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Toxicité

J’ai quitté une relation toxique. Aux yeux de tout le monde, nous

J’ai quitté une relation toxique. Aux yeux de tout le monde, nous étions le couple parfait. En public, on riait ensemble, on passait notre temps à s’obstiner, pour tout et pour rien. On avait une belle complicité, ça oui. Mais en privé, je vivais constamment de l’insécurité. L’alcool tuait notre couple à petit feu.

–         Si t’es pas contente, tu sais quoi faire. On a juste une vie à vivre pis moi j’ai du fun.

C’était sa réplique depuis plusieurs années. J’étais toujours stressée quand je le voyais prendre une bière parce que je savais qu’il n’arrêterait pas avant de toucher le sol. Il y a eu quelques épisodes d’agressivité au fil de ces années où on semblait vivre le bonheur aux yeux des autres. Des fois, il me réveillait pendant la nuit pour me menacer de me frapper. D’autres fois, il m’accotait dans le mur pour me menacer de m’arracher la tête en me disant que j’avais un sale caractère et qu’il n’était plus capable de m’endurer parce que c’était moi qui le rendais agressif et qu’à ce moment‑là, ce trop-plein devait sortir. Mais aux yeux des autres, on était le couple parfait. Personne n’a vu venir notre séparation, on était si « parfaits ».

Mais moi, de l’intérieur, je mourais à petit feu. J’avais toujours peur lorsqu’il levait le coude.

Bien sûr, je lui en avais parlé. Il me disait qu’il avait changé, que ça n’arriverait plus. En effet, quelques années ont passé sans violence mais ma crainte, elle, n’est jamais partie. Sa consommation d’alcool n’a jamais diminué par contre, au contraire. Et ma crainte augmentait sans cesse. Je me disais qu’un jour, ça finirait encore par éclater.

Lorsqu’il buvait trop, je feignais de dormir pour éviter de lui parler. Parce que selon lui, je provoquais toujours la chicane. De cette façon, je n’endurais plus ses excès d’alcool. Mais j’angoissais. Beaucoup. J’avais toujours peur qu’il essaie de me parler même si j’étais censée dormir et j’attendais. J’attendais qu’il finisse, lui, par s’endormir. Parfois, ça prenait presque la nuit au complet. Il était tenace. Il buvait beaucoup, même la semaine. Donc, j’attendais toujours qu’il s’endorme avant moi pour que je puisse finalement dormir… en paix. Avoir la paix, ça n’a pas de prix.

Des fois, avec à peine trois heures de sommeil, j’allais travailler. C’était comme ça plusieurs fois par semaine. Je n’en pouvais plus mais en public, je souriais.

–         Vous êtes tellement beaux ensemble ! Vous allez faire votre vie ensemble, c’est impossible que vous vous sépariez, vous êtes un modèle !
Je l’ai entendu souvent et à chaque fois, c’était un coup de couteau de plus dans le cœur. « Si seulement tu savais ».

Les mois passent, j’ai encore cette insécurité et pourtant, il n’est plus là. Est‑ce qu’il va venir cogner à ma porte, un soir, à cause de l’alcool ? J’ose espérer que non, mais c’est plus fort que moi, j’y repense souvent et j’en fais parfois des cauchemars.

Un jour, je retrouverai pleine confiance et je n’y penserai plus.

Eva Staire

 

N’hésitez pas à demander de l’aide

SOS violence conjugale  –  1 800 363-9010 (24/7)

Lettre à mon fils

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Mon fils. Mon petit homme de ma vie. Tu as 8 ans maintenant. Les années passent à une vitesse effrayante ! Tu as un parcours pas facile pour un petit garçon de ton âge. Jusqu’à l’âge de 3 ans, tu m’as vue vivre une relation difficile avec ton papa. Tu m’as vue camoufler mes larmes, tu m’as vue essayer d’être forte et essayer de vous faire sourire ta sœur et toi, même si tu étais assez perspicace pour savoir que je cachais de la tristesse. Tu étais petit, mais tellement brillant et vif d’esprit. Tu n’avais pas la naïveté des autres enfants, tu ne l’as jamais eue.

 

À 3 ans, tu as vécu la séparation de tes parents, sauf que ton papa à toi est allé vivre à 5 000 km et il est venu te visiter seulement trois fois depuis son départ. J’ai voulu essayer de compenser ce manque-là, mais la réalité, c’est que je n’ai jamais pu. Je suis juste ta maman. Je ne peux pas être autre chose que ta maman.

 

Au fur et à mesure que tu grandissais, je réussissais à voir la fissure qui s’était dessinée sur ton petit cœur d’enfant. Un trouble de l’attachement. On ne veut tellement pas que nos enfants souffrent dans la vie, mais là, je devais bien me rendre compte que la vie est ce qu’elle est. J’allais devoir relever mes manches et tout faire pour que tu ne te sentes jamais abandonné.

 

À la garderie, à l’école, ça n’a pas toujours été évident. Les adultes ne savent pas toujours comment intervenir avec toi, je le sais ça. Le lien d’attachement avec l’adulte est indispensable pour toi pour que ça fonctionne. J’ai aussi vu que ta petite blessure envenimait parfois tes relations avec les autres. Chaque fois que tu as la perception d’être rejeté, c’est une grosse tempête dans ton cœur et dans ta tête. Il faut bien te connaître pour le comprendre.

 

Chaque année scolaire, je croisais les doigts pour que tu tombes sur un prof qui allait comprendre tes particularités, tes besoins. J’essayais d’être ta voix. À chaque rencontre avec l’école, à chaque appel avec la technicienne en éducation spécialisée (combien ? J’ai arrêté de compter !), à chaque appel de la directrice, je me démenais pour qu’en fin de compte, tu sois compris. Derrière tes comportements parfois plus difficiles se cache un garçon hypersensible, anxieux et qui ne demande qu’à être aimé. Tu caches bien tout ça par contre, avec la petite carapace que tu as construite pour te protéger.

 

On a fréquenté une psychologue merveilleuse qui m’a beaucoup aidée à rester forte dans les derniers mois de ta deuxième année qui me semblait interminable. J’avais un petit être humain de 7 ans qui n’aimait plus l’école. Tu n’avais que 7 ans ! Tes crises d’anxiété se multipliaient le matin. Tu pleurais. Tu ne travaillais plus en classe. Tu étais devenu complètement indisponible aux apprentissages. J’étais épuisée, tout comme toi mon amour.

 

Pendant le confinement, on m’a appris qu’une demande avait été approuvée pour toi, pour que tu intègres une classe « nurture » à la prochaine rentrée scolaire, dans une autre ville à côté, dans une école régulière qui avait ce type de classe. J’ai fait mes recherches, j’ai lu, j’ai parlé avec la directrice de la nouvelle école. Wow ! J’ai compris qu’on avait été entendus. Cette classe réduite où le lien d’attachement est à la base des interventions était faite pour toi. Le hic… je m’imaginais mal t’envoyer dans cette école alors que ta sœur allait intégrer l’école primaire que tu connaissais. Eh bien oui, on s’est lancés ! J’ai vendu mon condo pour acheter une maison avec ton beau-père que tu aimes tant et qui est si présent pour toi. Et pas n’importe où. Dans le secteur de l’école que tu allais fréquenter. Je sais que tu penses naïvement que tu as changé d’école parce qu’on a déménagé, mais moi, je garde le secret qu’on a tout fait ça pour toi mon petit bonhomme. Un jour, tu le sauras peut-être !

 

En attendant, moi, je te regarde aller à l’école avec le sourire chaque matin pour aller retrouver tes nouveaux amis et ton enseignante qui comprend parfaitement tes besoins. Tu es dans une classe incroyable, adaptée à tes besoins, et franchement je ne t’ai jamais vu aussi heureux. Tu retrouves une confiance en toi que tu avais perdu complètement. Je te sens apaisé. C’est de la musique dans mes oreilles quand je te vois revenir de l’école avec des étoiles dans les yeux en me racontant tout ce qui s’est passé de merveilleux dans ta journée ! Après tout, je te l’ai promis que je ferais tout pour que tu ne te sentes jamais abandonné ! Je n’arrêterai jamais de croire en toi. Ne l’oublie jamais !

Signé ton ange-gardien, ta maman. 

La petite fille perdue

Cet été, on a profité des vacances, comme des milliers de Québécois,

Cet été, on a profité des vacances, comme des milliers de Québécois, pour aller visiter le zoo. On a réservé nos billets en ligne, rempli la glacière, préparé les maillots, les serviettes, la crème solaire, alouette ! Avant de partir de la maison, j’ai collé un pansement sur le bras de mes quatre enfants, en prenant soin d’y écrire à l’encre mon numéro de cellulaire. Un geste qui semble bien anodin, qui prend deux secondes à faire, mais qui permettrait à mes enfants de me retrouver plus facilement s’ils se perdaient. Ils connaissent mon numéro par cœur, mais s’ils devaient se perdre, on ne sait pas comment ils pourraient réagir. Un enfant évanoui ou en panique ne se souviendra pas de la série de chiffres tant répétée à la maison. L’an passé, on a d’ailleurs remarqué que les bracelets donnés à l’admission du zoo ont justement une ligne vierge prévue à cet effet. Mais qui pense à traîner son crayon permanent sur lui à l’admission… ? Bref, c’est ma méthode pour toutes les sorties.

Revenons donc à notre sortie annuelle. Nous avions pris le temps de voir les animaux de tous les continents et le temps était venu d’aller profiter des bassins d’eau pour se rafraîchir. Avec plusieurs enfants, on finit souvent par se séparer les enfants par adulte. Un adulte reste avec les petits à la pataugeoire, pendant que l’autre va profiter des glissades d’eau avec les grands. Bref, vous voyez la scène. Cette année, Mamie est venue avec nous. Avec son masque et la distanciation, pas de panique. Alors on avait un adulte de plus pour surveiller les piscines, ce qui est toujours bienvenu.

Papa part avec les deux grandes pour faire les hautes glissades d’eau. Bébé s’endort sagement sur sa couverture, bien à l’ombre. Mamie propose donc de rester pour le surveiller pour que je puisse profiter de la piscine avec ma fille, moi aussi. Je saute sur l’occasion. Arrivées sur le bord de la piscine à vague, une petite fille attire mon attention.

Les cheveux blonds comme le blé, elle a l’air d’un petit ange. Elle doit avoir deux ou trois ans, tout au plus. Elle se promène sur le bord de l’eau. Mais un détail attire mon œil : elle porte une serviette. Pas de flotteurs. Je regarde aux alentours… Je ne vois pas d’adulte avec elle. On est sur le bord de la grosse piscine… Je me dis qu’un adulte va arriver en courant derrière elle dans quelques secondes… Puis les secondes passent et personne ne vient. Elle marche sur le bord de l’eau, sans flotteurs, et mon cœur de maman fait trois tours.

J’agrippe ma fille par la main et je décide de suivre la petite fille blonde. Ses grands yeux bleus ont l’air paniqués… J’essaie de l’approcher pour lui demander si elle a besoin d’aide, mais je semble lui faire encore plus peur… Alors je la suis, pas trop proche, pas trop loin. Je la surveille sur le bord de l’eau. Elle fait le tour du grand bassin d’eau. Deux fois. Dix minutes sont passées. Toujours pas d’adulte qui court vers elle… Je finis par l’apprivoiser un peu, en approchant tout doucement…

Je lui demande son nom. Pas de réponse. Je lui demande si elle cherche sa maman. Pas de réponse. Je lui demande si elle a besoin d’aide. Pas de réponse. J’essaie en anglais. Pas de réponse. Elle me regarde avec ses grands yeux bleus toujours aussi paniqués. Elle refuse de me tenir la main, refuse de venir dans mes bras, et moi, je refuse de la laisser seule sur le bord de la piscine.

Je fais signe à un sauveteur sur le bord de la piscine, qui comprend vite la situation. Mais le sauveteur en question, du haut de ses 17 ans je dirais, ne peut pas quitter son poste et encore moins quitter la piscine de vue… Il appelle au walkie-talkie, mais m’explique que je devrais la surveiller en attendant que quelqu’un vienne pour elle…

La petite fille, toujours muette, me donne finalement la main. J’explique au sauveteur que je vais refaire un tour du bassin d’eau avec elle, au cas où je trouverais ses parents. Autour du bassin, je questionne chaque famille que je croise. Peut-être que quelqu’un l’a remarquée plus tôt avec sa famille… Peut-être que quelqu’un sait où sa mère la cherche… Peut-être que quelqu’un a vu quelque chose… Et je me fais répondre, plusieurs fois : « Ho ! La petite fille perdue ? Nenon, je sais pas avec qui elle est… Ça fait un bout qu’elle est toute seul sur le bord d’la piscine… »

Mon cœur de maman est rempli de rage… Comment peut‑on voir une enfant de 2-3 ans seule, sans flotteur, sur le bord d’une piscine et ne pas aller l’aider ? Comment une mère peut laisser un autre enfant en danger ? Et si c’était votre enfant… Vous aimeriez que les autres la laissent en danger ? Me, myself and I… Ça m’enrage.

Je termine mon tour de piscine, ma fille qui me tient une main, et la petite fille perdue qui tient l’autre. Puis, je vois au loin un papa paniqué. Un papa aux cheveux blonds comme le blé. Il nous voit au loin et court vers nous. Avant qu’il arrive jusqu’à moi, je me penche vers la petite fille et le pointe du doigt. « C’est ton papa ? Tu le connais ? ». Les grands yeux bleus de la petite fille perdue s’illuminent. « Papà a me !!!! Papà a me !!! » Ouin. J’avais pas testé l’italien…

L’homme arrive à notre hauteur et à voir la petite cocotte s’élancer dans ses bras, il était évident qu’elle le connaissait. Le père essaie très fort de m’expliquer, dans un anglais boiteux, qu’il voulait acheter une crème glacée, mais qu’il avait perdu sa fille dans la file… Il me demande où était sa fille quand je l’ai trouvée. Je lui explique qu’elle était au bord de la piscine et qu’elle a fait trois fois le tour du bassin. Je sens son cœur de papa arrêter de battre. Parce qu’on sait tous les deux ce qui aurait pu se passer…

L’histoire finit bien. Personne ne s’est noyé. Personne ne s’est fait enlever. Le sauveteur était soulagé. Le papa heureux. La petite fille comblée. Ma fille et moi, nous sommes reparties nous baigner dans la grande piscine. Ma fille de 5 ans avait tellement hâte de pouvoir enfin aller dans l’eau. Mais je pense qu’elle aussi, elle a compris qu’une vie avait beaucoup plus de valeur qu’une baignade au zoo…

Joanie Fournier

 

Maman a paniqué !

Partage du livre de Samuel

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Partage du livre de Samuel

Ouf ! J’ai eu la peur de ma vie aujourd’hui. Pour la première fois, mon champion, tu as perdu connaissance ou tu as fait une chute de pression, tout est encore mélangé dans ma tête.

Mon dieu, je ne sais pas comment tu as fait pour ne pas te blesser, mais tu es tombé sur le béton comme une feuille.

Pour la première fois de ma vie, j’ai paniqué… quand je t’ai pris par terre et que j’ai senti ton corps mou… j’ai crié à ton papa « ANDRÉ ! Viens vite… » Quand je dis « André », tu le sais que c’est d’une grande importance et cela t’a plutôt stressé et fait ressentir ma propre peur. Tu as pleuré à cause de moi, car je t’ai fait peur par ma réaction. Tu m’as ensuite demandé : « Pourquoi, maman, tu as eu peur ? ».

Tout s’est passé si vite quelques fractions de seconde pour toi et pour moi.

Je t’ai expliqué que ma réaction est venue de la peur provoquée par la sensation de ton corps mou dans mes bras. En fait, quand j’y repense, ces quelques secondes m’ont paru une éternité. La raison pour laquelle j’ai paniqué et que j’ai appelé ton papa… je crois que mon cerveau a pris le dessus et s’est mis à imaginer le plus « bad » des scénarios. C’est fou, et cela, en quelques secondes seulement.

Ouf ! Tu es resté collé dans mes bras en position fœtale. J’ai pris une grande respiration et mon calme de maman forte est revenu. Je t’ai dit : « Tout est ok, je t’aime tout va bien… » Je t’ai sécurisé et par le fait même, je me suis sécurisé moi aussi.

J’ai réalisé que c’est ma réaction qui t’a fait plus peur qu’autre chose au début, car tu n’avais pas eu le temps de réaliser ce qui s’était passé.

Ton retour à la réalité, ç’a été de voir ta maman qui appelait ton papa en panique. J’ai continué de te coller, de te bercer un bon moment. J’ai vu dans ton regard la peur de l’inconnu, plusieurs questionnements se forgeaient dans ton esprit et tu m’as demandé :

« Maman, est-ce que cela peut m’arriver encore ? »

« Pourquoi cela m’est arrivé ? »

Tant de questions auxquelles je ne pouvais pas répondre avec certitude.

On a ensuite observé ton corps et on n’a vu aucune égratignure (rien). Tu étais tombé sur le béton et tu m’as dit que tes anges t’avaient protégé (hé oui, les anges font partie de nos vies. Honnêtement, je me demande comment tu as fait pour n’avoir aucune égratignure après une chute pareille. C’est comme si tu étais tombé sur un matelas).

Ensuite, tu as eu envie de m’expliquer.

Mon dieu, c’est incroyable à quel point tu te connais. Tu m’as décrit dans les moindres détails tout ce que tu venais de vivre dans ton corps. Ta vision a commencé à s’embrouiller avec des picots noirs devant tes yeux. Tu n’as pas eu le temps de me demander ce qui se passait. Ensuite, tu t’es senti faible et lorsque tu as ouvert les yeux, tu te demandais ce qui s’était passé puisque ton dernier souvenir était que tu étais debout.

Je me suis alors questionnée à savoir si tu avais bien mangé ou si tu étais bien hydraté. Tu venais tout juste de sortir dehors, donc tu n’avais pas été exposé longtemps au soleil. Vous savez, quand on remet tout en question pour essayer de comprendre, mais sans aucune réponse ni certitude. Maman fait de temps en temps des chutes de pression (est-ce que cela pourrait avoir un lien ?). Bien sûr, nous serons à l’affût dorénavant. Je t’ai expliqué ce que je faisais quand ça m’arrivait. À suivre…

Merci mon trésor, d’être dans ma VIE !

Je t’aime plus que tout au monde… je te le dis régulièrement, peut-être même trop, mais tu ne t’en plains pas. J’ai vu qu’en une seconde, tout peut complètement basculer.

Mon dieu que je suis heureuse d’avoir ton papa près de moi pour me sécuriser. Même en étant adulte, notre passé nous rattrape quand on vit des situations qui ramènent nos mémoires du passé.

Je trippe sur mon travail, mais pour être honnête, je suis le genre de femme qui aimerait être maman à 100 %. J’ai déjà beaucoup de chance de travailler de la maison et de te voir grandir. Je travaille très fort pour la compagnie et je suis loin de m’en plaindre, mais quelquefois, je suis moins présente et ce n’est pas toujours évident pour mon cœur de maman.

Avez-vous déjà vécu ce type de situation qui vous a mis tout à l’envers ?

Une situation qui peut paraître après coup pas aussi grave que vous vous l’étiez imaginée, mais qui vous a ramené à l’essentiel.

Partagez‑la avec nous si le cœur vous en dit.

Eugénie Miron

« Maman… J’ai peur qu’il arrive quelque chose à mon frère »

J’ai eu mes premiers enfants « back à back », comme on dit. Je vou

J’ai eu mes premiers enfants « back à back », comme on dit. Je voulais des enfants rapprochés, parce que… En fait, je ne sais pas trop pourquoi… Peut-être que je pensais qu’ils allaient être plus proches les uns des autres. Peut-être que je pensais que ce serait plus facile de suivre les mêmes étapes ensemble. Peut-être aussi que je voulais juste en finir très vite avec l’étape des couches et des nuits blanches… Bref, j’ai eu mes enfants sur une courte période.

Puis, dix ans plus tard, la vie a décidé de nous faire une belle surprise ! Notre tout dernier bébé est donc né, en parfaite santé, avec ses grosses bajoues et ses sourires éternels. On a donc la chance de vivre aussi l’expérience d’avoir des enfants avec un grand écart d’âge. Et c’est une grande opportunité de pouvoir vivre les deux !

Les plus grands s’occupent aussi du bébé. Ils changent des couches, le bercent, lui chantent des berceuses, etc. Mais, ils s’inquiètent aussi pour lui…

Hier soir, ma grande fille pleurait dans son lit. Quand je me suis approchée, elle s’est lovée dans mes bras et s’est confiée à moi : « Maman, j’ai peur qu’il arrive quelque chose à mon petit frère… ». Elle pleurait à chaudes larmes… Elle avait peur qu’il tombe malade, qu’il se fasse enlever, qu’il arrête de respirer, qu’on le perde quelque part, qu’il meure…

Mon premier réflexe, ça a été de rationaliser son émotion. Je lui ai dit que son frère était en pleine santé, qu’on prenait bien soin de lui, qu’on le surveillait toujours et qu’il n’arriverait rien. Puis, j’ai réalisé à quel point ce que je venais de lui dire manquait terriblement d’empathie. Parce que je comprends aussi qu’elle ait peur de le perdre. Au fond, c’est surtout une grande preuve d’amour pour son frère, et c’est vraiment beau à voir.

En plus, comment je pouvais lui promettre qu’il n’arriverait jamais rien à son frère ? Comment moi-même je pourrais être certaine de ça ? Évidemment, on prie tous pour qu’il n’arrive jamais rien de mal à nos enfants. On ne veut même pas penser aux atrocités qui arrivent à des petits cocos innocents… Mais ma grande fille a aussi raison quelque part, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver et que c’est vrai que la vie est très fragile.

Mais hier soir, je ne pouvais pas montrer ce petit doute à ma fille. Parce qu’elle avait besoin d’être rassurée, rien de plus. Alors j’ai été honnête en lui disant que moi aussi, j’avais parfois peur qu’il arrive quelque chose à mes enfants, et que c’était mon rôle de maman de m’inquiéter pour eux. Mais je lui ai aussi menti ce soir‑là. Parce que je lui ai fait la promesse que rien de mal ne leur arriverait jamais… Une promesse que je sais que je ne peux pas tenir à moi seule. Mais une promesse qu’elle avait besoin d’entendre pour pouvoir s’endormir en paix…

Je réalise que le plus grand écart d’âge entre les enfants, ça vient aussi avec son lot de défis. La maturité des plus vieux vient aussi avec des réflexions comme celles‑ci… Mais bon, il n’y a pas de recette idéale ni de parole toute faite. Il y a juste des parents qui font de leur mieux !

Alors, que vos enfants soient rapprochés en âge, ou au contraire, qu’il y ait un grand espace entre eux, sachez qu’aucune formule n’est plus facile que l’autre. Chaque âge vient avec ses avantages et son lot de défis. On les aime fort, on doute de nous, on fait de notre mieux, et parfois, on leur ment, pour leur bien… Et on continue d’espérer qu’on en fera des adultes épanouis et heureux !

Joanie Fournier

J’ai peur de me réveiller

Quand j’y repense, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai tou

Quand j’y repense, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours eu les mêmes buts dans la vie. Être enseignante, avoir une grande famille, vivre avec l’homme de ma vie, et par-dessus tout, être heureuse… Et chaque matin, je me réveille dans cette vie. Je comprends maintenant, plus que jamais, l’expression « être sur son X ». Parce je me tiens justement sur le mien, à deux pieds joints.

Je n’ai jamais dit que c’était facile non plus. La vie est faite de montagnes russes… Parfois, j’ai l’impression de me lancer dans le vide pour descendre au plus bas. Et d’autres fois, j’ai l’impression d’être au sommet de l’Everest, le cœur léger et la fierté au ventre. Et ces temps‑ci, c’est comme ça que je me sens…

J’ai l’impression d’avoir coché les points les plus importants sur la liste de ma vie. Et tout à coup, j’ai peur. J’ai vraiment peur. J’ai peur de me réveiller. Mon plus grand cauchemar, c’est de me réveiller dans mon lit d’adolescente, avec la peur au ventre de ne pas y arriver. Je me souviens de ces années, où la jeune femme insécure et ternie tentait de suivre le troupeau, sans faire de vagues… Aujourd’hui, je sais que je ne suis plus cette femme‑là. J’ai confiance en moi, je suis fière de ce que j’accomplis chaque jour et je suis sincèrement heureuse. Mais parfois, au fond de mon lit, j’ai peur de m’endormir et de me réveiller en arrière. Peur que tout ceci ne soit qu’un rêve. Peur que je ne sois en fait que cette adolescente qui a le mal de vivre. Peur de ne jamais vivre ce que je suis déjà en train de vivre…

Je berce mon nouveau-né dans mes bras, mon tout dernier bébé… Et j’ai peur de me réveiller demain matin, avec le sentiment que tout cela n’existait pas en fait. Je m’imagine raconter à mon mari ce rêve, dans lequel nous avions fondé une magnifique et grande famille. Je nous imagine en rire au petit matin, de ce rêve.

Parce que c’est exactement ça en fait, je vis mon propre rêve. Et j’ai peur que tout s’écroule. Peur de tout perdre. Je ne dis pas que je passe ma vie à en avoir peur non plus. Je sais bien rationnellement que tout ceci est réel et je ne vais pas vivre dans la peur chaque jour. Mais aujourd’hui, juste un instant, je vous parle de cette peur. Cette petite voix au fond de moi qui me chuchote de profiter de chaque seconde, parce que personne ne sait quand tout cela va s’arrêter.

Puis, si par malchance, un jour tout doit s’effondrer, je veux me souvenir de cet instant de perfection. L’instant présent. Celui où je suis comblée par la vie. Parce que je sais que bien des gens n’auront même jamais la chance d’effleurer ce bonheur.

Alors, je profite de chaque câlin d’enfant, de chaque berceuse, de chaque éclat de rire, de chaque matin où nous sommes enlacés… Parce qu’un jour, on ne sait pas trop quand, la fragilité de la vie nous ramènera à la réalité. Et peut-être que quand on meurt, on ne s’endort pas. Au contraire, on se réveille. La mort, au fond, ce n’est que le réveil du rêve de sa vie… Alors, aussi bien faire en sorte que ce soit le plus beau des rêves…

Joanie Fournier


Tu as juste à te parler…

J’ouvre les yeux, je jette un regard au cadran : 3 h 36. L

J’ouvre les yeux, je jette un regard au cadran : 3 h 36. Le silence de la nuit est encore bien présent. Je referme les yeux, souhaitant me rendormir rapidement. Il est trop tard, mon cerveau s’est mis en marche.

Les idées se bousculent dans ma tête. Des scénarios épouvantables prennent vie. Je sens cette brûlure caractéristique dans mon ventre. Elle monte en moi graduellement. Ma respiration s’accélère de plus en plus.

J’ai envie de crier, de pleurer. Je tremble de tout mon corps. J’ai chaud, je transpire abondamment. La crise de panique m’envahit tranquillement.

Je choisis une lettre : C. Allez Mélanie, trouve tous les mots qui commencent par C. Concentre‑toi. Tu dois focaliser sur autre chose : cadran, cabane, cadeau, chien, chat. Je n’y arrive pas, je me projette au chevet de ma fille intubée qui lutte pour sa vie. Je me maudis de l’avoir envoyée à l’école. Elle a attrapé ce truc par ma faute.

Je ne contrôle plus ma respiration, je respire tellement vite. La poitrine me serre, j’ai peur de mourir. J’ai un déluge de larmes qui roulent sur mes joues. Je tremble tellement que mes dents claquent ensemble. Je veux que ça finisse. La crise de panique a gagné. J’ai perdu tout contrôle.

Respire ! La respiration, c’est la clé de tout. Je peux surmonter ça. J’y suis déjà arrivée. Je dois être plus forte que mon anxiété. Je ne suis pas cette anxiété.

Lentement, la crise s’en va. C’est plus facile pour moi de respirer. Je ne vais pas mourir. Lentement, ma respiration reprend un rythme plus normal. Cheval, cuillère, chaudière, crème, crème glacée. Ça va mieux, 3 h 59. Le sommeil me gagne enfin. Les larmes roulent encore sur mes joues.

Je vis avec mon anxiété depuis l’âge de neuf ans. Je me souviens parfaitement de ma première crise. Je me souviens de ma mère couchée avec moi et qui me dit : « Respire, ça va passer, tu peux y arriver. Allez, trouve des mots avec moi. »

J’allais bien depuis un bout de temps. Ma médication m’aidait énormément. Mais depuis que la COVID est apparue, mes crises d’anxiété sont revenues en force. J’ai repris mon suivi psychologique, ma médication a été augmentée. Je gère mal, très mal. Je vis une anxiété généralisée. C’est un problème de santé mentale, pas une anxiété normale que la population vit.

Alors à toi qui me dis « Tu as juste à te parler » : je sais que tu n’as jamais vécu ça, parce que tu saurais. Ne me dis surtout pas qu’on est tous dans le même bateau, parce que ce n’est pas le cas. Mon bateau à moi, il est plein de trous. J’essaie tant bien que mal de le patcher pour affronter la tempête et les vagues qui me frappent les unes après les autres sans répit. Mon bateau prend l’eau et j’ai vraiment peur de couler.

Mélanie Paradis

M’avouer vaincue, moi? Nah!

Ben oui, je suis une maudite bornée. Celle qui ne veut jamais perdre la fa

Ben oui, je suis une maudite bornée. Celle qui ne veut jamais perdre la face. Celle qui fera tout pour éviter le pire. Je suis celle qui va sourire en public, mais qui va rager rendue à la maison. Je suis comme ça. 

Je suis aussi celle à qui la vie a enlevé des personnes importantes cette année, mais qui continue de dire que tout va bien. Parce que je suis celle qu’on croit quand je dis que tout va bien. Je ne veux pas m’avouer vaincue et montrer que ça pourrait ne pas aller.

Oh, je suis celle qui dit que ça va avec le confinement ! Oui, je me plains de la perte des festivals, des spectacles et de ma belle culture d’amour qui me manque déjà, mais je ne veux pas m’avouer vaincue si je dis que chaque fois que quelqu’un sort de chez moi, je panique ; que si ma fille revient à la maison sans se laver les mains, c’est l’hystérie en dedans de moi parce que je pense à mon père qui est là avec ses poumons malades. Je voudrais avoir des yeux à rayons X pour scanner tout le monde qui s’approche de ma porte et surtout, je voudrais envelopper mon père dans du papier bulle pour le protéger. 

Je ne veux sûrement pas m’avouer vaincue en lâchant quelques sanglots quand maman m’appelle pour me parler de son boulot et de ses journées épuisantes à s’occuper des personnes âgées atteintes de la maudite COVID‑19. Une maman si extraordinaire, un ange gardien qui a été là toute ma vie pour moi et qui maintenant, met presque sa vie en danger pour les autres. Mais qui s’occupe de maman, aujourd’hui ? Je ne peux pas aller la voir ! 

Je ne veux sûrement pas m’avouer vaincue en disant haut et fort que je ne dors pas depuis le début du confinement ! Mon cerveau est sur le mode puissance maximale ! Il n’a pas compris le concept du repos, lui ! 

Je ne veux pas m’avouer vaincue devant ma fille, si grande, qui pense que tout va bien malgré le confinement, mais au fond, j’ai la chienne ! Qu’est‑ce qu’il va arriver avec ses études ? Elle saura s’adapter mais moi, je gère tout croche ! Je ne suis pas bonne dans ces affaires‑là de gestion d’émotions.

Je ne veux pas m’avouer vaincue en pleurant, en criant ou en disant que tout me rend anxieuse. 

J’ai l’habitude de tout contrôler et pour la première fois de ma vie, je ne contrôle rien. 

Alors je souris et je continue mon chemin en continuant de ne pas dormir, en me demandant quand est‑ce que je vais retourner travailler, de quelle couleur devrais‑je repeindre ma cuisine, quelle autre plante pourrais‑je acheter, est‑ce que je dois repasser à la SAQ ou à l’épicerie ?… Et en me disant que j’ai vraiment hâte de changer d’activité !  

Tania Di Sei

Et si on parlait un peu d’actualité ?

Je ne vous apprends rien si je vous parle du retour progressif du système

Je ne vous apprends rien si je vous parle du retour progressif du système scolaire de nos enfants.

Combien d’entre vous se sont proclamés sur le retour en classe de vos enfants ? En fait, combien d’entre vous n’ont pas été jugés en fonction de leurs décisions parentales ? Elle est plus là, la vraie question. 

Depuis quelques jours, je vois plusieurs amies et connaissances se proclamer haut et fort sur cet éventuel retour. Ça fait partie intégrante des réseaux sociaux, c’est le sujet de l’heure… Personnellement, ce qui m’attriste le plus dans tout ça, c’est le nombre de gens qui jugent. C’est triste de voir notre belle société s’indigner contre les personnes qui ne partagent pas notre opinion. 

Maman monoparentale de trois enfants, je travaille quarante heures par semaine et je suis présentement en télétravail. Je voyais presque la réouverture des écoles comme une bénédiction. Mais comme deux de mes enfants ont des difficultés respiratoires, j’ai décidé d’attendre quelques semaines pour voir où en seront les statistiques. Je me suis fait juger en tant que maman, je me suis même fait dire que je nuisais à leur éducation. 

Pourtant, cette même éducation n’a pas débuté au niveau scolaire, mais bien dès leur naissance. Depuis maintenant onze ans, j’éduque mes enfants non pas à la perfection, mais au mieux de ma connaissance.

Je rêve d’un monde où les gens arrêteront d’avoir peur de s’exprimer à cause de la peur de se sentir jugés par leur famille, leurs amis. 

Et si je vous disais que la meilleure décision, c’est vous chers parents qui la prendrez pour le bien‑être de vos enfants ? 

J’ai confiance en l’humanité des gens. Chaque famille prend les décisions en fonction de son histoire. Cessez de juger et essayez de comprendre les autres qui vous entourent.

Seuls on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! 

Jessica Thériault

Se réveiller la peur au ventre

Depuis trois semaines, je me réveille avec une boule dans le ventre e

Depuis trois semaines, je me réveille avec une boule dans le ventre et je me sens envahie par une grosse vague de déprime. Un peu comme quand on se réveille d’un mauvais rêve et qu’on reste avec un arrière-goût de tristesse, de colère, de peur… T’sais, comme lorsqu’on rêve que notre chum nous a trompée et qu’on se réveille un peu en maudit après lui ?

Je pense pouvoir dire que les choses allaient relativement bien depuis le début du confinement, du moins le premier mois. Je pensais avoir découvert la clé du succès : m’occuper ! Je me suis lancée dans mille et un projets qui m’occupaient l’esprit : j’ai terminé des rénovations qui ne finissaient plus de finir, j’ai lavé des recoins perdus de ma maison, j’ai savouré des instants de bonheur avec ma marmaille, j’ai pris goût à la popote, etc. J’en étais rendue à croire que la COVID-19 avec eu raison du pauvre hamster qui habitait ma tête depuis vingt ans !

Mais il faut croire que le satané hamster s’en est remis et il semble bel et bien immunisé parce qu’il est revenu en force ! Maintenant que la maison est propre (et dire que personne n’en sera témoin !), que j’ai réglé la To do list qui ornait le devant du frigo depuis cinq ans, que je peux affirmer fièrement avoir fait du pain maison et que mes enfants se sentent aimés et encadrés à souhait, j’ai peur ! Oui, j’ai peur ! 

Je n’ai pas tant peur des microbes : ça, mon rationnel s’en charge. J’ai peur de la suite des choses, de l’après-confinement, du retour à la normale. J’ai peur d’avoir un peu perdu ma place dans la société dont je me suis volontairement exclue depuis quelques semaines. Je me sens loin de mes amis, de ma famille, de mes collègues et des enfants que je côtoie habituellement chaque semaine. Je n’ai plus accès à tous ces sourires, ces tapes dans le dos et ces échanges qui me valident que je suis appréciée, que je suis utile, que j’ai des forces et que je suis « essentielle », moi aussi, à ma façon. J’ai l’impression de ne plus briller et ça me fait peur, parce qu’une étoile qui ne brille plus a tendance à être oubliée.

Pour le moment, je vais respirer par le nez, tenter de négocier avec mon p’tit hamster et me donner le droit de m’éteindre un peu, le temps de laisser les autres étoiles briller pleinement dans le ciel… tout en souhaitant retrouver mon éclat d’ici quelques semaines.

Stéphanie Nesteruk

La maman est à boutte

Au début de l’année 2020, j’avais exceptionnellement pris des

Au début de l’année 2020, j’avais exceptionnellement pris des résolutions que je voulais vraiment tenir, respecter. J’avais décidé de faire plus ma part pour l’environnement, plus de recyclage, plus de compost. Je voulais vraiment recommencer à prendre soin de moi. Être plus positive, voir le bien dans toute situation.

Au début février, mon psychiatre m’a confirmé que j’étais guérie de ma dépression post-partum majeure, en plus de m’annoncer que j’avais déjà perdu 15 livres depuis le début de l’année. J’avais commencé le yoga chaud et à manger mieux. J’étais vraiment heureuse, ça faisait des années que je ne m’étais pas sentie aussi bien. J’allais faire mon premier voyage dans le sud avec ma mère et ma sœur.

Au début mars, à la fête de ma belle-sœur, je lui disais que ça me faisait peur de me sentir aussi bien, parce que j’avais toujours l’impression d’avoir une ombre noire derrière moi prête à surgir à tout moment. En deux jours, j’ai dit à ma famille et à ma belle-famille à quel point j’étais heureuse, et eux de me répondre que ça paraissait et qu’ils étaient tellement contents de me retrouver.

T’sais ce sentiment que quand tout va bien, c’est sûr qu’une marde va te tomber dessus? Bien c’était ce genre de pensée que je tentais d’éloigner. Pis j’avais l’impression que le malheur qui s’abattrait sur moi serait aussi grand que mon bonheur. Tout allait super bien dans ma vie. Un soir, j’ai dit à ma sœur : « Hey tout va bien, tu imagines la grosseur de la marde qui va me tomber dessus si ma “malédiction” est vraie! ». On rigolait, on déconnait.

Pis boom, la COVID-19 est entrée au Québec sournoisement et a explosé. Mes angoisses, mon anxiété, mes crises de panique sont revenues. Mon moral va de moins en moins bien. Mon conjoint a été mis à pied, ma fille ne comprend pas tout de la situation, sa maman travaille vraiment beaucoup et elle est toujours fatiguée, maman et papa se chicanent un peu plus. Je fais mon maximum pour retrouver ma zénitude, mon calme, je n’ai même plus la force de continuer mon yoga à la maison. Ce soir, dimanche soir pluvieux, je vois une goutte d’eau tomber de la porte patio. Je me lève et je remarque que le haut du mur est mouillé. Mon conjoint part à la recherche de la source. Tout est mouillé, mais juste là. Aucune idée d’où ça vient. Sérieux?! Tout est fermé, on ne peut pas appeler d’entrepreneur.

La maman est à boutte. J’ai envie de me rouler en boule et de pleurer. J’ai envie d’être prise dans des bras, de me faire serrer fort et de me faire dire que tout va bien aller, qu’on va s’en sortir plus forts, mais je ne peux pas. Distance sociale oblige et doublement dans mon cas puisque je travaille dans la santé. Je me suis rarement sentie aussi seule, aussi frustrée, aussi épuisée.

Parfois, un simple petit problème peut faire déborder notre vase. Ce soir, j’ai vraiment envie de rester coucher et de dormir jusqu’à ce que cette pandémie soit finie. Je veux juste retrouver ma force, ma joie, mon entrain, mon bonheur que j’ai pu savourer un temps trop court.

Petit texte sur l’angoisse.

Dans ma poitrine, il y a une boule.

Petite ou grosse. Douloureuse ou pas.

Mais elle est là.

À l’intérieur de cette boule, il y a

De la peur, de la tristesse, de la colère, mais surtout de la peur.

Quand elle fait mal, tout devient noir

Je suis en boule, en pleurs.

J’ai mal. Mon cœur veut exploser. J’ai mal.

Dans ma tête, la noirceur veut revenir.

Je sais me battre contre maintenant.

Mais c’est dur.

J’ai mal.

Je veux me battre, mais j’ai peur.

Un être invisible est devenu maître.

Je ne veux pas de cet intrus.

Je ne veux pas le donner à mes enfants, à ma famille.

Alors la boule grossit et fait de plus en plus mal.

Un jour à la fois.

Ce soir, ma boule est grosse, trop grosse.

Mais demain elle sera peut-être petite.

Alors là je vais trouver des armes et me battre.

La noirceur, je vais la repousser.

Mais pour ce soir, je vais la pleurer. En boule. Dans mon lit.

Cindy LB