire. Lorsque tu as pris ton dernier souffle, mon cœur devait battre deux fois plus pour me permettre de rester en vie. Ce soir, je dois encore me battre contre la vie. Je réalise qu’il y aura toujours des larmes qui couleront sur mes joues. Je devrai vivre avec ce que la vie m’a enlevé, TOI.

Noël arrive à grands pas et comme des milliers d’autres, je ne pourrai être avec l’une des personnes qui me sont le plus chères. Sauf que moi, c’est pour tous mes prochains Noëls.

Tu es mon soleil, ma lune et toutes mes étoiles. Rayonne de tout ton amour.

Tu seras à jamais dans mon cœur !

Repose-toi où il n’y a plus de douleur.

Carolanne Fillion

Complicité du soir

Ce soir, j’ai couché mes enfants trop tard. J’étais bien inten

Ce soir, j’ai couché mes enfants trop tard. J’étais bien intentionnée, pourtant ! Mais l’heure a filé sous mon nez. Pourquoi, me direz-vous, ai-je donc négligé l’heure du coucher ? En plein milieu de semaine… crime de lèse-majesté, OMG ! Jetez-moi en prison, ça presse.

Ce soir, j’ai couché mes enfants plus tard que d’habitude. Même les petits, remplis de leur besoin de dormir pour bien grandir et bien apprendre. J’ai osé défier la loi inébranlable de la routine du dodo. Tic tac tic tac… pendant combien de jours leur humeur sera-t-elle hypothéquée, ma foi !

Ce soir, j’ai couché mes enfants plus tard, parce que. Oui, oui, parce que. Parce qu’on avait le goût de se coller, bien empilés au milieu des doudous. Parce qu’on a pris le temps de lire un chapitre, puis un autre, et encore un autre. Et même un autre livre. Au complet celui-là. Sens dessus dessous. En plus d’avoir regardé le film en fin de semaine. Un peu accroc, me direz-vous ! C’était à la demande des enfants. Et au bonheur de maman.

Une chose en entraînant une autre, on a jasé d’émotions. De cerveau. Du fait que les mamans et les papas aussi ont des émotions. Qu’une maman fâchée, ça se peut, et que ça n’a pas nécessairement l’air du personnage de Colère enflammé et prêt à tout détruire. Une colère, c’est comme le reste, ça peut s’exprimer sainement.

On s’est dit que le dégoût et la peur peuvent sauver des vies. Sans eux, vous mangeriez de la viande restée sur le comptoir pendant des jours et vous traverseriez les boulevards sans regarder des deux côtés. Elles sont utiles, les émotions !

On s’est rappelé une de mes idées fétiches : une émotion qu’on n’exprime pas, ça pourrit en dedans et ça finit par puer le vieux fromage pourri. Aussi bien la laisser sortir avant que ça empeste !

On s’est aussi rappelé que même la joie, ça peut casser des fenêtres et briser des cœurs. « T’sais maman, la fois où j’étais trop excité et que j’ai cassé mon jouet en le lançant… ». Oui, je sais. Tu t’étais laissé emporter par un débordement d’émotion. Et tu as été bien triste juste après.

« Et toi, quelle émotion ressens-tu le plus souvent ces temps-ci ? »

« De la joie, beaucoup de joie ! Mais à l’école, un peu de tristesse aussi, parfois. Mais je n’ai pas le goût d’en parler. »

« C’est bien correct, tu sais. Je suis là si tu veux en parler à un autre moment. Ton professeur et ta sœur aussi. »

Et la tristesse ? Elle a sa place dans l’histoire ? C’est désagréable, la tristesse. C’est moche. Mais c’est temporaire.

« Tu te souviens quand tu as été triste l’autre jour ? Qu’est-ce qui t’a aidé à passer par-dessus ta peine ? »

« Ben… je suis allée te voir pour en parler, et tu m’as aidé à réparer mon jouet. »

Voilà. Tout est dit. Une émotion, on la ressent, on l’observe, et on agit. Ou pas.

Ce soir, au milieu des doudous, il y avait mes petits minous chéris qui avaient peut-être plus besoin de se coller et de jaser d’émotions que de dormir 30 minutes de plus.

Ils ont à peine eu le temps de se rendre à leur oreiller qu’ils dormaient déjà, apaisés par une conversation toute simple, cœur à cœur, accompagnée de plein de colleux réconfortants.

Ce soir, la tristesse, la colère, la peur, la joie et le dégoût avaient droit de cité dans nos mots. Mais je peux vous jurer que mes cocos se sont endormis avec la joie au cœur. Et moi aussi, je m’endormirai avec l’impression de bercer mes chatons en leur disant des mots doux.

Nathalie Courcy

Langue de vipère

 Vipère : nom féminin 

<!-- /wp:parag

 Vipère : nom féminin 

  • Serpent venimeux, vivipare, des régions chaudes et tempérées froides.
  • Personne malfaisante ou médisante. 

C’est toi. Peut-être toi aussi. Le monde est rempli de vipères. Des langues blessantes et méprisantes, il y en a plein. 

Et il y a toi, MA vipère, celle qui me blesse à chaque rencontre. Toi, qui déclares mes faiblesses haut et fort, comme si tout le monde devait savoir que j’ai des défauts (tout le monde en a). Toi qui parles dans mon dos, en te moquant de mes travers. Tu jettes ton venin à qui veut l’entendre. Tu paralyses tes proies par tes mots qui frappent, racontant la vie de tout un chacun. Tu enroules ton corps autour des jambes de ceux qui veulent bien t’écouter pour mieux les faire tomber à leur tour. Dès qu’on a le dos tourné, tu attaques, tu craches ton fiel toxique. Personne n’est à l’abri de ta méchanceté, de ta langue de vipère, même ceux que tu aimes. 

Tu es malheureuse, je le sais bien. Je le vois dans tes yeux malicieux, dans tes rides de tristesse. Tu essaies de le cacher, mais tes épaules voûtées te trahissent. Malgré tout, je ne peux plus l’accepter.

Sache qu’à partir de maintenant, entre nous deux, ce sera différent. Je t’ai identifiée, chère vipère. Je me méfie de toi. J’ai même trouvé l’antidote à ton venin : la confiance en moi. Je sais désormais qui je suis et ce que je vaux. À partir d’aujourd’hui, tes mots ne seront plus que des tentatives ratées de morsures. Tu pourras raconter ce que tu veux à qui tu voudras, les gens qui m’aiment connaissent ma valeur. Je n’ai plus peur de te rencontrer.

Peut-être que tu devrais tenter la bienveillance toi aussi. Tu te sentirais beaucoup mieux. La gentillesse et l’honnêteté font sourire de façon sincère. Ça vaut tout l’or du monde, ça rend le cœur léger.   

Comme le dit Mahomet : « La vraie richesse d’un homme en ce monde se mesure au bien qu’il a fait autour de lui. »

Alors, je te laisse méditer là-dessus.

Nancy Pedneault  

Mes amis qui pleurez

Mes amis qui pleurez ou qui êtes en colère contre la vie, merci de

Mes amis qui pleurez ou qui êtes en colère contre la vie, merci de vous ouvrir à moi et de me confier une partie de votre trop-plein. Je n’ai pas encore trouvé la baguette magique pour sauver le monde ou le vôtre, mais au moins, je peux écouter. Je peux comprendre. Je peux compatir. Je peux même dire ce que je pense ou ce que je ressens, si ça vous tente de l’entendre.

Mes amis qui avez l’impression de traverser un tsunami sans fin, ne lâchez pas, n’abandonnez pas. Continuez de vous accrocher pour vous, pour vos enfants, pour vos familles, pour votre travail ou votre chat. Toutes les raisons sont bonnes pour s’agripper à la vie.

Mes amis qui avez déjà entendu tous les conseils et toutes les remarques visant à vous aider à remonter la pente (ou au moins à arrêter de glisser vers le fond), ne m’en voulez pas si je vous répète que l’espoir existe même dans le pire des brouillards. Si je vous dis d’aller chercher de l’aide, que la mort ne sera jamais la solution, que les épreuves ont leur raison d’être même si on s’en passerait bien… ce n’est pas pour vous faire suer ni parce que la Ligne Parents ou le psy d’à côté le dit. C’est parce que j’y crois sincèrement. C’est parce que moi aussi, un jour, on me l’a dit, et que ça m’a peut-être sauvé la vie. C’est parce que j’ai réussi à traverser des tunnels interminables et trouver la lumière de l’autre côté. C’est parce qu’on ne sait jamais si cette parole dite ou tue changera le cours des choses. C’est parce que c’est ma façon de vous dire « Je t’aime, je tiens à toi. Vraiment. »

Mes amis, vous avez le droit de cesser de me parler pendant des semaines et des mois même si je m’inquiète. Je comprends que parfois, c’est juste trop. On a besoin de se replier sur soi ou de prendre le temps de s’organiser. Permettez-moi de continuer de vous envoyer des ondes lumineuses et enveloppantes pour vous soutenir et vous protéger. Je suis là pour vous, peu importent le jour ou l’heure. Si jamais je réponds en disant « Est-ce que je peux te rappeler? Je prépare le souper. » et que c’est urgent, vous avez le droit de me dire « Non, c’est maintenant que j’ai besoin de toi. ». Si je dis quelque chose qui vous dérange, vous avez le droit de me le dire aussi. Je peux me tromper moi aussi!

Mes amis, vous faites partie de ma famille. Je vous ai choisis, et chaque jour, je choisis de vous garder près de mon cœur et dans mes pensées. J’aimerais tellement avoir le superpouvoir de vous débarrasser de la lourdeur qui s’abat sur vous et semble ne pas vouloir vous lâcher. Mais je sais que le temps et les actions feront leur travail. Moi, je suis là pour le soutien moral, pour écouter et aussi, si vous en avez besoin, pour dire des niaiseries et vous changer les idées.

Mes amis, si jamais je trouve la baguette magique qui fait disparaître les soucis, promis, je m’en servirai avec vous! Mais d’ici là, j’ai des oreilles et une épaule, servez-vous-en autant que vous voulez.

Nathalie Courcy

 

Si vous avez besoin d’aide

Ligne québécoise de prévention du suicide

www.aqps.info

1-866-APPELLE (277-3553)

Jeunesse, J’écoute

www.jeunessejecoute.ca

1-800-668-6868

Tel-Jeunes

www.teljeunes.com

1-800-263-2266

Je me sens triste parfois

<span style="margin: 0px; font-family: 'Times New Roman',serif; font

Oui, parfois, je me sens triste. Triste de ne pas pouvoir jouer avec mes enfants comme le font d’autres papas. Parce que j’ai des blessures physiques aux jambes et au dos, je n’ai pas la capacité de faire ce qu’un homme de mon âge devrait être capable de faire.

Je me rappelle quand ils étaient plus petits et qu’ils me demandaient de les prendre. Parfois, je devais leur dire que papa ne pouvait pas. D’autres fois, à un spectacle, lorsqu’ils voyaient d’autres enfants sur les épaules de leur père, ils voulaient faire la même chose. J’ai souvent préféré souffrir, juste pour faire plaisir à mes enfants. Ça peut être très difficile pour un jeune enfant de comprendre que son papa est blessé physiquement et intérieurement. Ma plus vieille était très jeune quand j’ai été libéré des Forces armées canadiennes. Mon deuxième se faisait bercer dans le ventre bien chaud de maman.

Oui, je me sens triste, aussi, de ne pas pouvoir faire tout ce que j’aimais faire avant. J’aimais courir et faire des poids et haltères. J’aimais aussi travailler sur ma maison et faire des rénovations. Maintenant, je dois engager du personnel pour le faire. L’armée a usé mon corps et il ne répond plus à la demande.

Parfois, je me sens triste de ne pas pouvoir accompagner ma femme partout où elle va. Souvent, soit je l’attends dans l’auto, soit je reste à la maison. À la maison, ça va beaucoup mieux depuis que je prends ma médication. Le travail d’équipe va très bien entre ma femme et moi. Quand il est question de sortir ensemble ou de faire des activités familiales, je me sens comme handicapé. En public, c’est la détresse et c’est incontrôlable. J’ai des symptômes graves qui me font souffrir terriblement.

Oui, je suis triste et j’aimerais tellement être comme tout le monde. Mais savez-vous quoi? Je me dis que mes enfants sont chanceux de m’avoir encore en vie. Je suis un bon exemple pour eux : ne pas baisser les bras et me battre. C’est ce que je vais faire. Ils auront besoin de moi. Pour ma femme, je crois que je suis un exemple de combattant et qu’elle apprécie beaucoup mes efforts quotidiens. Chaque jour, je me dis que ça ira de mieux en mieux.

Ma vie a été remplie d’obstacles et je n’ai jamais lâché. Je ne compte pas lâcher cette fois‑ci non plus. Je combats encore.

 

Carl Audet

 

 

Ben oui je pleure !

Jusqu’à cette année, les larmes et moi, ça faisait deux. Deux e

Jusqu’à cette année, les larmes et moi, ça faisait deux. Deux entités dans une relation à la limite de la guerre froide. Sauf que si on s’était rendues là, elles auraient gelé.

Enfant, aux dires de ma mère, je n’étais pas une pleureuse. Mes frères aînés n’ont probablement pas la même opinion. Devant eux, j’avais peu de mots, mais beaucoup de cris et de larmes. On s’exprime comme on peut.

Quand mon père est décédé, j’aurais pu pleurer. T’sais, j’avais sept ans. Ça aurait juste été « normal ». Au salon funéraire, je m’empêchais de regarder son visage dans le cercueil pour ne pas fondre en larmes (au sens propre du terme : me liquéfier entièrement sous l’emprise d’une peine trop vaste pour mon corps d’enfant). Lorsque mes grands-parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins et cousines sont décédés, l’envie de pleurer n’y était juste pas. Je ressentais une tristesse, parfois une incompréhension ou un désir de lutter contre l’injustice de leur départ et de notre souffrance. Mais polluer mes joues avec du H2O mélangé de NaCl ? Bof. Pas nécessaire. Ça n’aurait ramené personne. Ça n’aurait consolé personne. Même pas moi.

En fait, je me souviens d’avoir pleuré pour un oncle, mon choucou. Mort soudaine. La corde. Le choc. Quelque temps avant mon mariage. J’aurais tant voulu qu’il y soit. Je me suis laissée aller. Je me suis laissé consoler. Aucune surprise, ça n’a rien réglé, mais au moins, c’était exprimé (comme dans « extériorisé »).

Je n’ai pas pleuré, non plus, quand j’ai quitté mes cadets après quatre ans à les accompagner et, vraiment, à les aimer. J’ai accepté l’immense bouquet de fleurs qu’ils m’ont offert, mais j’ai refusé de faire un discours. Le motton se faisait sentir dans ma gorge serrée et me faisait mal. Physiquement. À l’idée de m’effondrer, de ne plus savoir m’arrêter, de me transformer en sanglot gigantesque qui ne trouve plus de vallée pour se calmer, j’ai préféré cacher mon visage et respirer jusqu’à tant que ça passe. Afuuu afuuu.

À mon mariage ? Pourquoi pleurer ? C’était joyeux, non ? À mes accouchements ? J’avais si mal que je n’avais plus de larmes. Même la joie de tenir mes bébés dans mes bras ne portait pas de larmes, qu’un sourire béat. Quand j’ai perdu le fœtus jumeau de mon fils ? Je me suis ressaisie rapidement : il y avait cet autre être qui avait besoin d’une maman forte pour rester accroché. Mon cerveau cherchait déjà comment l’expliquer à mes filles, comment les protéger d’une trop grande peine. Et pourtant, une partie de moi s’en était allée…

J’ai pleuré dans l’intimité devant ma difficulté d’enfanter. Devant l’évidence grandissante d’une vie de couple qui frôlait le bord de la falaise sans que je puisse la retenir. Pleuré, aussi, embourbée que j’étais au milieu des dédales d’une parentalité qui ne trouve plus de solutions ni d’aide. Je me souviens même d’avoir osé pleurer devant mes enfants. Ça les avait ramollis, convaincus (temporairement) qu’ils devaient se calmer le pompon.

Si j’avais plus pleuré dans le passé, j’aurais probablement moins souffert de rétention d’eau et j’aurais évité la pourriture intérieure des souvenirs.

Garder le contrôle… c’est bien beau, mais ce n’est pas ça, la vie. En tout cas, ce n’est plus la vie que je veux. J’ai choisi de me laisser aller. D’ouvrir les robinets quand le besoin se fait sentir. Depuis la séparation, je passe plus de temps en tête à tête avoir moi‑même. J’enlève des couches de passé non réglé. J’apprends à me sentir en sécurité dans le spectre de mes émotions et de mes pensées.

Parfois, je me fais surprendre par des larmes, même par des sanglots. Au travail, devant une publicité d’autos, en regardant la beauté d’un oiseau, sur l’autoroute 20 (t’sais, les tounes qui font brailler ?), en chantant une berceuse à mes enfants ou entre le repas principal et le dessert. Plus besoin de faire passer ça sur le dos des oignons à couper. C’est mon cœur à moi que j’accepte d’éplucher pour atteindre son centre et lui laisser de la place.

Je ne suis pas nécessairement prête à faire confiance à quelqu’un d’autre pour le laisser prendre mon cœur, mais je commence (finalement !) à me faire assez confiance pour laisser parler mon cœur. Comme m’a dit une amie (qui m’a fait pleurer !) :

Le principe même du lâcher-prise.

Nathalie Courcy

Ton envol

<span style="margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Georgia',ser

La porte s’ouvre. Je découvre avec stupeur cet endroit si petit, si loin, si laid et qui sent si mauvais… Toi, tu souris. Tu es heureuse. Tu frétilles de joie en visitant ce futur logement qui sera le tien…

Je te regarde aller, si légère et enjouée. Tu es passionnée. Tu planes de bonheur. Le campus te plait et cette minuscule chambre, tu l’adores.

– Je vais la rendre chaleureuse! Je vais mettre des lumières et des rideaux! On pourra peindre les murs hein?! Et des tapis! Ça va être full beau! OMG maman! J’ai hâte!

Tu es si joyeuse!

Moi, j’ai envie de hurler.
17 ans.
Tu t’en vas.

Je sais que c’est normal et que c’est la vie. Je sais que tu es prête. Une partie de mon cœur est si fière et si heureuse pour toi. Mais l’autre morceau de mon cœur de mère, il saigne…

Parce que, ma fille, tu as fait de moi une maman. Depuis 17 ans, nous partageons ce quotidien, cette maison… et tu remplis ma vie avec passion.
Tu vas laisser un grand vide…

Y’aura personne pour me faire chialer quand j’ai besoin de la salle de bain. Y’aura personne pour préparer des gâteaux au chocolat les dimanches après-midi trop froids. Y’aura personne qui écoutera de la musique trop fort. Y’aura personne qui accaparera le téléphone pendant des heures. Y’aura personne qui fera bruler ces bougies qui sentent si bon.

Comment je vais faire pour ne pas trembler chaque seconde de chaque minute de ta nouvelle vie? Comment je vais faire sans entendre le bruit de tes pas le matin? Comment je vais faire sans te dire bonne nuit le soir? Comment je vais faire sans toi?

Tu prends ton envol…

En dedans je pleure… mais je ne te le dirai pas…
C’est ça aussi être maman…

Tu me manques déjà…

Gwendoline Duchaine

 

Tristesse de fin du monde

<span style="margin: 0px; line-height: 107%; font-family: 'Times New Roman',serif; font-size: 12pt;"

C’est arrivé tout doucement. Je ne l’ai pas vu venir. Tout doucement, la vie a pris l’éclat de tes yeux et le bleu s’en est allé. Tout doucement, tes yeux ne sont devenus que tristesse. Elle a aussi pris la couleur de ta peau. Tu es devenue blanche. Le rose aux joues s’en est allé lui aussi. Peu à peu, ton corps et ses couleurs te quittaient.

 

Et les rires. Et les rêves. Les petits comme les grands. Les projets pour la fin de semaine ou ceux d’hier, inachevés. La vie était devenue grise, morne et sans intérêt. Aujourd’hui devenait trop difficile à vivre. Il n’y avait plus de demain. Il n’y avait plus d’espoir. La lumière s’était éteinte.

 

Je ne la connaissais pas. Celle qui te prenait à moi. À nous. On en parlait partout, mais on m’avait épargnée jusqu’à maintenant. À tout le moins dans ma vie personnelle. Je la voyais tous les jours dans mon bureau, mais je ne l’avais pas reconnue chez toi. Ou je ne voulais pas la voir. Pas chez ma fille. Ma belle, ma grande, ma rebelle. Tu étais plus forte que ça. Tu en avais vu d’autres. Ton cœur était brisé. Cassé en petits morceaux. Des petits morceaux, ça se recolle, que je me disais. Mais encore une fois, je m’étais trompée. Ce n’était pas que ton petit cœur de quinze ans qui était brisé. C’était toi. Toute cassée par en dedans.

 

La dépression t’a presque tout pris. Ta chambre est devenue ton refuge, ton lit devenait le bateau de ta dérive. Il n’y avait plus d’île où accoster, plus de pays à visiter. Tu ne voyais ni ne sentais plus le soleil. Tout t’indifférait ou te rebutait. Même tes amis ne te faisaient plus rire. Même moi, je ne te dérangeais plus. Tu pleurais. Tu criais. Les mots, les tiens, avaient aussi déserté. Tu ne mangeais plus. Tu ne dormais plus. Tu me regardais sans me regarder.

 

Cette douleur qui t’enveloppait telle une doudou, je l’ai mise sur ta peine d’amour. La première, la vraie, la terrible. Celle qui fait mal et dont on se souvient longtemps. Des fois, dont on se souvient toujours. Seulement, la peine d’amour a duré. Et a duré encore. Et les événements, les coups durs de la vie se sont ajoutés. Ça en fut trop. La digue s’est rompue.

 

Tu criais trop. Tu pleurais trop. Tu te terrais dans ton trou tel un animal blessé. Tu ne parlais plus. Je me suis mise à lire. Tout. En anglais et en français. Je devais comprendre. La dépression se vit différemment chez les adolescents. L’agressivité est souvent le premier symptôme, suivie de la tristesse, de la démotivation, des idées noires, etc. Je t’ai emmenée voir le médecin. Je t’ai presque menacée. Je n’allais pas laisser ma fille de quinze ans se noyer dans ses larmes.

 

Le diagnostic est tombé. C’était bien elle. Cette maudite dépression. Tu as essayé une médication. Que quelques semaines. Car en bonne adolescente, tu voulais les choses pour hier. La médication ne fonctionnait pas suffisamment vite pour toi. Tu as arrêté. Après le médecin, je t’ai trouvé une travailleuse sociale. Je t’ai organisée. J’étais inquiète. Je t’aimais. Je t’aime toujours. Je me sentais impuissante. On allait se battre à deux. J’ai pris ta main et tu l’as laissée dans la mienne.

 

Aujourd’hui, tes journées sont inégales tout comme ton humeur. Pour le moment, le pire semble derrière toi, mais rien n’est gagné. Il faut parfois beaucoup de temps pour rejoindre le port duquel on s’est éloigné. On le prendra le temps, ma fille. Garde ta main dans la mienne. Ça ira. Tout doucement.

Des ressources où trouver de l’aide :

Jeunesse j’écoute : 1-800-668-6868

Centre de prévention du suicide : 1 866 — appelle (1 866-277-3553)

Ordre des psychologues du Québec : 1 800-561-1223

Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec : 1 888-731-9420

 

 Isabelle Bessette

 

 

Mon cœur de patate ramollie

Le temps des fêtes, ce n’est pas tout le temps jojo sur le moral.

Le temps des fêtes, ce n’est pas tout le temps jojo sur le moral. Le manque de lumière, le frette mordant, la surcharge de sucre et de gras dans notre système, le sentiment de solitude même quand on est entouré, l’absence des personnes qui nous ont quitté, la présence forcée de personnes qu’on préférerait éloignées…

C’est bien beau, les festivités, le temps en famille et entre amis, les cadeaux qu’on déballe et les repas qu’on partage. Mais la vraie de vraie réalité, c’est que le temps des fêtes est propice à la petite (ou grosse) déprime. Et ça peut être bien gênant de l’avouer aux autres. Et à soi-même.

Après la folie de décembre où il fallait tout préparer à temps pour recevoir ou paqueter les bagages et emballer les cadeaux pour être reçu, le calme de janvier s’installe. Le choc ! Les congés ont fait du bien, ça c’est certain. Il était temps qu’elles arrivent, ces journées de vacances sans alarme qui sonne trop tôt, sans routine matinale trop essoufflante, sans liste de devoirs et de leçons, sans échéancier à respecter pour « il y a deux jours ». Mais qui dit vacances, dit aussi temps pour penser. Temps pour se faire des scénarios, s’imaginer des conflits, ressasser nos vieilles histoires et gratter un peu plus nos anciennes blessures. Poche, hein ? Mais je suis convaincue à 3000 % qu’on est plusieurs à le faire.

Personnellement, j’ai bien profité de mon congé. J’ai joué avec les enfants. J’ai bien mangé. J’ai joué dehors quand il ne faisait pas plus froid qu’au Pôle Nord. J’ai regardé des films drôles. J’ai sorti le jeu de mimes pour être certaine qu’on aurait tous l’air fou égal. On a ri sans bon sens. Les décibels étaient au rendez-vous.

Puis, les enfants sont partis. Le silence est arrivé, comme un immense voile qui cache tout. Le vide a envahi la place. L’insomnie a frappé un grand coup. J’avais une belle liste de tâches à accomplir et d’activités plaisantes à faire. J’avais prévu le coup de cafard, quand même ! Mais voilà, le cafard a rampé trop fort et m’a écrapouti le moral. Bang. À bas la motivation et les belles résolutions (dormir, écrire, dessiner, commencer à écrire mes gratitudes quotidiennes, m’entraîner, me faire des bonnes bouffes…)

Je me suis sentie tellement déprimée et non aimée que je me faisais peur moi-même. J’avais beau essayer de me raisonner (j’ai reçu plein de beaux messages d’amour et d’amitié pendant les fêtes ; j’avais enfin du temps à moi ; demain est un autre jour…), me répéter toutes les phrases toutes faites sensées redonner du pep dans ces cas-là, mon côté hop-la-vie faisait patate. Petite patate, tant pis pour toi ! J’ai dû accepter que 2017 se terminerait dans les larmes et que 2018 commencerait avec le vague à l’âme.

Ben coudonc, c’est ce qui est arrivé. Je me le suis permis. Sans faux-semblant, sans alcool pour oublier, sans somnifères pour dormir jusqu’à la fête des Rois. C’était des émotions pas le fun à vivre, mais elles étaient là. Aussi bien les regarder en pleine face au lieu de les repousser sous le tapis en sachant bien qu’elles réapparaîtraient.

Aujourd’hui, je suis retournée au travail. J’avais hâte de m’occuper l’esprit, de revoir du monde. Mais chaque fois que quelqu’un me demande : « Pis, ton temps des fêtes ? », j’ai juste le goût de me rouler en boule. Ma tête sait que la moitié des vacances s’est déroulée dans la joie et les fous rires. Mais mon cœur, lui, est encore pris dans la moitié des vacances marquée par l’absence. L’absence de mes enfants, l’absence de rires, l’absence d’amour exprimé et absorbé.

Aujourd’hui, j’ai pris rendez-vous avec mon médecin, avec mon psy, avec ma naturopathe, avec des amis. Le gros kit. Ils vont m’aider à me désembourber le cœur et le remettre à sa place, du côté de la joie et de l’acceptation zen. Ils vont m’aider à cheminer. Ils vont empêcher mon cœur de devenir une patate toute molle, toute pourrie.

En attendant les rendez-vous, je suis patiente. Je sais que la douleur est là, mais qu’elle n’y est pas pour rester. Parfois, faut juste attendre que ça passe et se préparer le cœur et l’esprit pour les moments plus heureux qui attendent de l’autre côté du mur de béton, tout près.

Nathalie Courcy