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Apprivoiser mon côté sauvage, cette douce anxiété sociale — Texte : Geneviève Dutrisac

Regarder l’horizon et me perdre dans mes pensées. Me ressourcer en regardant cette simple ligne q

Regarder l’horizon et me perdre dans mes pensées. Me ressourcer en regardant cette simple ligne qui se dessine au loin, me demandant ce qu’il y a exactement là où je regarde. Ces moments de solitude où je me sens si bien, si calme. Les années passent et je me rends compte à quel point ma solitude est un besoin viscéral.

Depuis le début de la pandémie, j’ai développé une belle anxiété sociale. Un doux côté sauvage qui sommeillait en moi est sorti de sa tanière afin d’éloigner tout prédateur se voulant trop amical avec moi. Je n’ai plus l’énergie d’aller à la rencontre d’inconnus, je n’ai plus l’énergie d’être déçue par un autre être humain. Je ne veux plus. Je ne peux plus. Un réflexe de protection ? Peut-être…

Lorsqu’il y a foule, je veux disparaître. J’ai toujours l’impression de ne pas être à ma place, de déranger ou même d’être ennuyante. Je préférerais avoir la cape magique d’Harry Potter afin d’être invisible et de pouvoir écouter les autres sans nécessairement avoir à participer aux conversations. Je me sentirais bien à simplement observer, écouter.

Quoi qu’il en soit, je dois apprendre à dompter cette bête sauvage que j’ai créée. Je dois réapprendre à vivre en société, dans un monde qui socialement ne me rejoint plus. Je veux fuir cette chaleur humaine qui me laisse maintenant de glace.

Le plus ironique dans tout ça est que je dois montrer à mes enfants comment vivre en société quand moi-même, je ne sais plus comment m’y prendre. Imaginez les enfants qui ont le sentiment de perdre tous leurs repères, d’avoir le syndrome de l’imposteur, peu importe l’endroit où ils vont. Du haut de mes 35 ans, j’ai la chance d’être bien outillée et d’avoir une belle maturité afin de vivre ces nouvelles émotions, mais j’ai énormément d’empathie envers les jeunes qui souffrent en silence.

Je ne suis ni hautaine ni étrange, j’ai simplement besoin de vous côtoyer à petite dose. Je vous aime, mais doucement. Sans accolades ni baisers sur la joue, mais dans le plus grand des respects mutuels.

Geneviève Dutrisac

 

Ce drame si près – Texte : Nathalie Courcy

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande ville somme toute pas mal tranquille. Dans un quartier sécuritaire. Et pourtant, bang ! Ce qui a tous les airs d’un drame familial (lire : le meurtre de deux enfants innocents suivi d’un suicide) a eu lieu à cinq minutes de chez moi. Cinq. Petites. Minutes. Allons-y avec un cliché : ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça n’arrive pas qu’ailleurs. Ça arrive dans notre cour, dans notre quartier, dans notre communauté.

Les détails liés aux décès seront révélés avec le temps et l’enquête. Tout porte à croire que des signes clairs avaient été vus et rapportés aux autorités. Les services et les soins arrivent toujours trop tard quand il y a des morts, de la violence, des menaces. Tout simplement parce que dès qu’il y a une menace, un geste ou une parole de violence, un meurtre, il y a déjà des dégâts. Il y a déjà une demande d’aide qui n’a pas été faite ou entendue.

Le résultat aujourd’hui est permanent : une maman, des grands-parents, des voisins, des amis ont perdu des humains qui leur étaient précieux. Des vies ne se poursuivront pas. Tout un quartier est choqué. Une province soupire : « Encore ? Quand ça va arrêter ? »

Une humanité pleure.

Est-ce qu’on peut laisser les enfants en dehors de ça ? Est-ce qu’on peut préserver la vie et même l’honorer ?

On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. La violence existait avant, elle existera après. Mais est-ce possible que l’isolement, le stress, les difficultés économiques, les dépendances aient rendu une partie de la population à ce point désespérée que la vengeance et la mort leur apparaissent comme des solutions ?

Je remarque que plusieurs sont plus extrémistes qu’avant dans leurs opinions et leur façon de s’exprimer. N’y a-t-il plus de place pour les nuances ? Pour la bienveillance ? Pour la patience ?

Time-out d’adulte. La méthode du retrait, ce n’est pas que pour les enfants. On s’éloigne de la situation, on respire, on cherche des solutions, on va chercher de l’aide et on revient dans la société seulement quand on est capable de s’exprimer avec respect.

Afuuu ! Afuuu ! Inspire, expire, repeat.

 

Nathalie Courcy

Mon corps d’enfant – Texte : Marina Desrosiers

Je n’ai pas réussi à te faire bander. Tu me l’as reproché. Tu m’as boudée parce que je

Je n’ai pas réussi à te faire bander. Tu me l’as reproché.

Tu m’as boudée parce que je n’étais pas assez excitante.

Pourtant, j’ai essayé! Je voyais le cadeau que tu m’avais promis me glisser entre les doigts, alors que toi, tu voulais que ce soit ton pénis qui y glisse. J’ai pleuré. Pas de honte, pas de rage. De déception. J’étais déçue de moi, de mon échec. J’étais déçue de toi, de ta trahison. Tu m’avais promis que si je me mettais toute nue, que je te laissais me pénétrer, tu me donnerais ton plus gros toutou. Le jaune, presque aussi grand que moi.

J’ai couru à l’étage. Maman, maman, mon frère ne veut pas me donner son toutou, il m’avait dit qu’il me le donnerait!

J’ai dû révéler la condition. Tu voulais éjaculer. Et ça n’a pas fonctionné.

Un corps d’enfant de huit ans ne t’avait pas excité. Peut-être aussi que la peur de te faire pogner les culottes baissées avait refroidi tes ardeurs.

Tu t’es fait prendre quand même, parce que j’ai crié à l’injustice. Pas celle de l’abus, mais celle de la promesse non tenue. Tu as dû t’excuser, notre autre frère aussi. Parce que tu n’étais pas seul, on exigeait de moi des deux côtés. J’étais la petite sœur de service.

Vous avez demandé pardon, merci, bonsoir. Fin de l’histoire.

Jusqu’à ce que mon adolescence se réveille et que mes cellules se souviennent.

J’avais été touchée illégalement, sans mon consentement (on ne peut pas dire oui au sexe à cet âge et encore pendant de nombreuses années). Le pardon avait été demandé à la va-vite, comme le sexe que vous aviez essayé d’avoir à quelques reprises.

Plus tard, quand j’ai révélé ces abus, mon malaise, mon mal-être, on m’a accueillie à bras ouverts ou à cœur fermé, selon la confidente. On m’a comprise et écoutée. On m’a aussi jugée. « Arrête d’en faire tout un plat, ils étaient jeunes et remplis d’hormones, ils avaient besoin d’expérimenter. Tu étais là, c’est tout. »

Je cite ici une enseignante de formation personnelle et sociale qui enseignait la sexualité dans une école de filles. C’est bien ce qu’elle m’avait répondu.

En gros, farme ta gueule.

J’avais été choquée, blessée, mais je ne l’avais pas crue. Moi, je savais qu’ils m’avaient salie avec leurs hormones dans le tapis. Sperme ou pas, c’était dégueulasse. Point.

Dans le temps, on ne dénonçait ni les abuseurs ni ceux qui camouflaient. On endurait. Peu ont su la vérité, mais j’ai bien dû la révéler à des hommes qui me trouvaient crispée.

J’aurais aimé que le pardon soit suivi d’une réelle réparation. Sous quelle forme, je ne sais pas. Je portais encore des robes roses à dentelle, c’est jeune pour prendre une si grande décision. Mais j’aurais voulu ne pas devoir me battre à l’âge adulte pour que les abuseurs admettent leurs gestes à la femme que j’étais devenue.

« T’es folle, t’inventes des histoires, t’es juste bonne pour l’asile! »

C’est ce qu’un des coupables m’avait répondu. Plus d’une fois. L’autre s’était excusé, sincèrement. Mais de grâce, qu’on enterre ce sujet pour de bon, qu’on l’incinère, qu’on le jette aux oubliettes! La force du tabou, même quand on ose dire.

J’ai fini par recevoir une demande de pardon, maladroite, insuffisante, mais quand même mieux que rien. Une excuse pour le geste, pas pour les séquelles, qu’il ne connaît pas, puisqu’il ne m’a pas écoutée. On n’écoute pas les folles, après tout.

En passant, au cas où l’étymologie vous intéresse, le mot « inceste » vient du latin et signifiait « sacrilège », profanation du sacré.

Le corps d’un enfant, fille ou garçon, est sacré. Sacrez-lui la paix. Respectez-le.

Marina Desrosiers

Les mots que je me dis – Texte : Nathalie Courcy

Êtes-vous comme moi, du genre à vous parler à vous-même ? Non, non, je ne suis pas folle (j

Êtes-vous comme moi, du genre à vous parler à vous-même ?

Non, non, je ne suis pas folle (je reviendrai d’ailleurs sur ce mot un peu plus loin…)

Je me parle pour m’aider à réfléchir. À voix haute ou dans ma tête, mais je me parle ! Ça m’aide à organiser mes idées, à ne rien oublier, à apprendre plus facilement des notions et à me refléter des opinions qui pourraient être différentes de ma première idée.

Quand je suis en mode créatif, je m’installe avec de grandes feuilles ou un grand tableau blanc, des marqueurs de couleur 🖊🖊, parfois des ciseaux ✂️. Je lance mes idées, je dessine, je me fais des schémas, je rature, je fais des flèches. Je vous le dis, dans ce processus, ma calligraphie n’a aucune importance ! J’écris vite et mal ! L’important, c’est qu’aucune idée ne s’égare ! Une fois sur la feuille, il sera toujours temps de copier, de réécrire, de mettre ça cute !

Même dans mon travail au gouvernement, je suis plus productive quand je peux me parler (sans parler de la musique qui occupe mon cerveau et l’empêche de divaguer !). Imaginez ce que ça faisait dans un bureau à aire ouverte… charmant. Je m’explique les étapes à suivre, je m’exclame (« Voilà ! C’est ça qui manquait ! » ou « Ben là, ç’a pas de bon sens ! »), je me questionne, je me félicite. D’ailleurs, en télétravail, chaque fois que je lâche un « Bon ! » de satisfaction, notre chien Fred 🐕 est convaincu que la journée est terminée et qu’on l’amène marcher dans le quartier ! Il est déçu plusieurs fois par jour parce que je le dis souvent.

Mais je me parle aussi quand je conduis (je parle aussi aux autres conducteurs, ça fait bien rire mes enfants), quand je cuisine, quand je lis, quand je fais mon épicerie, bref, tout le temps.

J’ai appris avec le temps à utiliser cette manie de me parler à mon avantage. J’ai d’abord dû faire des surprises de conscience majeures.

D’abord, je me maltraitais à tour de bras. Le nombre de fois que je pouvais me traiter d’imbécile, de niaiseuse, de nulle… ça n’avait aucun sens ! Mon préféré, c’était « épaisse ❗ ». Ça fait mal, hein ! Ouch ! Aucun amour dans mon mot ni dans mon ton, je vous le jure. Je me cognais l’orteil sur une patte de meuble, épaisse ! Je me trompais de chemin en auto, épaisse ! Je prononçais mal un mot en anglais, épaisse ! Tout le temps ! Si j’avais traité mes enfants comme ça, j’aurais eu la DPJ sur le dos, et avec raison. Quand j’ai compris que j’étais violente psychologiquement avec moi-même, j’ai fait « WO ! » (mais sans ajouter d’adjectif dénigrant).

J’ai décidé de m’observer et d’attraper au vol tous les mots méchants que je m’adressais. Au début, c’était un emploi à temps plein ! Je me trouvais niaiseuse d’avoir autant de misère à arrêter de me dire ces mots. Oui, oui ! Encore ! Je me trouvais niaiseuse, je me sentais coupable, j’avais honte ! Le temps que ça m’a pris avant d’avouer à une thérapeute que je me traitais sans arrêt d’épaisse, c’est ridicule (oui, encore un autre mot pas fin !). Une fois que je l’ai dit, ça m’a encore plus encouragée à arrêter de me parler comme ça. Je ne parlerais à personne de cette façon, jamais, alors pourquoi je m’imposerais ça ?

Alors ça, c’était ma première surprise de conscience.

Cette semaine, j’ai lu deux livres d’Anick Lapratte, À quelle fréquence vibrez-vous et Reprogrammez votre cerveau. Et j’ai compris qu’intuitivement, j’avais fait la bonne chose en interceptant les paroles blessantes que je m’adressais, mais que j’aurais pu aller plus loin approfondir l’impact dans ma vie.

Arrêter de me traiter d’épaisse, c’est bien, c’est sain, c’est essentiel, mais encore faut-il que je remplace ces mots et ces pensées par autre chose. Si j’ai passé des décennies à me définir comme épaisse à la première bévue, mon identité en a pris un coup de pelle. Suis-je vraiment épaisse ? J’ai un Q. I. élevé, j’ai un doctorat en main, j’ai une intelligence émotionnelle développée, j’ai une intuition et une sensibilité au-delà de la moyenne. Ce ne sont pas les caractéristiques d’une personne stupide, n’est-ce pas ? Alors j’ai décidé de me redéfinir. Ces temps-ci, j’écris et je me répète qui je suis, qui je veux continuer de devenir.

Je suis une humaine intelligente, sensible, originale, courageuse, différente et fière de l’être, intuitive, organisée, multipotentielle. Je suis une artiste 🎨, une planificatrice, une maman cool et stricte à la fois, une entrepreneure, une fonctionnaire, une amie aimée et aimante, une amoureuse amoureuse 💝, une passionnée des mots et de la langue, une graine de divin (ben oui ! Vous aussi !).

Plus je me répète qui je suis, plus l’ombre de mes mots blessants pâlit. Moins ils sont fréquents. Et si jamais quelqu’un me servait ces mots, je ne les croirais pas, et je passerais mon chemin. Merci, bonsoir.

Je vous le dis tout de suite, dans un autre texte, je vous jaserai d’autres surprises de conscience, entre autres en lien avec les scénarios qu’on se construit quand on a du temps à perdre ailleurs que dans la réalité. Mais en attendant, je vous invite à vous demander : quels mots utilisez-vous pour vous parler à vous-même ? Et comment vous parler vous sert-il ?

Nathalie Courcy

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Les commentaires… Texte : Marilou Savard

Il est évident qu’on ne peut pas mettre tout sur le dos de la pan

Il est évident qu’on ne peut pas mettre tout sur le dos de la pandémie, mais une chose est certaine : c’est que comme nous sommes limités en activités, on passe beaucoup plus de temps sur les réseaux sociaux.
C’est à cet endroit que l’on peut faire un malheureux constat.
Il y a un si grand nombre de commentaires négatifs gratuits à l’égard d’autrui, probablement motivés par l’excuse que chacun a droit à son opinion.

Toutefois, n’oublions pas que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. C’est entièrement vrai qu’on peut s’exprimer librement comme on le souhaite, mais il faut penser que c’est un être humain qui est en jeu, qui a le droit d’être librement lui-même.

On est de plus en plus une société qui accepte la différence, mais quand quelque chose n’est pas à notre goût, nous sommes les premiers à exprimer notre désaccord et pas nécessairement avec les mots les plus gentils. On se dirige vers une société tranchante.

Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est de l’égoïsme, mais quand on y pense, c’est un peu plus penser à soi-même qu’aux autres de dire des choses qui peuvent blesser des gens, qu’on ait raison ou non.

Il faut se rappeler aussi qu’on ne sait jamais vraiment tout. L’arrière-plan. La raison derrière.
Donner le bénéfice du doute, c’est encore quelque chose qu’on peut choisir.

Les proverbes sont une formule présentant des caractères formels stables, souvent figurée, qui exprime une vérité tirée de l’expérience ou un conseil de sagesse pratique.
Ils sont là pour nous enseigner et nous dire ce qui est le mieux.
Je crois que l’expression suivante doit être remise en lumière :
Tournons notre langue sept fois avant de parler.
De nos jours, nous pourrions dire : tournons nos doigts sept fois avec d’écrire quoi que ce soit.
Il faut réfléchir avant de parler, il faut réfléchir minutieusement avant de s’exprimer.

C’est une chose de penser, c’en est une autre de communiquer.

En terminant, je tiens à dire que les commentaires constructifs sont d’une importance capitale. Ils permettent l’évolution pour une amélioration.
Toutefois, ça dépend du moment, du comment et de notre relation avec le répondant.

On sait maintenant à quel point un virus peut se propager rapidement. Est-ce qu’on pourrait en propager un nouveau ? Celui de l’amour, du respect et de l’acceptation ?

Marilou Savard

Promets-toi de t’aimer en premier… Texte : Sophie Barnabé

Ma fille, t’as l’droit d’avoir peur quand t’écoutes les nou

Ma fille, t’as l’droit d’avoir peur quand t’écoutes les nouvelles… parce que c’est vrai que c’est souvent épeurant. On frissonne chaque fois qu’on entend des mots définissant trop de maux qui n’ont malheureusement rien de nouveau. Les mots marquants prononcés trop souvent : abus, violence, féminicide… Des amours qui ont mal viré, des souffrances jamais avouées, une détresse insoupçonnée. J’aimerais savoir exactement quoi t’dire pour t’éviter de tomber dans les bras d’un homme qui aime mal. J’me sens parfois dépassée et maladroite pour t’en jaser… Je remercie le ciel. Ça ne m’est jamais arrivé.

J’imagine que pour en arriver là, c’est souvent sournois… Tranquillement, il y a des rires jaunes, des petites insultes ici et là, puis un « pardonne-moi »… Du mépris écrasant, des cris à 2 pouces du nez, une main trop serrée sur un bras menacé, puis un « je t’aime tellement ». T’sais ma fille, l’amour qui t’rabaisse, l’amour qui t’fait mal, l’amour qui te draine, l’amour qui t’culpabilise, c’est pas d’l’amour ça, ma fille. J’te jure, c’est pas ça l’amour.

On manque de doigts pour compter les féminicides des quatre derniers mois. Dix, crisse ! Le même nombre qu’on compte normalement trop de fois en une année. Ça me serre en dedans en pensant à tout ce qui peut se passer derrière les portes closes et qu’on n’entend pas aux nouvelles.

Mais quand on aime, c’est tellement fort ! Quand il décide qu’il t’emprisonne, il est tellement fort… On te sensibilise, on te crie tes droits, mais au-delà des paroles, on l’sait toutes que l’amour enivre, l’amour rend aveugle. J’ai envie de t’dire : « Ouvre les yeux avant qu’ils n’aient le réflexe de se fermer devant le poing que tu penseras mérité ».

Je regarde ce qui te valorise, les modèles que tu admires, ce qui te fait rire, les rêves auxquels tu aspires… Entre ma coolitude et ma bienveillance, je ne sais parfois plus quoi penser. Entre ce qu’on te dit et ce qu’on te montre, il y a un monde… J’ai peur que la pression sociale et les messages que ta génération t’envoie t’aspirent comme une vague de fond. Quand on parle d’amour, de couple et de respect, c’est censé être beau, c’est censé te gonfler le cœur et te décrocher un sourire. Pourtant, on te dit quelque chose, mais on t’en présente une autre. J’te comprendrais si t’étais mélangée…

T’es de cette génération où les meilleures danseuses sur TikTok sont celles qui se penchent par en avant, les fesses dans les airs et qui zignent comme le fait ton chien. Quand ce sont elles, tu trouves ça bien, mais quand c’est ton chien, tu interviens. T’es de cette génération où le bestial semble normal et où la pudeur est synonyme d’ennui. Rappelle-toi qu’une relation saine est consentante. Ma fille, promets-toi de dire non quand t’as envie de te fermer les yeux parce que ce que tu fais juste pour lui plaire ne te rend pas fière…

T’es de cette génération qui envoie des photos explicites à des gars qui les montrent allègrement à leurs chums qui s’excitent. Comme si la notion d’intimité s’était évaporée. C’est pourtant tellement beau cette complicité… T’es de cette génération exposée à tant de vulgarités qu’elles en deviennent des banalités. Ces « c’est pas grave » et ces « y’a rien là » imprégnés comme l’encre d’un tatouage dans ton cerveau se traduiront comment dans ta maison une fois la porte fermée ? Rappelle-toi qu’une relation saine est riche de moments complices. Ma fille, promets-toi de ne pas tout partager ce qui est normalement réservé à l’amoureuse intimité !

Tu es de cette génération qui absorbe des infos et des images à la chaîne, sans rien remettre en question. Ta vie défile à vitesse grand V, un rythme qui t’empêche de te déposer. Tu suis la parade parce qu’elle te dicte ce que tu crois être la normalité. T’as beau te faire répéter combien l’amour c’est fort, combien les caresses sont douces, combien le respect est primordial, mais j’avoue que quand tu m’entends rire avec mes copines en disant qu’on rêve toutes d’un Christian Grey, ça s’peut que, faute de discernement, tu penses que c’est le modèle de relation convoité… Mea Culpa… Rappelle-toi qu’une relation saine est stimulante. Jamais contrôlante. Ma fille, promets-toi de te questionner quand tu sentiras ta liberté emprisonnée !

Tu es de cette génération pour qui l’image parfaite est plus importante que la souffrance que tu pourrais garder secrète. Quand je regarde les réseaux sociaux, tout le monde y met de belles photos… Y’a pas une femme qui s’affichera avec des doigts tracés sur ses bras. La fille qui s’est fait crier qu’elle était une ostie d’conne ou une salope par son chum n’en parlera pas sur le bord d’la machine à café. Elle passera pourtant ses moments de silence à se demander ce qu’elle a fait pour le provoquer… Ma fille, promets-toi de te confier quand t’auras envie de mentir pour embellir ta vie par peur que ça empire.

Ma fille, t’es à l’âge où tu rêves d’avoir un chum comme si sans ça, t’étais rien… T’es à l’âge où t’es prête à tout pour te faire aimer, où t’es prête à tout pour ne pas être rejetée… T’es à l’âge où tu passes des heures devant le miroir pour plaire plus aux autres qu’à toi… Rappelle-toi qu’une relation saine, ma fille, ça part de l’amour que tu as en premier pour toi.

Sophie Barnabé

Et si aujourd’hui… Texte : Maïka

Souvent, je me parle à moi-même. Je m’écris des lettres, dans m

Souvent, je me parle à moi-même. Je m’écris des lettres, dans ma tête. Pendant que je fais le souper ou pendant que je fais du ménage. Je m’explique à moi-même comment je me sens. Comme si ça allait faire du bien, comme si transposer mes émotions sur cette page blanche imaginaire allait faire que tout se replace.

Cette semaine, on m’a dit que j’avais toujours l’air heureuse. Pour vrai… qui est toujours heureux dans la vie ? Personne. On a tous des hauts et des bas. On est humains ! Le problème, c’est ce que les autres voient de nous, et ce qu’ils veulent bien nous laisser voir.

En fait, le bonheur, c’est quoi ?

C’est une multitude de petites choses qui s’emboîtent jour après jour pour former un noyau qui nous tient debout, qui nous tient en vie.

Le problème survient quand ce noyau n’est plus suffisant ou plutôt quand on s’est trompé de noyau.

À la base, le bonheur devrait être vous-même.

Chaque jour, on devrait être en mesure de se regarder et de s’aimer. Parce que si on ne s’aime pas assez, qui le fera pour nous ?

Je suis la première à me dire que l’important, mon vrai bonheur, c’est ma famille… mes enfants.

Mais quand mon Chum part au travail et que mes enfants sont à l’école, je me retrouve inévitablement confrontée à celle que je ne connais plus et que je délaisse depuis tant d’années : moi-même.

C’est à ce moment que ça rentre dedans.

As-tu déjà pris le temps de t’asseoir devant le miroir et de t’analyser. Pas seulement physiquement, mais mentalement. T’analyser sous toutes tes coutures.

La question est celle-ci : es-tu heureuse avec toi-même ? Voudrais-tu que tes enfants suivent ton chemin ?

Pour certaines, la réponse est sans contredit OUI !

Pour d’autres, c’est ambigu… oui sur des points et non sur d’autres.

Et malheureusement, pour plusieurs, la réponse sera NON !

Et si aujourd’hui, je te disais quelque chose que tu sais déjà, mais que tu as sûrement oublié.

Si je te disais que de t’aimer et de t’apprécier est la chose la plus importante au monde… pour toi ET pour tes enfants.

Un jour, ils referont inévitablement ce qu’ils ont vu toute leur vie.

Si tous les soirs, tu rentres de travailler la mine basse, sans la moindre vie intérieure… c’est ce qu’ils tiendront pour acquis à propos de la vie.

Si tu te chicanes sans cesse avec les gens autour de toi, ils reproduiront les mêmes choses avec leurs amis et les gens autour d’eux.

Si tu ne t’aimes pas et tu ne te respectes pas, ça va transparaître et se ressentir et ils finiront peut-être par engloutir ton énergie jusqu’à ce qu’elle fasse partie d’eux aussi. Parce que les enfants, ce sont de vraies petites éponges à émotions.

Tantôt, je te disais que tu devais être la plus importante pour toi-même alors, pourquoi est-ce que soudainement, je rapporte tout à tes enfants ? Parce que c’est souvent le meilleur moyen de faire comprendre quelque chose à une maman.

C’est là que ça fait mal, que ça blesse. De prendre conscience qu’on pense agir dans le meilleur intérêt pour nos enfants et nos proches, et que malheureusement, c’est le contraire.

On n’agit correctement ni pour nous ni pour eux !

Alors, pour une fois… choisissons-nous !

Et pour celles qui seraient tentées de se dire que je parle au travers de mon chapeau en ne sachant pas ce que c’est de ne pas s’apprécier…

Aujourd’hui, je me suis levée et j’ai évité le miroir. Jusque-là, c’est pas nouveau…

Je n’ai pas fait mes sourcils depuis des années… et je ne me maquille jamais sauf si je suis en tournage.

Je me lave les cheveux une fois par semaine, au point où même mes enfants remarquent quand je ne ressemble pas à la chienne à Jacques.

J’ai pris quarante livres depuis trois ans. Et non, ce n’est pas à cause de ma grossesse. C’est parce que je m’alimente tout croche et que je manque de rigueur quand vient le temps de couper ce qui est mauvais pour ma santé et mon poids.

Je n’ai pas de manteau d’hiver qui me fait. Je porte celui de Hayden, que je lui ai acheté au début de l’année. Celui qu’il ne veut pas porter parce que je l’ai pris trop grand pour lui.

La fermeture éclair ne fonctionne pas… c’est chic ! Je pourrais clairement en acheter un large de femme… mais NON, parce que c’est bien mieux d’attendre de reporter mes anciens Xsmall (J’écris et je me trouve moi-même ridicule…).

Je n’ai aucune paire de jeans qui me fait et je refuse d’en acheter d’autres parce que depuis dix-sept mois, je me dis que je vais rentrer dans mes foutus jeans taille 27 sous peu. La réalité, c’est que je porte du 30 et que le 27 ne monte pas plus haut que mon genou.

Mes chandails sont tous des chandails hyper confos et très grands. Ça me permet de bien me cacher et comme ce sont des oversize, psychologiquement, je me dis que je porte encore du Xsmall et du small…

Est-ce que je fais pitié ? PANTOUTE !

Je comprends que j’ai choisi, sans le vouloir, d’être ce que je suis aujourd’hui.

J’ai choisi de mal m’alimenter. J’ai choisi de ne pas m’arranger. J’ai choisi de ne pas m’acheter des vêtements à ma taille !

Je suis le maître de ma vie, et présentement, ça ne vole pas haut.

Mes enfants sont heureux et ne manquent de rien. Mais moi, je manque de… MOI !

Et je ne veux SURTOUT pas qu’Anna et Livia pensent que c’est normal d’être ainsi.

J’ai réussi au niveau professionnel. Je fais des sous et je suis indépendante financièrement. Le problème est loin d’être par rapport à ça… C’est beaucoup plus profond.

On parle ici de respect de soi et d’amour-propre.

C’est fou pareil parce que je suis certaine que je ne suis pas la seule à vivre ce genre de situation.

J’ai réalisé aujourd’hui que j’avais 34 ans… dans ma tête, j’en ai encore 30 ! Comme si ma vie s’était mise sur pause à une période distincte de ma vie.

Voilà c’est dit ! J’ai enfin mis sur papier tout ce qui me passe habituellement par la tête.

Tout ce que je mets dans un petit tiroir de mon cerveau et que je referme une fois que j’ai réussi à m’exprimer.

C’est cliché, mais… Et si aujourd’hui était le premier jour du reste de ma nouvelle vie ?

Et si aujourd’hui était le premier jour du reste de… ta nouvelle vie !

Maïka

Ton verre à café

Je roulais paisiblement sur l’autoroute, tu étais devant moi et t

Je roulais paisiblement sur l’autoroute, tu étais devant moi et tu semblais ben relaxe toi aussi. Tu ne roulais ni trop vite ni trop lentement. On vivait un beau moment. Je n’ai pas vu que tu descendais ta fenêtre et que tu allais scraper notre moment. Je ne me doutais pas que pour le reste du trajet à faire, tu allais me mettre en colère.

C’est là que je l’ai vu, bondissant vers moi. Pauvre petit, il en a même perdu son couvercle, avant de finir sous l’une de mes roues.

Je me suis demandé ce qu’il t’avait fait pour que tu t’en débarrasses ainsi.

T’avait-il brûlé la langue lors de ta première gorgée?

Le format de celui‑ci ne convenait pas à ton porte gobelet. Tu n’en pouvais plus de l’avoir entre les cuisses, ou de conduire d’une seule main.

Tu ne voulais conserver aucune trace de ton ADN. Juste au cas où…

Il y a eu une dispute entre toi et lui, et la seule issue était de l’abandonner sur le bord de la route.

Vous ne vous entendiez pas sur la musique. Tu feelais plus hard et lui plus classique.

Tu lui en voulais pour l’haleine de merdre qu’il venait de te laisser en héritage.

Tu vois, j’ai vraiment cherché ce qui pouvait t’avoir donné envie de poser ce geste. Tu t’es sûrement dit que ce n’était pas la fin du monde. Comme des centaines d’autres conducteurs qui laissent une canette, un mouchoir, une bouteille de leur urine sur le bord de la route. Ben oui! On voit toute sorte de choses sur le bord de la route. J’ai même vu une chaussure… et pourtant, marcher avec une seule chaussure, c’est assez inconfortable.

Tu vas sûrement te dire : « Heille! Calme-toé Greta, c’est juste un verre à café! »

Heu non! Parce que ça me fâche réellement. Je ne demande pas d’utiliser du papier de toilette lavable ou d’éliminer le plastique de ta vie. Je ne te demande pas de faire le reste de ta vie avec ton verre à café.

Je te demandais une relation court terme… jusqu’à une poubelle.

Mélanie Paradis

« For gentleman only »

Quand on a des enfants, chaque petit détail

Quand on a des enfants, chaque petit détail du quotidien devient un prétexte pour avoir une discussion philosophique et essentielle sur le sens de la vie. Dès qu’ils se mettent à poser des questions, on tente de notre mieux de leur apporter des réponses simples. Mais parfois, on comprend qu’on est en train de leur expliquer des concepts super importants aussi…

Un matin, mes filles de 7 et 9 ans étaient assises à côté de leur petit frère et s’amusaient à lui faire des coucous. Sur le cache-couche de mon bébé, il était écrit « For gentlemen only ». Ça a attiré leur attention et elles m’ont demandé ce que ça voulait dire. Sur le coup, j’ai failli leur répondre une mauvaise traduction maison, du genre « Pour les gentils garçons seulement ». Puis, je me suis ravisée et je me suis lancée dans l’explication à plus grande échelle…

Je leur ai expliqué qu’un « gentleman » était une expression utilisée pour décrire un type d’homme en particulier. Un gentil garçon, certes, mais qui répond à plusieurs règles d’un code bien précis. Ça a vite piqué leur curiosité et elles m’ont demandé d’aller chercher les règles pour poursuivre la discussion.

J’ai réalisé qu’il existe réellement des règles écrites, un genre de code de conduite pour les « gentlemen ». Quoique les règles semblent varier un peu d’une source à l’autre, l’essentiel reste sensiblement le même. J’ai donc tenté de mon mieux de vulgariser ces règles pour les expliquer à mes enfants…

Un « gentleman » surveille son intonation, son ton reste raisonnable et il ne fait pas de crises de colère. Il essaie de toujours être à l’écoute des autres quand ils parlent et s’intéresse à ce qu’ils disent. D’ailleurs, il évite les sujets délicats et reste poli. Il regarde les gens dans les yeux quand il leur parle et a une bonne poignée de main. Il se tient droit, toujours. Il marche la tête haute, le dos droit et ne s’évache pas en s’assoyant. Il connaît bien les bonnes manières à table. Il ouvre la porte aux femmes, ne porte jamais de chapeau à l’intérieur et marche toujours à gauche sur le trottoir. Un « gentleman » aime rendre service et respecte les autres. Il s’habille soigneusement et il aime les beaux vêtements chics.

Une fois la liste des règles passée, j’avais deux grandes filles devant moi qui restaient impassibles. Elles me regardaient avec leurs grands yeux ronds. Ma plus vieille m’a dit : « O.K… Faque dans le fond, c’est juste des règles de base de politesse. Comme genre les règles qu’on doit suivre tous les jours. Non ? » J’ai relu les règles et j’ai pris conscience qu’en effet, ce sont des consignes qui sont exigées chez nous, sans égard au sexe ni aux circonstances. Ce ne sont pas des règles particulières… juste la façon dont nous avons éduqué nos enfants, parce que ça allait de soi avec nos valeurs…

Ma grande fille de 9 ans m’a dit : « Moi, je souhaite que mon petit frère devienne un “gentleman”. Parce que je veux qu’il soit bien élevé ». Et ma fille de 7 ans, avec toute la franchise dont elle sait faire preuve, a dit : « Ben moi, j’veux être une “gentlegirl” d’abord ! ». Pis j’ai trouvé ces paroles remplies de sagesse. Parce qu’au fond, être poli et agir avec respect n’a aucun lien avec notre sexe ou notre rang social. C’est juste une question de bon sens et d’éducation.

Oh et en passant. Il y avait aussi une règle concernant l’alcool précisant qu’un « vrai gentleman » préfèrerait toujours siroter et déguster un bon whisky que de caler des bières. Mais bon, je me suis dit qu’on reparlerait de cette règle‑là dans quelques années seulement… Pour l’instant, je me contente d’élever mes « gentlegirls » et mon « mini‑gentleman » de mon mieux.

Joanie Fournier

 

Avancer malgré mes blessures d’enfance

Je suis devenue mère, mais il y a toujours une petite fille blessée qui e

Je suis devenue mère, mais il y a toujours une petite fille blessée qui existe en moi. Quand je réponds à mon fils de douze ans, c’est à lui que je parle, bien sûr, mais ma réponse s’adresse aussi au passé. Je parle à mes enfants comme j’aurais aimé qu’on me parle. Surtout, je les écoute, comme j’aurais aimé qu’on m’écoute. J’essaie de briser un cycle, j’essaie de faire mieux.

J’offre la bienveillance à ma famille. Je répète à mes deux garçons que les émotions sont leur boussole. Par exemple, que la colère est notre alliée puisqu’elle nous indique qu’on vient de dépasser nos limites.

Je les traite avec respect et j’exige le respect envers tous les membres de la famille. Ainsi, dès qu’on leur mentira, qu’on essaiera de les intimider ou de les manipuler… une petite voix alarmée retentira en eux : Hé! Personne n’a le droit de me faire sentir comme ça!

Et j’interdis les étiquettes. Chez nous, personne n’est « méchant » ou « maladroit » . Il y a une différence entre nos actions et ce qu’on est. Notre action était peut-être maladroite ou blessante, mais nous ne sommes pas définis par une action isolée. Nous avons tous appris à utiliser la communication non violente pour gérer nos conflits et protéger l’estime de soi.

J’ose espérer que mes enfants seront mieux outillés que je l’étais pour affronter l’adolescence. Ils auront sûrement leurs propres reproches à me faire puisque la perfection n’est pas de ce monde. Je serai alors prête à les entendre et j’essaierai de m’améliorer.

Encore aujourd’hui, mes parents viennent gratter mes vieilles blessures. Mais les larmes que je verse pour moi deviennent vite des larmes pour eux. Parce qu’ils sont encore pris dans la cage dont je suis libérée. Ils m’ont offert la clé lorsqu’ils m’ont trouvé une psychologue au secondaire parce que j’étais coincée dans une relation malsaine. Quand tu n’as jamais ressenti un amour inconditionnel et que c’est ton premier chum qui te le fait miroiter à quatorze ans, tu es officiellement dans le trouble.

Ma vie est un constant pied de nez à la manière dont j’ai été élevée. Ma relation avec mes parents est cahoteuse parce que je refuse de jouer le rôle de la fille parfaite dans lequel ils m’ont enfermée quand j’étais petite. Je préfère mille fois les contrarier et me faire reprocher d’être difficile que d’étouffer comme je l’ai fait toute mon enfance. Alors je les ébranle avec ma sensibilité, ma rébellion et ma franchise. Et moi, j’accumule les déceptions parce que je ne peux pas m’empêcher de chercher un autre dénouement à notre histoire, une forme de réparation. Je crois que je rêverai toujours que mes parents acceptent de me voir et de m’entendre pour vrai.

Mes parents m’aiment, c’est sûr. Ils m’aiment un peu tout croche et se plantent régulièrement, mais ils aiment comme ils peuvent aimer, avec ce qu’ils ont reçu eux aussi. Je comprends les peurs qui les poussent à briser mes élans. C’est presque noble dans le fond, leur fantasme de perfection. Ils ont l’amour maladroit mais heureusement, ils ne sont pas que  ça. Ce sont des humains, complexes et imparfaits, comme tous les autres humains.

Ils ne veulent que mon bien, même s’ils ne savent pas comment me l’offrir. Alors l’acte le plus salvateur que je puisse faire est de continuer à exister malgré eux. Avancer sur mon propre chemin et laisser ma vie parler d’elle-même. M’offrir moi-même ce dont j’ai besoin pour briller.

Eva Staire

Au soccer comme dans la vie

Avec la pandémie, nombreux ont été les enfants comme les parents à se d

Avec la pandémie, nombreux ont été les enfants comme les parents à se demander s’ils pourraient pratiquer leur sport préféré cet été. Les responsables d’organisations sportives ont attendu patiemment les règles de la santé publique afin de reprendre leurs activités. Et nous y voilà. Je suis parent entraîneur bénévole d’une équipe féminine de soccer de dix ans. C’est déjà la mi-saison de notre été et c’est la première fois qu’un entraîneur de l’équipe adverse manque de respect à l’égard de notre équipe d’entraîneurs.

Les entraîneurs et leur impact sur les joueurs

« Allez chier ! » Ce sont les mots utilisés par un entraîneur de l’équipe adverse envers mon équipe d’entraîneurs, dont mon fils de treize ans. Cet échange aurait facilement pu être collégial et orienté sur le bon déroulement du match dans l’intérêt des joueuses. Vous pouvez qualifier cela comme vous voulez, mais pour moi, c’est un langage inapproprié ; de la violence verbale pour être plus précise.

En tant qu’entraîneurs, nous sommes des modèles pour les joueuses et c’est essentiel de se le rappeler. Notre comportement lors des parties comme des pratiques doit être respectueux envers chaque personne. J’ose espérer que personne ni qu’aucune organisation qui vise le développement de ses joueuses dans un contexte sain n’approuve l’usage de tels mots de la part d’un de ses assistants-entraîneurs envers qui que ce soit. L’éducation c’est essentiel et c’est à chacun de nous d’y participer, d’abord en étant le plus près possible de la personne qu’on souhaite que nos jeunes deviennent. Là‑dessus, je dirais que je souhaite que les jeunes deviennent des adultes épanouis qui apprennent constamment et qui agissent de manière à avoir un impact positif sur eux comme sur les autres.

Manquer de respect, c’est NON !

En tant qu’adulte et surtout dans notre rôle d’entraîneurs, nous sommes tous responsable du développement de l’esprit d’équipe des joueuses, que ce soit sur le terrain, sur le banc lors des pratiques, et lors des matchs entre les joueuses d’une même équipe ou avec des adversaires. Pour moi, ça s’applique même dans la vie en dehors du contexte de la pratique du sport. Du moins, c’est de cette manière que nous avons choisi d’éduquer nos joueuses depuis le tout début de la saison et on insiste là‑dessus, surtout depuis la reprise des matchs cette saison. Elles sont jeunes et on connaît les moqueries qu’on peut avoir à cet âge. Rire du nom de l’équipe adverse ou se moquer d’une joueuse pour n’importe quelle raison, c’est juste NON !

Dans le contexte actuel, on ne se serre plus les mains en faisant un line up une équipe devant l’autre. Par contre, on peut le faire en restant de son côté du terrain. C’est ce qu’on a choisi de faire ! Après l’une de nos parties, une de nos joueuses n’avait pas applaudi l’équipe adverse. On a donc rappelé l’importance de l’esprit d’équipe et expliqué aux filles comment on le met en action en fin de partie. Je leur ai aussi promis qu’il y aurait des conséquences à un manquement à l’esprit d’équipe. On peut se le dire, quand on s’est fait accrocher par la même joueuse pendant tout le match, c’est simplement humain de pas toujours avoir le cœur à saluer l’équipe adverse. Je comprends cela, quoique je ne l’accepte pas. C’est possible de passer par‑dessus notre rancœur, ça s’appelle le pardon. Dans le sport, on peut appeler cela faire la paix avec sa performance, faire une rétrospective ou peu importe. Il y a du sens à mettre dans ce moment de fin de match. Quand c’est fini, on s’applaudit et on se félicite, qu’on ait gagné ou perdu. Ça fait partie du développement de l’esprit d’équipe ou de l’esprit sportif.

La célébration, c’est important ! Trop souvent, on a tendance à ne pas se satisfaire de sa participation ou de ne pas reconnaître son importance dans ce qu’on fait individuellement ou collectivement. Ça se développe entre autres à travers la célébration de chaque dépassement de soi. On apprend et on évolue constamment !

L’essentiel dans le sport comme dans la vie

Ce qu’on souhaite sincèrement pour nos joueuses comme équipe d’entraîneurs, c’est que le plaisir soit au rendez-vous et que les filles progressent dans un contexte positif et sain. On les encadre de notre mieux pour qu’elles se dépassent en s’amusant afin qu’elles aiment le sport. Au‑delà du sport, on accorde aussi beaucoup d’importance au goût de bouger. Et ça commence jeune ! Toutes les expériences positives et enrichissantes comptent pour développer de saines habitudes de vie, aimer bouger et se réaliser dans un sport. C’est ce qu’on souhaite pour elles !

Dans le sport comme dans la vie, on a des forces qu’on apprend à développer et à mettre au service de l’équipe. On travaille en équipe, on développe ses habiletés relationnelles et communicationnelles. Il y a des hauts et des bas. Nous sommes de passage dans la vie des jeunes que l’on croise ; ayons une attitude qui correspond à celle que nous souhaitons voir naître chez nos jeunes, que ce soit dans le sport, à la maison ou à l’école. Bonne fin de saison sportive !

Stéphanie Dionne