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Ce drame si près – Texte : Nathalie Courcy

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande ville somme toute pas mal tranquille. Dans un quartier sécuritaire. Et pourtant, bang ! Ce qui a tous les airs d’un drame familial (lire : le meurtre de deux enfants innocents suivi d’un suicide) a eu lieu à cinq minutes de chez moi. Cinq. Petites. Minutes. Allons-y avec un cliché : ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça n’arrive pas qu’ailleurs. Ça arrive dans notre cour, dans notre quartier, dans notre communauté.

Les détails liés aux décès seront révélés avec le temps et l’enquête. Tout porte à croire que des signes clairs avaient été vus et rapportés aux autorités. Les services et les soins arrivent toujours trop tard quand il y a des morts, de la violence, des menaces. Tout simplement parce que dès qu’il y a une menace, un geste ou une parole de violence, un meurtre, il y a déjà des dégâts. Il y a déjà une demande d’aide qui n’a pas été faite ou entendue.

Le résultat aujourd’hui est permanent : une maman, des grands-parents, des voisins, des amis ont perdu des humains qui leur étaient précieux. Des vies ne se poursuivront pas. Tout un quartier est choqué. Une province soupire : « Encore ? Quand ça va arrêter ? »

Une humanité pleure.

Est-ce qu’on peut laisser les enfants en dehors de ça ? Est-ce qu’on peut préserver la vie et même l’honorer ?

On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. La violence existait avant, elle existera après. Mais est-ce possible que l’isolement, le stress, les difficultés économiques, les dépendances aient rendu une partie de la population à ce point désespérée que la vengeance et la mort leur apparaissent comme des solutions ?

Je remarque que plusieurs sont plus extrémistes qu’avant dans leurs opinions et leur façon de s’exprimer. N’y a-t-il plus de place pour les nuances ? Pour la bienveillance ? Pour la patience ?

Time-out d’adulte. La méthode du retrait, ce n’est pas que pour les enfants. On s’éloigne de la situation, on respire, on cherche des solutions, on va chercher de l’aide et on revient dans la société seulement quand on est capable de s’exprimer avec respect.

Afuuu ! Afuuu ! Inspire, expire, repeat.

 

Nathalie Courcy

Une autre journée ! Texte: Nathalie Courcy

10 septembre, Journée mondiale de prévention du

10 septembre, Journée mondiale de prévention du suicide. Eh oui, une autre journée mondiale ! La 19e pour cette cause. Je ne sais pas si un jour, les humains décideront d’annuler cette journée de sensibilisation en se disant « C’est beau, les gens ont compris. Les taux de suicide sont presque nuls, on peut arrêter d’en parler ». Je ne pense pas, hein ?!

Je ne pense pas parce que même un suicide, c’est un suicide de trop. C’est une personne qui a tellement souffert à l’intérieur qu’elle a pensé que la mort était un moindre mal. Il faut que ça fasse mal en dedans en titi pour en venir là.

Le SUI-cide, ça veut dire se tuer soi-même. Non seulement décider de se tuer (avec ou sans l’esprit clair), mais le faire. Faire le geste qui nous tuera. Avoir cette violence envers soi qui prendra notre vie. Pour toujours.

J’ai souvent déposé le pied dans la mince marge entre le désespoir total et la décision de me tuer. Mais chaque fois, je l’ai retiré. Ce n’est pas tant la douleur qu’aurait créée le geste fatidique qui me retenait, mais le geste lui-même. Cet éclair d’une seconde dans lequel je devrais retourner un geste contre ma propre personne. C’était trop.

Puis, l’image des gens autour de moi dans l’après-suicide me ramenait à la réalité. Je ne voulais pas qu’ils souffrent. Plusieurs personnes dans mon entourage se sont suicidées et je nous vois, humains qui restons derrière, nous demander ce qui s’est passé, si on aurait pu faire quelque chose. Pour ceux qui restent, la culpabilité n’a d’égal que le vide. Je ne voulais pas faire subir cette vie restante à mes proches.

Je suis longtemps restée dans la twilight zone du désespoir. L’espoir, la joie de vivre, la raison de vivre manquaient à l’appel. Je les croyais morts, pas juste portés disparus. On parle d’années, on and off. Par bout, c’était une obsession. Je voyais des possibilités de mourir partout et chaque fois, je me disais d’attendre un peu, qu’il y avait sûrement une solution (pas une autre solution, parce que le suicide n’est pas une solution, mais bien une solution tout court). Même quand je réussissais à passer quelques jours un peu plus légers, l’idée n’était jamais très loin derrière. Il suffisait d’une mauvaise nuit, d’un conflit, d’une journée de pluie ou d’une hausse d’hormones pour que l’idée du suicide refasse surface. Et encore, chaque fois, je choisissais la vie, même si c’était en attendant. Je ne savais pas ce que j’attendais, j’étais incapable de m’imaginer une vie autrement ou plus heureuse, mais j’attendais. C’est l’attente et la patience qui m’ont sauvé la vie.

Le thème de cette année est « Créer l’espoir par l’action ». C’est-ti pas beau ? On pourrait croire qu’attendre, simplement, n’est pas une action. C’est plutôt passif, en effet. Mais ça me demandait tellement d’efforts ! Me retenir de passer à l’acte, comme si j’étais en combat contre moi-même. Comme si une partie de moi me retenait physiquement de me lancer en bas du précipice en criant « Ne fais pas ça ! ».

Puis, il y a eu des actions bien concrètes : thérapieS, discussions, formations, lectures, activité physique, tests génétiques, médication, changements dans mon alimentation et dans ma routine quotidienne, fin de relations malsaines. J’en ai fait, des pas ! De recul, pour avancer, pour remonter la pente, pour escalader ce qui ressemblait à l’Everest. Chaque action était un geste anti-suicide. Un geste d’espoir.

Et maintenant, je me donne comme mission de partager mon espoir avec ceux qui me lisent et avec mon entourage. Je ne suis pas dans le « Ça va bien aller » genre début de pandémie. Je suis plutôt dans le « Ça va être difficile, mais ça se peut ». Ça se peut que tu sois heureux, que tes relations soient remplies de lumière, que tu te lèves le matin avec des projets et le sourire aux lèvres, que le brouillard se dissipe dans ta tête et que les solutions deviennent de plus en plus évidentes. Ça se peut tellement, mais ça commence par un choix, même quand on n’y croit pas vraiment. C’est un choix quotidien. Un choix de chaque minute, parfois. Un choix qui sauve une vie.

Et un jour, tu te réveilles, comme moi, en te disant : « Hum, c’est à ça que ça goûte, le bonheur ? »

Nathalie Courcy

Cette noirceur qui m’a envahi

Voilà un bon bout de temps que je n’ai pas écrit. Cet été a é

Voilà un bon bout de temps que je n’ai pas écrit. Cet été a été difficile pour moi. J’ai bien réfléchi avant de vous écrire cet article, car au tout début, je ne voulais pas vous en parler.

Pourquoi? Parce que je me croyais fort et je croyais avoir franchi cette étape…

Mais voyez-vous, 159 militaires sont décédés en Afghanistan. En 2013, 161 s’étaient enlevé la vie. Depuis 2013, le décompte des suicides a été ininterrompu et ce nombre ne cesse de grandir malheureusement. Avec le nombre de suicides toujours grandissant ces derniers temps, je devais vous en parler. Non, la plupart d’entre vous ne la savent pas. Les médias n’en parlent pas non plus. Moi je le sais, car je fais partie de plusieurs communautés sur le Web. Et le monde des vétérans et des militaires est une famille qui se soutient. Ce nombre de suicides ne cesse d’augmenter dans l’obscurité.

J’ai failli faire partie du lot pour une troisième fois cet été. Non je ne suis pas fier de moi. J’ai honte! Mais cette fois-là était encore plus forte. Tout était bien planifié dans ma tête afin de rendre ma mission à terme. Pour moi, c’était la seule solution pour arrêter de faire souffrir et de faire subir à ma famille la cause de ma blessure. Cette fois-là, j’étais vraiment déterminé! Je pouvais même me voir mourir dans mes plans sans aucune difficulté. Oui j’avais des remords, bien sûr, mais je me disais que ces remords ne seraient plus là une fois que je serais parti. Que mes enfants qui m’avaient toujours gardé en vie sauraient bien grandir sans moi. Qu’ils auraient la force de passer à travers les épreuves sans leur papa. Que ma femme que j’aime beaucoup aurait la force de passer à travers cette épreuve elle aussi.

Je n’ai même pas pensé à aller chercher de l’aide auprès de mes spécialistes. J’étais dans le noir total. Pour moi, c’était la seule solution pour mettre un terme à cette souffrance qui était revenue plus forte que jamais. J’étais prêt à passer à l’acte!

Je n’avais jamais vu une telle noirceur auparavant. Cette noirceur m’avait envahi. Tout ce que je voyais était de mettre une fin à ma vie, à ma douleur et à ma souffrance.

Même que je profitais mieux des moments avec mon fils de six ans. Tout allait mieux, j’étais davantage proche de lui. Je me disais que je devais passer de meilleurs moments de qualité avec lui, car ce seraient les derniers. Je voulais qu’il puisse avoir de bons souvenirs de son papa. J’étais prêt à le quitter malgré la déchirure, la tristesse et la douleur en moi.

Ma femme ne s’est jamais doutée de rien. Même si je pouvais passer beaucoup de journées d’affilée aux toilettes à avoir la diarrhée en raison de mon anxiété très élevée.

Vous comprendrez que je ne voulais pas la mêler à tout cela. Elle en avait déjà assez souffert selon moi.

Un de mes très bons amis a tout vu dans mon histoire. Il est venu me voir chez moi et par la suite, il m’a contacté très souvent. Si je me déplaçais, je devais lui dire où j’étais et comment je me sentais. Il ne me lâchait pas une seule minute.

Un vrai frère d’armes! Oui j’aurais fait la guerre avec cet ami, car lui, c’est un vrai frère d’armes à qui on peut faire confiance.

Un matin, il m’a amené à la clinique TSO (Trauma et Stress Opérationnel) de Longueuil pour un rendez-vous d’urgence avec une psychologue.

Lors de la séance, je me suis fait brasser, mais pas un petit peu. Durant la séance, j’ai pleuré ma vie et la psychologue a même réussi à me faire voir le visage de mes enfants qui me regardaient dans ma tombe. Et j’en passe…

Cette séance a été très difficile et je ne suis pas près de l’oublier. Ce n’est qu’à la fin que j’ai appris que si je ne voulais pas coopérer, je serais envoyé à l’Hôpital des Anciens Combattants en thérapie.

Après cette séance intense avec la psychologue, il est clair que j’ai décidé de mettre dehors le mauvais chum dans le salon. Celui dont je vous ai parlé dans deux articles auparavant. Maintenant je l’ai mis dehors pour de bon, car pour moi, l’option du suicide n’est plus une option. Lors de ma séance de psychothérapie, j’ai vu le visage de mes enfants qui me regardaient m’enfoncer dans le sol dans ma tombe. Depuis ce moment, ce n’est plus une option. Et j’ai toujours cette image de mes enfants debout sur le gazon qui me regardent m’enfoncer dans le sol dans ma tombe. Je crois que c’est ça qui me tient en vie maintenant. Cette image m’a tellement effrayé…

Maintenant, je peux vous dire que quand la noirceur nous envahit vraiment, il ne semble plus y avoir d’option pour sauver notre vie. Alors je lance ce message à tous : gardez l’œil ouvert et soyez prêts à intervenir pour ceux que vous aimez. Ils vous diront sûrement que tout va bien, mais la plupart du temps, ce ne sera pas le cas.

Soyez vigilants et attentifs!

Carl Audet

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C’est ton histoire

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Je te vois patauger dans la détresse, ma grande, et je m’inquiète. Les premières années de l’adolescence, les premières années au secondaire, la quête identitaire, les hormones affolées, l’intimidation, la transition entre le moi-enfant et le moi-pas-encore-adulte, ce n’est pas facile. Et ça prend le temps que ça prend.

Je te regarde aller et je me vois, à ton âge, avec mon désespoir que ne dépassait que mon désir d’en finir. Je n’ai pas quitté la vie, mais j’ai quitté ma vie et ma famille, temporairement. J’ai fui, en courant, en sourdine. Tu sais quel fil m’a retenue sur terre? Je ne voulais pas faire de peine aux gens que j’aimais. J’avais peur de décevoir. J’avais peur de laisser derrière moi plus de mal que celui que je ressentais en dedans.

J’aimerais te dire qu’avec le temps, tout s’est arrangé, que je suis parfaitement et tout le temps heureuse. Mais ce serait un mensonge. Ça me rassurerait de pouvoir te dire ça, de pouvoir t’en convaincre en étant moi-même l’exemple évident que la vie est belle et lumineuse et bienheureuse. Mais encore maintenant, avec toutes mes années de vie adulte derrière la cravate et plusieurs formations en mieux-être sur mon curriculum vitae, je plonge, souvent. Je vois noir même quand je perçois la lumière. Même quand je consacre toute ma volonté à créer de la lumière pour ne jamais la perdre de vue.

Je te vois te battre contre la gravité émotionnelle qui te tire vers les bas-fonds. Je le sais, moi, ce que tu y rencontres quand tu me dis « Maman, ça ne va pas ». J’ai si longtemps et si souvent séjourné dans ces cavernes remplies de mes démons… Je ne peux que te comprendre et t’écouter. Et espérer qu’à force de partager mes outils et mon espoir avec toi, tu vas toi-même construire tes propres outils et ton propre espoir.

Mon vécu m’appartient et je veux m’en servir pour t’épauler dans ton quotidien, mais je dois me souvenir que c’est mon histoire, pas la tienne. Tu as beau me ressembler, tu n’es pas moi et tu ne vis pas la vie comme moi. Je te souhaite que ton histoire s’adoucisse très bientôt et de façon durable.

Te voir sourire, t’entendre rire me fait du bien. Ça me rassure que tu me parles autant, que tu recherches mon affection, que tu te confies à ta meilleure amie, que tu fasses confiance à ta mamie. Tu me rassures quand malgré tout, tu me parles de tes passions, de tes rêves d’avenir, de la carrière que tu souhaites. Mais je ne suis pas dupe. Je sais bien que derrière tes mots ouverts, il y a parfois un cœur renfermé qui n’ose pas dire sa peine de peur de la réveiller. De peur de faire de la peine.

Je ne peux pas te dire que tout ira parfaitement, que le bonheur est juste là à la portée de tes doigts. Mais je peux te dire que le temps avance et toi aussi. Je peux te dire que l’âge ne règle pas tout, mais il dénoue des fils emmêlés dans notre cerveau et libère le cœur. Je peux te dire, ma fille, que je suis là. Et que je comprends ton histoire.

 

Nathalie Courcy

Quand il n’y a plus d’espoir, il y a l’Espoir.

Devenir parent = vivre dans une montagne russe émotive 24 heures s

Devenir parent = vivre dans une montagne russe émotive 24 heures sur 24. Ok, 23. On se permet quand même une heure de dodo. Parfois entrecoupée.

Devenir parent = se rendre compte que chaque étape de développement a son côté merveilleux (le premier sourire, les premiers pas, l’entrée à la maternelle, la découverte de l’amitié…) et son côté pénible. Euh… de quoi est-ce que je parle, moi là? Un myriagone dont chacun des 10 000 côtés est plus désespérant que l’autre, peu importe sous quel angle on regarde la bibitte.

Pourquoi, donc, a-t-on des enfants, voulez-vous ben me dire? Parce que même quand il n’y a plus d’espoir, il y a l’Espoir.

J’ai vécu des années de catastrophes émotives avec mes enfants. La couche qui fend sous la pression en plein vol au moment où on se rend compte que le sac à couches est resté dans la voiture… ce n’est rien à côté de ça!

Quand tu te lèves le matin en étant déjà épuisée, en appréhendant avec toutes les raisons du monde les quinze prochaines crises de la journée; quand tu ne trouves plus rien de positif à dire ou à penser à propos de ton enfant, parce que vraiment, il n’y a plus rien; quand chaque seconde est occupée à éteindre des feux de forêt et à gérer des tsunamis; quand tu as perdu le décompte des guerres mondiales qui ont éclaté entre tes enfants (juste pendant les dernières 24 heures… et ça dure depuis… tu ne le sais même plus tellement ça fait longtemps); quand tes interventions ne sont plus que des réactions. Ou pire, des démissions; quand tu n’oses même plus te regarder en face parce que tout ce que tu trouverais à te dire, c’est : « T’es la pire mère du monde ». Quand toutes les sources d’aide professionnelle et personnelle que tu as recrutées sont aussi dépassées que toi…

Tu te dis que l’espoir, il est parti prendre son Bovril avec ce qui te faisait aimer la maternité. Ils doivent se faire un gros party bière-nachos-boule disco, mais toi, tu creuses ta tombe.

La « Been there done that » en moi te dit de ne pas lâcher. Garde en tête et au cœur la raison qui t’a poussée à avoir des enfants. Garde à l’esprit ton mini papout tout rose qui est sorti de ton ventre et que tu as aimé inconditionnellement (ce qui ne veut pas dire que tu aimes tout ce qu’il fait, incluant les cacas gluants et les insultes d’ados). Entoure‑toi de personnes qui croient autant que toi (dans tes bonnes secondes) que lumière il y aura, même si les nuages sont gris foncé qui tire sur le noir opaque. Et les personnes qui jugent, qui savent toute toute toute mieux que toi et qui te tirent vers le bas, éloigne‑les. Loin, loin, loin.

Pour avoir eu des filles qui ne pouvaient pas se tolérer à moins de sept milliards de kilomètres (bref, une sur Terre, l’autre sur Pluton, et encore…), je peux vous dire que le désespoir, je sais c’est quoi. Ç’a pris des années, des thérapies, de l’aide pour elles, de l’aide pour moi, beaucoup de sacrifices, de doutes et de remontées en selle, mais on l’a eu! Mes filles sont super méga amies! Elles rient, elles se collent, elles sont complices. Elles sont au paradis à l’idée de se retrouver dans la même école secondaire en septembre. Qui l’aurait cru? Moi.

Ma cocotte qui déprimait huit mois par année, qui était fâchée contre la Terre entière du premier «Bonjour» jusqu’au dernier «Bonne nuit» de chaque jour, sans exception… est revenue cette semaine avec le méritas de l’attitude positive. Reconnue pour sa joie de vivre. Vlan!

J’ai aussi un petit bonhomme qui nous en a fait voir de toutes les couleurs, passant de l’être le plus affectueux et empathique à la tornade qui détruit tout sur son passage, incluant les relations et l’estime personnelle. Je peux vous dire que le désespoir, je sais c’est quoi. Je le voyais déraper, prendre racine dans les comportements délinquants, envoyer promener la directrice d’école dès la maternelle… Je me disais : « Ça y est, lui aussi, je l’ai brisé ». Capout. Mais non! Fermeté + bienveillance + écoute et observation pour trouver les vraies causes du mal-être + ressources aidantes = on est repartis dans le bon sens!

Ça ne veut pas dire qu’on est à l’abri des dérapes éventuelles. Mais maintenant, je sais que ça passe. Je sais qu’on peut souvent comprendre les causes et intervenir. Je sais qu’on peut agir au lieu de seulement réagir (ou ré-agir, répéter les mêmes actions qui répètent les mêmes effets).

C’est plate, mais comme dans beaucoup de situations, il faut souvent frapper notre mur pour se réveiller. Il faut parfois se péter la gueule sur la dalle de béton pour se donner l’élan de remonter vers la lumière.

On a le droit de se sentir désespéré. Temporairement, du moins. Mais on n’a pas le droit de perdre Espoir en nos enfants et en nous. On leur doit ça. On se doit ça, parce qu’au départ, notre désir de mettre au monde (relis ces mots : notre désir de mettre au monde… de créer une vie qui n’existerait pas sans nous; de créer un monde qui serait différent sans eux… c’est magique, non?) était pur et bien intentionné, porté vers le beau et le bon. Comme les enfants qui en sont issus.

Tu ne vois plus d’espoir? Trouves-en, même si c’est juste dans un repli de chandail qui sent la poudre pour bébé. Même si c’est juste dans un regard enragé porté sur toi; au moins, il y a regard, donc il y a relation. Même si c’est juste dans mon témoignage. L’Espoir est là. Plus ou moins près, et tu es plus ou moins prête à le saisir, mais il existe.

Nathalie Courcy

Ta fin du monde

Tout semble indiquer que c’est une journée comme les autres.

Tout semble indiquer que c’est une journée comme les autres.

Un jour de plus sur le calendrier.

Mais pas sur le tien.

Pour toi, le temps vient de s’arrêter.

Le temps se fige, mais tout continue à aller si vite.

Tu as le souffle coupé.

Tu es étourdi, tu as la nausée.

Ton cœur se déchire et te fait souffrir.

Elle est là, toute là : ta fin du monde.

La Terre, elle, elle continue de tourner, encore et encore.

Tu croises des sourires et tu entends tes rires, mais tu ne comprends pas.

Comment est-ce possible ?

Pour toi, le temps s’est figé, mais tout continue à aller si vite.

Tout tourne autour de toi.

Dans le train-train quotidien, les gens continuent leur chemin.

Tout ce que tu voudrais, c’est leur crier d’arrêter. Leur crier ta douleur et ta peine. Tu voudrais leur parler, leur raconter.

Dans un soupir ou un hurlement, tu voudrais leur expliquer, simplement.

Leur dire qu’elle est là en toi ; toute là.

Ta fin du monde.

Tu regardes le soleil briller, mais tu ne le vois pas.

Tu regardes la pluie ruisseler sans t’en soucier.

Tu regardes la neige s’affoler et dehors, le froid ne t’atteint pas.

Tu te demandes comment cela est possible.

Pour toi, le temps s’est figé, mais pourtant, tout continue à aller si vite.

En dedans de toi, c’est un peu comme une tempête extrême de beau et de laid.

Parce que beau temps mauvais temps, en ce moment, elle est là ; toute là.

Ta fin du monde.

Elle fait mal, elle est laide, elle t’empêche d’avancer.

Comment avancer en étant aussi étourdi ?

Comment faire un pas de plus quand on a l’impression que le sol vient de s’écrouler ?

Comment continuer quand tout a basculé ?

Aujourd’hui, elle vient d’emporter tout ce que tu avais avant et elle semble vouloir tout changer de ton « après ».

Elle ; ta fin du monde

Tranquillement, seconde par seconde, la tempête qui t’habitait va se calmer.

Tranquillement, tu verras le soleil briller à nouveau. Même que tu le trouveras beau.

Tranquillement, tu arriveras à mieux respirer.

Tranquillement, tu souriras aux autres et tu t’entendras rire.

Doucement, tu mettras un pied devant l’autre.

Mais pas aujourd’hui.

Parce qu’aujourd’hui, c’est ta fin du monde.

Caroline Gauthier

Échouer

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Échouer. Savoir qu’on a tout donné, mais avoir le sentiment d’échouer tout de même. Parfois, il y a de ces moments où rien ne semble bien aller. Ces moments où on nous annonce une mauvaise nouvelle par-dessus une autre, et ainsi de suite. Ces moments où il y a plus de noir que de blanc. Ces moments où une grosse boule nous tient par le ventre et nous paralyse. Ces moments où on a mal.

Pour être honnête, ces dernières années m’ont semblé remplies de ces moments… beaucoup trop souvent à mon goût. La perte d’un bébé, la perte d’un emploi, la perte de repères, la perte de gens auxquels on tient… Beaucoup de pertes, il me semble, en si peu de temps. Chaque fois que j’avais l’impression de me sortir enfin la tête de l’eau, une autre nouvelle me faisait replonger. Dix mètres sous la surface. Pas d’oxygène. Pas de masque.

Devant les autres, tout semble si facile. Ils ne voient que les bons côtés… On semble plus fort, plus enclin à la réussite. Parce que t’sais, l’herbe est don’ plus verte chez l’voisin! Les autres n’y voient que du feu. Pis maudit qu’on est bons comédiens pareil! Ça aide…

La vérité, c’est qu’il y a des passes moins agréables que d’autres dans la vie. Et qu’on était en plein dedans. Ce n’était pas une dépression majeure, ce n’était pas le désespoir sans fin, c’est juste que lucidement, on voyait bien que le pourcentage de mauvaises nouvelles était anormalement élevé depuis quelque temps.

Et là, là, un moment arrive où on se dit que c’est assez. On se dit qu’on reprend notre vie en main. On se dit que c’est le premier jour d’une belle passe. Parce que t’sais, maudit qu’on est naïfs des fois! Comme si on pouvait avoir le contrôle là‑dessus… Comme si on pouvait empêcher le mal de nous approcher. Comme si on pouvait empêcher l’inévitable d’arriver. Ben non, ça marche pas d’même!

Parce que même si on le veut très fort, on ne peut pas empêcher tous les accidents, on ne peut pas bloquer tous les cancers, et surtout, on ne peut pas éviter toutes les souffrances. Il y a sur cette Terre tellement de choses hors de notre contrôle. Et la seule chose qu’on peut vraiment contrôler, c’est d’arrêter de vouloir les contrôler.

Je me suis confiée à l’âme la plus noble et aimée qui soit sur cette Terre (elle se reconnaîtra). Je lui disais que j’en avais assez. Que j’avais hâte que le vent tourne. Que je voulais que tous nos efforts payent, maintenant, là, tout de suite. Et vous savez ce qu’elle m’a répondu? «Échouer, c’est comme accoucher. Quand tu en as vraiment assez, que tu voudrais plier bagage et revenir à la maison, que tu te dis que c’est vraiment le pire du pire que tu peux humainement endurer… Eh bien, c’est à ce moment précis que tu mets au monde quelque chose de merveilleux. Et en une seule seconde, tout ce que tu as enduré a un sens. En une seule seconde, toute cette douleur a sa raison d’exister. Parce que c’est fini. Et que le meilleur est à venir.» C’est la plus belle métaphore que j’ai entendue de toute ma vie.

Alors j’ai continué de pousser, malgré la douleur, parce que je savais que toute cette souffrance aurait bientôt un sens. J’ai fait confiance à la vie. Et vous savez quoi? J’ai bien fait de tenir bon. Parce que la vie m’a ensuite servi des occasions en or sur un plateau d’argent, et j’ai eu la vivacité nécessaire pour les cueillir au bon moment. J’ai fait des choix de vie différents et j’ai misé sur ce qui allait bien. Et j’ai bien fait.

J’ai appris que je ne pouvais pas tout contrôler. Et non, vous non plus. Alors à tous ceux et celles qui se sentent complètement vidés et qui en ont marre des mauvaises nouvelles, redressez-vous, respirez et poussez un bon coup. Ayez confiance. C’est bientôt le début d’une nouvelle vie. PROMIS.

 

Joanie Fournier