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Cette photos jamais prise – Texte : Nathalie Courcy

Si des vidéos existent de mon enfance, elles ne se sont pas rendues jusqu’à moi. Je n’ai pas d

Si des vidéos existent de mon enfance, elles ne se sont pas rendues jusqu’à moi. Je n’ai pas d’enregistrement de la voix de mes grands-parents ou de mon père. J’ai quelques photos, heureusement, puisque mon père aimait bien photographier notre quotidien quand il revenait de sa nuit de patrouille. Mais lui était derrière l’appareil, pas devant.

J’ai des tonnes de photos de mes enfants. Tous les anniversaires, toutes les premières fois, les sourires « pas de dents », la rentrée scolaire, la visite chez le dentiste. Comme si je m’étais vengée en documentant à outrance leur enfance.

Mais plus le temps passe et plus je me rends compte que je suis rarement sur les photos. Bien sûr, puisque je suis derrière l’objectif. Je me disais qu’eux grandissaient, contrairement à moi qui restais la même (vraiment ?). Un beau bébé joufflu cache si bien une maman un peu bedonnante et honteuse ! J’apprends tranquillement à me laisser photographier, à être le centre de l’attention d’une lentille.

Quand je suis montée sur la scène de l’auditorium de l’Université Laval pour recevoir mon doctorat en littérature, je me sentais fière, nerveuse (ne pas trébucher, ne pas faire de sourire niaiseux, ne pas dire d’imbécilités au recteur…), accomplie. Réussir des études doctorales prend des années, mais recevoir le diplôme ne prend qu’un instant. « Nathalie Courcy », le nom est nommé, félicitations, poignée de mains, merci. That’s it, on passe à un autre appel.

Les lumières devant la scène m’aveuglaient, le reste de la salle était plongé dans la noirceur, il y avait des centaines de personnes, placées en ordre alphabétique. Un vrai troupeau. Mais dans le troupeau, il y avait ma toge, mon diplôme et moi. Et mon bébé de quelques semaines que j’ai allaitée à 42 degrés Celsius sous ma toge (doctorat ou pas, bébé avait faim !).

J’aurais aimé qu’on immortalise ces moments. Je crois vaguement qu’une ou deux photos ont été prises, de piètre qualité. Floues, sombres, prises à la va-vite. Disons que ça ramène les deux pieds sur terre quand tu as l’impression que ce moment grandiose pour toi ne l’est pas pour les autres. À bas tout snobisme potentiel.

J’aurais aimé offrir mon plus beau sourire de femme qui a vaincu l’Everest des études et de l’infertilité. J’aurais aimé que cette photo témoigne de la force de la persévérance et du travail. J’aurais aimé qu’il reste une image de mon bébé dans sa plus jolie robe et de moi dans ma plus jolie toge.

J’ai un vague souvenir, aussi, d’une fête organisée à la maison après la cérémonie de remise des grades. Je ne me souviens pas trop si c’était en mon honneur ou en l’honneur de ma fille. Quelques amis y étaient, ma mère, mon mari, mes enfants, ma belle-famille. J’hallucine peut-être, mais je ne crois pas que des photos aient été prises. J’utilise volontairement le mode passif parce que je ne pouvais pas prendre ces photos. Entre un allaitement et un remerciement, j’étais probablement trop occupée, et la mode des égoportraits n’était pas encore lancée.

J’aurais aimé conserver des photos de toutes les personnes présentes. J’aurais aimé avoir une preuve concrète que j’étais aimée et entourée. J’aurais aimé ne pas devoir me demander si j’avais rêvé ou si c’était vraiment arrivé.

J’ai compris une année plus tard qu’au moment de recevoir mon doctorat, j’étais déjà en dépression. Je ne le savais pas, personne ne s’en doutait. Je ne sais pas si cet état aurait été visible sur la photo ou si ma fierté du jour aurait tamisé la noirceur qui me grugeait. Je sais par contre que ma perception du monde commençait déjà à être altérée et que des pans de ma mémoire ont été affectés. Je sais aussi que mon sentiment de ne pas être assez importante pour mériter une photo a joué un rôle dans la chute de mon estime personnelle. Tout ça pour une photo jamais prise.

 

Nathalie Courcy

http://nathaliecourcy.ca

Réécrire son futur

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Avec le confinement, j’ai décidé de réaligner mon avenir et de changer de vocation. Avant la pandémie, j’étais éducatrice en service de garde, en congé de maternité. Plus le temps passait et plus je voyais mon retour au travail comme un frein à mon épanouissement. Je sentais que je n’étais plus à ma place dans ce domaine. Malgré mon bon fonds de pension, le syndicat, mon ancienneté et des collègues en or, j’ai choisi de tout miser sur moi et de démissionner pour commencer des études dans un nouveau domaine.

Donc, depuis le mois d’août, je suis des cours à distance. Je peux vous affirmer que ce n’est pas facile avec une petite fille de 14 mois et enceinte de 4 mois. Avec les rendez-vous, le manque d’aide et le manque d’argent, j’ai souvent remis mon choix en question. Malgré tout, je ne regrette rien. Je suis le genre de personne qui fait confiance à la vie et encore une fois, je ne suis pas déçue. Malgré les débuts difficiles, tout a fini par s’arranger. Mes prêts et bourses ont finalement fait apparition dans mon compte en banque. Oui, nous allons devoir nous serrer la ceinture, mais ce n’est que temporaire. Ma plus vieille a fait son entrée dans une garderie en milieu familial gérée par une vraie perle. Ça me donne donc mes journées pour étudier et je peux passer mes soirées avec ma famille.

Ce n’est pas facile tous les jours, mais quand je pense aux portes que ça va m’ouvrir, ça ne fait que me motiver encore plus. J’ai arrêté de faire de ma fille et de ma routine une excuse et j’ai foncé. Je sais que mon parcours ne fait que commencer et je suis prête à affronter tous les défis qui se dresseront devant moi. J’ai la chance d’avoir un conjoint qui m’encourage dans mes projets et je n’aurais clairement pas pu faire ce changement sans son soutien et son amour.

J’espère qu’à l’avenir, vous oserez oser le changement et faire tout en votre pouvoir pour être épanouis dans toutes les sphères de votre vie. Il faut arrêter de se trouver des excuses et commencer à chercher des pistes de solutions à la place. Quand on mise sur notre bonheur, c’est très rare qu’on perde au change. Je suis consciente que certaines situations sont plus difficiles que d’autres, mais avant de renoncer à vos rêves, soyez certains d’avoir fait le tour des possibilités qui s’offrent à vous pour vous aider à les accomplir. Nous n’avons qu’une vie et ce serait plate de la finir avec des regrets.

Anouk Carmel-Pelosse

 

Le retour aux études !

J’en ai souvent lu des histoires de mamans qui effectuent un retour aux

J’en ai souvent lu des histoires de mamans qui effectuent un retour aux études avec de jeunes enfants, qui trouvent la conciliation étude-famille difficile et qui en arrachent pour y arriver. Je me disais que cela ne devait pas être si difficile, avec une bonne organisation. Après tout, moi dans la vie, j’aime ça organiser des choses, faire des listes, des calendriers avec tout plein de couleurs thématiques et mettre des post-it partout… donc je devrais y arriver facilement, non ?

Mais attends… je viens de déménager dans une autre province, sans famille ni amis, avec mon amoureux qui commence un nouveau travail et mes trois filles de 1, 3 et 5 ans… d’autant plus que ça fait 12 ans que je n’ai pas fait d’études… peut-être que ce n’est pas le meilleur timing ? Moment de réflexion intense…

Allez, je m’inscris !

Avec fébrilité, j’organise donc en différents cartables les premiers documents que je reçois par courrier (parce qu’avec de jeunes enfants à la maison, j’opte pour les cours à distance). Je me fais un méga calendrier contenant toutes les dates de remise des travaux et des examens prévus. Je me prévois des horaires d’études. Je déborde de bonne volonté et d’enthousiasme. Je suis prête !

Les cours débutent, et BAM !  

Jamais. Jamais je n’aurais pu imaginer combien la conciliation entre faire des études universitaires et assurer la survie de petits humains en constante quête d’attention pouvait être aussi difficile.

En toute franchise, j’étais bien naïve de croire que j’allais pouvoir travailler efficacement durant la sieste des enfants. Encore plus naïve de croire qu’à la fin de la journée, quand tout le monde serait enfin couché, j’allais encore être motivée et capable de travailler des heures durant….

Pire encore, j’ai découvert à ce moment-là un côté de moi dont j’ignorais encore l’existence : j’ai réalisé que j’étais maître dans l’art de la procrastination, mais que j’étais complètement incapable d’être productive et efficace sous pression… deux aspects assez incompatibles !

J’ai donc voulu abandonner une fois, puis deux, puis trois. Probablement plus, sans vraiment l’avouer. Mon chum m’encourage et me motive ; une chance que je l’ai, lui ! Et vous savez quoi ? Je continue, trois ans plus tard. Mon parcours est plus long que celui de tout le monde, j’accumule les reports de date de fin de cours, mais j’y arrive. J’ai quelques cheveux blancs qui me rappellent que mon parcours n’est pas toujours facile, mais qu’il en vaut la peine !

Alors, à toutes les mamans qui sont dans une situation semblable, vous avez toute mon admiration. Pour celles qui n’osent pas retourner aux études ou qui se questionnent, foncez ! Sachez qu’il n’y a jamais de « bon » ou de « mauvais » moment pour se lancer.

On en sort (presque) indemne ! 😉

Andrée-Anne Courchesne

Tu ne te souviendras pas de tous ces sacrifices…

Mon ange, tu grandis en beauté et en joie. Je te regarde courir dans notre

Mon ange, tu grandis en beauté et en joie. Je te regarde courir dans notre cour et chacun de tes rires me remplit le cœur de bonheur. Je sais que ton père et moi avons dû faire tellement de sacrifices pour pouvoir t’offrir cette vie.

Aujourd’hui, tu vas à l’école avec ton trop grand sac à dos, le sourire fendu jusqu’aux oreilles et le cœur débordant de fierté. Tu ne te rappelles pas que lorsque tu étais bébé, ton papa et moi allions tous les deux encore à l’école. Papa allait en cours le jour et Maman étudiait tous les soirs et passait ses weekends en classe. Je t’allaitais dès que j’avais une pause et je tirais mon lait pour les autres boires…

Aujourd’hui, le frigo est toujours plein et tu n’as jamais connu la faim. Mais quand tu es venue au monde, nous n’étions pas riches. On en a mangé en titi des toasts au beurre de peanut pour souper! Mais entre deux siestes de bébé et mes livres d’étude, je trouvais le temps de te faire des purées de légumes maison.

Aujourd’hui, tu cours entre les étages de notre grande maison remplie de lumière. Mais tu ne te rappelles pas que tu as vécu tes premiers mois dans un minuscule appartement, avec rien de plus que le nécessaire. Mais tu étais là, par terre sur ta grande couverture, à gazouiller à travers tes petits jouets. Tu remplissais notre petit 4 et demie de bonheur.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, on a décroché nos diplômes, trouvé des boulots géniaux et continué de faire des petits bébés-bonheur. Tu cours dehors avec tes frères et sœurs. Je vous entends rire. Je sais que tu n’auras aucun souvenir de tous ces sacrifices. Tu ne te rappelleras pas à quel point notre petite famille en a arraché au départ.

Toi, tu as grandi avec l’aboutissement de tous nos efforts. Tu n’auras pas de souvenirs de nos périodes plus difficiles. Tu étais trop petite pour te souvenir de tout cela. Et pour être honnête, ça me rassure… Je suis contente que tu ne puisses pas te rappeler nos inquiétudes de jeunes parents.

Tu es devenue une enfant respectueuse et tu ne demandes jamais rien d’extravagant. Tu es économe et tu ne demandes jamais de cadeau démesuré pour ton anniversaire… Et parfois, je me demande si ta petite âme se rappelle… Tu prends toujours la peine de nous remercier, chaque jour. Tu nous remercies pour chaque sortie au parc, pour chaque crème glacée d’été, pour chaque moment passé ensemble. Tu es tellement reconnaissante que je me demande si une petite partie de ton cœur se souvient…

Je te connais, je sais que même en vieillissant, tu continueras d’être la plus raisonnable. Mais je te souhaite de te permettre des folies aussi. J’espère que quelques fois, tu feras des dépenses démesurées pour te gâter. J’espère que tu t’achèteras cette petite robe que tu aimes, même si elle n’est pas en solde. J’espère que tu mangeras autant de crème glacée, extra trempage de chocolat, qu’il te fera plaisir. J’espère que tu profiteras de la vie pour toutes les fois où, nous, nous avons dû nous priver. Parce que c’est aussi ça, notre rôle de parents… Bûcher pour construire une vie meilleure dans laquelle nos enfants pourront être heureux…

Joanie Fournier

Le grand saut

Et oui, ça

Et oui, ça y est, je l’ai fait ! Après des années à chercher comment réorienter ma carrière, me voici de retour sur les bancs (bon pas de panique là, je fais le tout à distance) d’école.

J’ai fini mon Baccalauréat en mai 1999 et me voici, à 46 ans, de retour aux études.

Pas facile d’y retourner après tant d’années. Pas facile, car ma vie a beaucoup changé depuis et mon amie technologie a pris le dessus.

Retourner aux études aujourd’hui, ça prend beaucoup de discipline. Oui, je sais, les enfants sont grands. Mais eux ne comprennent pas le défi que je réalise en ce moment. Eux voient seulement qu’ils en ont de la chance, maman est à la maison. Vous savez, la maman qui a passé les huit dernières années à travailler à temps plein. À quitter la maison pour le travail douze heures par jour. Cette maman à qui ils devaient parler tout doucement pour ne pas qu’elle explose à cause de ses douleurs intenses causées par des hernies cervicales. Eh bien, cette même maman, elle est à la maison, mais elle est également aux études.

Lorsque j’ai fait mon choix de cours, je n’ai jamais pensé à tout le travail que demandait un cours universitaire. Je n’ai jamais pensé que je devrais remettre de magnifiques travaux sans fautes, avec une mise en page parfaite. Moi, dans mon temps (OUTCH) on remettait les travaux à la dactylo ! Ben oui… la dactylo ! Cette merveilleuse machine dans laquelle tu insérais une feuille. Cette machine qui ne faisait rien seule, mais que tu pouvais contrôler ! Aujourd’hui, mal de tête m’en prit de faire une belle mise en page avec notes en bas de page, pagination, etc. Une chance qu’un ange est venu à ma rescousse !

Parce qu’il faut savoir que, dans mon ancienne vie, je ne travaillais pas avec un ordinateur. Non, non ! Mon ordinateur c’était ma tête ! 25 ans comme croupière au Casino ! Ce n’est pas rien, mais ça ne t’aide pas beaucoup avec Word et Office !

De plus, chaque cours requiert beaucoup de temps. Et non, je ne suis pas assise dans une salle à prendre de notes, mais bien devant mon écran à faire des recherches, à lire des textes, à organiser mon temps !

Organiser son temps… c’est quoi ça ? Alors, tout enthousiaste, je me suis inscrite à trois cours. Quelle idée de génie ! Championne qui n’a pas été aux études depuis 21 ans pense qu’elle aura le temps de faire trois cours à l’université avec deux enfants (n’oubliez pas que je suis veuve) une maison, des tâches ménagères et une grosse lacune informatique.

Alors devant l’inévitable, moi, Annie la Superwoman, j’ai dû abandonner un cours. Abonner un cours pour lequel je devais investir des heures de travail et qui ne m’apporterait qu’un minimum de savoir approprié à mes futurs défis.

Mon but : faire de la suppléance dans les écoles de ma région. Le monde de l’éducation a bien besoin de personnel qualifié et je crois que je peux faire la différence dans la vie des petits et grands qui croiseront mon chemin. Tout ça pour me rapprocher de mes enfants, être plus présente. Dans les derniers mois, j’avais l’impression d’avoir manqué une partie de leur vie. J’ai l’impression de les avoir négligés, d’autant plus qu’ils n’ont que moi. Alors voilà ! J’ai pris une année sabbatique de mes cartes pour retourner aux études et voir si cette future carrière pourra m’apporter l’équilibre dont j’ai besoin dans ma vie en ce moment.

Dans les derniers mois, le hamster courait pas mal vite pour essayer de trouver une solution à mes deux plus grands problèmes : le manque de temps avec mes enfants et mon corps blessé qui ne peut plus continuer.

J’espère donc maintenant qu’un avenir extraordinaire s’ouvrira devant moi, car j’ai eu des bouts pas mal rough. Je me souhaite la vie douce pour les prochaines années.

Annie Corriveau

J’essaie fort, maman

En revenant de l’école, tu m’as annoncé que le monde allait s

En revenant de l’école, tu m’as annoncé que le monde allait s’arrêter pour deux semaines.

Que l’école était fermée, la garderie aussi. Tout simplement à cause d’un virus.

J’étais contente, mais je ne savais pas toute la charge que ça impliquait.

J’essaie fort, maman, je te promets.

Tu m’as dit que ton travail, par contre, n’allait pas changer. Que tes patients avaient toujours besoin de toi. Que tu devais continuer à travailler, que tu étais devenue un ange à présent.

Papa, aussi, est un ange. Son travail ne lui permet pas de rester à la maison avec nous quatre et le chien.

J’essaie fort, maman.

Puisque vous êtes des anges de la société, vous ne pouvez être nos anges et rester à la maison. S’occuper de nous, vous êtes incapables.

C’est donc à moi, la grande sœur de maintenant dix-huit ans, de m’occuper du troupeau.

Ce n’est pas la première fois que tu me demandes cette faveur. Loin de là.

Ça me fait toujours plaisir d’aider.

Mais cette fois, je crois que c’est trop.

J’essaie maman, je te le jure.

Lorsque tu m’as demandé, j’ai accepté avec plaisir, pour aider, comme d’habitude.

Je ne m’attendais pas à autant.

Tu m’as donc annoncé que nous partions au chalet.

Ça faisait plus de deux mois que je n’y étais pas allée. J’étais très heureuse de passer du temps avec vous en famille pour la dernière fois avant je ne sais combien de temps.

Mais lorsque la fin de semaine s’est terminée, papa et toi deviez retourner au travail, servir la population et être des anges.

C’est donc avec un congélateur rempli et du wifi piètrement fonctionnel que tu m’as laissée avec trois enfants de douze, neuf et quatre ans.

Deux semaines, ça va bien aller, pensais-je.

La plus jeune veut jouer. C’est normal, je la comprends. À la garderie, elle est over stimulée avec plein de jeunes de son âge. Les deux autres ne veulent pas aider pour aucune tâche.

Je te jure, maman, que j’essaie fort.

Je dois jongler avec les repas, surveiller pour qu’ils arrêtent de grignoter entre les repas et qu’ils mangent assez de légumes pour avoir du dessert.

Je dois surveiller leur santé. La plus vieille est asthmatique, c’est elle qui est le plus à risque.

Je dois veiller à ce que tout le monde se brosse les dents, prennent sa douche, joue assez dehors et à ce que personne ne s’entre-tue.

C’est vrai qu’il serait facile de les planter devant leur tablette à longueur de journée, mais notre wifi ne le permet pas. Et éthiquement non plus, ça ne se fait pas.

Être pris au fin fond des bois ne sert qu’à nous isoler. Du dangereux virus qui nous empêche de voir notre famille et qui pourrait mettre en danger la vie de ma sœur.

Je dois donc jouer à la mère 24/7.

J’essaie fort, maman, je te le jure.

Mais là, c’est trop.

Nous avons terminé la deuxième semaine et j’ai craqué.

Devant les enfants en plus. La voiture a brisé. Elle n’avance plus.

J’angoisse comme ça ne se peut pas. Je sais que j’ai un super talent pour le cacher, mais ce matin, c’était trop. Comment je vais faire s’il y a une urgence?

En plus, le cégep recommence. Comment vont se dérouler les cours? En ligne? Non, mon wifi ne me le permet pas. Des vidéos capsules, ça non plus. Comment je vais faire?

J’ai trois enfants à ma charge et un chien.

La jeune de quatre ans retient toute mon attention : je joue aux Playmobil, aux Barbie, aux casse-têtes et plus encore…

Celui du milieu doit être stimulé : être sur sa tablette le rendra légume d’ici la fin du mois. Donc j’organise des activités pour lui : maths, jardinage, tours de magie, quiz géographique. Je veux qu’il continue à apprendre.

Et la plus vieille, elle a terminé son année scolaire, mais son anglais… Elle l’a à peine pratiqué. J’essaie somme je peux d’écouter des films en anglais, de lui parler en anglais.

Je dois prendre aussi des marches, m’occuper du chien, lui apprendre des tours pour qu’il ne s’ennuie pas.

Je dois faire à manger, le ménage, le lavage, l’éducation et les activités. Parce que toujours des exercices, je comprends que ça peut être ennuyant à la longue. J’organise des repas thématiques, des chasses au trésor, des rallyes photo…

Où sera mon temps alloué pour mes études?

Quand vais‑je rédiger ma dissertation de 500 mots sur l’idéologie de Platon? Quand vais‑je avoir le temps de regarder un vidéo de trois heures sur la dissolution du cuivre en chimie? Quand vais‑je pouvoir lire mon livre d’anglais?

Ça fait déjà deux semaines et je suis épuisée. Je tourne en rond, j’angoisse quand je reçois un nouveau courriel de mes professeurs.

Je n’en peux plus.

Mais je dois rester, c’est la vie de ma sœur asthmatique qui est en jeu. Je ne peux pas l’abandonner.

On dit que c’est en situation de crise que nous voyons la vraie personne qui se cache en nous.

Eh bien, la voilà la vraie moi : épuisée, angoissée et incapable.

J’ai vraiment hâte que tout ça finisse et que vous reveniez à la maison.

Pouvez‑vous être mes anges au lieu d’être ceux de la société?

Ta fille qui vous aime et qui a besoin de vous.

Clara

Oui mon enfant, je te souhaite de partir de la maison jeune.

Mon enfant, je te souhaite de partir de la maison quand tu seras enc

Mon enfant, je te souhaite de partir de la maison quand tu seras encore jeune. Je serai toujours là pour toi. Je serai au bout du fil si tu as besoin de parler, tous les jours si tu le souhaites. Je te promets d’être présente à chaque moment important de ta vie. Je te promets de ne jamais partir en vacances à ton anniversaire, aux fêtes et aux jours importants pour toi. Je te promets d’être là pour t’aider à peinturer, à cuisiner, à réparer la toilette, etc. Je te souhaite aussi de voler de tes propres ailes et d’aller découvrir le monde.

En vieillissant, tu partiras peut-être étudier à l’étranger. Tu voudras peut-être aller vivre en colocation avec tes meilleurs amis. Tu voudras peut-être vivre un amour passionné avec la personne que tu auras choisie. Tu voudras apprendre, étudier, communiquer et être libre. Et cette liberté-là, elle vient avec des responsabilités.

Mon rôle de parent, c’est de te préparer à réussir dans toutes les tâches du quotidien. Je te prépare jeune à faire un budget, pour que tu sois en mesure de comprendre le coût réel de la vie. Je te prépare jeune à cuisiner, pour que tu reconnaisses la valeur de ce que tu manges. Je te prépare jeune à prendre soin d’une maison, pour que tu ne croies jamais qu’elle se nettoie seule. Je te prépare jeune à prendre soin des autres, pour que tu puisses un jour prendre soin de tes enfants. Et pour vivre tout cela, je dois te laisser partir.

Tu seras toujours le bienvenu ici, si tu en ressens le besoin. Peut-être que la colocation ne se passera pas aussi bien que prévu. Peut-être que tu vivras une grande peine d’amour. Peut-être que tu perdras ton emploi. Ces imprévus font partie de la vie. Et si tu souhaites revenir à la maison quelque temps pour reprendre le dessus, notre porte te sera toujours ouverte.

Je ne suis pas une mère sans cœur. Je ne suis pas une marâtre. Je t’aime de tout mon être. Et c’est justement parce que je t’aime que je te souhaite de partir tôt de la maison. Je te souhaite de te lancer dans la vraie vie et d’aller y apprendre toutes ces leçons indispensables. Parce qu’il ne sert à rien d’essayer de te protéger jusqu’à 20, 25, 30 ans… Tôt ou tard, tu iras voler de tes propres ailes. Et moi, je te souhaite de te faire assez confiance à la vie pour te lancer plus tôt que tard.

Je suis consciente que beaucoup de personnes ne comprennent ni ne respectent mon opinion sur le sujet. Beaucoup de parents sont ravis de garder leurs enfants à la maison le plus longtemps possible. Je ne veux pas être égoïste et te garder pour moi toute seule. J’ai fait des enfants pour leur offrir une belle vie, une vraie vie. Je n’ai pas fait d’enfants pour sentir qu’ils allaient toujours rester dépendants de moi. Beaucoup de tes amis ne comprendront pas non plus. Beaucoup de jeunes adultes restent chez leurs parents par habitude et parce qu’ils y sont bien. Je te souhaite d’être ce jeune adulte qui se lance dans le vide, qui se remet en question, qui s’interroge sur son éducation et qui apprend par lui-même.

Je te souhaite, mon enfant, d’être autonome. Cette autonomie-là, elle ne signifie pas que tu dois seulement être capable de vivre seul. Elle signifie que tu dois te connaître assez pour aimer passer du temps seul avec toi-même. Cela ne veut pas dire que tu seras simplement capable de survivre en appartement. Être autonome, c’est surtout pouvoir penser par soi-même. Je ne veux pas que mes paroles résonnent dans les tiennes. Je veux que tu respectes assez tes opinions pour les scander haut et fort.

Je veux que tu profites de chaque seconde de la vie. Parce qu’elle est courte et que je veux que tu ne manques aucun moment. Plus tu attendras pour te lancer, plus tu passeras à côté de plusieurs occasions. L’habitude et le confort peuvent être de grands ennemis pour ta liberté.

Je suis consciente qu’il n’y a pas d’âge idéal pour partir de la maison. Certains vont attendre d’avoir fini leurs études, d’autres vont vivre sur le campus. Certains vont attendre d’avoir un diplôme, un emploi, du temps, de l’argent, etc. Je vais te dire une grande vérité. Toute cette attente ne sert à rien. Il ne te sert à rien d’attendre un diplôme si tu finis par détester ton travail. Il ne te sert à rien d’attendre d’avoir un emploi. Plusieurs cumulent de petits boulots, pour vivre simplement, et cela les rend tout à fait heureux.

Rien de sert d’attendre d’avoir du temps. Le temps ne se cumule pas dans une banque. Il s’écoule tous les jours de ta vie. N’en rate aucune seconde. Et surtout, n’attends pas d’avoir de l’argent parce que tu n’en auras jamais. L’argent existe pour être dépensé. Fonce. Et dépense l’argent qui t’appartient comme bon te semble. Justement, il t’appartient. Ne vis jamais pour travailler. Travailler te sert à vivre, pas l’inverse.

Finalement, tu dois comprendre que le bonheur ne se trouve nulle part sur la terre. Il n’est ni un endroit, ni une personne, ni un montant. Le bonheur se trouve uniquement en toi. C’est à toi de te lancer et de vivre chaque jour de ta vie en choisissant de voir le beau, le bon. Quand tu auras compris ça, peu importe ton âge, tu seras prêt à partir de la maison. Et je te souhaite du plus profond de mon cœur de comprendre tout cela assez tôt pour pouvoir en profiter.

Je serai toujours présente dans ta vie. Ton père et moi penserons à toi chaque jour, comme c’est déjà le cas depuis que tu as poussé ton premier cri. Si tu as besoin de nous, nous serons toujours là. Alors, n’aie pas peur et vole, petit oiseau. N’aie pas peur du vide, ce n’est qu’un courant d’air qui t’aidera à t’envoler.

Joanie Fournier

 

L’envol

Et voilà. C’est fait. Tu es partie.

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Et voilà. C’est fait. Tu es partie.

Tu viens d’avoir dix‑sept ans et tu as pris ton envol…

Nous te laissons, seule au monde, dans cette petite chambre sur le campus du cégep.

Mon cœur de maman panique, mais je ne dis rien : vas‑tu être capable de débarrer la porte du bâtiment ? Où vas-tu faire ton épicerie ? Et si tu te fais attaquer ? Enlever ? Tuer ? Si tu tombes malade ? Si la porte claque et que tu te retrouves coincée dehors avec tes clés à l’intérieur ?

Et si…?

– Merci, papa et maman, de m’avoir aidée à m’installer. Je vous aime. Ça va aller…

– Anytime, si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle‑moi pis je viens…

– Promis, maman…

Alors, on t’a laissée là.

Sur la route du retour, je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme. Mon bébé… C’est une véritable tempête de sentiments dans notre âme de parents quand notre enfant prend son envol…

Nous sommes partagés entre un sentiment de fierté immense et la tristesse de ne plus l’avoir au quotidien à nos côtés.

Ta chambre est vide.

La maison est vide.

Ton chien te cherche.

Je t’appelle encore pour te dire que c’est l’heure de souper.

Mais la porte de ta chambre ne s’ouvre pas… et ta place à table reste libre…

Alors je t’envoie des messages textes. Je m’excuse… car pendant quelques semaines, il se peut que j’en envoie beaucoup… Tu me réponds avec une gentillesse infinie et une maturité incroyable.

Je suis impressionnée : c’est beau de te voir aller. Tu prends ta vie en main avec tant de passion et de joie !

Et puis… je sais… que de temps en temps… tu vas revenir… alors, le soleil envahira la maison à nouveau… Cette petite tempête de jeunesse… je vais la savourer en silence… Je vais apprécier chaque seconde de ta présence…

Nous sommes si fiers, si inquiets, si tristes, mais si heureux. On t’aime si fort. Vole ! Vole ! Vole !

Gwendoline Duchaine

 

Ne jamais perdre espoir

Je ne sais pas c’est quoi, vraiment de faire une dépression, mais

Je ne sais pas c’est quoi, vraiment de faire une dépression, mais je pense qu’il y a quelques mois, je commençais à foncer tout droit dans le mur. Moi qui disais que ça ne pouvait jamais m’arriver et que j’étais forte, je me suis rendu compte que je perdais tous mes moyens parce que je n’avais pas le contrôle de ma vie.

Pour la première fois de ma vie, je n’avais pas le contrôle. Et ça, c’est la pire chose qu’il pouvait m’arriver. J’étais retournée aux études en rêvant d’un métier depuis tellement longtemps. Je me disais, tout le long de mon parcours, que j’allais avoir un travail en sortant de l’école. Être positif, qu’ils disaient. Et je dois avouer que je suis une fille très positive dans la vie, donc c’était facile, voire naïf, de croire que j’allais réussir rapidement et facilement.

Le diplôme obtenu, j’ai passé trois mois sans emploi. Trois mois à paniquer complètement, mais à essayer de ne pas le montrer, pour ne pas déranger.

Je n’ai jamais été aussi angoissée de toute ma vie. Le cœur qui ne coopérait plus, la tête qui ne voulait pas dormir, mais le corps qui s’épuisait, ça me faisait peur. Je me levais le matin avec l’envie de dormir. Je sortais à l’épicerie et je revenais brûlée comme si j’avais couru un marathon. Je sentais que j’étais sur le bord du précipice, mais je ne devais pas le montrer pour ne pas me faire dire : « Ben voyons Tan, t’es forte! » Je me suis rendu compte que je ne l’étais peut-être plus tant que ça et ça, ça me faisait peur.

Moi qui avais rêvé d’un métier, j’étais rendue à penser que je ne pourrais jamais le faire. Tout ça parce que ça faisait trois mois que je n’avais pas l’emploi de mes rêves… T’sais à force de tout vouloir tout de suite… C’était quoi l’idée d’aller étudier dans les médias, aussi? Je n’arrêtais pas de me demander ce que j’allais faire de ma vie. Je regardais sur les sites d’emplois et rien ne m’intéressait. Je paniquais. Qu’est-ce que j’allais faire de ma vie? Plus je me posais la question, plus je sombrais dans la panique, mais je n’en parlais pas trop parce qu’encore aujourd’hui, je ne suis pas capable de mettre des mots sur ce que je ressentais.

J’étais sur le bord du précipice, pas parce que j’en faisais trop, mais parce que je ne faisais rien! C’est un peu ironique, mais j’étais la fille aux mille et un projets et là, trois mois sans rien. Vous allez me dire que ce n’est pas long trois mois, mais c’est long dans la tête d’une fille hyperactive qui doit bouger sans arrêt!

Qu’est-ce que j’allais faire de ma vie? LA phrase qui m’a le plus angoissée parmi toutes celles qui existent. Mais j’ai continué à me battre, à chercher des solutions et à persévérer.

Et puis, un jour, le téléphone a sonné. J’avais une entrevue pour un emploi. Puis, deux semaines plus tard, le téléphone a sonné à nouveau et j’avais une deuxième entrevue pour un deuxième emploi!

Eh bien, j’ai accepté les deux! Et je peux vous dire maintenant que mon rêve, il se réalise pour vrai.

C’est drôle, parfois, de voir comment la vie est faite. Moi qui n’ai jamais cru au destin et à ces choses-là, je me rends compte que parfois, je n’ai pas le choix de croire que c’est bien fait, d’une certaine façon. Je me serais bien passé de l’angoisse, mais à travers tout ça, j’ai appris qu’on ne peut pas tout avoir tout de suite et qu’il faut être patient. Il faut travailler fort pour obtenir des résultats et surtout, surtout, il ne faut jamais perdre espoir. J’ai failli tout perdre, mais une petite voix me disait de ne pas abandonner.

Tania Di Sei

 

Des bébés et des études

Nous étions tous les deux étudiants et amoureux fous l’un de l

Nous étions tous les deux étudiants et amoureux fous l’un de l’autre. Après plusieurs années en couple, nous savions que nous voulions des enfants. Nous regardions devant nous et nous savions pertinemment que plusieurs années d’études étaient encore devant nous. Mais nous n’avions qu’une seule vie à vivre, et il était hors de question de passer à côté. Nous avons donc choisi d’avoir un enfant, en étant tous les deux aux études à l’Université. Nous avons calculé nos budgets, organisé nos sessions et pris la décision en toute conscience d’accueillir un petit être dans notre famille.

Quand j’ai accouché de ma première fille, Papa était en stage final de son baccalauréat. Heureusement, j’ai accouché en soirée et il a pris une journée de congé pour nous ramener à la maison, à notre sortie de l’hôpital. C’était mon premier bébé, un mini-trésor dont je devais prendre soin. Entre deux sessions. J’ai continué à suivre des cours à l’Université le soir. Papa n’a eu aucun congé de paternité et pourtant, j’avais l’impression qu’il était là avec nous. Nos familles habitaient loin de nous. Nous n’avions que nous au monde.

Deux ans plus tard, j’en étais à la moitié de mon baccalauréat. Papa était à la maîtrise. Et nous avons décidé d’avoir un autre enfant. Encore une fois, j’ai accouché pendant la nuit et Papa est allé travailler le matin même. La semaine suivante, il partait en congrès plusieurs jours. Cette fois-là, j’ai demandé à nos familles et amies de venir nous donner un petit coup de main… S’adapter à la vie avec deux enfants, ce n’est pas évident. Pendant qu’on étudie, ce l’est encore moins !

Je suivais des cours de fin de semaine à l’Université. Papa passait ses samedis à faire le taxi entre la maison et la salle de classe pour que je puisse allaiter. Parce que oui, en plus, j’allaitais ! J’ai eu la chance inouïe de croiser sur mon passage des professeurs humains et compréhensifs. Le soir d’un examen final, j’ai dû amener ma fille de quelques semaines avec moi. La professeure responsable ce soir‑là a passé toute la période à se promener avec mon bébé dans les bras, pour qu’elle reste profondément endormie et que je puisse faire mon examen.

Parce qu’on était toujours autant en amour, on a même fait un troisième bébé. Notre dernière fille est venue au monde pendant que Papa entreprenait son doctorat. J’ai fini mon baccalauréat avec des cours à distance, entre un allaitement et un changement de couche.

Est-ce que ça a été facile ? Non, pas tous les jours. Est-ce que c’était le chemin le plus simple ? Non plus. Mais je vous assure que nous n’avons aucun regret. Les études sont terminées, les diplômes sont accrochés au mur. Ces petits bouts de papier ont à nos yeux encore plus d’importance. Quand on passe devant, on se rappelle tous les sacrifices, les choix, les nuits blanches et les fins de session. Et quand les enfants passent devant, ils voient le dépassement de soi et l’accomplissement. Parce que dans la vie, le chemin facile semble attirant, mais ce ne sera jamais le seul choix que tu as.

Nos filles ont grandi. Maintenant, ce sont elles qui vont à l’école. Et comme elles nous l’ont enseigné quelques années plus tôt, c’est notre tour de leur apprendre ce qu’est la persévérance. Parce que parfois, les chemins plus compliqués sont aussi plus enrichissants.

Joanie Fournier

 

Ton envol

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La porte s’ouvre. Je découvre avec stupeur cet endroit si petit, si loin, si laid et qui sent si mauvais… Toi, tu souris. Tu es heureuse. Tu frétilles de joie en visitant ce futur logement qui sera le tien…

Je te regarde aller, si légère et enjouée. Tu es passionnée. Tu planes de bonheur. Le campus te plait et cette minuscule chambre, tu l’adores.

– Je vais la rendre chaleureuse! Je vais mettre des lumières et des rideaux! On pourra peindre les murs hein?! Et des tapis! Ça va être full beau! OMG maman! J’ai hâte!

Tu es si joyeuse!

Moi, j’ai envie de hurler.
17 ans.
Tu t’en vas.

Je sais que c’est normal et que c’est la vie. Je sais que tu es prête. Une partie de mon cœur est si fière et si heureuse pour toi. Mais l’autre morceau de mon cœur de mère, il saigne…

Parce que, ma fille, tu as fait de moi une maman. Depuis 17 ans, nous partageons ce quotidien, cette maison… et tu remplis ma vie avec passion.
Tu vas laisser un grand vide…

Y’aura personne pour me faire chialer quand j’ai besoin de la salle de bain. Y’aura personne pour préparer des gâteaux au chocolat les dimanches après-midi trop froids. Y’aura personne qui écoutera de la musique trop fort. Y’aura personne qui accaparera le téléphone pendant des heures. Y’aura personne qui fera bruler ces bougies qui sentent si bon.

Comment je vais faire pour ne pas trembler chaque seconde de chaque minute de ta nouvelle vie? Comment je vais faire sans entendre le bruit de tes pas le matin? Comment je vais faire sans te dire bonne nuit le soir? Comment je vais faire sans toi?

Tu prends ton envol…

En dedans je pleure… mais je ne te le dirai pas…
C’est ça aussi être maman…

Tu me manques déjà…

Gwendoline Duchaine