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Ton coma

Je suis au travail et mon cellulaire sonne. Il est 11 heures du mati

Je suis au travail et mon cellulaire sonne. Il est 11 heures du matin. C’est toi.

– Maman! Ça ne va pas du tout! Maman?! Maman, aide-moi!

– Que se passe-t-il?

– Je me suis réveillée ce matin, dans un lit d’hôpital. J’ai arraché ma perfusion. Maman! Je ne comprends pas!!! Je n’ai aucun souvenir! Je ne sais pas comment je me suis rendue là! Je ne sais ce qui s’est passé! Maman! J’ai peur! Je suis perdue!

C’est à ce moment que ton monde s’arrête…

Vlan!

J’écoute mon enfant paniquer et angoisser, mon cœur bat la chamade si fort que j’ai l’impression qu’il va sortir de ma poitrine. Mes mains tremblent, les questions fusent et je réalise avec effroi que ma fille est complètement confuse.

Avec l’aide de ses amis, l’enquête commence. On laisse tout en plan. On cherche à comprendre ce qui s’est passé.

Ce n’est pas évident…

Mon enfant est majeure.

Alors l’hôpital ne nous donne aucun renseignement…

Et elle n’a aucun souvenir…

Elle s’est effondrée d’un coup lors d’une petite soirée tranquille à sa résidence après avoir siroté deux boissons alcoolisées. Elle était hypotonique et confuse. Elle a vomi pendant deux heures… deux heures! Sans que personne ne réagisse! Pourquoi? Elle n’avait plus de réflexes! Pourquoi? Pendant combien de temps?

Ses amis inquiets car elle ne reprenait pas connaissance ont fini par l’amener en taxi à l’hôpital. En taxi! Pas d’ambulance! Mais pourquoi?

Elle est allée directement en salle de choc, on l’a ploguée de partout et elle a reçu trois poches de soluté. Ils lui ont fait une prise de sang.

Le lendemain matin, le médecin lui a donné son congé… mais… elle ne s’en souvient même pas!

Black out

Dans notre tête de parent, toutes les hypothèses sont bonnes et je me raccroche à ma raison tant bien que mal : trop d’alcool? Elle jure que non! Drogue? Ses amis sont certains qu’elle n’en a pas consommé (même pas à son insu). Médicaments? Non… Schizophrénie? Folie? La drogue du viol?

Nous n’avons que des questions et une enfant épuisée qui panique complètement d’avoir perdu le contrôle de son cerveau.

Nous enquêtons avec elle auprès de ses amis et de l’hôpital pour finalement apprendre qu’il y aurait eu pas mal d’alcool fort ce soir-là… Pourtant, elle est habituée à gérer sa consommation d’alcool. Ce n’est pas son premier party…

Mais ce soir-là, elle n’avait pas dormi ni mangé. Son corps lui a échappé. Elle l’a échappé…

Les résultats du bilan sanguin ont finalement montré que son taux d’alcool dans le sang était très élevé. Trop élevé. Beaucoup trop élevé…

Ce chiffre me rentre dans le corps comme un coup de poignard et les mots du médecin « coma éthylique, intoxication aigüe à l’alcool » résonnent dans ma tête.

Mais comment est-ce possible?

Ma fille toujours en contrôle, ma fille première de promo, brillante dans ses apprentissages, organisée, fiable, autonome, qui vit seule depuis plus d’un an et qui se prend en main de façon remarquable!

Pourquoi???

Je suis déçue, fâchée, inquiète.

Parce que nous pensions qu’en tolérant qu’elle prenne de l’alcool depuis son adolescence, elle apprendrait à gérer sa consommation. Elle s’est montrée responsable jusque-là. Que s’est-il passé pour que sa vie soit en danger d’un coup comme ça? Pourquoi elle?

C’est tellement de culpabilité et de sentiments contradictoires qui se bousculent dans mon cœur de parent.

Puis petit à petit, je réalise qu’être parent demande une résilience et un lâcher-prise que je n’aurais jamais pensé avoir…

J’ai réalisé qu’en effet, elle est majeure… C’est sa vie. C’est son coma. C’est sa santé. C’est elle qui va devoir vivre avec les conséquences et les apprentissages de cette expérience.

Ça nous a permis de parler des dangers du coma éthylique et de la consommation excessive d’alcool avec notre fille, avec ses amis, avec ses frères. Nous espérons que tous vont apprendre de ce malheureux événement et qu’ils vont prendre soin les uns des autres en étant attentifs.

Si je vous raconte cette histoire, c’est parce que personne n’est à l’abri. Ça peut arriver à n’importe qui et bien plus rapidement qu’on ne le pense.

Parlez-en.

Racontez notre histoire.

Ouvrez la porte.

Gardez le dialogue.

Et toi. Ma fille… C’est ton histoire. Ton erreur. C’est ton coma. Je ne vais jamais moins t’aimer pour ça, au contraire. Tu es en santé et c’est tout ce qui compte pour moi.

Et tu sais très bien que n’importe quand, qu’elle qu’en soit la raison, si tu as besoin, je vais être là pour toi. Sans juger. Appelle-moi. Je viens. Je ne pose pas de questions. Je t’aide. Toi ou n’importe quel de tes amis.

C’est ça aussi, être parent. Te laisser apprendre et accepter que… c’est ton call, pas le mien. Et rester pas trop loin… pour te prendre la main…

Eva Staire

 

Je ne survivrai pas à votre adolescence

Un soir, je me suis assise en silence à table pour le souper.

Un soir, je me suis assise en silence à table pour le souper.

Je les ai regardés. Un par un.

Et j’ai seulement prononcé ces mots :

– Je ne survivrai pas à votre adolescence…

La tête dans mes mains, je n’avais alors même plus de questions, plus d’espoir. Je ne peux pas. C’était trop pour un cœur de parent. Je démissionne. Je n’y arrive plus.

Le découragement, la fatigue, le stress de ce quotidien si pesant… Je suis rentrée dans le mur de l’adolescence et je me suis effondrée.

Cette période est terriblement difficile pour les enfants, je le sais bien… mais parle‑t‑on de la détresse des parents?

Je me sens inutile, dépassée, incompétente, chiante… j’ai l’impression d’être une police en permanence.

J’essaie de lâcher prise, mais chaque semaine, un de mes enfants invente une nouvelle bêtise, un nouvel échec scolaire, un nouveau problème de santé, une nouvelle peine d’amour, un nouveau party, une nouvelle consommation, un nouveau manque de respect, de nouveaux cris… Le tourbillon d’émotions ne s’arrête jamais…

Je ne pensais pas que ce serait aussi dur. Je ne pensais pas que mon cœur tremblerait autant. Mais surtout, je ne pensais pas qu’un jour, ceux que j’aime le plus sur cette planète allaient me faire mal comme ça…

Je ne sais pas comment je vais survivre à votre adolescence…

 

Gwendoline Duchaine

 

10 astuces pour survivre avec un ado

Ton enfant n’a pas été livré avec le mode d’emploi et pendant

Ton enfant n’a pas été livré avec le mode d’emploi et pendant toute sa vie, tu as avancé et cheminé comme parent, avec plus ou moins d’assurance. Puis l’adolescence est venue chambouler tous tes repères. Le grand n’importe quoi !

Alors je te suggère ici dix astuces indispensables pour survivre avec un ado (ou deux ou trois ados !…)

  1. Lâche prise !

À chaque situation conflictuelle, répète cette phrase en boucle haut et fort : « M’EN CALISSE, M’EN CALISSE, M’EN CALISSE ! »

  1. Nourris-le !

Crois-moi, un ado qui a faim est beaucoup plus difficile à supporter qu’un ado rassasié ! Pis il a TOUT LE TEMPS FAIM. Alors veille à ce que le frigo soit bien rempli !

  1. Couche-toi avant lui !

Le rythme circadien d’un adolescent est différent. L’ado typique fonctionne super bien le soir et a beaucoup de misère à décoller le matin. Va te coucher avant lui, dors, et le matin, tu prendras toujours ton déjeuner tranquille, car il sera encore au lit ! L’adolescence, c’est le retour des cafés sereins le matin (si on ne réveille pas la bête…)

  1. Donne-lui des corvées !

Chez toi (oui, oui, tu es chez toi), ce n’est pas un hôtel, il doit participer aux tâches ménagères lui aussi ! Établis des règles claires NON NÉGOCIABLES.

  1. Ne rentre pas dans sa chambre !

C’est son univers. Ça pue et c’est le bordel ? Tant pis ! Pour ton équilibre psychologique, n’ouvre surtout pas cette porte-là !

  1. Achète-lui des écouteurs !

Vous n’avez certainement pas les mêmes goûts musicaux lui et toi, alors achète ta tranquillité et offre-lui un casque d’écoute. Tu pourras chanter à tue-tête ta musique préférée sans te faire insulter.

  1. Coupe le wifi le soir !

22 heures : plus accès au net. Et ce jusqu’au matin. Le wifi peut se couper facilement aussi en cas d’échecs à l’école, en cas de comportements irrespectueux, en cas de corvées oubliées, etc.

  1. Tu n’es pas un taxi !

Ce n’est pas obligatoire de véhiculer partout ta progéniture sans condition ! Hey ! Figure-toi qu’ils sont très capables de prendre le bus, le métro, de marcher ou de covoiturer !

  1. Encourage-le à travailler !

Une petite job, c’est vraiment incroyable pour un ado : ça lui amène de la confiance en lui, de l’autonomie et du cash ! C’est une superbe école de vie et surtout, surtout, tu as la paix quelques heures par semaine !

  1. Enfuis-toi !

Sauve-toi régulièrement ! Vis ta vie ! Va au resto avec ton chum, sors avec tes amis, fais la fête, amuse-toi ! Ton ado sera heureux d’avoir un peu de tranquillité à la maison quand tu n’y es pas, et toi… tu retrouves enfin ta liberté ! C’est génial finalement un ado !

Gwendoline Duchaine

 

Quand il prend le volant

Un jour, avant même que tu aies eu le temps de réaliser, ton enfan

Un jour, avant même que tu aies eu le temps de réaliser, ton enfant prend le volant. Il s’assoit fièrement à gauche du véhicule, en avant… il met les clés dans le contact, attache sa ceinture, règles ses rétros et te regarde les yeux brillants :

– On y va maman? Tu es prête?

NON JE NE SUIS PAS PRÊTE!!!

Je lui souris tendrement…

– Bien sûr, je suis prête, quand tu veux champion!

Tu es assise à droite, la main serrée beaucoup trop fort sur la poignée de la porte, le pied collé sur un frein imaginaire, le cerveau en alerte, le cœur qui débat et la trouille au ventre.

Pourtant, tu souris paisiblement…

Tu dois mettre ta progéniture en confiance, l’accompagner, lui enseigner, lui faire confiance…

C’est quand mon enfant a, pour la première fois, pris le volant, que j’ai réalisé à quel point mes parents avaient été de bons accompagnants! Eux aussi ont frôlé la crise cardiaque lors de la première sortie! Pourtant, avec patience et calme, ils m’ont montré…

Jamais le terme « lâcher prise » n’a eu autant de sens pour moi. Les trois premières sorties, j’ai manqué d’air et j’ai failli mourir de peur dix fois! J’ai vite compris l’importance d’une communication claire et précise.

J’ai réalisé que, depuis des années, mon enfant m’observe quand je conduis… depuis qu’il est tout petit, il attend ce moment et me regarde aller. Il met en place les mêmes techniques. Il absorbe depuis tout ce temps mes qualités et aussi mes défauts…

Nous sommes un exemple. Soyons un exemple sécuritaire et respectueux sur les routes. Car nos enfants adoptent nos comportements…

Acceptons aussi de nous remettre en question. Nos enfants nous montrent eux aussi le chemin.

Avec la pratique et le temps, je me sens bien avec mon enfant derrière le volant. Je suis fière de ce cheminement vers son autonomie. Pis… j’ai pas vraiment hâte aux nouveaux défis que l’hiver va nous apporter sur la route!

Gwendoline Duchaine

 

Ma ride d’affront

J’ai eu mes premières rides sur le tard. Tellement qu’en fin de

J’ai eu mes premières rides sur le tard. Tellement qu’en fin de semaine, je me suis fait cruiser par un petit jeune qui devait être au début de la vingtaine. Moi, la vieille peau de quarante ans!

Mais ma toute première ride, je me souviens du jour exact où elle est apparue. C’était le 23 mars 2004. Je ne fais pas une Paul Houde de moi-même en retenant par cœur la date de naissance de toutes mes rides, ne vous en faites pas! C’est seulement que cette ride qui scinde mon front en deux s’est formée sous la douleur de mon premier accouchement. Alors vous comprenez que j’ai une titi de bonne raison pour me souvenir de la date!

Le travail avait commencé en début de soirée. J’avais passé les heures suivantes dans le bain pour me soulager de la souffrance des contractions, avec des pauses près du comptoir pour finir de m’épiler. Non mais, quand c’est un premier accouchement, il arrive qu’on mette les priorités au mauvais endroit!

Un bon moment donné, j’ai lâché le call officiel du 2 minutes. « Chéri! C’est maintenant. Là. Tout de suite. Now! » Bon. On est arrêtés au courrier et au club vidéo (autre époque…), on a fait des tatas au policier qu’on dépassait sur la 30. Et on a été accueillis à l’hôpital par des infirmières convaincues que bébé allait se pointer trrrrrès rapidement. Deux heures du matin. Tout le personnel se préparait pour une expulsion avant le lever du soleil.

Ben non. J’ai eu droit à deux anesthésies qui ont fonctionné à moitié. À des tâtements de bedaine et de col (super le fun quand tu es à 9,5 depuis des heures!) « Je ne comprends pas, madame, votre bébé remonte au lieu de descendre… » J’ai eu droit à la percée des eaux (ma fille en garde d’ailleurs un trou permanent dans son cuir chevelu, ce qui m’a forcée longtemps à faire des séparations de lulus décentrées…) Au cathéter pour vider ma vessie qui menaçait d’exploser. Et au massage de l’espace plissé entre mes deux yeux. « Madame, tout votre stress reste pris dans votre front. Détendez votre visage. C’est la ride de la colère qui s’exprime. Il faut lâcher prise, votre bébé va finir par arriver… »

Oui mais quand? C’est parce que ça fait douze heures que vous me dites qu’elle arrive d’une minute à l’autre alors que tout ce qu’elle fait, c’est remonter jusqu’à mes clavicules! Êtes-vous sûrs que vous ne pouvez pas la sortir par là? Une petite incision au niveau du plexus solaire, toute petite…

L’option n’a pas été retenue. Il a fallu attendre que bébé accepte de parader sur le tapis rouge. J’avais préparé mes techniques de relaxation, de respiration, de visualisation… mais rien pour me dérider la ride de la colère. Une colère ancrée dans l’impuissance de ne pas savoir ce qui allait se passer et quand. Et aussi, il faut l’avouer, dans la souffrance de contractions ininterrompues et inefficaces.

Grande Peanut a fini par trouver son chemin, mais l’affront était fait : sa mère (c’est moi, ça!) savait désormais qu’elle ne contrôlait rien du tout.

Plus tard, quand les comportements de ma fille se sont mis à déraper, j’ai retrouvé cette ride que j’avais tant tenté de lisser à grands coups de afuuu afuuu. J’ai appris la colère, j’ai apprivoisé l’impuissance. Et c’est seulement quand j’ai appris le lâcher-prise sincère que la colère liée à la perte de contrôle s’est atténuée. Et que les comportements dérangeants sont disparus.

Ma ride de front, elle, est encore là. Des médecins m’ont suggéré de l’aplanir, de la botoxer. Mais je lui trouve une certaine beauté. Elle est plutôt isolée dans mon visage (merci, peau grasse!), mais elle est là, me rappelant mon parcours. Et parfois, pour me calmer le pompon quand je m’énerve le poil des jambes (les priorités ont changé, voyez-vous!), je frotte doucement ma ride de front, comme l’infirmière l’a fait dans le temps. C’est devenu mon ancrage : respire, ça va passer…

Nathalie Courcy

Côtoyer la dépendance

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Avoir un proche qui souffre de dépendance est une des choses les plus difficiles qui soient. Pourquoi eux/elles? Comment se fait-il qu’ils en soient rendus là, si creux dans leurs déboires? Comment ont-ils pu se rendre si loin, sans qu’on s’en rende compte?

 

Beaucoup de questions qui demeurent sans réponse. Par contre, une chose est certaine, c’est qu’on ne peut pas tous les sauver, s’ils ne veulent pas s’aider eux-mêmes. Le plus difficile est de voir quelqu’un que nous aimons profondément se détruire et d’être impuissant.

 

Je me demande ce qui est le pire, vivre avec une dépendance ou côtoyer quelqu’un qui est « accroc ». Souvent, pour eux tout semble normal, il n’y a jamais rien de grave, ils ne se rendent pas compte qu’ils font du mal autour d’eux; et « du mal », le mot est faible. Des nuits d’insomnie, d’inquiétude, des crises d’angoisse, des journées à pleurer, se poser constamment des questions, et j’en passe : voilà plusieurs symptômes ressentis lorsque nous aimons une personne dépendante.

 

Des nuits entières à se demander si ce n’était pas aujourd’hui « la journée » où on ne le reverrait plus jamais. Des journées entières avec une boule dans le ventre au travail à se demander ce qu’on a manqué pour ne rien avoir vu venir. Tellement souffrant de ne pas pouvoir les soulager seulement un petit instant, de leur enlever tout ce mal qu’ils ont.

 

« Il n’y a rien là », « Tu t’en fais pour rien », « Ça fait des mois que je n’ai pas consommé »… je ne compte même plus toutes les fois où j’ai entendu ces phrases. Au début, on les croit, car on s’accroche au moindre espoir. Mais au fil du temps, on réalise bien que les mensonges font partie de leur vie, et qu’ils parviennent même à se croire dans leurs histoires.

 

Puis, ils se mettent à appeler en pleurant qu’ils n’ont plus un sou (parce qu’ils ne rentrent pas travailler), qu’ils n’ont rien à manger et qu’ils ont faim, qu’ils sont désolés de tous les dégâts qu’ils causent, et que le monde serait bien mieux sans eux. Ces mots sont suffisants pour nous faire rechuter dans notre cheminement du lâcher-prise. Mais au fond d’eux, ils savent très bien comment manipuler les gens et à qui s’adresser, qui sont les plus faibles.

 

Comment arriver à se détacher de tout ça et à mettre en place le fameux « lâcher-prise »?

Il s’agit d’un travail et d’un combat de tous les jours. J’ai appris avec le temps que si les personnes dépendantes ne veulent pas s’aider, on n’y peut rien. Pour ceux qui n’ont pas le moindre remords, perdre le contrôle de leur vie et de leurs émotions est quelque chose de terrible. Les aimer malgré leurs dépendances est tout ce dont ils ont besoin.

 

Lorsqu’on paie pour eux, ça ne les aide pas. Ils ont toujours une sortie de secours, donc ils n’apprennent jamais. Il vient un moment dans la vie où nous devons choisir entre eux ou nous. Nous devons les diriger vers les bonnes ressources, et s’ils ne veulent pas s’aider, et bien nous n’y pouvons rien.

 

Même si nous les aimons de tout notre cœur et que nous voulons leur bien, ils font leurs propres choix et prennent leurs propres décisions. Il n’en revient qu’à eux de faire de meilleurs choix de vie. Lâcher prise ne veut pas dire leur souhaiter du malheur ou les aimer moins, cela veut seulement dire qu’on a décidé de penser à nous, à notre bien-être avant celui des autres.

 

La meilleure chose que nous pouvons faire pour les aider, est de les aimer du plus fort qu’on peut et de leur dire qu’ils méritent d’être heureux eux aussi. Que nous serons toujours là pour eux, mais qu’il y a des choses que nous ne sommes pas en mesure de faire.

 

La vie vaut la peine d’être vécue «  sobrement » et il faut se rappeler que chaque jour, le soleil se lèvera à nouveau.

 

 

Vanessa Lamoureux

Mettre un enfant propre, ou l’art de frôler l’apocalypse mentale

Il faut se le dire, je suis une bonne mère. J’ai toujours eu de l

Il faut se le dire, je suis une bonne mère. J’ai toujours eu de la facilité dans ce domaine. Mais le jour où j’ai dû mettre mes enfants propres, toutes mes habiletés m’ont quittée…

J’ai tout tenté, tout essayé pour que cela se passe bien : j’ai écouté un film avec ma fille assise sur le pot, j’ai géré la quantité de liquide ingurgité, j’ai même acheté une tortue (vivante en plus!), j’ai négocié, crié, chanté, hurlé, perdu la boule (plus d’une fois d’ailleurs!), j’ai même aspergé d’eau mes enfants au poush poush (comme pour un chat qui fait un acte indésirable)… mais rien ne fonctionnait.

Ces belles bebittes qui ne viennent pas avec un mode d’emploi, ils ont plus d’un tour dans leur sac. On ne sait pas d’où ils tiennent cela, mais ils sont équipés de superpouvoirs. Ils ont l’habileté incroyable de se cacher au bon mauvais moment, ils ont les yeux si cute qu’on leur pardonne tout. Ils ont la capacité d’être ultra heureux d’un pipi à la toilette et aussi de complètement se foutre d’un caca dans les culottes. Ils sont capables de faire de l’art décoratif avec ce qui sort de leur corps et de ne pas mourir de l’odeur (fait vécu ici). Je ne cite que certains superpouvoirs liés à la propreté, mais il y en a à l’infini pour tous les secteurs reliés à la parentalité!

Parce qu’il n’y a pas que le fait qu’on n’a pas de mode d’emploi, il y a la pression sociale. Nos enfants nous-mêmes sont vus comme arriérés si ce côté-là tarde un peu à se développer. Tout le monde a son opinion. On en entend de toute sorte :

« Ah non, ton enfant n’est pas encore propre? » (avec un regard rempli de jugement)

« Es-tu certaine que tu t’y prends bien? » (Ok, il y a une technique infaillible du pipi-caca à la toilette que je n’ai pas vue?)

« As-tu acheté le nouveau gadget qui fonctionne à tout coup? » (Bon, on n’a pas besoin de gadget pour faire pipi-caca, mais oui, je les ai TOUS achetés.)

« Arrête de ne faire que du renforcement positif, il faut que l’enfant vive du désagréable aussi dans sa vie. » (J’ai bien essayé de lui mettre le nez dans son pipi, mais même avec mon chien, ça ne fonctionne pas!)

Un jour, la vie est bien faite, j’ai lâché prise… et mes enfants sont devenus propres… dès le lendemain!

Martine Wilky

Les enfants, c’est comme le repassage!

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Les enfants c’est un peu comme le repassage. On veut toujours que ce soit beau, sans plis, juste parfait. Dès qu’il y a un petit pli, ça nous achale, on ne comprend pas pourquoi on ne l’a pas vu avant. La pression sociale est forte, très forte, et nous sommes constamment jugés de part et d’autre. Pour ma part, je ne fais plus de repassage depuis bon nombre d’années.

 

À mon premier enfant, je recherchais toujours la perfection. Mon fils était toujours habillé en petite carte de mode des pieds à la tête. Lorsqu’il se salissait, je m’empressais de le changer. Il mangeait très bien, je calculais ses portions de fruits et légumes et je le stimulais à la tonne. Les sorties s’accumulaient, je vivais à fond et je voulais lui offrir tout ce qu’il y avait de meilleur pour lui. Encore aujourd’hui, je ne sais pas exactement ce que je recherchais à ce moment de ma vie. Probablement une certaine valorisation que je n’avais pas eue plus jeune.

 

Puis vient un jour où on se tanne d’être ce parent qui veut tout gérer et tout calculer. On se met dix millions de tâches sur la tête afin que personne ne manque de rien et que tout soit parfait. L’alimentation fait partie de ces petits débats de la vie. On ne veut pas que notre enfant se bourre la face dans le pot de Nutella le matin et il doit avoir le lunch le plus santé possible. On le veut toutes. Mais la réalité est parfois différente.

 

J’ai beau faire ma planification de repas pour la semaine, il m’arrive de céder aux caprices de l’un et de l’autre. Je ne me sens pourtant pas mal lorsque je cède. Ce qui me rend mal à l’aise, c’est le monde qui se permet de juger. Le jugement peut tellement faire mal, surtout quand nos enfants sont touchés! Tout le monde le sait que le fameux chocolat du matin est rempli d’huile de palme et de sucre. Je l’accorde. Mais toi qui te permets de me juger, si tu t’occupais des déjeuners sept jours sur sept, tu plierais toi aussi, parfois, et lui ferais sa maudite tranche de pain au Nutella pliée de la bonne manière — parce que sinon ça ne goûte pas pareil et ce n’est pas bon — on le sait tous ça, nous autres, les parents!

 

Ce n’est pas parce qu’on achète la paix de temps en temps ou qu’on accorde un certain relâchement que nous sommes de mauvais parents. On a le droit d’être fatigués. On a le droit d’avoir eu une grosse journée. On a surtout le droit de décider de manger un bol de céréales un soir de semaine pour passer plus de temps avec nos enfants au final. Et nos enfants dans tout ça? Je vous garantis que mes enfants me parlent plus souvent du soir où on a mangé des Rice Krispies avec des bananes que du soir où on a mangé du tofu avec des carottes et du brocoli. Ça ne veut pas dire que je n’ai pas à cœur leur bien-être, au contraire. J’ai l’impression de retrouver un certain équilibre et de profiter de moments magiques avec mes enfants. Ces petits soupers donnent lieu à quelque chose d’inattendu accompagné de petites étoiles brillantes dans les yeux des plus petits.

 

Si certaines personnes trouvent inacceptable que nous acceptions certaines situations qui auparavant, nous semblaient inadéquates, je n’ai qu’une chose à dire. Je vous donne le relai, trois jours. Juste trois. Moi, j’en ai trois cent soixante-cinq dans une année. Trois, ce n’est rien. Je peux par contre vous promettre qu’après ces trois journées, vous nous supplierez de revenir et que vous nous comprendrez davantage.

 

Notre famille n’est pas sans plis. Je la trouve parfaite dans ses imperfections. De cette manière, nous retrouvons notre équilibre. La perfection n’existe pas, nulle part. Ma famille, je la vois, je vis avec et je l’aime comme ça. Ce sont tous ces petits plis qui font de nous une famille heureuse.

 

Maggy Dupuis

 

 

Être maman

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Nous devenons une maman à l’instant même où les nausées du matin nous font réaliser le grand changement qui s’opère dans notre corps. Un jour, des papillons au creux de notre ventre nous confirment qu’un petit être est là : en nous. Un hôte bien particulier qui sera désormais notre priorité. Il change tout : nos repères, nos priorités, nos valeurs. Et il donne un sens insoupçonné à notre vie. Nos enfants poussent en nous et je crois qu’ils seront toujours une partie de nous.

En effet, quand nous sommes au travail, nous nous demandons toujours ce qu’ils font : sont-ils en route pour l’école? Ont-ils oublié leur boîte à lunch? Ont-ils pensé à prendre leurs affaires de sport? Leur clé de maison?

Quand nous passons du temps avec notre amoureux, nous nous préoccupons : sont-ils bien? Ont-ils chaud, froid, faim, peur? Sont-ils en sécurité?

Si dans leur regard, il y a de la tristesse, notre cœur pleure. Si leurs yeux pétillent de joie : notre cœur rit lui aussi. S’ils relèvent fièrement la tête et bravent les défis, notre cœur déborde de fierté.

Nous sommes eux, un peu… même s’ils détestent que l’on dise cela : MON bébé, MON enfant, MON grand… Ils veulent être EUX-MÊMES et se détacher… 

Alors, avec amour et résilience, nous leur faisons croire qu’ils sont libres. Mais au fond de notre cœur, la fusion ne nous quitte jamais vraiment. Quel que soit l’âge de nos enfants, ils seront toujours nos petits. Un cœur de maman aime, pardonne, donne sans compter, et bat au rythme de celui de ses enfants.

Si quelqu’un ose toucher à nos enfants ou les blesser, nous devenons des lionnes sans pitié; s’ils sont aimés et respectés, nous sommes apaisées.

Tous les livres de psychologies veulent nous forcer à les laisser aller, mais dans le fond de mon cœur de maman, mes trois bébés feront toujours partie de moi. Comme une continuité de la vie que j’ai semée. Ils sont un peu moi… Mais chut… Ne leur dites surtout pas…

Je garde ce secret au fond de mon cœur. C’est cela être maman : continuer de trembler chaque fois que nos enfants perdent l’équilibre, mais sans le leur montrer… 

 

À toi qui aujourd’hui se mettrait en boule dans un coin

On a tous des journées où on se sent moche, où on

On a tous des journées où on se sent moche, où on se sent poche. En gros, on se sent juste tout croche. Ces jours-là, on aimerait se mettre en boule dans un coin histoire de passer incognito.

1 Sache que ça arrive et que c’est normal. Tu n’es ni un mauvais parent ni un(e) lâche. On essaie toujours de penser à tout, de vouloir le meilleur pour nos enfants. On se met de côté, on doit tenir notre bout face à nos enfants (dans ce temps-là, on se fait dire par nos petits amours qu’ils ne nous aiment plus). Nos vies sont une éternelle course folle entre les devoirs, le travail, les cours et les sports des enfants.

 2— Tu dois aussi savoir que tu n’es pas seul(e). Dès que nous fondons une famille, il est clair que ça va arriver par moment. Ce n’est pas tous les jours, juste quand tu as fait preuve de patience trop longtemps. Quand tu as voulu voir à toute la paperasse, que tu as voulu tenir la maison nickel et que tu as tout simplement oublié de penser un peu à toi.

3— Tu n’es pas un parent indigne si un soir, tu es malade et que tes enfants mangent du Kraft Dinner ou carrément un bol de céréales avec des toasts.  

Ça se peut qu’une journée, ton enfant ait du temps de plus pour jouer sur sa console pendant que toi, tu es sur le divan en train d’essayer de te ressourcer dans ta tête. Pis le ménage! Même si pour certains, laisser la vaisselle sale sur le comptoir et ne pas passer le balai est un crime. Dans le fond, ce n’est tellement pas grave! (Facile à dire, mais oh! DIFFICILE à faire dans mon cas…)

Tout ce que je veux dire est que nous ne pouvons pas toujours être full productif. Des fois, on a besoin d’un repos et comme les gardiennes ne poussent pas dans les arbres, il est normal que tu n’aies pas d’énergie une journée. Ce jour-là, lâche prise, pogne-toi une grosse couverte et installe-toi confo sur le divan. Fais venir du resto, regarde des films collé(e) avec les enfants et laisse faire le ménage. Tu vas voir, tu finiras par remonter la pente.

 

Mireille Coutu Lessard

 

 

 

Lâche ta roche

Lâche ta roche; laisse-toi aller dans l’courant. Essaie-le au moins une fois. Une toute petite fo

Lâche ta roche; laisse-toi aller dans l’courant. Essaie-le au moins une fois. Une toute petite fois. Tu verras, ça va te plaire.

Aujourd’hui, on est tellement pogné dans notre maladie mentale d’une vie parfaite et surtout d’enfants aux comportements irréprochables, qu’on a souvent l’impression que nous n’avons pas le droit à l’erreur. Comme si le simple fait de relâcher d’un millimètre la pédale de la discipline pourrait transformer nos héritiers en réelles bêtes sanguinaires.

Qui d’entre nous n’a pas déjà pensé : « Moi, si mon gars était aussi impoli, je me dirais que j’ai complètement manqué mon coup avec lui »? Ou encore : « Si ma fille s’habille comme ça à l’adolescence, c’est que je n’aurai pas réussi »? Tout ne repose pas sur les frêles épaules des parents que nous sommes. « Ça prend tout un village pour élever un enfant », disaient certains sages. Et avec raison. On a beau leur inculquer de très belles valeurs, nos flos seront toujours influencés par la garderie, la maternelle, l’école, la télévision, l’Internet, les amis, les ennemis, Spiderman… Tout n’est pas notre faute et tout n’est pas grâce à nous.

Nos parents à nous ne se posaient sûrement pas autant de questions. Ils y allaient d’instinct et ils avaient raison puisqu’être parent, ce n’est pas une science. Mais malheureusement, aujourd’hui, on n’a plus confiance en nous; on a des « spécialistes » qui nous disent comment agir avec nos enfants à Deux filles le matin; on a le dernier livre du plus populaire psychoéducateur sur notre table de chevet; on ne vit que par les principes du Mieux vivre… sans oublier l’avis du pédiatre, de l’éducatrice et de Richard Martineau (qui a sûrement une opinion là-dessus). Si ça se trouve, certaines et certains d’entre vous lisent ce texte parce que vous cherchiez une réponse à une question de parents sur Internet et vous êtes tombés sur Ma Famille, Mon Chaos. Parce qu’on est rendu là : on préfère chercher sur Google plutôt que simplement observer notre enfant, l’écouter, discuter… le comprendre.

Combien de fois se dit-on : « Le p’tit pleure, mais si je le prends dans mes bras, je lui donne l’attention qu’il attend et je ne devrais pas faire ça »? Heille, c’est un enfant! Oui, il peut être en train de manipuler, mais il peut aussi avoir simplement de la peine. De la peine parce qu’il n’arrive pas à saisir ce que vous attendez de lui. Il ne comprend peut-être pas lui-même pourquoi il a fait exprès de renverser son verre de lait. De la peine parce que vous avez crié un peu trop fort. Parce que cinq minutes avant de crier après lui, vous avez crié que chez vous, c’est interdit de crier comme ça. C’est illogique, mais comme vous lui avez aussi demandé de ne plus discuter, il a de la peine parce qu’il trouve ça injuste et pense qu’il n’a pas le droit de le dire. Comment être certain qu’il manipule? Il a peut-être juste de la peine.

Des fois, il faut lâcher notre roche. Il faut se laisser aller dans l’courant. Lâcher nos principes, nos idéaux, nos lectures de chevet, nos psychoéducateurs populaires et nos émissions de service, et se tourner vers celui ou celle qui a véritablement la solution en lui : nous. Avec des enfants, la bonne façon n’existe pas; la vôtre, oui.

À go, on lâche notre roche? Essaie-le au moins une fois. Une toute petite fois. Tu vas voir, ça ne sera pas si pire. Tu vas peut-être même aimer ça. GO!

 

 

Hugo Bourque