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Ne méprisez pas nos anges gardiens

J’ouvre la télévision. Je vous vois et vous entends, vous qui bl

J’ouvre la télévision. Je vous vois et vous entends, vous qui blâmez le système de santé présentement, dans la pleine folie à laquelle nous faisons face tous ensemble.

Je vous entends et je tiens à vous dire qu’une partie de moi vous comprend, mais qu’une autre vous méprise. Malheureusement…

Vendredi dernier, le 3 avril 2020, j’ai perdu mon papa. Non, il n’était pas censé nous quitter!

Il était jeune et en excellente forme à son entrée à l’hôpital. Il est entré dans cette aventure de greffe de moelle osseuse avec une seule pensée : sortir de là et vivre sa retraite tant méritée avec sa famille et ses amis.

Seulement, des complications ont pris le dessus de son corps, si fragile.

Le virus qui s’est invité dans ses poumons, alors que ses soldats reformaient une équipe solide pour son futur, a eu le dessus sur lui.

On m’a donc appelée, le 3 avril dernier, pour me dire que si je voulais venir voir mon père, lui parler et lui dire au revoir, c’était le moment.

J’ai eu la chance, dans cette frénésie actuelle, d’être avec mon père pour ses derniers souffles. Bien évidemment, avec toutes les précautions recommandées.

J’ai pu être à ses côtés pour lui souffler à l’oreille quelques paroles. De se reposer, que nous allions nous occuper de notre maman, de sa femme. Que nous, ses enfants, allions nous soutenir et bien nous occuper de sa petite‑fille adorée. Ma fille qui aimait tant son papi.

J’ai pu lui dire que, malgré le fait que je n’ai pas pu aller lui parler doucement à l’oreille pendant qu’il était intubé et dans le coma, j’ai appelé chaque jour et chaque soir de son hospitalisation pour avoir de ses nouvelles et suivre son état de santé.

J’ai pu lui dire que depuis deux semaines, si je ne pouvais pas être à ses côtés pour lui tenir la main et lui dire que tout irait bien, c’est parce que dehors, c’est dangereux. Il y a un virus plus féroce que celui qu’il combattait et qui ne m’aurait peut‑être pas permis de pouvoir lui tenir la main tendrement et de lui dire au revoir s’il l’avait attrapé à cause de mes visites.

Je parle de ma situation. Et voilà pourquoi je vous méprise, vous à la télé qui blâmez le système de santé et les membres du personnel de la santé. Ils se donnent corps et âme en dépit de leur propre santé et de celle de leur famille afin de soigner LA VÔTRE.

Vous qui êtes assis à la maison et vous êtes mécontents de ne pas avoir de nouvelles claires de votre maman, de votre papa, de votre grand-papa, de votre grand-maman.

J’ai passé deux semaines à appeler chaque jour et chaque soir. Pendant ces deux semaines, j’ai eu la chance de parler à des humains plus qu’extraordinaires. Des médecins, des infirmiers, des infirmières et beaucoup d’autres personnes du corps médical, qui prenaient toujours quelques minutes pour m’informer de l’état de mon père. Qui, malgré la charge de travail, m’assuraient que son état était stable et que je pouvais dormir la tête plus légère.

Pendant ces deux semaines, de douces voix me réconfortaient en me disant qu’ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour améliorer l’état de mon père. Qu’ils lui faisaient passer les examens nécessaires pour trouver le problème et tenter de le guérir. Qu’ils n’allaient pas le laisser tomber à cause de la situation extérieure. Qu’ils étaient à ses côtés bien que moi, sa fille, qui était là depuis le début de la maladie, je ne pouvais y être.

Chaque soir, je parlais à des infirmières ou à des infirmiers différents, mais tous se partageaient les mêmes valeurs. On me disait que même si mon papa était dans le coma, ils lui parlaient. Une infirmière m’a même dit qu’elle le soignait comme si c’était son père. Elle lui mettait la radio, sifflait en entrant dans sa chambre et qu’elle lui transmettait mes mots. Ceux que j’aurai aimé lui dire de vive voix.

Chaque matin, la douce voix de son médecin des soins intensifs se faisait rassurante tout en étant honnête. Non ça ne va pas, mais je m’occupe bien de lui. Elle m’assurait que si papa n’était plus en mesure de se battre, elle allait m’aviser pour que je puisse être à ses côtés lors de son départ.

Et vous savez quoi? Malgré le chaos, elle a tenu sa parole. Ils ont tenu leur parole.

Soyez donc certains que d’une façon ou d’une autre, même si ce n’est pas l’idéal souhaité, le personnel fera en sorte que le départ de votre proche soit doux et rassurant malgré le fait que vous ne pouvez pas y être.

Vous savez, je comprends votre peine, votre rage. Mais, au‑delà de votre frustration, il y a des humains extraordinaires, qui font un travail magnifique au détriment de leur santé et de la santé de leur famille. Des hommes et des femmes qui se sentent démunis mais qui jour après jour, s’occupent de leurs patients (vos proches) comme si c’étaient des membres de leur propre famille.

Alors je tiens à vous dire, chers anges gardiens, que grâce à vous, grâce à votre humanisme et à votre bienveillance… Vous avez mis un baume d’une douceur indescriptible sur cette douleur et cette tristesse. Et pour ces raisons, je vous serai éternellement reconnaissante.

Isabelle Nadeau

Trop loin

Maman, j’aimerais tellement habiter plus près quand la vie t’en

Maman, j’aimerais tellement habiter plus près quand la vie t’envoie un coup dur. Je croyais que ce serait plus facile lorsque je rentrerais au Québec. Que les 650 km qui séparent le Saguenay de l’Outaouais seraient de la petite bière comparés à l’océan qui faisait barrage entre nous pendant deux ans. Mais que je sois sur un autre continent ou à la frontière de l’Ontario, c’est toujours aussi difficile. Tu m’annonces une mauvaise nouvelle et je voudrais te serrer dans mes bras… sauf que je dois me contenter d’un téléphone pour essayer de te réconforter et ça me déchire en dedans.

En plus, je sais que je possède le meilleur remède pour te remonter le moral. C’est peut-être toi qui m’as tricotée, mais je connais les aiguilles et la chaude laine de la tricoteuse! Je sais bien ce qui pourrait t’aider : tes deux petits-fils qui débordent de joie de vivre et savent nous faire oublier la souffrance le temps d’un éclat de rire. Mais je ne peux pas t’offrir ce précieux antidote aux idées noires présentement. Lui aussi, je l’ai apporté trop loin.

L’épreuve qui a frappé notre famille aujourd’hui, c’est que la vie de ta mère, ma grand-mère, s’est soudainement retrouvée menacée. Bouleversée, j’ai replongé dans le même sentiment d’impuissance qui m’avait dévastée il y a deux ans quand tu m’annonçais ta biopsie. Je m’en souviens encore comme si c’était hier…

 

Le téléphone avait sonné… Bruit insolite dans ma maison italienne. Habituellement, famille et amis nous contactaient par vidéo… On s’installait devant l’ordinateur, à heure convenue, pour retrouver nos êtres chers. Ce coup de fil surprise m’avait donc automatiquement rendue nerveuse.

Tu n’avais pas étiré le supplice inutilement et m’avais rapidement annoncé l’objet de ton appel. Suite à deux mammographies anormales, tu avais dû passer une biopsie. Tu attendais maintenant les résultats… Qu’on t’annonce si tu avais un cancer du sein ou non.

La première vague d’émotions fut si forte que je n’aurais pu prononcer un seul mot sans me mettre à pleurer. Heureusement pour moi, tu as tout de suite enchaîné avec le récit des deux dernières semaines. Tout s’était déroulé pendant mon voyage en France. Tu attendais mon retour à la maison pour ne pas gâcher mes vacances de Pâques (une vraie maman!). Mais tu savais que je serais en colère si tu me cachais plus longtemps l’attente insupportable que tu devais endurer. Ta vie avait viré boutte pour boutte en deux semaines.

Mon premier réflexe était de vouloir être près de toi. Foutu téléphone! Il y a des choses déjà tellement difficiles à dire, tu ne devrais pas avoir à les répéter. « Excuse-moi, la ligne a coupé. Tu as dit que tu croyais que c’était grave ou que ce n’était pas grave? » Et maintenant, c’était à mon tour de parler. Mais la ligne était tellement mauvaise que tu n’entendais rien de ce que je disais.

Je peux t’imaginer, dans ton salon, fixant un banc de neige gris par la fenêtre… Tu viens d’annoncer à ta fille que le cancer est revenu dans ta vie et tu n’as même pas bien compris ce qu’elle t’a répondu. J’aurais voulu que tu sentes qu’on était avec toi. Qu’on te soutiendrait autant que la première fois que ces maudites cellules atypiques étaient apparues. Du temps où on habitait dans la même ville et qu’on pouvait remplir ton congélateur de bons petits plats avant l’opération. Qu’on pouvait t’organiser un Noël de rêve pour t’entourer d’amour et te faire sourire.

Ce qui avait été un soulagement la première fois (réaliser qu’on pouvait aider par notre simple présence) était maintenant ma plus grande source d’abattement. Je devais faire le deuil de pouvoir offrir un câlin à ma mère au moment où elle en avait le plus besoin. Le soleil éblouissant de la côte méditerranéenne m’agressait. La grisaille se serait mieux accordée à mes états d’âme.

Quand les kilomètres nous séparent de nos proches et nous empêchent de traverser une épreuve ensemble, le poids de cette épreuve est cent fois plus lourd. Comment faire quand des gens si près de notre cœur vivent si loin de nous?

Pour vous laisser sur une note plus positive, je veux quand même préciser que les résultats de la biopsie, reçus quelques semaines plus tard, nous annonçaient une bonne nouvelle : pas de cancer. Ça ne change pas grand-chose à la distance entre une mère et sa fille, mais ça fait toute la différence du monde quand tu as peur de perdre ta maman.

Elizabeth Gobeil Tremblay

 

Je suis l’héroïne silencieuse

Ce matin, je bois mon café comme à l’habitude, avant ma journée

Ce matin, je bois mon café comme à l’habitude, avant ma journée de travail. Pourtant, rien n’est normal. Je n’ai pas faim, je suis nerveuse. Ce matin, bizarrement, mes enfants viennent avec moi. Je ne veux pas, je veux les protéger. C’est mon rôle de maman, non?

Pourtant la société a besoin de moi. Pendant que d’autres seront sur la ligne de front, moi je veillerai sur ce qu’ils ont de plus précieux… leurs enfants.

Cette crise de la COVID-19 nous happe de plein fouet. Je comprends que je dois, moi aussi, répondre présente.

Mais je comprends aussi que je prendrai soin des enfants des gens qui ont le plus de risque d’être exposés : médecins, infirmières, infirmiers et autres. Donc mes risques d’être exposée sont élevés.

Mes enfants seront avec moi, car c’est la consigne : je dois me rendre au travail avec elles. Tu me diras que mon conjoint a seulement à rester à la maison. Mais à la fin de ma journée, je vais où?

Pour le moment, nous ne savons pas où cette crise nous mènera. Mon travail sera d’expliquer l’importance du lavage des mains à mes petits. On le fera en jouant, parce que tout ça doit rester un jeu pour eux.

Nous sommes les grands, c’est à nous d’avoir peur. Tu sais, nous serons le papa dans La Vita è bella. Parce que c’est un peu une lutte contre la guerre tout ça. Un combat contre un être microscopique, mais un combat tout de même.

Alors je te demande, s’il te plaît, à toi, de respecter les consignes du gouvernement. Tu les connais, je ne les répéterais pas.

Fais‑le pour ceux et celles qui sont sur la ligne de front.

Fais‑le pour nous, les héroïnes silencieuses… les éducatrices.

Mélanie Paradis

 

Déception saisonnière

Depuis de nombreuses années, j’ai ce sentiment au printemps…</p

Depuis de nombreuses années, j’ai ce sentiment au printemps…

En fait, ça fait bientôt quinze ans. Le temps, le boulot, la famille, les amis et toutes mes responsabilités actuelles n’y font rien. Si je ferme les yeux, je m’y replonge complètement. Cet hier, celui qu’on ne désire ni aujourd’hui ni demain. Pourtant, tout semblait si parfait.

J’avais passé l’été à bien m’y préparer. Une espèce de maturité naissante. Mon père m’avait inscrit à un camp de perfectionnement. Pour celui‑là, je m’y étais donné à fond. J’ai aussi mieux assumé le stress de la période de sélection. Ce court moment, où d’autres vous remettent à votre place.

Enfin, je faisais le double lettre. U13 Pee-Wee BB.

Nous avions une saison formidable. Quatorze jeunes qui formaient une équipe. Un ensemble, fort de chacun de nous. Chacun de nous, fort de l’ensemble. Solidaires. William et Thomas sont restés mes amis. Nous jouons toujours le jeudi soir, le souffle court et moins de rapidité qu’autrefois.

J’aimais beaucoup notre entraîneur. Patrick était motivé, mais juste. Surtout, il nous a communiqué la responsabilité. Le jeu, c’est le nôtre. Du banc, il ne peut ni arrêter les rondelles ni compter de buts. Encore moins fournir les efforts nécessaires.

À la mi‑saison, nous étions déjà qualifiés pour faire les séries régionales. Les Seigneurs avaient le vent dans les voiles depuis une dizaine de matchs. J’étais le deuxième marqueur de la ligue. Avec espoir encore d’être le meilleur. Ma plus belle saison « à vie », comme je le disais alors.

Tout était prévu. Grand-papa Gaston y serait comme chaque année. Il avait ajusté son séjour pour y être. Lui, moi et le hockey, c’était lié. Il était celui qui m’avait accompagné si souvent aux activités, parce que mes parents ne pouvaient pas. Enfin, pas tout le temps. Cette année‑là, c’était le premier hiver qu’il passait en Floride. Au chaud, comme il disait à tous. Avec son clin d’œil espiègle.

Tout semblait possible, même le championnat…

Puis, la décision a été prise. Évidemment, sans nous. Nous prenant complètement par surprise. C’est terminé! Plus de matchs, plus de séries, plus de saison. La pandémie et le virus avaient gagné. J’ai tellement pleuré. Seul, dans ma chambre. Effondré par le choc. Mon premier, de ceux qui nous marquent à jamais.

Je ne vous parle pas de ma déception sportive. Je pense à mon grand-papa Gaston, mort en Floride. En mars 2020, l’année de la COVID-19.

Tu me manques tellement, grand-papa…

michel

 

Ma gang de malades

C’est une sensation étrange ces jours‑ci que d’aller dans un

C’est une sensation étrange ces jours‑ci que d’aller dans un commerce américain. Que ce soit Costco, Target, Walmart ou l’épicerie du coin, des étagères sont vides. Au pays de la démesure, même au fin fond du Nouveau-Mexique, une folie passagère germophobe a pris le contrôle des étalages : on ne trouve plus de lingettes désinfectantes. Dans plusieurs commerces, on peine aussi à trouver du savon à mains, de l’eau embouteillée et du papier de toilette. Et ce n’est pas juste ici : des Australiennes ont fait la manchette il y a quelques jours pour s’être querellées afin de déterminer qui aurait le privilège d’acheter du papier de toilette.

Alors que la saison de la grippe bat son plein, c’est une autre bibitte qui fait la une : le coronavirus (COVID-19).

Ce qui est un peu ridicule dans cette situation est que, malgré toute cette attention médiatique, chez l’adulte en santé, les symptômes du coronavirus sont similaires à un rhume. Oui, c’est dramatique un bateau de croisière en quarantaine, mais en réalité (et ce qui ne fera pas la une aux nouvelles), nous serons des milliers à avoir contracté le COVID-19 sans le savoir. Alors, soyons responsables et limitons les occasions de contaminer les autres.

Cette crise illustre aussi quelques faits déroutants qui semblent indiquer que pour certaines personnes, la survie personnelle est aux dépens de l’autre.

Cette compulsion d’accumulation et de surconsommation fait peine à voir. Ça te donne quoi de désinfecter ton bureau au travail et tes poignées de porte trois fois par jour avec ta douzaine de caisses de lingettes désinfectantes accumulées au détriment de ton voisin si celui‑ci n’a pas de savon pour se laver les mains? Est‑ce que tu te sens mieux avec tes 2 000 rouleaux de papier de toilette accumulés dans ton garage?

Est‑ce que ce sont les mêmes personnes qui se présentent au travail en toussant et avec une fièvre parce qu’elles ne veulent pas utiliser leurs journées de congé? Ces personnes sont‑elles différentes des trois passagers sur mon vol des États-Unis à destination de Montréal dernièrement qui, après avoir entendu l’équipage partager un message expliquant les symptômes à déclaration obligatoire à la douane canadienne, ont immédiatement cessé de tousser?

Je me suis demandé si ces voyageurs avaient des attentes différentes quand il était question d’être eux-mêmes exposés à la maladie de quelqu’un d’autre. Ne serait‑il toutefois pas irraisonnable de demander à quelqu’un qui ne sait pas s’il est contagieux de s’abstenir de prendre l’avion? Je n’ai pas de réponse à vous offrir, mais l’arrêt soudain de la toux après le message de l’équipage me laisse croire que ce qui était primordial pour eux était de passer sous le radar des douanes.

Cette peur de la maladie a non seulement engendré une pénurie artificielle en magasin et une augmentation indécente des prix en ligne, elle exacerbe la propension humaine à élaborer des théories du complot. Le virus a été créé en laboratoire! Le gouvernement cache la vérité! Fake news! Les Chinois ont fait exprès!

Ah, les Chinois. Plusieurs situations ont été reportées où des actes haineux ont été transmis envers des Asiatiques, perçus par certains comme responsables de la maladie. Des attaques dans les transports en commun, des messages d’intimidation, des billets d’opinion, etc. On a toujours une bonne raison pour pointer du doigt.

On n’a qu’à porter attention au mouvement survivaliste et à l’offre grandissante d’ensembles de nourriture sèche destinés à affronter les catastrophes naturelles pour comprendre que l’homo sapiens est obsédé par sa survie. D’un point de vue biologique, ça se comprend. N’est-il pas naturel pour toute forme de vie d’assurer sa subsistance et sa survie?

Mais de là à accumuler dans ton garage une douzaine de caisses de lingettes désinfectantes et tout le papier de toilette que tu as pu trouver, Bob? Vraiment?

Ceci dit, comme pour la grippe saisonnière, il est recommandé de prendre des précautions et d’être attentif à la maladie dans les situations où vous pourriez exposer une personne immunodéprimée ou au système immunitaire affaibli. Si tu ne te sens pas bien, laisse faire Dr Google ; va voir ton médecin et reste à la maison.

Pour plus d’information sur le coronavirus, je vous invite à consulter : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/2019-nouveau-coronavirus.html

Note de l’auteure : Depuis l’écriture de ce texte, la gouverneure de l’état du Nouveau-Mexique et le président des États-Unis ont déclaré l’état d’urgence. Les écoles sont fermées pour une période de trois semaines et les étagères des épiceries sont vides dans tous les départements (denrées non périssables, produits ménagers, produits frais, boucherie, etc.).

Genevieve Brown

Coronavirus, mais dans quelle merde nous as-tu mis?! 

Je vais parler du coronavirus, mais pas de son aspect médical. Non,

Je vais parler du coronavirus, mais pas de son aspect médical. Non, plutôt de ses répercussions. Le virus en tant que tel ne me fait pas peur, sauf pour les membres de ma famille pris avec des maladies pulmonaires ou avec un système immunitaire affaibli.

Je travaille comme technicienne en laboratoire dans une pharmacie communautaire. Je suis en première ligne avec les patients. Je n’ai pas de protection essentielle contre ce virus, ni gants, ni masque, ni désinfectant. TOUT EST EN RUPTURE D’INVENTAIRE PARTOUT. C’est très inquiétant. J’ai une famille avec deux jeunes enfants. Je suis stressée au maximum. Mes patrons font leur maximum pour nous aider, mais c’est impossible en ce moment. J’angoisse × 100 000.

Mon conjoint travaille dans l’industrie de l’audiovisuel. Tous ces contrats sont annulés jusqu’en juin. Il risque très fortement de perdre son emploi. Ce qui veut dire que je risque de perdre ma maison, ma voiture. Soyons réalistes, l’économie va être très affectée et l’industrie dans laquelle mon conjoint travaille ne repartira pas à plein régime lorsque la pandémie sera écartée.

Mes enfants… ils ne comprennent pas ce qui se passe. Maman et papa ne sont pas comme d’habitude. Même si je m’efforce du mieux que je peux de garder une vie normale, rien n’est pareil. Comment expliquer à mes enfants pourquoi les gens sortent de l’épicerie du coin avec des paquets de papier de toilette en quantité phénoménale? « Maman, est‑ce qu’ils ont la gastro? » a été leur question.

Un vent de panique s’est installé et tout part en vrille. Je suis angoissée comme je ne l’ai jamais été. Je suis en état de stress à un niveau inexplicable. Le futur me fait peur, je ne sais pas à quoi va ressembler demain. J’ai peur pour mes enfants. Je n’avais jamais connu de peur aussi intense. J’en ai mal physiquement.

S’il vous plaît, je vous en prie, au nom de ceux qui sont malades, mais aussi au nom de ceux qui risquent de tout perdre, prenez vos responsabilités d’êtres humains. Lavez-vous les mains. Si vous êtes à risque d’avoir contracté le virus, prenez les précautions mentionnées par le gouvernement. S’il vous plaît, ne soyez pas égoïstes avec les paquets de papier de toilette et offrez votre aide à vos voisins âgés, handicapés ou malades. Soyons des êtres humains. Soyons respectueux envers chacun.

Une maman essoufflée

10 février 2010

Vous est-il déjà arrivé que quelqu’un cogne à votre porte sans

Vous est-il déjà arrivé que quelqu’un cogne à votre porte sans être invité? Moi oui! Vous savez, le genre d’invité dont vous ne voulez pas, celui qui arrive lorsque vous êtes en pyjama, les cheveux couettés…

10 février 2010 : une date que je n’oublierai jamais, qui a changé ma vie. Ce jour où l’on a prononcé le mot « cancer » devant moi, pour moi. Ben oui, pas le rhume, le cancer. Comme un gros mot que l’on bannit de notre vocabulaire.

Loin de moi la nostalgie, la « victimite », aiguë. Je suis remplie de gratitude envers la vie. Merci d’avoir remis les choses en perspective, les yeux en face des trous comme on dit, on ne sait pas à quel point notre vie est un cadeau chaque jour. Et malheureusement, ou heureusement, il arrive ce genre d’invité casse-pied qui nous rappelle combien la vie est précieuse.

J’étais déjà le genre de personne à vivre sa journée comme s’il n’y avait pas de lendemain. L’effet a été multiplié par 1000! J’aime toutes les parties de ma vie, incluant celle-ci. Elle fait partie de mon parcours et c’est parfait ainsi. Elle m’a donné toute l’essence pour regarder droit devant et pour ne jamais m’arrêter. Me faire confiance, faire confiance en la vie et être certaine que la vie n’en a pas fini avec moi au moins pour cent ans.

Merci à ma famille, mes amis, ma psy d’avoir été là, si précieux pour moi. Ils n’ont pas été mis sur ma route par hasard! Merci à ce cancer d’avoir été la bougie d’allumage pour changer ce qui ne me convenait pas et d’avoir transformé tout ça en route qui me ressemblait, qui me projetait plus loin. Merci la vie pour ces personnes au travail qui ont été présentes à chaque moment. Merci la vie pour cet amoureux qui a su tenir ma main quand c’était important. Merci la vie pour ces deux enfants qui ont été ma motivation : vous êtes merveilleux tous les deux. Vous m’avez rendue meilleure.

Pourquoi moi? En fait, pourquoi pas moi? J’ai eu tout ce qu’il fallait en moi pour embarquer dans la vague. Ce n’était pas un combat : trop fatigant les combats. J’ai juste embarqué dans la vague. If you can’t fight them, join them, comme ils disent. Ne me parlez pas de courage, ce n’en est pas pour moi, c’est de la résilience dans toute sa splendeur.

Merci la vie pour ces dix ans remplis, d’aventures, d’amour, d’apprentissages. Protège ceux que j’aime, c’est tout ce qui compte pour moi. Résilience à tous ceux qui sont dedans présentement, vous êtes forts et je suis avec vous de tout cœur. Vous avez tout ce qu’il faut. À ceux qui accompagnent, ne jugez pas, ne présupposez pas des émotions vécues, soyez juste là, présents. En passant, mes pensées s’appliquent à toute personne qui vit un défi dans sa vie, pas juste le cancer. Je m’aime, je vous aime! Aimez ce qui vous entoure.

Marie-Josée Gauthier

Et si on pensait aux enfants ?

Ma profession est malade. En cette semaine des enseignants, la pénu

Ma profession est malade. En cette semaine des enseignants, la pénurie n’a jamais été si intense. On se retrousse les manches, on se remplace entre nous, mais voilà, ça ne suffit plus…

Des collègues d’éducation physique se retrouvent titulaires de classe, des éducateurs enseignent l’anglais ; le manque de suppléants est criant. Je ne dénigre en rien mes collègues. J’ignore comment j’enseignerais les techniques de basket ou les stratégies de volleyball ! 😉 Je prendrais encore moins la place des éducateurs qui, chaque jour, prennent le relai et déploient des efforts inimaginables pour réaliser de grandes activités avec peu de moyens. Seulement, ces gens n’ont pas reçu la formation nécessaire pour assurer le suivi des enfants dans une classe. Ils font ce qu’ils peuvent et surtout, soyez assurés qu’ils font de leur mieux. Vraiment.

Sincèrement, jamais je n’aurais cru me sentir à ce point embarrassée d’être malade. Culpabiliser avec la gastro ou l’influenza, c’est assez plate merci. Ressentir un profond malaise lorsque notre enfant est malade, c’est désormais coutume. On passe notre journée à se confondre en excuses auprès de nos collègues qui nous ont gentiment dépannée.

Nous sommes face à un mur.

De béton.

Armé.

On fait quoi ? On continue de pleurer sur notre sort ? Serait‑ce bien utile ? Des solutions, il y en a très peu, mis à part s’entraider et se soutenir.

Pensons aux enfants. Ce sont eux les victimes de cette instabilité. La plupart des élèves traverseront cette tempête aisément. D’autres devront ramer un peu plus fort, perdant quelques plumes au passage. Certains, malheureusement, seront plus échaudés, n’ayant plus leur repère, leur point d’ancrage.

Pensons à ces enfants la prochaine fois que nous devrons prêter main-forte à un collègue. Unissons-nous en nous rappelant que notre correction peut bien nous attendre un peu et surtout, qu’on apprécierait que quelqu’un fasse de même pour nous.

Pensons à ces enfants qui n’ont pas demandé à être victimes de cette pénurie. Rendons le moment passé auprès d’eux constructif et agréable.❤️

Je crois encore un peu au père Noël et je suis convaincue que Mary Poppins existe quelque part… Si quelqu’un veut proposer une solution miracle, je vous écoute.😉

Eva Staire

La beauté de la mort

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Une pluie de « Je t’aime » si sincères.

Des millions de sourires inquiets et à la fois si reconnaissants.

Des yeux angoissés qui s’apaisent lorsque je te prends la main.

Des larmes qui coulent sur tes joues lorsque tu reçois, une fois de plus, de mauvaises nouvelles à propos de ton combat, celui que tu mènes depuis près de deux ans.

Un regard vers moi, comme celui d’un enfant qui demande à sa maman de le rassurer. Ce regard si naïf et fragile.

Des rires et des pleurs à un intervalle si rapproché que nous en sommes étonnées.

La maladie qui t’a emportée nous aura permis de vivre des moments que jamais je n’oublierai.

 

J’aurais pu écrire sur l’incompréhension qui me hante, ma frustration ou la peine que je ressens que tu sois partie si jeune, laissant derrière toi tes deux parfaites petites filles et ton amoureux à qui tu vas tellement manquer.

J’ai plutôt décidé de composer sur les doux derniers jours de ta courte vie.

Des rires dans ta chambre d’hôpital, des amis qui « popent » ton veuve Clicquot pendant que tu prends tes dernières respirations avec une force déroutante.

Tes petites amours qui courent autour de ton lit avec des ballons que les infirmières ont gonflés pour elles. Tes filles qui s’arrêtent de temps à autre pour caresser tes mains de maman qui deviennent de plus en plus froides et marbrées. Puis, elles retournent dans la salle de jeux pour rire et s’amuser avec les jouets. Elles ne le savent pas, mais elles aussi, tout comme leur maman, elles nous enseignent sans le savoir, la beauté de la vie à travers la mort.

Tes amis, ta famille… nous sommes autour de toi à nous raconter des anecdotes vécues avec toi. Parce que toi, par la personne que tu es, tu nous laisses le souvenir de ta vie et non de ta mort qui approche.

Tu as créé sans le savoir de si belles amitiés entre nous tous. J’ai connu, grâce à toi, des personnes merveilleuses, des femmes aussi fortes que toi, des battantes. J’ai aussi rencontré des amies à toi, qui feront maintenant partie de ma vie et qui, par ce qu’elles sont, feront vibrer ton âme pour que tu demeures près de moi… près de nous.

Pendant que tu expirais tes derniers souffles, nous qui t’entourions avons inspiré ton courage et ta résilience.

 

Certaines personnes entrent dans notre vie et y laisseront sans le savoir des empreintes sur notre cœur. Ces traces feront en sorte que nous ne serons plus jamais la même personne.

Tu es cette personne.

Après avoir vécu avec toi les derniers instants de ta courte vie, je ne serai plus jamais la même.

Je te remercie de m’avoir laissé entrer dans ta vie, de m’avoir permis d’être à tes côtés afin d’escalader les montagnes qui se sont dressées devant toi ces derniers mois.

Tu vas me manquer… nous manquer.

Pour donner pour soigner le cancer du sein: Donner!

 

Isabelle Nadeau

 

 

 

 

 

La collègue

Une journée plus tranquille au bureau… Vous savez, un vendredi de formation. Pour apprendre à

Une journée plus tranquille au bureau…

Vous savez, un vendredi de formation. Pour apprendre à mieux se connaître. À connaître ses collègues. Les ressources humaines fixant fermement l’objectif commun. Une présentation, un questionnaire, des ateliers. Tout s’enchaîne rapidement. Il y aura un cocktail plus tard. Pour enfin compléter la journée avec le repas de groupe. La farandole des trois services, dans le style cafétéria de luxe au menu limité.

Une formation sur la communication. D’emblée on identifie votre boîte, votre style. Vos tendances. Votre étiquette d’être. Puis on vous demande d’interagir avec les autres. En arrière-plan, votre cerveau qui les juge. Du moins, veut leur mettre la bonne étiquette. Cette boîte, ce style. Maintenant qu’on sait.

Une journée très agréable, dans mon cas. Surtout que je suis un des petits nouveaux. J’ai l’occasion de pouvoir briser la glace. De rencontrer plusieurs collègues. Sans stress, sans performance. Je suis aussi joueur. J’aime l’interaction avec les gens. Les défis, seul ou en groupe.

Le temps file. Comme, trop souvent, les beaux moments de la vie. Déjà attablés. Pour agrémenter la soirée, un collègue anime un encan. Au profit d’une bonne cause. Il était dans mon groupe, pour les ateliers. Il n’a jamais communiqué ce côté de lui. On communique bien ce qu’on veut, après tout. Il s’avère excellent pour susciter la surenchère. Avec beaucoup d’humour. Au final, la somme récoltée sera impressionnante.

Puis, au travers de l’encan, il fait l’annonce. L’émotion. La sienne, d’abord. Il peine à compléter ses phrases. Puis l’émotion de ma voisine de gauche, qui est dans les personnes qui vont aussi la visiter. Celle qu’on ressent ensuite, dans toute la salle. Une collègue a pris sa retraite cette année. Au début de la soixantaine, si j’ai bien compris. Quelques mois. Puis, Lou Gehrig. La rapidité de la dégradation. Le fauteuil roulant. L’avenir plutôt sombre…

J’aime le baseball, mais rarement entendre ce nom.

Rien des images qu’on nous montre, pour la retraite. Rien des projets qu’on se fait pour plus tard. Confiants, insouciants. Mais ça, je le sais bien. Trop bien, en fait. Ce qui me fait dire souvent qu’il faut en profiter maintenant. Réaliser nos rêves sans trop attendre. Car, parfois, ça n’arrivera juste pas.

Cette collègue n’est pas là. Elle ne peut sentir tout l’amour et tout le positif que le groupe veut lui donner. C’est ce qui m’a décidé à écrire ce court hommage. Pour qu’elle le lise, à sa guise. En espérant lui faire ressentir ces moments. Les siens.

J’envie un peu cette personne que je ne connais pas. Nous nous demandons tous ce que les autres retiennent de notre manière d’interagir. De communiquer. Surtout, j’envie cette émotion qu’elle a provoquée, bien après avoir quitté l’entreprise.

Si tu permets, chère collègue, je t’envoie ce gros câlin de réconfort…

michel

P.-S. – J’ai eu l’idée de ce texte à la soirée. Le tourbillon de la vie m’a retardé. Je voulais prendre le temps de bien faire. Depuis le 18 novembre dernier, la collègue veille désormais sur ceux qu’elle aime. Cruel rappel du message que je voulais vous communiquer.

Ma peau malade

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J’ai honte de ma face. Je le sais, je ne devrais pas. Mais j’ai honte pareil. Ma peau boutonneuse, cicatrisée, craquelée, enflée, infectée, je la trouve dégueu. Ben oui. Je l’ai écrit. J’étais tannée de le dire juste devant mon miroir.

En fait, je le dis dès que je passe devant un miroir, mais je ne me regarde même plus dans la glace, sauf pour me badigeonner de fond de teint. J’ai beau dire à mes enfants de s’accepter comme ils sont, de se trouver beaux, de ne pas laisser le jugement des autres les affecter… je ne suis plus capable de m’en convaincre moi-même.

Après plus de trente ans à souffrir d’acné, je pense que j’ai le droit, hein, d’être à boutte?

J’ai tout essayé : les méthodes de nettoyage appropriées (pas trop souvent, juste assez, avec les bons produits non comédogènes), les produits en vente libre, les produits gardés secrets par le pharmacien, les traitements médicamenteux pendant six mois ou un an (ceux pour lesquels il faut signer des promesses de se protéger avec trois pouces de condoms parce qu’un bébé pondu pendant le traitement naîtrait avec un bras dans le front), les antibiotiques topiques, les antibiotiques oraux… Jusqu’à date, mon meilleur allié, c’est l’huile d’arbre à thé.

J’ai évidemment réduit le stress et l’impact des polluants extérieurs. J’ai modifié mon alimentation, je rencontre une nutritionniste, j’hydrate ma peau et je bois beaucoup d’eau. Contraception ou pas, ça revient, cette affaire-là. Pas mal trop vite! J’ai à peine le temps de réparer ma peau et mon estime après une crise acnéique que ça me saute à nouveau dans le visage, comme une vieille corneille frue dans un pare-brise sur l’autoroute. Ça démange, ça s’accroche. Je dois être attachante, mais je préférerais prendre mes distances avec ces bactéries-là. Mes complexes gonflent aussi vite que les bosses dures sur mon menton.

Depuis des mois que je me dis que je devrais bien écrire ce texte. Des mois que je me dis que je ne dois pas être la seule à vivre avec une maladie de peau qui persiste. L’acné, on dit souvent que c’est la bête noire des adolescents, mais rendu à l’âge adulte, personne n’en parle. Pas parce que ça n’existe pas, juste parce que c’est presque aussi tabou que le salaire qu’on gagne. Si on n’en parle pas, personne ne va le remarquer, n’est-ce pas…

Et là, j’ai décidé d’en parler. On ne devrait pas avoir à se cacher la face malgré notre acné. On ne devrait pas avoir honte de notre peau malade. On ne devrait pas hésiter à aller chercher de l’aide pour la soigner.

Ce n’est pas une maladie dangereuse, bien sûr. Mais elle laisse tout de même deviner des problèmes sous-jacents (stress, débalancement hormonal, intestins qui fuient, etc.). Sans compter ses effets secondaires : les traces évidentes qu’elle laisse sur la peau ad vitam eternam, l’estime personnelle en chute libre, le refus de sortir de la maison, le retrait (ou le rejet) social, l’augmentation du stress… et la roue tourne.

Si vous avez des super trucs qui ont sauvé votre face, on est preneurs!

Nathalie Courcy