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Mon gars, c’est ça la game ! Texte : Sophie Barnabé

Il y a quelques années à peine, tu grimaçais avec les paupières

Il y a quelques années à peine, tu grimaçais avec les paupières bien fermées en nous voyant nous embrasser ton père et moi. Des « c’est dégueu le sexe », répétais-tu à la chaîne avec ta petite voix d’ange. Puis, plus rapidement que ne poussent les champignons, je t’ai vu ouvrir l’œil sur un écran qui ne filtre aucun tabou, sur les filles qui te font des yeux doux… J’ai essayé subtilement d’ouvrir la discussion, mais tu t’es refermé avec tes « m’man, j’veux pas parler de sexe » et tes « m’man, j’pas rendu là ».

Récemment, mon souffle s’est coupé quand je t’ai aperçu, à l’autre bout de la rue, embrasser la p’tite Lili avec tes mains sur ses fesses. Ce soir‑là, quand j’ai abordé le sujet, tu t’es fâché en me disant que vous en aviez parlé à l’école et que tu savais déjà « tout ça ».

Comprends‑moi bien mon gars ! Ce n’est pas de condom, de risques d’I.T.S. ou de grossesse que je veux te jaser. Les choses mécaniques, celles qui n’ont rien de romantique, ne sont pas celles qui émiettent le cœur. Savoir enfiler un condom, c’est mécanique. Choisir de le mettre parce qu’on veut que tout se passe bien, parce que c’est une preuve de respect, ça c’est romantique. Si je te disais que l’amour, le plaisir, l’intimité, la sexualité, c’est un peu comme un match de hockey, voudrais-tu enfin en jaser ?

D’abord, en tenant pour acquis qu’on a les bons joueurs, on prend le temps d’analyser la game. On regarde les matchs précédents, on comprend les jeux, les passes. On se prépare parce qu’on veut être le meilleur joueur. Tu me suis ?

Avec la petite blonde aux yeux bleus, c’est la même chose. Prends le temps de la regarder dans les yeux… longtemps. Analyse sa réaction. Si elle plonge son regard dans le tien, qu’elle le maintient, c’est le signe qu’elle veut aller plus loin. Si elle détourne le regard, c’est peut-être qu’elle se sent intimidée. Analyse le « jeu ». Peut-être qu’en évitant de te regarder, elle souhaite que tu ne puisses pas déjouer les hésitations cachées en elle. Celles créées par la peur que tu sois déçu ou que tu insistes avec un come on. Tu sais mon gars, j’ai déjà eu quinze ans… C’est bien jeune pour oser dire non…

Dans le doute, arrête. Considère ta partenaire. Ne sois pas le « mangeux de puck ». Un peu comme une boussole qui indique la direction à prendre, son regard te fera comprendre si elle est prête à aller plus loin. Regarde‑la longtemps… souvent… T’es intelligent. Comprends.

Une fois l’analyse du match faite, les joueurs prennent le temps de pratiquer de nouveaux jeux. Ils essaient, analysent à nouveau, prennent leur temps, essaient d’autres trucs… C’est la base de la game, t’es d’accord ?

Même chose avec la grande brunette aux yeux noisette. Quand vous vous embrasserez, sois attentionné. Apprends à lire les baisers. Embrasse doucement, lentement… Si elle avance le visage vers toi, qu’elle te présente ses lèvres, qu’elle ferme les paupières comme un signe d’abandon, comme pour permettre de faire abstraction de ce qui vous entoure, tu devineras qu’elle se sent bien. Savoure ce moment. C’est tellement bon !

Au contraire, si tu sens qu’elle recule la tête, qu’elle ne t’embrasse que du bout des lèvres, n’insiste pas. Peut-être qu’elle ne le fait que pour te faire plaisir. Arrête. Serre‑la sans pression dans tes bras. C’est correct comme ça…

Et puis, le match le plus important arrive. Tout au long de la game, les joueurs se regardent, se font des signes, se parlent, sont attentifs à la réaction des coéquipiers.

Même si la rouquine semble à l’aise de jouer les coquines, comprends ses mouvements. Sous l’emprise de tes caresses, si tu sens ses mains immobiles, si son corps devient tendu, c’est peut-être un signe qu’elle est figée en dedans. Prends ton temps. Pose-toi des questions et si la lecture semble floue, chuchote-lui un « ça va ? ». Au besoin, rappelle-toi que même les plus grands joueurs retournent parfois sur le banc. T’inquiète, ils n’accrochent pas leurs patins pour autant…

Enfin, peu importe l’issue, rappelle-toi que les grands joueurs ne dévoilent jamais leur jeu… Assurément, ils y seraient perdants. Ne raconte pas tout à tes chums, ne texte pas tes exploits… Tu y gagnerais quoi ? Vraiment…

Tu sais, au hockey, on ne passe pas notre temps à parler des bâtons ou des risques de blessures, un peu comme pour le condom et les I.T.S.  On le sait déjà et c’est pour ça que je t’en ai mis une boîte dans ton tiroir, sans rien dire. Toutefois, ce qui crée la plus belle chimie dans une équipe, la plus valorisante des victoires et la plus grande des satisfactions, c’est le temps qu’on prend à connaître ses partenaires, les revers, et aussi les étapes qu’on franchit une à une, ensemble. Immanquablement, les équipes qui font ça sont celles qui scorent ! C’est la même game avec ta blonde…

Si on se souvient encore aujourd’hui de Jean Béliveau comme étant l’homme le plus respecté de l’histoire du hockey, c’est parce qu’il considérait ses partenaires, il prenait le temps de lire le jeu, et cela lui a permis d’être le meilleur compteur de son époque.

Et toi mon gars ? Quand tu reverras ces filles dans dix ou vingt ans, voudras-tu qu’elles se souviennent de toi comme le « mangeux de puck » ou comme le joueur de hockey le plus class de tous les temps ?

Sophie Barnabé

Mon fils, n’oublie jamais — Texte : Maggy Dupuis

Mon fils, je tenais à t’écrire un mot pour te rappeler à quel p

Mon fils, je tenais à t’écrire un mot pour te rappeler à quel point tu m’impressionnes. Pour te répéter à quel point je t’aime et que je fais de mon mieux pour t’enseigner de bonnes valeurs.

Je voulais surtout te dire que je sais que parfois, tu me trouves redondante avec mes discussions. Mais comprends-moi, je veux tellement que tu deviennes un bon homme. Parce que oui, tu es encore jeune, mais je ne le sais pas quand je partirai vers un autre monde et je veux que ces discussions restent gravées dans ta mémoire. Je veux que tu te souviennes à quel point ta mère t’a enseigné à être une bonne personne. Une personne ouverte d’esprit. Une personne qui ne juge pas. Une personne reconnaissante et respectueuse.

Je t’ai toujours dit que je t’aimerai, peu importe ce qui arrive. Peu importe ton choix de carrière, peu importe ton orientation, peu importe tes convictions. Le plus important pour moi, c’est ton bonheur. Ton ouverture face aux gens. Le respect que tu démontres.

J’ose croire que nous pouvons encore élever des garçons qui seront des hommes galants. Des hommes qui sont égaux aux femmes et non pas supérieurs. Des papas investis. Des papas concernés. Des amoureux doux. Des amoureux attentionnés. Des beaux-papas conciliants. Des chums de gars qui savent s’amuser tout en étant respectueux avec les femmes. Qui les traiteront et les chériront comme ils voudraient que leur propre mère le soit.

Je le sais que tu es le propre maître de ton destin. Comme chaque parent, je suis confrontée à des risques. Tu choisiras ta voie et, même si j’espère le chemin doux et facile, je ne m’attends pas à ce que tout soit parfait. J’aurai fait de mon mieux tout au long de mon parcours à tes côtés. Tu sauras faire tes choix et tes expériences de vie. Sache tout de même que tu resteras toujours mon petit gars.

Continue de fleurir comme tu le fais si bien présentement. Affirme-toi. Respecte-toi. Prends position respectueusement quand quelque chose te dérange. Questionne-toi et surtout, aime‑toi.

Le reste suivra. Un jour à la fois.

Maggy Dupuis

Toi, mon explosion d’émotions ! Texte : Ghislaine Bernard

Mon chaton, mon grand pourtant à mes yeux encore petit. Comme tu gr

Mon chaton, mon grand pourtant à mes yeux encore petit. Comme tu grandis, te voilà déjà plus grand que moi, ta maman. Du haut de tes treize ans, tu deviens petit à petit (mais si rapidement) un homme ! Cette année particulière aura vu passer ton arrivée à l’école secondaire. Une entrée si particulière que tu ne l’auras pas vécue comme prévu. Avec ces restrictions qui sont les nôtres, dans le monde entier avec ce virus infâme qui sévit… Mais tu t’en sors vraiment bien mon grand ! Je suis fière de toi !

Ta résilience est immense. Je sais que tu as mal vécu bien des changements dans nos vies, dans ta vie. Victime de décisions qui ne t’appartiennent pas. Mais tu as malgré tout su garder ta joie de vivre, ton intrépidité et surtout, surtout ton envie d’avancer. Tu as toujours été curieux de tout, voulant connaître un peu chaque sujet.

Certes, parfois je te freine dans certains élans, je m’en excuse, mais tu es si jeune encore. Tu as pris sur toi certaines responsabilités qui ne te reviennent pas, c’est tout à ton honneur, mais je préfère que tu vives ta jeunesse pleinement avant de plonger dans ce monde d’adultes. J’aime te voir rire, faire le pitre et j’adore ton enthousiasme devant tes mille et mille questionnements face à tous les sujets qui traversent ta route.

Avec l’adolescence arrivent aussi des émotions contradictoires, tu te contractes parfois sans vraiment comprendre toi-même pourquoi tu le fais, mais tu ne peux t’arrêter. C’est normal mon chaton. Ton esprit, aussi impétueux et rapide soit-il, ne fournit pas suffisamment d’explications ou de rationalité à tes émotions. Alors, plutôt que d’imploser, tu exploses parfois pour ce qui semble aux yeux des adultes des pacotilles qui ne méritent pas autant de réactions. Mais je sais que pour toi, ce ne sont jamais des inepties, c’est ton monde. Ta réalité, ta vérité. Même si l’expérience t’apprendra qu’il existe des choses bien pires, tes sentiments, eux, sont réels et présents. Tu ne peux les repousser sans te renier toi-même.

Alors, mon fils, ne te renie jamais, reste fidèle à toi-même dans toute la beauté de ton âme, n’oublie jamais que toutes nos discussions, même si parfois nous ne sommes pas d’accord. Même si souvent tu me trouves injuste dans mes interventions, sache que je t’aime.

Tu es un jeune homme fantastique et tu seras, je peux l’entrevoir, un homme génial. Écoute toujours ton cœur en lui partageant ton esprit. Tu as cette intelligence émotionnelle qui t’aidera toujours à vaincre tes vautours. Je serai là, pour toi. Toujours. Car tu es mon fils et rien ni personne ne changera jamais cela. JE ne voudrais PAS… en AUCUN cas changer cela ! Tu es mon aîné, mon tout premier. Ce bébé qui m’a apporté tellement d’émotions, tellement d’amour, merci.

Merci d’être mon soleil, mon étoile, ma force et ma plus grande fierté. Tu sais par ta simple présence emplir mon cœur d’amour pur (même si parfois, tu le remplis aussi d’impatience ou même de colère !) Sache que je sais. Je sais tes batailles. Je sais tes interrogations. Je sais ce poids que tu mets sur toi. Mais tu sais mon grand, la vie, c’est si simple : aime. Aime qui tu es, ce que tu fais. Aime faire les choses à ta manière en y greffant les conseils et expériences des autres. Suis TA route, celle que TU veux suivre.

Je te promets de toujours marcher à tes côtés, même si parfois, un peu essoufflée, je semble être derrière… sache que si je ralentis, c’est pour mieux t’observer et constater à quel point, encore et encore de toi, je peux être fière.

Je t’aime ! Prends la vie comme elle vient, change ce qui ne te plaît pas et surtout, crois en toi. La vie, c’est un amalgame d’émotions. Il y a des hauts, il y a des bas, tant que tu restes fidèle à celui que tu veux être, peu importe ce que ce sera. Fonce là où le bonheur t’attend, rien de moins, rien de plus. Dans ta vie, sois ce géant que tu VEUX être pour toi-même, pour personne d’autre.

Simplement Ghislaine.

Mon fils

Ça y est, c’est fait ! Mon fils a fait un pas de plus pour que

Ça y est, c’est fait ! Mon fils a fait un pas de plus pour que son corps soit compatible avec qui il est vraiment. Mon fils est transgenre. Sa transition sociale est faite et sa transition physique est commencée depuis 3 ½ ans. Son prénom a été changé et la mention du sexe aussi. Il est en couple avec une belle jeune femme depuis 2 ans et ils sont heureux d’être ensemble.

Dernièrement, il a eu l’opération qu’il souhaitait tant. Faire disparaître ses seins. L’opération devait avoir lieu en mai, mais avec la COVID, la mastectomie a été remise au mois d’octobre.

Ça m’a laissé un peu plus de temps pour m’y faire, un peu plus de temps pour stresser aussi. Mais bon ! J’ai quand même réussi à me gérer.

Nous sommes allés le reconduire en famille à la clinique GRS de Montréal, en plein trafic un mercredi matin d’octobre. Dès qu’il est descendu de l’auto, j’ai pleuré pour la première fois depuis des mois. Je le regardais marcher seul vers la clinique, un jour gris, un jour de pluie, et le flot de larmes s’est déversé.

Je ne pouvais pas l’accompagner. Je ne pouvais même pas être présente avant et après l’opération. Je sais que c’est maintenant un adulte, un homme de 20 ans, mais c’est toujours mon bébé. J’avais le cœur en miettes et la morve au nez.

Mon chum et ma fille se sont demandé pourquoi je pleurais ainsi. Pour eux, c’était enfin une affaire de faite ! Et on allait tous pouvoir passer à autre chose. Mathis serait encore plus heureux. C’est ce que je souhaitais moi aussi !

Mais il allait vivre cette expérience tout seul sans moi. Je voulais être près de lui, lui donner la main, le rassurer au besoin, mais non ! Mausus de COVID ! J’avais l’impression d’abandonner mon enfant. Mon cœur de mère se sentait encore une fois coupable.

Il est sorti le jour même, c’est son père qui est allé le chercher, j’en étais incapable. Lorsqu’il a passé la porte, il avait le teint gris, encore un peu sous l’effet de la médication, mais heureux que ce soit fini.

J’ai pris congé pour être auprès de lui. Au CLSC de ma région, on m’a dit que nous devions enlever les bandages nous‑mêmes. Je me suis donc pointée à ma pharmacie et j’ai demandé un rendez-vous avec l’infirmière. Je ne voulais pas du tout enlever les bandages. Oh ! Que non ! J’avais trop peur de me remettre à brailler comme une Madeleine. J’avais besoin du soutien de quelqu’un, d’être accompagnée, juste au cas où !

Un choc ! Mais plus petit que ce que je croyais. C’est comme si ça devait être comme ça depuis longtemps. On a ri, on a eu les yeux pleins d’eau. L’infirmière était remplie d’empathie et de bienveillance envers nous deux.

Maintenant, Mathis se promène en chest au sortir de la douche, fier comme un paon.

Line Ferraro

Tes pieds dépassent

Presque 10 ans que je vais te voir dormir tous les soirs. 3600 «

Presque 10 ans que je vais te voir dormir tous les soirs. 3600 « Maman, tu vas venir me donner mon colleux tantôt, hein ? » Pourtant, tu le sais que je n’oublierais ce moment pour rien au monde. Ce n’est pas toi que je gâte, c’est moi. C’est mon cœur maternel que je remplis en admirant ton air paisible de petit gars endormi.

On se donne 1000 câlins avant ton dodo, mais le dernier, quand tu dors déjà, il est spécial. C’est celui où je te souffle de beaux rêves au creux de l’oreille. Je replace tes cheveux rendus trop longs à mon goût (mais t’sais, ton corps, c’est ton corps, je te laisse faire tes choix !). Je t’écoute parler dans ton sommeil et je ris. Si ton toutou est tombé, je le remets près de tes bras. Je ferme la lumière et je t’envoie toutes les ondes de bon dodo du monde.

Je remonte un peu ta doudou sur tes épaules, mais pas trop parce que tu as tout le temps trop chaud. C’est mon côté maman-poule. Tout d’un coup que mon poussin aurait un frisson… Mais dès que je tire un peu sur le coin de la doudou, je vois tes pieds apparaître à l’autre bout. Ta doudou a rapetissé ? Ou c’est toi qui as grandi ? Même ton lit semble rétrécir… au même rythme que tes pantalons raccourcissent. Tes pieds dépassent au bout du matelas ! À croire que tu es couché dans ton berceau !

« Maman, j’ai mal aux jambes ! Pourrais-tu me masser s’il te plaît ? »

Ah, les poussées de croissance qui reviennent trop souvent. Elles te font souffrir ! Mais elles te font aussi grandir. Elles te font devenir celui que tu es, un grand bonhomme adorable et brillant, joyeux la plupart du temps, juste assez boudeur pour me rappeler que la puberté sonne à la porte. Pris entre l’arbre et l’écorce, accroc au cordon ombilical et prêt à en décrocher la seconde d’après.

Au retour de l’école, tes pieds te démangent, tu dois bouger. « Maman, je m’en vais jouer au basket ! »

Même pas le temps de dire « bye » que tu es déjà parti. Tu reviendras juste à temps pour le repas. Parfois même, tu passeras tout droit, jusqu’à ce que ton estomac te rappelle à l’ordre. Je sais que tu es avec tes amis en train de faire du sport. Tu pourrais être en train de faire des niaiseries ou des graffitis, en train de reluquer les filles ou de fumer ton premier joint. Mais non. Tu t’autonomises sainement, à ton rythme. Et tu reviens toujours.

Je t’ai toujours dit que tu serais toujours mon bébé tout en étant mon très grand garçon. Je le crois encore. Je te trouve beau quand tu t’éloignes de la maison parce que tu vas rejoindre tes amis et ta vie. Et je te trouve beau quand tu reviens te coller en disant qu’on t’a manqué. Chaque moment que tu nous donnes, je le prends, je le savoure. Je sais qu’ils seront de moins en moins fréquents, et c’est bon signe : ça veut dire que tu suis ton cours. Tu prends ton envol, tranquillement pas vite, avec ton sentiment de sécurité et l’assurance que nous t’aimons.

Tu fais ton cheminement, je fais le mien. J’ai besoin d’apprendre à être la mère de toi en version plus indépendante. C’est un défi d’apprendre à te laisser prendre tes décisions. Mais jusqu’à maintenant, tu me montres que j’ai toutes les raisons de te faire confiance, alors j’observe et j’admire mon fils à l’œuvre.

Je t’annonce tout de suite qu’à l’occasion, je vais te réclamer. Je vais imposer mon droit de véto pour te garder pour nous pendant quelques heures, pour un repas ou une activité, ou juste parce que. Même quand tu seras rendu tellement grand que tu vivras dans ton propre nid, je vais chérir nos moments ensemble. Et je vais encore te murmurer à l’oreille « je t’aime mon bébé ».

D’ici là, vas-y, grandis ! Mais pas trop vite.

Nathalie

À toi, mon fils anxieux

Depuis ta naissance, tu as toujours été un petit garçon enjoué, drôle

Depuis ta naissance, tu as toujours été un petit garçon enjoué, drôle et qui vit sa vie au jour le jour. Par contre, depuis un an, les choses ont changé. Je ne sais pas si c’est le fait de devenir grand frère ou simplement parce que tu as commencé l’école, mais quelque chose semble s’être brisé en toi.

Au début, les changements ont été subtils. Tu avais parfois de la difficulté à t’endormir le soir. Peu à peu, ton enseignante m’a fait remarquer qu’il t’arrivait de pleurer en classe. Tu avais peur de ne pas réussir une tâche ou simplement peur d’oublier ta boîte à lunch et que je sois fâchée. Tu n’arrivais plus à te concentrer sans avoir tes doigts ou ton chandail dans la bouche. J’ai essayé de te rassurer du mieux que je le pouvais et je t’ai fait savoir que j’étais toujours à ton écoute si tu voulais me parler.

Puis au mois de mars, le confinement a débuté. Tu semblais heureux de rester à la maison avec moi pour travailler, de pouvoir passer du temps avec tes frères. Un jour, pourtant, tu as commencé à me dire que tu avais mal au cœur. Pas comme des nausées, plus comme si ton cœur se serrait. Tu m’as dit que la douleur était souvent présente du matin au soir. Tu as commencé à te questionner ou à aborder des sujets beaucoup trop sérieux pour ton âge : « Si j’attrape le coronavirus, vais‑je mourir ? ». « Si je me ronge les ongles, est‑ce que je peux perdre mon doigt ? ». « Maman, je ne veux pas que tu meures ! ».

Voilà maintenant trois semaines que tu me parles de ta gorge qui se serre. « Maman, je ne peux plus respirer ». Tu m’as même appelée la semaine passée pour t’aider à te calmer lors de ton séjour chez tes grands-parents. Je trouve tout ça tellement difficile ! Je voudrais tant être capable de te rassurer assez pour que tu recommences à vivre comme un enfant de six ans. J’en fais de l’insomnie. Qu’ai‑je fait ou dit pour que ça arrive ? Suis‑je une bonne mère pour toi ?

Depuis ton retour à la maison, j’essaie d’être plus calme. Je prends du temps pour toi, je te serre davantage dans mes bras. J’essaie de te faire rire, de rendre ta vie plus douce, plus légère. Je fais tout le nécessaire pour que tu arrives à maîtriser tes peurs. Une chose est claire : sache, mon fils, que je t’aime et que je ne te laisserai jamais tomber.

Caroline Girard

Pour toi, maman

Bonjour Maman,

Il y a

Bonjour Maman,

Il y a 48 ans, tu me donnais naissance. J’étais tout petit. Je pesais moins de 4 livres. J’avais hâte de sortir ! Non pas parce que je n’étais pas bien dans ton ventre, mais peut-être que j’avais hâte de vivre ma vie ! Tu as bien su prendre soin de moi, même si j’étais un grand prématuré. J’étais aussi ton premier enfant. Toute une surprise !

Malgré tout le travail que tu avais à faire, tu en as fait des choses avec moi ! Toutes les fois où tu as joué avec moi, toutes les petites attentions, juste pour me faire plaisir et réjouir mon cœur d’enfant, tous les vêtements que tu prenais le temps de me confectionner, tout le temps nécessaire à ma réussite scolaire ne sont que quelques exemples. Tu étais toujours là pour t’assurer que je ne manque de rien. Même si papa était parti pendant des mois, tu avais le don de me rendre heureux et de me faire plaisir avec de petites choses simples de la vie. Eh bien, sache qu’aujourd’hui, je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi.

Tu sais maman, si je me suis très bien débrouillé dans la vie, c’est en grande partie grâce à toi. Tu m’as élevé seule et tu as toujours été là pour moi quand j’avais besoin de toi. Même si tu avais un travail à temps plein, même si tu devais effectuer toutes les tâches de la maison, je pouvais toujours compter sur toi. Surtout lorsque je n’allais pas bien. Je me suis aussi toujours senti plus ouvert avec toi parce que tu étais présente.

J’ai tout appris de toi : la cuisine, la couture, comment entretenir une maison ou même travailler avec des outils. J’ai tout appris dans le respect et dans la joie. Je me rappelle qu’en troisième année, nous devions réaliser un projet de notre choix. Moi, comme d’habitude, j’avais des idées de grandeur ! J’avais décidé de faire un gros coffre en bois avec un tiroir dans le bas et un couvercle sur le dessus. C’était mon choix et au lieu de me décourager, tu as relevé tes manches et tu m’as tout enseigné : comment manipuler la scie sauteuse électrique et tous les autres outils. Je l’ai fait mon projet et j’en étais très fier ! Quand je l’ai apporté à l’école, j’ai impressionné mes amis. Même le professeur était impressionné ! À travers ce projet, tu m’avais aussi appris la détermination et la fierté. J’ai plein de beaux souvenirs comme ça, ma belle maman. Je ne peux pas oublier ces moments de joie parce qu’ils sont gravés dans mon cœur.

Malheureusement, je me souviens aussi de toutes les fois où tu étais triste et où j’aurais voulu intervenir. J’avais peur moi aussi, maman… Je n’étais pas grand et costaud comme papa, mais je te jure que si j’en avais été capable, je serais intervenu. Tu ne le sais pas mais à l’adolescence, quand j’entendais les disputes interminables de papa, j’étais assis sur le bord de mon lit et je me regardais dans le miroir. J’étais enragé. J’aurais voulu l’attraper pour qu’il arrête, mais il était deux fois plus gros que moi. Ses mains étaient trois fois plus grosses que les miennes. Une de ces fois‑là, maman, je me suis juré une chose : lorsque j’allais avoir une femme, j’allais en prendre soin et je lui ferais vivre totalement le contraire de ce que toi tu as vécu.

Je te remercie. Pour toutes les fois où tu as pris ma défense et toutes celles où tu m’as évité des coups. Je voyais la peur en toi, mais tu faisais le nécessaire pour me rendre la vie plus facile.

Aujourd’hui, à l’âge de 48 ans, je peux te dire que je n’ai jamais maltraité aucune femme. Ma femme, je prends soin d’elle et je l’aime. J’aurais aimé que toi aussi, tu puisses vivre une vie comme cela.

Mais laisse‑moi te dire une chose : tu es une femme forte. Malgré toute cette violence dans la maison et le suicide d’un de tes fils, tu as survécu. Tu m’as donné l’exemple. Tu as été un modèle pour moi, une combattante.

Regarde-moi aujourd’hui… Avec le temps, je suis devenu un homme de bonne carrure. Je suis allé à l’étranger à trois reprises dans des conditions extrêmement difficiles. J’ai servi mon pays pendant plus de 21 ans. J’ai des blessures physiques et mentales reliées à mon service. Mais je tiens encore debout. Je suis un papa et un mari respectueux.

J’aurais pu écrire un livre sur tout ce que tu as fait pour moi. Cette année, comme l’écriture est ma nouvelle passion, je voulais au moins t’écrire cette lettre pour la fête des Mères.

Je te l’ai déjà dit, je te le redis encore : je t’aime ma belle maman d’amour.

Tu es mon modèle, mon exemple, ma super maman.

Bonne fête des Mères, car pour moi, tu es la meilleure !

XXXXX

Carl Audet

Mon fils

Mon fils, mon petit homme. Je tiens à m’excuser. Je n’ai pas é

Mon fils, mon petit homme. Je tiens à m’excuser. Je n’ai pas été la maman idéale pour toi. Durant ma grossesse, j’avais beaucoup d’anxiété, d’angoisse, de peur et de frustration. Pourtant mon cœur, tu es le rayon de soleil dans ma vie. Tu es tout ce que j’ai rêvé d’avoir comme petit garçon. Contrairement à ta sœur, ton arrivée dans ce monde s’est passée très calmement, très sereinement. Ton papa et moi avons même eu le privilège d’entendre ton premier cri lors de ta naissance.

Les premières semaines après ta naissance ont été merveilleuses, comme dans un rêve. Tout se passait parfaitement bien. Ton intégration dans la famille a été facile. Ta sœur t’adorait et te donnait sans cesse des câlins et des bisous. Je pouvais déjà voir que vos petits 21 mois de différences allaient faire de vous une équipe proche, solide et remplie de complicité. Malheureusement, ma tête a commencé à me dire des choses horribles. Mon corps a commencé à me lâcher. J’étais toujours épuisée. Je me disais que c’était normal, j’avais deux bébés à m’occuper et ton papa avait un horaire de travail très demandant à ce moment là.

Ensuite, tu es tombé malade, une grosse bronchiolite qui t’a obligé à rester 4 ou 5 jours à l’hôpital. Mon allaitement en a pris un gros coup. Ce fut difficile de repartir ma production ; pourtant, tu étais un champion au sein. Quand tu as guéri et que notre allaitement eut repris normalement, ce fut mon tour d’être malade. J’ai été opérée pour retirer ma vésicule biliaire. Une autre semaine sans toi, mon petit bébé d’à peine 3 ou 4 mois. J’avais beau tirer mon lait dans mon lit d’hôpital, ça ne calmait pas mes montées de lait.

Je suis sortie et on s’est battus ensemble pour reprendre la routine normale. Tu as commencé à faire de grosses crises de larmes. Nous ne comprenions pas ce qui se passait. Nous sommes allés voir ton pédiatre qui nous a dit que tu devais souffrir d’une intolérance aux protéines bovines. J’ai alors tout coupé dans mon alimentation, mais ça ne changeait pas beaucoup tes crises. Durant cette période, ton papa et moi avions commencé à nous chicaner beaucoup. Maman n’avait plus de patience, je pleurais beaucoup. Je ne comprenais plus ma tête. Des pensées me passaient dans la tête sans mon consentement.

Quand tu as eu 9 mois, ton papa m’a amenée en vacances 3 jours, juste lui et moi. J’ai tellement aimé ces vacances! Je voulais rester là bas. Je ne comprenais pas pourquoi je n’avais pas hâte de vous retrouver ta sœur et toi. Je me sentais tellement mal, je pensais que je ne vous méritais pas, que vous seriez tellement mieux sans moi. Sans mes crises de colère, sans mes crises de larmes, sans mes idées paranoïaques. J’avais tellement l’impression de gâcher votre enfance.

Au retour des vacances, tu avais commencé à boire du lait maternisé et du même coup à faire tes nuits. Faut dire que toi, à 9 mois et demi, je t’allaitais encore aux 2 heures jour et nuit. Un soir, je me suis chicanée très fort avec ton papa, parce que je voulais reprendre l’allaitement, mais ton papa ne voulait pas. Il m’a dit que je devrais peut-être prendre un rendez-vous avec mon médecin de famille, qu’il ne me reconnaissait plus. Je l’ai écouté et j’ai appelé mon médecin. J’avais rendez-vous deux jours plus tard. J’ai été diagnostiquée avec une dépression post-partum majeure.

Je ne me suis jamais sentie aussi mal de ma vie. J’avais l’impression d’avoir tout échoué avec toi. Que je t’avais fait souffrir plus que personne d’autre au monde. Je t’avais constamment dans les bras, collé contre moi. Nous étions en symbiose. Je suis convaincue que je suis en partie responsable de tes crises de colère.

Tu as maintenant 4 ans, je suis officiellement guérie depuis peu. Tu fais d’énormes crises de colère et je ne sais pas comment t’aider. Je sais que c’est ma faute, tu as ressenti tout ce qui se passait en moi.

Je m’excuse mon petit homme, mais je te promets de t’accompagner tout le long de ta vie et de t’aider avec toute la force, l’amour que j’ai en moi. Ensemble, ton papa, ta sœur et moi allons t’aider à calmer cette colère.

Je m’excuse mon cœur. Je peux te promettre une chose, c’est que maman n’a jamais rien voulu d’autre que ton bien. Je t’aime tellement que ça fait mal. Je t’aime mon Émile.

Cindy LB

Lettre à ma belle-mère

Bonjour, on se connaît à peine, mais je vais me permettre de te tu

Bonjour, on se connaît à peine, mais je vais me permettre de te tutoyer quand même. Je suis la femme qui est dans la vie de ton fils depuis cinq ans. Beau temps, mauvais temps, je suis à ses côtés. Je ne t’ai pourtant jamais rencontrée. J’ai longtemps pensé que c’était parce que ton fils, dans le fond, avait honte de moi. Tu as rencontré ses ex, mais moi, tu ne m’as pas rencontrée. Ce n’est que récemment que j’ai compris pourquoi : comme il me l’a toujours dit, il me protégeait de toi.

Nous travaillons tous les deux et nous n’avons pas beaucoup de temps à nous la semaine. Dès qu’il termine son travail, tu te hâtes de l’appeler dans la voiture pour qu’il te parle sur le chemin du retour, sans compter tes nombreux appels à son travail durant la journée. Une fois qu’il est arrivé à la maison, tu le textes sans cesse toute la soirée et parfois jusqu’à 1 h du matin! Il passe ses soirées sur son cellulaire à te parler. Tu te plains à ton fils que ton mari ne te donne pas d’attention, mais ce faisant, tu empêches ton fils de passer du temps avec sa femme.

Tu ne sembles pas être en mesure de fonctionner sans lui et pourtant, tu as d’autres enfants qui vivent encore sous ton toit. Tu le déranges, parce que oui, à ce stade, c’est du dérangement, pour un oui et pour un non. Tu veux savoir où trouver du papier de toilette en spécial? Regarde les circulaires, ou comme tu es à l’aise avec l’électronique, essaie l’application Reebee et Sale Whale pour trouver tes spéciaux! Tu l’accapares le weekend pour qu’il te conduise ici et là pour ton magasinage.

Quand il se fâche contre toi, soudainement, tu as des malaises et tu es transportée à l’hôpital. Lorsqu’il n’accourt pas à ton chevet, il reste encore une fois suspendu à son cellulaire pour avoir des nouvelles et il ne dort pas la nuit parce qu’il fait des pieds et des mains pour que tu obtiennes les meilleurs soins. Normal, tu es sa mère. Ton fils est complètement épuisé et il se rend malade pour toi, t’en rends-tu seulement compte?

Ton fils passe son temps à vouloir te plaire et te prouver ce qu’il vaut réellement. Tu es sa mère, il ne devrait pas à avoir à faire cela pour se sentir aimé de toi. Ton fils, dès la seconde où je l’ai rencontré, je l’ai aimé inconditionnellement et je ferai n’importe quoi pour lui. Tu sembles incapable de lui démontrer de l’amour autrement qu’en lui achetant des choses. Ce dont il a besoin, c’est d’une mère et non d’un guichet automatique! Joue ton rôle de mère auprès de ton fils tout comme je le fais avec mes propres enfants. Je t’imagine en train de jubiler parce que tu penses que, si notre relation échoue, ton fils te reviendra! Nous sommes plus forts que ça, je ne te laisserai pas faire.

Il y a quelques mois, j’ai finalement compris que ton fils me protégeait de toi. Tu dis que tu veux me rencontrer, me faire des cadeaux, m’amener en voyage uniquement dans le but de te rapprocher de moi pour mieux le manipuler pour qu’il fasse ce que toi, tu veux. Malheureusement pour toi, j’ai un coup d’avance sur cette partie d’échecs. Je te vois venir et je n’entre pas dans ton petit jeu. Je ne peux être achetée. L’amour que je porte à ton fils n’a pas de prix et tu ne viendras jamais briser cela.

En terminant, je veux te demander une chose : s’il te plaît, agit comme une mère. Arrête tes manigances et tes manipulations. Arrête de te fier à lui pour tout. Il est ton enfant et tu es le parent et non l’inverse. Ce n’est pas de son ressort de tout régler ce qui ne va pas dans votre famille. De grâce, laisse‑le respirer et laisse‑nous respirer un peu.

Eva Staire

Déploie tes ailes, mon grand!

Mathis aura droit à un très beau cadeau de Noël cette année. Il

Mathis aura droit à un très beau cadeau de Noël cette année. Il pourra enfin se départir d’une partie de son corps dont il n’a jamais voulu. Il va pouvoir continuer sa transition. Mon enfant est transgenre.

Cela fait maintenant deux ans que Mathis a commencé sa transition physique. Deux ans qu’il prend de la testostérone. Deux ans à le regarder se transformer physiquement. Deux ans à chercher le moindre signe qui me permettrait de croire qu’il changerait d’idée, qu’il garderait ses tout petits seins. Mais non! Il est prêt! Il le désire depuis si lonnnnngtemmmmmps!

Bientôt, la chirurgie pour faire disparaître ses petits tetons aura lieu. Pour lui, la période d’attente a été une éternité. Pour moi, c’est beaucoup trop rapide. Une autre étape à vivre dans la transition de ma doudoune. Une autre étape à vivre dans mon deuil.

Nous avons rencontré la chirurgienne en septembre dernier. Elle est spécialisée dans ce type de chirurgie. Dans la salle d’attente, quelques parents accompagnent leurs enfants. Par curiosité, je les observe. Je voulais voir leurs yeux. Je voulais essayer de voir leurs émotions, je voulais voir si l’on ressentait la même chose. Mais chacun semblait dans sa bulle. Un peu malaisé. La peur du jugement? L’inconnu? Je ne sais pas!

J’ai peur! Peur de m’effondrer devant lui. J’ai peur pour lui. J’ai peur des autres. J’ai peur de sa réaction après la chirurgie. J’ai peur de MA réaction. Est-il vraiment prêt à subir une mastectomie? Est-il conscient de tout ce que ça implique? Qui va faire un suivi avec lui par la suite? Sera-t-il plus heureux? Plus libre? Plus ancré dans la vie? Dans sa vie? Aura-t-il besoin d’un soutien psychologique?

Il était tout heureux de m’appeler au travail pour m’annoncer la grande nouvelle. Pour me dire qu’il avait reçu un appel pour son premier rendez-vous. Moi je lui ai dit que j’étais très occupée et que je ne pouvais pas lui parler… j’en étais incapable! J’avais trop le motton… je me suis trouvée vraiment poche!

À qui puis-je parler de cette situation? Qui peut me comprendre? Qui peut consoler ma peine? Il y a très peu de ressources pour les parents d’enfants transgenres. Cette étape est la plus difficile à vivre pour moi. C’est certain qu’il y a la famille, les amis. Mais personne n’a vécu cette situation.

Mathis attend impatiemment de pouvoir se promener le torse nu en sortant de la douche, de ne plus porter son chest binder, de pouvoir se baigner sans porter de chandail. Il veut être fier de porter ses poils sur son chest et de les montrer.

Depuis qu’il sait que l’opération est proche, il y a quelque chose de nouveau qui se dégage de lui. Il semble avoir déployé ses ailes, il semble plus léger. C’est drôle, car dans le bureau du médecin, il y avait une toile d’un beau papillon…

Vas-y mon grand! Déploie enfin tes ailes! Je serai toujours là pour t’accompagner et te soutenir, même si parfois mon cœur chavire encore et toujours. Je t’aime mon grand!

Line Ferraro

 

Je me suis ennuyée de toi, mon grand !

Tu as enfin terminé ta première année scolaire, pis j’suis pas

Tu as enfin terminé ta première année scolaire, pis j’suis pas déçue. C’est fou comme tu m’as manqué. Je te regardais embarquer dans ton autobus le matin, en me disant que c’était ben trop tôt. Pis j’te regardais revenir le soir, en me disant que c’était ben trop tard. J’ai ben essayé d’aller te reconduire le plus souvent possible, de te kidnapper pour des dîners au p’tit resto d’à côté, mais la vérité, c’est que le temps m’a paru ben long sans toi à mes côtés. Entre la routine du matin et la routine du soir, j’ai l’impression qu’on a manqué de temps pour se parler. C’est entre deux bouchées que j’en apprenais un peu sur ta journée. Si tu savais combien j’aurais voulu tout savoir, en détail, mais je dois lâcher prise, qu’ils disent.

J’ai l’impression que tu as pris cinq ans en un an. C’est fou combien l’école t’a changé. Au début de l’année, je pouvais te bécoter devant l’école, pis par un matin ben frette d’hiver, tu m’as fait comprendre qu’on allait se garder ça pour la maison. Tu sais quoi? C’est ben correct et je respecte ça, mon homme. J’ai juste pleuré jusqu’à Granby! Pas parce que tu ne voulais pas me bécoter, juste parce que c’était un rappel que l’temps qui passe ne reviendra pas. Ô combien heureuse je suis, de l’avoir savouré, ce temps-là.  J’ai un peu l’impression d’avoir perdu le contrôle sur qui tu deviens, mais j’te fais confiance, j’suis fière du papillon que tu deviens. L’époque de la chenille pis du cocon est vraiment terminée, faut que j’te laisse voler.

Mais là, c’est fini, pour un mois et demi. Tu as travaillé si fort pis je suis épuisée de te voir épuisé. Dormir un peu plus, jouer dehors et sacrer la routine dehors. On va en profiter à notre façon de l’été. Juste être ensemble plus souvent, c’est ça pour moi, les vacances. Je suis fière de toi, de ton premier grand accomplissement. Je sais bien que ce n’est pas le dernier, pis que ça va recommencer chaque année…

Mais là, ce soir, laisse-moi te cuisiner ton repas préféré. On peut même commander si tu veux. On mange du gâteau et on célèbre la fin de ton année. Tu le mérites, tu as assez donné. Je te promets de te célébrer comme ça chaque année, parce que c’est important pour moi que tu saches combien je ne tiens pas tes efforts pour acquis.

Pis il faut que j’te dise : t’es encore mon bébé mais promis, j’le dirai pas devant tes amis.

Je me suis ennuyée de toi, mon grand!

Bon été à tous vos grand(e)s!

Marilyne Lepage