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La petite enfance – Texte : Joanie Therrien

La petite enfance... Cette période de la vie pendant laquelle on se crée, on se développe et o

La petite enfance…

Cette période de la vie pendant laquelle on se crée, on se développe et on devient quelqu’un.

Cette période de la vie où on a besoin de modèles pour nous amener plus loin. Cette période de la vie où on nous enseigne lentement à satisfaire nos besoins.

Cette période de la vie que j’ai choisie, pour en faire le plus beau des métiers du monde.

La petite enfance est l’étape pendant laquelle on commence à se définir et à explorer les possibilités que nous offre la vie. La petite enfance, c’est une étape cruciale dans la formation de notre identité. C’est entre autres à cause de toutes ces raisons que j’ai choisi d’incarner le métier d’éducatrice.

Parce que je me plais à croire que je peux aider un enfant à développer son plein potentiel à travers les gestes du quotidien.

Parce que je me plais à penser que je peux mettre du soleil dans la journée d’un enfant simplement avec un clin d’œil ou un fou rire partagé.

Parce que je les porte avec moi partout où je vais, car c’est faux de penser qu’on ferme là switch quand la journée est terminée. Parce que je me plais à penser qu’ils auront dans leur sac à dos les outils nécessaires pour devenir des adultes épanouis.

Bien sûr, il y aura toujours les situations plus difficiles avec lesquelles on apprendra une tonne de choses. Parmi ces apprentissages se retrouvent le respect de nos limites, le professionnalisme ainsi que le lâchez-prise.

Parce que je me plais à penser qu’ils m’aident à devenir, moi aussi, une adulte épanouie.

Aujourd’hui je prends du recul, j’évalue et je choisis pour une deuxième fois ce métier qui, à mes yeux, reste un des métiers les plus fascinants.

Merci à tous les petits cocos qui ont croisé mon chemin jusqu’à présent. Je traîne avec moi une parcelle de vous tous sur mon cœur et j’espère que vos étoiles brillent encore où que vous soyez.

Joanie Therrien

Une relance du réseau… Texte : Mélanie Paradis

Je dois être une personne beaucoup trop optimiste. Chaque fois qu

Je dois être une personne beaucoup trop optimiste. Chaque fois qu’il y a une conférence de presse sur le réseau de garde au Québec, j’imagine qu’enfin, nous les éducatrices en place, serons reconnues. Celles qui ont un DEC de technique d’intervention à la petite enfance, celles qui ont derrière la cravate des années d’expérience (RSG inclus).

On lance de beaux cadeaux aux nouvelles venues, je n’ai rien contre cette mesure. Elles nous aideront et nous serons heureuses de les accueillir.

Mais je vois aussi une charge supplémentaire. Nous devrons être là pour les soutenir, les guider et mettre notre expérience à leur profit.

Nous en faisons déjà tellement pour tenir à bout de bras ce réseau. Répondre à toutes les exigences du ministère de la Famille et du nouveau programme éducatif. On se bat pour revaloriser notre profession. On se bat pour un salaire respectable.

On oublie aussi les éducatrices formées qui quittent, épuisées. Qu’est-ce qui nous retient ? Un amour de la petite enfance immense… oui, mais un amour qui s’effrite de plus en plus pour certaines d’entre nous.

On manque de valorisation de la part de M. Lacombe. De beaux mots, pour nous dire à quel point on est essentielles. On l’était bien avant cette crise, mais il aura fallu une pandémie pour qu’il le réalise. Triste, n’est-ce pas ?

Allez former des éducatrices qui quitteront au bout de quelques années, par manque de reconnaissance.

Parce que, oui, ça passe par un meilleur salaire, de meilleures conditions.

La qualité de service, la qualité, c’est nous. Les éducatrices en place, chaque jour, pour accueillir nos mini humains. Pour leur offrir la qualité dont vous êtes si fier.

Le ministre a l’impression d’avancer, mais nous, on a l’impression de reculer.

Des délais inimaginables pour ouvrir de nouvelles installations, des RSG qui ferment sans arrêt, des éducatrices fatiguées de se battre pour une valorisation que le ministre nomme, mais sans mettre en œuvre de véritables solutions pour nous qui sommes en place.

Encore une fois oubliée… et toujours aussi fatiguée.

Mélanie Paradis, éducatrice

De la relâche au chantier – Texte : Nancy Pedneault

Je pense qu’il faut qu’on se parle. J’ai lu tes commentaires s

Je pense qu’il faut qu’on se parle. J’ai lu tes commentaires sur les médias sociaux. J’avoue, je suis blessée. Depuis vingt ans déjà, je prends soin des enfants, je leur enseigne. Chaque jour, je fais de mon mieux pour qu’ils apprennent, qu’ils développent leur estime et leur autonomie et surtout, qu’ils soient heureux. Mais quand je lis le mépris et la hargne, mon moral en prend pour son rhume.

Alors là, je pense qu’on ne se comprend pas. Je vais te faire une petite analogie.

Parlons construction.

Imaginons que tu as un contrat de rénovation. C’est une maison récente mais bâtie toute croche. Les fondations sont fissurées et le chantier a été laissé en plan pendant plusieurs mois. C’est vraiment une grosse job. Tu te dis qu’avec ton équipe, vous allez y arriver. Alors tu planifies, tu achètes les matériaux et tu décolles le projet, plein d’espoir.

Cependant, il y a une pandémie mondiale (ben oui, c’est pour tout le monde cette patente‑là !). Ton chantier doit fermer. Quand tes gars sont à la maison, tu leur donnes des petites jobs, mais ce n’est pas vraiment efficace. Tu leur envoies des vidéos en espérant qu’ils apprennent de nouvelles techniques mais leur motivation est au plus bas. Enfin, ton chantier ouvre. Tes gars travaillent d’arrache-pied pour reprendre le temps perdu, puis toi, tu ne comptes plus tes heures depuis longtemps.

Et comble de malheur, ton chantier ferme encore. Tes clients mettent de la pression, veulent que la maison soit prête à la date prévue. Tu n’as aucun contrôle sur la situation.

Ton chantier ouvre enfin. C’est maintenant complètement fou. Tu motives tes gars comme tu peux. Tu vois qu’ils travaillent vraiment fort. Il faut remettre ça en ordre ce chantier‑là ! Tes gars travaillent en double mais le client ne le voit pas. Tu es brûlé, les gars aussi. Heureusement, les semaines de la construction s’en viennent. Ça va vous faire du bien, car depuis que le chantier est rouvert, tu travailles sans compter. Cependant, ton client n’est pas content. Il veut que le chantier avance pendant les vacances. Toi, tu le sais que tes gars n’ont plus de jus, que c’est même dangereux pour les blessures. Finalement, les clients comprennent et les semaines de repos si attendues seront là, comme d’habitude.

Un soir, alors que tu relaxes enfin à la maison, tu regardes les médias sociaux. Tu lis plein de commentaires à propos de ton métier. Et ce n’est vraiment pas réjouissant. Les gens vous traitent de lâches, de paresseux, de chialeux. Ils disent que vous vous plaignez le ventre plein car vous avez de bons salaires et que vous êtes en chômage une partie de l’hiver (en passant, ce n’est pas ce que je pense, c’est un parallèle avec ma job). Ta famille voit les cernes à tes yeux, l’énergie qui baisse, le moral qui vacille. Mais les gens sur les médias sociaux ne voient pas le chantier de l’intérieur. Les gens qui commentent n’ont jamais vraiment fait ta job, mais puisqu’ils ont déjà construit un patio, ils pensent tout savoir.

Maintenant, change les mots de mon histoire :

Chantier = classe

Gars = enfants (entre 5 et 16 ans)

Clients = gouvernement, parents, contribuables, monsieur-madame tout le monde

Je ne me plains pas, j’adore mon métier. C’est juste que des fois, j’aurais le goût de t’inviter dans ma classe et de te laisser seul avec mes élèves avec l’objectif de leur enseigner quelque chose (d’ailleurs, on cherche des profs, si ça te tente).

Nous sommes des professionnels de l’éducation. Si on dit que nos élèves ont besoin de repos, ce n’est pas pour nos vacances. On travaille avec des petits êtres humains, on les connaît mieux que quiconque. Alors, appuie-nous ou du moins, fais-nous confiance. Ce sera beaucoup mieux pour tout le monde.

Nancy Pedneault

Les #@?%* de parents

Avant toute chose, je tiens à mentionner que j’ai œuvré dans le

Avant toute chose, je tiens à mentionner que j’ai œuvré dans le domaine où j’ai eu à en côtoyer une panoplie. Je sais que ce n’est pas toujours facile. Je le sais…

La pandémie aura su exposer au grand jour le phénomène des #@?%* de parents. Bon, peut-être que vous les connaissez mieux sous l’appellation des parents rois.

Au début, les publications étaient principalement liées au fait que nous allions être « pognés » avec nos petits, qu’on allait enfin goûter à notre incompétence. Bon, je ne comprenais pas trop cette hargne, mais je me disais que c’était de l’humour. Cependant, ces publications se sont multipliées, elles ont été partagées sur mon fil d’actualité à un point tel que j’ai fini par comprendre que ce n’était pas que pour rire. À la lecture des commentaires et des déclarations d’enseignants dans les publications, j’ai compris que l’aversion face aux parents est plutôt problématique. Peu importe la façon de transmettre le message, peu importe la formule utilisée, le mépris qui se cache derrière a le même effet. Même quand c’est de l’humour.

C’est un peu comme si nous, les parents, étions les cancres de la société. On pose problème quand on s’investit et on pose problème quand on ne le fait pas. La façon dont le message est reçu est que l’on pose problème, peu importe la façon dont on se positionne. La fameuse phrase « Tu voulais des enfants, occupe-toi s’en ! » me laisse toujours un peu perplexe. Bon, disons‑le, ça m’est passé par la tête à un moment ou un autre dans ma carrière, là. Seulement, pas de là à l’exprimer haut et fort sur les réseaux sociaux ; ça, ça me rend mal à l’aise.

Permettez‑moi une analogie. Si vous avez un problème de santé et que vous allez à l’hôpital, il serait tout à fait inacceptable qu’un médecin vous attende en vous disant que c’est votre santé et que c’est à vous de vous en occuper. Tout le monde serait en colère et avec raison puisque c’est lui le professionnel de la santé !

À mes yeux, il s’agit de la même chose pour l’éducation. Les enfants ont devant eux des professionnels de l’éducation qui sont là pour les accompagner dans leur cheminement scolaire. En toute humilité, en tant que parent, je ne peux compétitionner avec ce niveau. Nous avons besoin de votre expertise, comme on a besoin de celle du médecin. Il serait utopique de croire que je peux donner ne serait‑ce que l’équivalent en termes de qualité. Ce n’est pas pour me débarrasser de mes enfants qu’ils vont à l’école, c’est parce que l’éducation est essentielle. Oui, pendant ce temps, je vais travailler et faire mon métier à moi, métier qui est bien utile à la société aussi.

Quand une phrase commence par « Les profs… », la majorité se sent concernée. Quand ça commence par « Les parents », ça a le même effet. On a besoin de vous, avec nous, pas contre nous ! Je ne le dirai jamais assez, j’apprécie réellement votre travail !

On dit qu’il ne faut pas généraliser. Je sais pertinemment que ce ne sont pas tous les enseignants qui tiennent ce discours passif-agressif. Tout comme ce ne sont pas tous les parents qui méritent de porter le chapeau des #@?%* de parents et le jugement qui l’accompagne.

Eva Staire

Cher policier, chère policière

Parce que je sais qu’à ce moment‑là, tu gardais tes larmes, pe

Parce que je sais qu’à ce moment‑là, tu gardais tes larmes, pendant que tu devais faire face à cet événement terrifiant, qui se produisait devant tes yeux : la mort imminente d’un enfant.

Je ne sais pas comment tu fais pour garder ton sang‑froid. Je ne sais pas comment tu fais pour garder la tête haute car je sais que fort possiblement, tu es un père ou une mère. Et, que parfois dans l’impuissance, tu n’y peux rien et que ce petit bout de vie doit s’arrêter, car l’acharnement ne donne rien.

De voir devant toi des parents qui crient leur souffrance ou être tout simplement sans mots face à la perte de leur enfant.

D’être appelé en renfort car c’est une situation d’urgence et que le pire est à annoncer aux membres de la famille que cette personne si chère à leurs yeux ne reviendra plus.

De devoir dire aux parents que ton travail est terminé et que malheureusement, leur enfant n’a pas pu être sauvé, malgré les manœuvres et l’espoir de donner un souffle de vie à ce petit bout d’amour tant aimé.

Mais encore, d’entendre des coups de feu, d’entendre des personnes innocentes te crier qu’elles ont besoin de toi ; et pour eux, tu es leur seule chance de survie.

Que d’arriver tard le soir après une journée de travail et de te rendre à l’évidence que ton petit cœur a de la peine et qu’il restera gravé par ces événements qui deviendront cicatrices un de ces jours.

En te réveillant chaque matin en ne sachant pas ce qui t’attend. Est‑ce que ma vie sera mise en danger aujourd’hui ?

Vais-je devoir consoler des enfants qui se retrouveront sans parents à la suite d’un accident ou d’une tuerie ?

Vais-je aider un itinérant à retrouver son chemin ?

Moi je veux juste te dire MERCI. Merci pour ce que tu fais, toi, cher policier, chère policière.

MERCI de prêter ton cœur.

D’ouvrir tes bras.

De t’ouvrir à la diversité

De comprendre le mal-être d’une personne

D’encourager les gens à changer

De passer du temps à tenter de réanimer un enfant, sous les yeux gonflés de peine et d’espoir des parents, pour entendre un souffle de vie de leur enfant noyé.

Parce que je sais que ton petit cœur a de la peine et qu’il est cicatrisé d’événements difficiles.

Et que le soir, tout ce qui peut te faire du bien est de serrer ta femme, ton mari, tes enfants dans tes bras et de remercier le ciel d’être toujours en vie. C’est là qu’on apprécie davantage ce que la vie nous offre, n’est‑ce pas ?

Je me suis rendu compte que ton petit cœur souffrait. Parce que j’ai vu ton regard. J’ai entendu ton cri d’alarme intérieur et ta tête me dire : « Je suis désolé, je ne peux plus rien faire pour elle… mon travail à moi s’arrête ici… »

Je sais que tu aurais voulu que cela se passe autrement. Je sais que tu aurais voulu ne pas vivre ce moment‑là et ne pas devoir faire face à quelque chose qui ne devrait jamais arriver.

Mais je veux juste te dire merci.

Merci à nos policiers et policières.

Merci pour votre amour envers nous, les citoyens. Merci de prêter votre cœur chaque jour !

« Le 12 octobre 2019, notre fille est décédée des suites d’un accident de la route. Elle s’est éteinte dans nos bras…

Sous le regard des policiers et policières qui étaient là pour nous aider, ouvrir leur cœur, et apporter du velours malgré la très grande incompréhension qui nous habitait. L’injustice, la douleur, en fait, juste le mal de vivre.

Ils étaient là. Les tout premiers. »

< Merci à mon ami Yan. >

Jessyca Brindle

Éducatrices en voie de disparition ?

Je ne serais pas surprise de voir une pub du ministère de la Faune, pour n

Je ne serais pas surprise de voir une pub du ministère de la Faune, pour nous dire à quel point nous sommes en voie de disparaître. Tu sais, comme celle que nous avions dans le temps (ceux et celles qui sont dans la quarantaine comprendront lol).

Les listes d’éducatrices remplaçantes fondent à vue d’œil. Il est difficile de se faire remplacer et encore plus d’avoir des vacances. Les bancs des cégeps se vident, il n’y a plus que quelques inscriptions à la technique. Seulement quelques courageuses terminent les trois ans et gardent la flamme de la passion allumée, malgré la réalité à laquelle elles sont confrontées en stage.

Cette réalité de faire plus avec beaucoup moins, parce que nous subissons chaque année des coupures considérables du gouvernement. Celui‑là même qui a louangé notre présence en mots en temps de pandémie, mais pas vraiment en actions.

Cette réalité de non-reconnaissance de notre métier. Parce que c’est vrai, nous ne sommes pas reconnues. Il y a de l’amélioration, mais encore tellement de chemin à faire. Trop souvent encore, je me fais appeler gardienne. Non, je ne suis pas une gardienne, je suis une éducatrice. J’ai trois ans d’études pour le prouver. Ma table de chevet est remplie de livres sur le développement de l’enfant, sur les nouvelles approches parce que je me tiens à jour. 

Parce que je me fais encore dire que ce que je fais n’est pas un travail, parce que selon certains, je garde des enfants. Oui, j’ai la chance de m’accomplir en présence d’enfants et oui, en jouant. Pourtant, je connais le développement de l’enfant sur le bout des doigts. Je connais les différentes sphères du développement et ce qu’elles comportent. Je sais ce qu’est la zone proximale de développement et comment je dois y arriver pour chacun des enfants de mon groupe. Parce que oui, elle diffère pour chacun. Pour y arriver, j’observe, je note. Je monte des activités, je choisis des jeux pour chacun. 

Parce que je travaille chaque jour, je mets tout en œuvre pour appliquer le programme éducatif « Accueillir la petite enfance ». Parce que je veux offrir un service de qualité à chacun de mes petits trésors. Parce que je les aime tellement fort. J’essaie de toujours être sur la coche, je suis en constante adaptation. On favorise le jeu libre ! Ha non ! Là, c’est le jeu actif en nature. Finalement, tu devrais favoriser l’imagination avec le « loose part ». Ah pis tant qu’à faire, mélange donc tout ça. N’oublie pas d’aménager ta salle pour qu’elle ressemble le plus à leur environnement naturel (maison). Mais on (le gouvernement) ne vous donne pas plus de budget. 

Ça fait que je suis devenue une pro des ventes de garages et du design d’intérieur. Ah oui ! N’oublie pas que même si on (le gouvernement) met de superbes photos de grandes salles bien aménagées, ben toi, tu dois faire pareil, mais dans un espace trois fois moins grand.

Ça, c’est mon quotidien. Oui, je l’ai choisi, mais il n’en demeure pas moins de plus en plus difficile. 

C’est pourquoi nous clamons haut et fort, nous éducatrices, de meilleures conditions de travail, ce qui veut aussi dire un meilleur salaire. Parce que OUI, on mérite un meilleur salaire (et oui, je suis prête à me faire lancer des roches).

C’est triste de voir que la passion de la petite enfance s’en va. C’est tellement le plus beau métier du monde.

Mais à la suite de l’écriture de ce texte, je comprends que l’adolescente de 16-17 ans ne soit pas attirée par mon travail.

Moi, ça fait près de vingt ans que la petite enfance, c’est ma vie… C’est le plus beau métier du monde.

Il faut être passionnée pour tenir le coup.


Mélanie Paradis, éducatrice survivante.

Quand nous serons grands

Que rêviez-vous d’être lorsque vous étiez petits et que l’on

Que rêviez-vous d’être lorsque vous étiez petits et que l’on vous posait la question?

Êtes-vous passé par les classiques?

Vétérinaire, pompier, enseignant, policier?

Aviez-vous plusieurs aspirations qui ont changé au fil des années? Ou avez-vous réalisé le rêve de la première, ou presque première, idée?

Si vous avez réalisé vos aspirations, quelles étaient-elles?

Pour ma part, je me rappelle. Un jour à la maternelle, je me souviens d’un livre d’histoire que mon enseignante Catherine nous avait lu. J’ai le souvenir bien clair que dans cette histoire, une dame avait les cheveux bruns et les teignait en noir. C’est le seul détail dont je me souvienne. Pourquoi? Je ne saurais dire, peut-être parce que ma maman avait les cheveux d’un noir de jais naturellement. Moi‑même étant châtaine et parce que nous aimons à cet âge ressembler à notre mère, peut-être ai‑je voulu être « comme maman ». Mais depuis, j’ai toujours gardé ce souvenir bien présent dans ma mémoire.

Ce jour-là, je me rappelle avoir dit haut et fort à ma mère au retour à la maison :

« Maman, quand je vais être grande, je vais me peinturer les cheveux en noir, avoir trois bébés, vivre à la campagne et écrire des livres! »

Mon constat du jour : même si je suis rousse maintenant, oui, j’ai bel et bien teint mes cheveux en noir!

J’ai effectivement trois enfants, je vis dans une petite ville de campagne et j’ai édité mon premier livre en juin dernier!

Par contre, au fil des ans, j’ai eu d’autres aspirations, de photographe à éleveuse de chevaux.

D’enseignante à entraîneuse sportive. De designer d’intérieur à psychologue. Ce ne sont pas les idées qui m’ont manqué!

Vous? Vos enfants, eux?

Mon aîné ne veut rien de moins qu’être le Da Vinci des temps modernes (très modestement! Haha!)

Ma fille balance entre devenir artiste ou écrivaine et faire des courses équestres.

Mon petit dernier, quant à lui, a émis plusieurs idées, de policier à moto ou pompier volontaire à pilote de course automobile. La dernière idée est très ancrée en lui, au point où il regarde déjà du haut de ses six ans quelles voitures il pilotera plus tard.

Dites‑moi : de votre côté, quels sont les rêves réalisés? Quels sont ceux de votre progéniture?

Simplement Ghislaine

 

Wo! Les préjugés!

Vous savez, la vieille blag

Vous savez, la vieille blague sur les fonctionnaires qui dorment au bureau? Ou celle sur les policiers mangeurs de beignes? Que vous soyez coiffeur, infirmier, enseignant, fleuriste, chiro… il y a des préjugés qui circulent par la bouche de gens mal informés. Et ces préjugés ont la couenne dure!

Quand j’étais étudiante en littérature, on me voyait comme une pelleteuse de nuages. J’étais boursière, donc je me faisais vivre par le gouvernement pour… rien. Parce que la littérature, c’est rien, voyons! Aucune utilité!

Quand je suis devenue enseignante à l’université, je suis devenue la snob, la péteuse de broue. Autour de moi, les gens s’étonnaient que je ne parle pas en trou de cul de poule. Des personnes m’ont déjà dit : « J’ai failli refuser de te rencontrer parce que j’étais certain que tu te prendrais pour une autre. » Ces personnes étaient surprises que je sois « normale », que je parle normalement, que je m’intéresse à des sujets normaux, que je ne sois pas hautaine, et même que j’aie le sens de l’humour. Comme si en signant un contrat dans une université, on signait un pacte avec le diable des chiants.

Pendant quelques mois, j’étais sans emploi. J’avais passé l’année à courir entre deux emplois à temps plein et simultanés, le cerveau à ON vingt-deux heures par jour, les cernes en dessous du bras, le salaire qui entrait en double. Je recevais des prestations de chômage qui me semblaient nécessaires à la préservation de ma santé et qui, je le savais, étaient temporaires. Malgré mon retour déjà prévu sur le marché du travail, on me faisait sentir comme une moins que rien, une « pas intéressante ». Dans une soirée, les autres invités tournaient les talons dès que je répondais à leur question : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie? »

– Pour l’instant, je suis sans emploi.

Je n’avais même pas le temps de parler d’un projet à venir ou de la façon dont j’occupais mes journées. J’avais la lèpre. On était en plein « faire », bien loin de l’être…

Puis, je suis devenue fonctionnaire. Au fédéral, en plus. Ça, dans l’opinion populaire, c’est une coche pire que « juste » fonctionnaire. C’est connu, pour faire avancer le pays, ça prend juste des paresseux, des incompétents, des personnes qui passent leur journée à regarder YouTube ou à boire du café. Des commentaires, j’en ai reçu, j’en reçois encore, malgré mes protestations. Un fonctionnaire, quand ça prend un congé, c’est payé à ne rien faire. Un fonctionnaire, quand ça prend deux heures pour célébrer Noël, c’est gras dur. Même si ledit fonctionnaire paie son propre repas, son propre taxi pour se rendre à l’activité pour laquelle il a payé sa propre inscription. Et un fonctionnaire, quand ça travaille, ça fait juste semblant. À la limite, ça tape sur un clavier pour se donner bonne conscience. Des pousseux de crayon. Invisible, tant qu’à y être.

Vous voulez connaître mon opinion là-dessus? La voici.

Qu’on soit fonctionnaire, électricien, médecin, camionneur, ingénieur, parent au foyer ou étudiant, on peut être paresseux, ou dynamique, ou motivé, ou travaillant, ou profiteur, ou honnête, ou workoholique. On peut être désagréable avec nos collègues ou sympathique. On peut faire des heures supplémentaires ou prendre des pauses exagérément longues. On peut changer le monde ou s’asseoir sur son steak. On peut être un atout pour la société grâce à notre bon travail ou un poids à cause de notre mauvais travail.

Ce qui définit une profession, ce ne sont pas les préjugés qui circulent et qui font de la peine aux travailleurs fiers de leur métier. Ce qui définit une profession, ce sont les personnes qui exercent ce métier. Au lieu d’être aveuglé par l’image que vous avez des éducatrices en garderie ou des plombiers, regardez le travail qu’ils font vraiment, regardez leurs yeux qui brillent, écoutez leur fierté. Regardez à quel point leur travail améliore et parfois même change la vie de plusieurs.

Si on attend longtemps à l’urgence, ce n’est pas à cause d’un médecin ou d’une infirmière qui dort sur la switch. Si le format du bulletin de nos enfants a des lettres au lieu des pourcentages et que ça ne fait pas notre affaire, ça ne sert à rien de s’attaquer aux profs. Si les constructeurs de maisons tapent du marteau trop tôt dans notre quartier, ce n’est pas parce qu’ils veulent nous faire suer.

J’ai la chance de travailler avec des gens d’une cinquantaine de métiers différents et qui proviennent de partout au Canada. Je peux vous dire qu’il y a des bons travailleurs dans tous les domaines, comme il y en a des mauvais. Faque… est-ce qu’on peut s’entendre pour dire un gros « À bas le racisme de profession »? Au lieu de juger votre beau-frère parce qu’il travaille chez Postes Canada ou votre sœur parce qu’elle est comptable, ou plutôt que de juger votre cousine qui accumule les congés de maternité ou votre mère qui a pris une retraite méritée, vous pourriez peut-être vous intéresser à ce qu’ils font réellement de leurs journées. Et surtout, à ce qu’ils sont.

Nathalie Courcy

 

Lettre à toi, l’agent de bord

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Dès mon tout premier voyage, je t’ai remarqué. Tu portes un uniforme aux couleurs de ta compagnie aérienne; on pourrait facilement penser que tu finirais par te fondre parmi tous ceux qui ont choisi le même métier que toi.

 

Pourtant, chacun d’entre vous apporte une touche unique à votre service, faisant de notre vol une expérience agréable, une extension de notre voyage.

 

J’ai toujours été fascinée par la diversité des gens prenant place à bord d’un avion.

 

Leur nationalité : différentes mœurs, différentes valeurs.

 

La raison du voyage : affaires, tourisme, visite familiale, études.

 

Leur âge : des besoins différents, une santé précaire, des enfants.

 

Contrairement à un restaurant où l’on revoit souvent les mêmes clients, où on finit par connaître leurs habitudes, un vol amène chaque fois son lot de nouveaux passagers. Des passagers transportant avec eux, outre leurs bagages, leur histoire.

 

En soi, le défi est que tu dois toujours t’adapter, comprendre, aller au-devant des besoins, parfois.

 

Cher agent de bord, tu m’épates par ta bonne humeur constante et par ta bienveillance infinie.

 

Rassurer un passager anxieux.

 

Prêter main-forte à un parent épuisé.

 

Répéter les consignes à un voyageur récalcitrant (avec le sourire😁).

 

Travailler dans un espace restreint.

 

Vraiment, agent de bord, je voulais te dire MERCI!

 

Merci de me dorloter, de me faire sentir unique et importante.

 

Merci de contribuer à adoucir les heures de vol qui, parfois, me semblent interminables…

 

Agent de bord, je t’apprécie, peu importe d’où tu viens ou le pays que tu survoles.🌍🌎🌏

 

Karine Lamarche

Enseignante

 

C’est plus qu’un simple professeur

Je ne suis pas ce professeur, je ne suis pas cette remplaçante, mai

Je ne suis pas ce professeur, je ne suis pas cette remplaçante, mais je suis cette maman de trois enfants qui fréquentent les établissements scolaires.

Je suis cette maman qui s’implique dans les travaux scolaires de ses enfants. Celle qui désire que ses enfants s’épanouissent à l’école. Je suis aussi ce parent qui comprend qu’être professeur en 2018, ce n’est pas une mince tâche.

Disons-le, être enseignant est une vocation ! J’imagine que c’est un bien beau métier et que c’est extrêmement valorisant comme travail. Vous nourrissez le cerveau de nos petits humains en leur apprenant plein de nouvelles choses. Vous les aidez à persévérer et à trouver des solutions adéquates et propres à leur personnalité. Parce que Félix n’aura pas les mêmes besoins que son collègue de classe de droite. Parce qu’il y en a un ou deux avec des besoins particuliers. Parce que bien souvent, vous n’avez pas suffisamment de ressources. Parce que votre travail vous apporte son lot de casse-tête.

Je suis cette maman d’un enfant hyperactif qui n’écoute pas toujours les consignes. La mère qui écrit au professeur chaque semaine. Celle qui veut savoir comment sa semaine s’est déroulée. Pourtant, je le sais que si quelque chose ne va pas, elle me le dira. Mais c’est plus fort que moi. On est plusieurs parents comme ça. Je suis cette mère, mais vous, vous êtes ces professeurs qui prennent le temps de nous répondre. Quand mon téléphone reçoit une notification à vingt‑et‑une heures quarante‑neuf minutes et que j’aperçois  le nom du professeur sur mon écran, j’imagine que vous avez bien d’autres choses à faire que de nous répondre pour nous rassurer en dehors des heures de cours. Mais vous le faites. C’est la preuve concrète que nos enfants comptent pour vous. Que vous vous souciez d’eux. Que vous êtes des profs dévoués et aimants.

Vous êtes des figures importantes dans leur parcours. Nous avons tous au moins un professeur qui nous a marqués. Vous avez le pouvoir de faire la différence dans la vie d’un ou de plusieurs enfants. C’est un privilège incroyable.

Être enseignant, c’est un métier aux horaires atypiques contrairement à ce que plusieurs pensent. Vos heures ne sont pas comptées. La correction jusqu’à très tard le soir et même les jours de congé, la préparation de cours, des rencontres de parents ; en plus, certains professeurs sont impliqués dans les conseils d’établissements. Vous êtes aussi des humains qui investissent temps et argent pour nourrir nos enfants. Des hommes et des femmes qui dépensent leurs propres économies pour acheter des livres, des jeux, des pictogrammes, etc., afin d’alimenter l’imagination, la créativité et le désir d’apprendre malgré le manque de fonds des établissements scolaires.

Je trouve ça beau. J’ai pour vous une grande admiration. Vous avez un beau métier, mais pas un métier facile. Merci d’être qui vous êtes. Je suis certaine que vous, vous et vous, avez déjà marqué positivement plusieurs élèves. Je crois qu’on ne vous le dit pas assez.

Avec toute mon admiration,

Maggy Dupuis

 

C’est « juste » une infirmière…

C’est elle qui t’accueille quand tu arrives à l

C’est elle qui t’accueille quand tu arrives à la clinique ou à l’hôpital, c’est ton premier contact avec le réseau de la santé. Ce n’est pas le médecin, non : c’est « juste » l’infirmière… et pourtant…

Même quand elle est fatiguée, quand elle a faim, quand elle vient de se faire hurler dessus par un patient, quand elle a tenu la main d’un mourant, quand les cris d’un enfant résonnent encore dans son cœur… malgré tout, elle a toujours un sourire pour t’accueillir.
Un beau sourire rassurant, réconfortant et encourageant. Un sourire qui te dit que tout va bien se passer.

Elle est en première ligne. C’est elle qui absorbe la tonne d’informations que tu lui donnes trop vite, parce que tu es si angoissé. Elle prend note, résume et synthétise. Telle un détective, elle décortique ton discours afin que le médecin puisse donner un diagnostic. Ce diagnostic que tu attends avec inquiétude et impatience… elle, c’est « juste » l’infirmière… alors elle ne te le donnera pas. Elle est pourtant le premier maillon de cette chaîne qui te porte vers la guérison.

Elle est toujours là. Sept jours sur sept, le jour et la nuit. Le dimanche et les jours fériés, elle laisse sa famille pour t’accueillir, toujours avec ce sourire. Pourtant, elle culpabilise de ne pas être présente auprès de ses enfants. Le soir, elle rentre chez elle, épuisée, vidée. Elle a toujours une pensée pour ses patients et se remet en question indéfiniment.

Elle a une capacité vésicale immense, une grande prédisposition au jeun, une patience infinie, une dextérité à toute épreuve, des jambes capables de la tenir debout des heures durant et de parcourir un grand nombre de kilomètres.

Elle joue dans tes urines, te prélève du sang, nettoie tes plaies, te pique les fesses, t’administre de l’oxygène, te réanime, te donne les médicaments et les soins dont tu as besoin. Grâce à elle, tu vas te sentir bien mieux. Elle écoute et réconforte. Elle enregistre tes signes vitaux et se tient prête à bondir s’ils flanchent. Elle accompagne, et ce, jusqu’à la fin.

Alors, peut-être penses-tu que c’est « juste » une infirmière à ton chevet. Elle est les yeux, les oreilles et les mains du médecin, comme une passerelle, une équipe bien rodée qui œuvre pour améliorer ta santé.

Ce matin, une petite fille à mon travail jouait à écouter le cœur de son ourson avec un stéthoscope. Sa maman lui a demandé :
– Tu joues au docteur?
– Non, maman, je joue à l’infirmière!

Merci fillette, de montrer qu’être infirmière, c’est le plus beau métier du monde!

 

 

Gwendoline Duchaine