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J’ai un cœur, tu sais…

Quand tu soupires, quand tu es rude envers moi, quand tu lèves les

Quand tu soupires, quand tu es rude envers moi, quand tu lèves les yeux au ciel, quand tu m’insultes, j’aimerais te dire ceci…

Toi, mon élève, tu me blesses. Tu me fais douter, sans cesse. Tu me chamboules, tu me brasses.

Tu l’ignores peut-être, mais moi, ton enseignante, j’ai un cœur. Mon cœur, il est grand comme la Terre, prêt à accueillir tes confidences, ton trop-plein.

Et si, au lieu de m’envoyer promener, tu me parlais ? Et si on jasait ?

Plutôt que d’opter pour les mots durs, les mots qui blessent, pourquoi ne pas me choisir pour complice et croire que peut-être, je pourrais t’écouter et surtout, t’aider ?

Quand tu sens que la colère monte, que tes mots dépasseront ta pensée, rappelle-toi que je suis sensible, comme toi. Rappelle-toi que tout ce que je souhaite, c’est ta réussite et ton bonheur.

Rappelle-toi surtout que j’ai un cœur et que, bien qu’il soit grand comme la Terre, il n’y a aucun espace pour y accueillir les mots et les gestes qui blessent…

Peu importe ce que tu vis ou ce que tu ressens, rappelle-toi que je suis là pour TOI.🌷

En finissant, je veux aussi te dire que lorsque tu m’écris de doux messages, ils me vont droit au cœur ! Je conserve ces précieux écrits dans mon tiroir du haut et quand j’ai le cœur gros, je les relis…

Ton enseignante/Ton éducatrice🌷

Elle s’appelait Fanny

Elle s’appelait Fanny.

Elle s’appelait Fanny.

Elle avait trente ans.

Elle était éducatrice à l’école de mes enfants.

Et elle est morte.

Noyée.

Un bête accident, probablement.

Par un magnifique dimanche ensoleillé qui sentait la fin d’année scolaire, le déconfinement et les nouveaux projets.

Une rivière, un bateau, du plaisir.

Avec tout ça vient un certain risque. Le risque de l’eau qui avale. Et qui tue.

Aux nouvelles, une jeune femme portée disparue dans la région. Recherchée par les équipes de sauvetage pendant 24 heures. 48 heures. Puis retrouvée. Trop tard.

Son nom révélé quelques heures à peine après la dernière cloche de l’année scolaire.

Sa photo aux nouvelles. Son sourire qui nous a rassurés toute l’année, même quand mes enfants lui avaient fait la vie dure toute la semaine. Son regard joyeux et intelligent qui enveloppait les enfants autant que les parents. Sa jeunesse qui la rendait si dynamique, si passionnée, prête à tout pour aider ses poussinots à s’épanouir. Tout ça s’est éteint en une fraction de seconde. Tombé à l’eau. Touché coulé.

Il me restera d’elle sa volonté infinie de trouver des solutions pour aider mes cocos. Son désir immense de marcher en équipe avec les parents et l’équipe-école dans la même direction, pour le bien-être des enfants. Cette capacité de ne jamais nous faire sentir mal ou coupables quand nos enfants dérapaient, et de nous faire sentir hyper fiers dès qu’ils progressaient.

Il me restera d’elle, aussi, la conviction qu’il faut toujours dire merci. Pas juste parce que c’est poli. Mais surtout parce qu’un « merci » fait du bien à celui qui l’exprime et à celui qui le reçoit.

Quelques jours avant sa dernière promenade en bateau, j’ai écrit à Fanny pour la remercier d’avoir si bien accueilli mes enfants, de les avoir accompagnés depuis septembre. Je lui ai souhaité de vivre une belle transition vers les nouveaux horizons professionnels qui l’attendaient après l’été. Une nouvelle vie… Qui aurait pu deviner que la transition serait si abrupte…

Quelques jours avant sa dernière promenade en bateau, mes cocos lui ont donné des cartes et des dessins pour la remercier. Je revois encore ce dessin d’un grand bonhomme allumette qui tient un petit bonhomme allumette pour l’aider « à reprendre ses esprits », comme m’avait dit mon garçon. C’est ce qu’il a retenu de Madame Fanny.

Le choc est grand devant sa mort. La peine est grande pour nous, et je n’ose même pas imaginer celle de ses enfants, de sa famille, de ses amis, de ses collègues.

Mais au moins, nous n’avons pas le regret de ne pas avoir dit merci. Nous lui avons souvent exprimé notre gratitude et l’amour humain que nous avions pour elle. Ce sera maintenant un amour angélique et une reconnaissance éternelle.

Nathalie Courcy

Les anges gardiens de nos anges gardiens

On parle souvent des anges gardiens, ceux qui font en sorte que les

On parle souvent des anges gardiens, ceux qui font en sorte que les malades sont accompagnés.

Les infirmières, les médecins, les ambulanciers.

N’oublions pas les travailleurs des services d’urgence, pompiers et policiers. Grâce à vous, nous sommes en sécurité.

On parle aussi souvent de ceux qui travaillent dans les services essentiels et qui nous permettent de continuer d’avoir un semblant de vie normale. Bravo à vous tous qui travaillez dans les épiceries, pharmacies, quincailleries, etc. !

On parle de ceux qui effacent toutes traces de ce virus mortel… les gens du service de nettoyage. Parce que vous aussi, vous êtes importants.

Mais qui parle de nos éducatrices et de nos éducateurs qui passent leurs journées avec les enfants des gens qui, eux, travaillent dans les services essentiels ?

Aujourd’hui, j’ai envie de vous lever mon chapeau. J’ai envie de vous dire BRAVO.

Personnellement, j’ai la chance d’avoir mes enfants avec moi à la maison puisque notre travail à mon conjoint et moi n’est pas jugé essentiel.

J’ai parfois l’impression qu’on vous oublie.

La vérité, c’est que je serais incapable de faire votre travail.

Chaque jour de la semaine, vous allez travailler en sachant que vous serez en contact direct avec des enfants dont les parents risquent chaque jour de contracter le coronavirus. C’est pas rien, là ! Vous êtes entourés de jeunes enfants dont les parents travaillent dans les hôpitaux, les pharmacies, les épiceries, etc.

Pensons‑y un instant. On remercie constamment ces gens qui risquent d’avoir la COVID-19 chaque jour, mais vous aussi, vous êtes en contact direct avec des dizaines d’enfants qui ont un point commun : un ou deux parents qui sont à risque élevé d’attraper ce foutu virus.

Bravo parce que vous aussi, vous risquez chaque jour de tomber malades. Vous êtes les anges gardiens de ces enfants et de ces parents qui sont dans des domaines de services essentiels.

Sans vous, je vous confirme que les choses seraient encore plus difficiles.

C’est grâce à vous que des parents peuvent aller travailler avec la tête et le cœur en paix en sachant que leurs enfants sont bien et heureux malgré leur stress pour leur propre santé.

J’ai appris qu’à partir du lundi 6 avril 2020, vous devrez non seulement vous occuper des enfants d’âge préscolaire, mais aussi des enfants d’âge scolaire (jusqu’à 12 ans).

C’est donc dire que vous serez encore plus en contact direct avec des enfants qui risquent d’être infectés. Et vous le ferez, avec un sourire fatigué, avec la peur de tomber malades et de ramener ça chez vous… mais vous le ferez.

C’est sans gants et sans masque que vous cajolerez ces enfants qui s’ennuient de leurs parents qui travaillent fort.

C’est aussi sans gants et sans masque que vous moucherez les petits nez qui coulent. Parce que la distanciation, c’est bien beau d’en parler, mais c’est difficile quand on travaille avec de petits êtres qui ne demandent qu’à jouer et être aimés.

À vous tous et à vous toutes dans les services de garde d’urgence, MERCI !

 

Je suis l’héroïne silencieuse

Ce matin, je bois mon café comme à l’habitude, avant ma journée

Ce matin, je bois mon café comme à l’habitude, avant ma journée de travail. Pourtant, rien n’est normal. Je n’ai pas faim, je suis nerveuse. Ce matin, bizarrement, mes enfants viennent avec moi. Je ne veux pas, je veux les protéger. C’est mon rôle de maman, non?

Pourtant la société a besoin de moi. Pendant que d’autres seront sur la ligne de front, moi je veillerai sur ce qu’ils ont de plus précieux… leurs enfants.

Cette crise de la COVID-19 nous happe de plein fouet. Je comprends que je dois, moi aussi, répondre présente.

Mais je comprends aussi que je prendrai soin des enfants des gens qui ont le plus de risque d’être exposés : médecins, infirmières, infirmiers et autres. Donc mes risques d’être exposée sont élevés.

Mes enfants seront avec moi, car c’est la consigne : je dois me rendre au travail avec elles. Tu me diras que mon conjoint a seulement à rester à la maison. Mais à la fin de ma journée, je vais où?

Pour le moment, nous ne savons pas où cette crise nous mènera. Mon travail sera d’expliquer l’importance du lavage des mains à mes petits. On le fera en jouant, parce que tout ça doit rester un jeu pour eux.

Nous sommes les grands, c’est à nous d’avoir peur. Tu sais, nous serons le papa dans La Vita è bella. Parce que c’est un peu une lutte contre la guerre tout ça. Un combat contre un être microscopique, mais un combat tout de même.

Alors je te demande, s’il te plaît, à toi, de respecter les consignes du gouvernement. Tu les connais, je ne les répéterais pas.

Fais‑le pour ceux et celles qui sont sur la ligne de front.

Fais‑le pour nous, les héroïnes silencieuses… les éducatrices.

Mélanie Paradis

 

À toi qui te sens jugée

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À toi, la maman qui se sent jugée parce que tu amènes ton enfant à la garderie quand tu es en congé!

Réglons la question tout de suite. Oui, je suis éducatrice et sache que je ne te juge pas. J’ai des enfants, moi aussi, et ils sont déjà allés à la garderie lorsque j’étais en congé.

Mon travail, je le fais chaque jour avec autant de passion et je vais m’occuper de ton enfant, que tu sois en congé ou non.

Sache que je te comprends. Je cours aussi après mon temps à la maison. Je suis fatiguée, le ménage laisse parfois à désirer. Mes enfants manquent parfois de bas parce que je n’ai pas eu le temps de faire le lavage.

Tu as raison : prendre une journée de congé pour s’occuper de nous, j’en conviens, ça fait du bien.

Mais je vais t’avouer que parfois, j’essaie de te comprendre. Ce n’est pas du jugement, mais de l’incompréhension.

Toi non plus, tu ne me connais pas et tu n’es pas éducatrice. Moi, ça fait seize ans que je fais ce métier‑là. Des enfants sans aucune journée de congé, sans aucune vacance, j’en vois toutes les années et pas seulement un.

Tu sais, c’est moi qui console et berce ton enfant parce qu’il pleure et qu’il voulait rester avec toi. Je le rassure, je lui dis que je l’aime, je te trouve même des excuses pour ne pas qu’il soit fâché contre toi. Parce que tu sais, il le comprend que tu es à la maison et parfois avec ses frères et sœurs plus vieux.

J’aimerais t’expliquer pourquoi il est important pour ton enfant d’avoir des congés lui aussi.

1. Vivre en groupe tous les jours, c’est difficile et fatigant pour lui. On s’amuse, oui, mais il fait face à de nombreuses stimulations.

2. Son horaire et très chargé de la maison à la garderie et de retour à la maison, sans compter les activités en soirée. Je lui en demande beaucoup, j’essaie de respecter son rythme, mais il doit aussi s’adapter à celui du groupe.

3. Le bruit : tu le sais sûrement, plusieurs parents m’en font part, c’est bruyant ici. Ils me demandent comment je fais pour y passer mes journées. C’est le même bruit pour ton enfant, les mêmes pleurs, les mêmes crises, les mêmes cris, etc.

4. Et la vie de groupe… chaque jour, il doit vivre avec ses amis. Chaque jour, je lui demande d’attendre son tour, de partager les jouets, de partager son environnement avec les autres.

5. Il a besoin de faire le plein de votre amour. Je l’aime, ton enfant ; ses amis l’aiment et il les aime. Cependant, son lien le plus important, c’est avec vous, les membres de sa famille. Il a besoin de refaire le plein de votre amour.

Ceci étant dit, je ne te juge pas. J’essaie de te comprendre. Je ne te connais pas, tu as sûrement d’excellentes raisons pour amener ton enfant à la garderie. Mais souvent, tu ne me les dis pas. Tu me laisses sur un « Pas de message, il va bien », ton maillot déjà sur le dos et les autres enfants prêts pour la plage.

Je ne veux pas connaître toute ta vie. Je comprends que tu n’aies pas envie de m’en parler. On se voit chaque jour, mais on n’est pas amies.

Tu t’es peut-être perdue, tu as besoin de temps pour te retrouver, ton couple ne va pas bien, tu essaies de recoller les pots cassés. C’est difficile avec le plus vieux et tu veux lui donner plus de temps.

Tu peux seulement me dire, « C’est difficile, ces temps-ci, j’ai besoin qu’il soit ici! ».

Je vais te sourire et mieux comprendre.

Eva Staire

L’habit ne fait pas l’éducatrice

Tous les matins où tu te diriges vers ton boulot et que tu guides t

Tous les matins où tu te diriges vers ton boulot et que tu guides ta progéniture vers un service de garde, il y a une éducatrice à la porte pour vous accueillir.

Toujours présente, elle est revêtue de ses plus beaux habits. Un sourire chaleureux et invitant fait office de mot de bienvenue. Elle vous offre, probablement, votre premier contact de la journée avec l’extérieur. Elle se fait rassurante auprès de votre enfant par ses gestes tendres guidés vers lui.

Outre les sourires, les mots rigolos convaincants que la journée sera « hot » et le fait de se pencher à sa hauteur, il y a tout un attirail vestimentaire que vous ignorez.

Jetons‑y un petit coup d’œil…

La tenue vestimentaire personnelle de votre éducatrice relève d’une certaine logistique. Vous concéderez que les éducatrices n’ont pas toutes l’air de sortir d’un défilé de mode à 7 h le matin. Ben non… il y a, outre une éthique (car nous sommes des professionnelles de la petite enfance, tout de même), des points importants à ne JAMAIS négliger lorsque vient le temps de choisir notre garde-robe de travail.

Le CONFORT est une nécessité absolue ! Au nombre de fois où nous devons nous accroupir au courant de la journée pour lacer des chaussures, ranger des jeux, soulever un petit être en pleurs, servir et desservir la table aux repas et aux collations (sur des tables ergonomiquement non pensées pour le dos des éducatrices), et j’en passe TELLEMENT ! Bref, vous voyez l’image !

Le tissu doit être DURABLE ! Surtout aux genoux. Je n’ai jamais autant usé mes vêtements à la hauteur des genoux depuis que je suis éducatrice.

Surtout, les tissus doivent être LAVABLES. Un câlin réconfortant en période de rhume équivaut à (excusez, les âmes sensibles) à des petites traces au niveau des cuisses provenant des tout-petits qui nous enlacent le califourchon ou les creux des épaules lorsque l’on permet à une petite tête de se reposer dans nos bras. Pas étonnant qu’aussitôt franchi le seuil de nos maisons, nos vêtements se retrouvent illico au panier de lavage. C’est sans compter les petits régurgits des poupons après les boires. Et… ça aussi, en pleine période de… oups, beurk ! gastro.

Au tour de la coiffure maintenant. Si au matin, la tignasse était lisse et défaite, pas surprenant de voir au poignet un « chouchou » ou un élastique pour ramasser le tout en chignon « home made » au courant de la journée. De jolis cheveux lousses sont parfois une arme redoutable pour un bambin en crise. Même le chignon finit sa journée en genre plus que « naturellement » défait. Paraît que c’est beau, une fille au naturel.

Des souliers de course ou aux semelles plus que confos soutiennent ces êtres toute la journée. On s’active, on marche sans cesse, passant des activités rigolotes au service aux tables. La semelle ne doit certes pas « couiner » ou encore être un talon qui réveillera les enfants à l’heure de la sieste. Ils ont droit au sommeil récupérateur et nous avons droit à ce moment de souffler un peu.

Vous remarquerez qu’elles sont souvent vêtues « en oignon ». De multiples épaisseurs pour être confortable tout au long de la journée. Selon l’activité en cours, il fait parfois chaud dans les locaux, et lorsque cela se calme un peu dans la dynamique, on se réchauffe sous une veste ou un pull.

Lorsqu’une éducatrice est accroupie, rien de mieux qu’un t-shirt long ou un pantalon taille haute vous empêchant d’avoir une vue sur… vous saisissez là aussi… notre plus bas que le bas de notre dos. Bon, parce qu’on approche de là, parlons des sous-vêtements… Ça, ça reste personnel quand même ! Mais bon, j’ose espérer que c’est confortable.

Et il y a la tenue extérieure. Faut suivre les saisons tout de même !

L’hiver, des mitaines chaudes et qui s’enlèvent aussi rapidement que l’on remet celles des enfants qui se sont permis de les enlever à -30 degrés. Des bottes chaudes, très chaudes. (Elles sont rarement esthétiques, mais des orteils gelés non plus, ce n’est pas esthétique !) La salopette, le manteau qui couvre bien, la tuque et le foulard. On est difficilement reconnaissable dans une aire de jeux, mais bon, faut ce qu’il faut pour rester au chaud !

L’été, on tente de ne pas suffoquer sous la chaleur tout en restant présentable. (On est consciente qu’il n’y a pas que les mamans qui viennent reconduire et chercher les enfants !) On sent la crème solaire (notre parfum quotidien) et, oui, nous arborons un teint basané. Qui dit été, dit enfants qui jouent dehors ! Le bonheur que nous avons tout de même de pouvoir profiter de cette belle saison et de s’énergiser pour les jours de grisailles !

Et si un jour, vous croisez par hasard des éducatrices en dehors de leur profession, pas étonnant que vous ne les reconnaissiez pas au premier regard. À l’extérieur de leur profession, elles ont une vie trépidante au goût du jour ! L’habit ne fait pas l’éducatrice !

Mylène Groleau

Les enfants sont à tout le monde

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Vous avez sûrement déjà entendu le proverbe : « Il faut tout un village pour élever un enfant. » En tant qu’éducatrice spécialisée, j’y adhère profondément. Je fais de mon mieux pour aider les enfants des autres… en plus des miens. Maintenant, j’essaie de l’appliquer le plus possible, et ce, partout où je vais et non seulement à l’école. 

 

Bien sûr, les parents ont priorité sur les interventions qui concernent leurs enfants. Mais quand je vois qu’ils sont dépassés ou découragés et parfois carrément absents, je me dis que moi, je suis là. L’enfant n’est pas seul au monde. Et c’est la même chose en ce qui concerne les miens. L’année passée, mon fils avait cinq ans et il pleurait parce qu’il avait égaré son jouet à l’épicerie. Une dame qui était au kiosque de dégustation l’a remarqué et lui a offert un autocollant en le réconfortant. Je l’ai laissée prendre la place avec plaisir. J’ai trouvé magnifique que mon fils soit consolé par une étrangère. Elle avait son bonheur à cœur même si ce n’était pas le sien. 

 

Si un enfant fait une crise digne de l’exorciste au magasin, au lieu de regarder ailleurs ou pire, de juger, j’offre un simple sourire aux parents, un regard de « je compatis, je suis passée par là » et je leur propose de passer avant moi à la caisse. Oui, ça aide les parents, mais encore plus l’enfant au bout du compte. Ce n’est pas agréable pour lui de hurler devant tout le monde. 

 

Au cours de natation, un enfant dans le groupe de mon fils de six ans se retrouvait souvent sans parents pour le regarder. Il donnait du fil à retordre à sa monitrice. Je suis allée le voir et je lui ai dit que je le regardais, moi. Que j’avais remarqué qu’il était très bon (il l’était vraiment!) et qu’il était capable. Son attitude a changé et il m’a prouvé que j’avais raison. Quand c’était son tour, il s’assurait  que je le regarde. Je le félicitais discrètement à coups de pouce en l’air et d’air impressionné. Mon fils m’a questionnée à savoir pourquoi j’encourageais aussi son ami. Quand je le lui ai expliqué, il s’est mis à l’encourager à son tour. Bien sûr, quand son parent arrivait à la toute fin, je lui redonnais toute sa place. 

 

À l’école, pour plein de raisons, parfois, le parent ne collabore pas autant que l’on souhaiterait. Alors, on compense. Quand l’enfant réussit un défi, on est fier de lui pour deux, on met le paquet comme on dit. On l’écoute pour deux, on l’encourage pour deux. C’est certain que rien ne vaut le parent dans toutes ces situations, j’en suis consciente et l’enfant aussi. Mais je me dis que plus tard, il va peut-être se souvenir que quelqu’un était quand même là pour lui. 

 

Je sais que je ne suis pas la seule à penser ainsi. Au karaté de mes fils, c’est impressionnant! C’est un cours d’âges et de niveaux mixtes. Dans le groupe de mes garçons, la fourchette d’âges est de quatre ans à environs soixante ans. Chaque enfant et chaque adulte est encouragé par le reste du groupe, quand c’est un défi pour lui, jusqu’à ce qu’il réussisse. Il est ensuite applaudi et félicité. C’est émouvant de voir qu’on peut réussir beaucoup de choses avec du soutien. 

 

Les enfants n’ont pas demandé à venir au monde.

 

Il faut arrêter de regarder notre nombril et de se dire que comme ce n’est pas notre enfant, on ne peut rien faire. C’est totalement faux. Chaque personne compte, chaque regard et chaque sourire comptent : la blague de la bibliothécaire, la personne âgée qui arrête sa promenade pour saluer les enfants de la garderie, le klaxon tant convoité du camionneur, la voisine qui propose d’aller au parc, etc. 

 

Je crois que si chaque personne prenait conscience que les enfants sont à tout le monde, la vie serait meilleure. Les enfants sont les adultes de demain, prenons soin d’eux.

 

Krystal Cameron

 

Je suis éducatrice

Voilà, c’est terminé. Je dois l’avouer, la Semaine des service

Voilà, c’est terminé. Je dois l’avouer, la Semaine des services éducatifs en CPE et en milieu familial, c’est souvent une semaine folle, remplie d’activités spéciales. Une semaine pour nous célébrer. Une semaine, que nous, éducatrices, utilisons pour les rendre heureux, vos enfants, notre passion.

Hier soir, plusieurs d’entre nous avons ouvert une bière froide ou nous sommes versé une bonne coupe de vin, épuisées, mais comblées.

Une semaine folle qui se termine, mais une autre commencera. Tous les matins, nous sommes là, fidèles au poste. Notre passion est toujours là aussi forte.

Chaque jour, nous faisons de notre mieux pour accompagner, soutenir, encourager, guider, faire sourire, consoler (et j’en oublie tellement) votre enfant.

Nous sommes les super héros de l’imaginaire, de leur imaginaire. On saute à deux pieds dans leurs mondes, avec le même plaisir qu’a un enfant qui saute dans une flaque d’eau.

Derrière chacun de nos jeux, qu’ils soient planifiés ou non, se cache un apprentissage. On utilise leurs petits mondes d’enfants pour les préparer aux mondes qui les attendent.

Mais chaque jour est aussi une remise en question. Est-ce que mon intervention était celle qu’il fallait ? Est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Est-ce que j’ai pris suffisamment le temps d’écouter les enfants ? Est-ce que j’ai été assez présente pour répondre aux besoins de chacun ? Est-ce que… est-ce que…

Chaque jour, à côtoyer vos enfants, nous grandissons, nous apprenons. Chaque jour, ils nous poussent à nous renouveler.

Notre passion est alimentée par leur sourire, leurs câlins, leurs bisous et leurs « je t’aime ». C’est ce qui nous pousse chaque semaine à être meilleures, à nous dépasser. Parce que c’est ce qu’ils attendent de nous.

Chaque année, nous regardons des enfants nous quitter. Ils ont la tête haute, ils sont remplis de confiance et ils ont les yeux tournés vers l’avenir.

Nos regards sont teintés de fiertés, de confiance, de gratitude et aussi de tristesse. Un rappel que le temps passe vite, trop vite. Chacun de ces enfants aura laissé une petite trace sur notre cœur.

Merci à vous, parents, de sauter avec nous dans leur folie. Merci de nous permettre de vivre tous ces moments. Votre confiance nous va droit au cœur. Ce que nous faisons, nous le faisons pour eux, mais aussi pour vous.

La semaine des services éducatifs se termine. Mais nous serons là, fidèles au poste, à les attendre avec notre sourire et tout notre amour.

Mélanie Paradis Éducatrice

 

Je t’ai vue, l’éducatrice au parc, à ne rien faire.

L’autre jour, bien calée dans ma chaise de parterre avec les yeux

L’autre jour, bien calée dans ma chaise de parterre avec les yeux rivés vers le parc, je t’ai vue. Toi, l’éducatrice, comme on te surnomme. Tu sortais du tableau que je me faisais des éducatrices. Tu semblais stoïque face aux enfants qui t’étaient confiés. Tu n’animais pas de jeux, tu ne chantais pas de petites comptines. Non. Assise au beau milieu du parc. Heureuse toutefois. Heureuse de ne rien faire et d’être payé, oui, certainement.  

Et je t’ai observée.  Comme pour justifier que j’avais raison de mon jugement. Me dire que ça n’avait aucun bon sang! Toi, assise à « juste les regarder ». Eux, ils étaient six à ta charge. Les deux plus grands semblaient être des pirates dans le module de jeux. Ils auraient très bien pu tomber. Une toute petite près de toi jouait avec une pelle et un sceau dans le carré de sable mis à sa disposition. Et trois autres couraient après les papillons.  

Mon observation sommaire terminée, j’ai pris un instant pour analyser davantage.   

Somme toute, ils avaient tous l’air heureux. Libres. Sereins. Le parc était un monde intarissable de découvertes. Les pirates en herbe avaient avec eux, il m’a semblé, des épées confectionnées avec du carton et du papier d’aluminium. Un cache-œil pour agrémenter leur univers complétait le costume. Ils se battaient. Tu les laissais faire. Je t’ai entendue mentionner : « Tu aurais aimé avoir ta cape? Ça aurait été une chouette idée, mais elle pourrait se prendre dans le module et te blesser. Nous la mettrons pour retourner à la maison. Ce sera beaucoup plus prudent. La brouette sera ton navire et tu pourras la tirer ». Tu avais entendu son besoin et tu lui avais répondu. Tu avais même ajouté de la magie, de la fantaisie à sa demande.  

La fillette seule dans le coin de sable, j’ai vite compris qu’en fait, elle ne l’était pas. Même à quelques pas d’elle, tu y étais. Assise, mais présente. Comme un cavalier de danse, elle menait le jeu et tu la guidais, l’orientais afin de maintenir son intérêt et lui permettre d’aller plus loin dans l’exécution de sa tâche. J’ai cessé de compter au dixième pâté de sable qu’elle t’avait apporté pour que tu lui suggères des « MMMMMMMM! » en signe qu’elle cuisinait comme un véritable cuistot!  Des « wow! Tu tiens bien ta pelle pour la diriger vers ton sceau! », j’en ai entendu à la tonne avec tellement d’autres encouragements pour elle. Tu lui as manifesté ta présence tout au long de son jeu. Tout au long de ses apprentissages. 

Et les trois qui couraient après les papillons : pas besoin d’intervenir. Ils savaient que tu leur faisais confiance. Eux-mêmes te regardaient à tour de rôle pour s’assurer qu’ils te voyaient toujours. Que tu étais toujours là. Ils te communiquaient leur joie à distance et c’est toujours avec un sourire ou un pouce levé que tu leur répondais. Ils avaient à leur portée des sceaux et des filets. Lors de la première capture, c’est à toi qu’ils sont venus la montrer en premier. Et je t’avais vue leur tendre un livre. Tandis qu’un tenait le sceau avec le trophée de chasse à l’intérieur, les deux autres cherchaient dans le bouquin afin d’y découvrir le nom scientifique de leur capture. Vous avez tous éclaté de rire lorsque tu as lu le nom. Ils tournaient les pages du livre avec une précision impeccable. Tu leur avais assurément appris à prendre soin des livres prêtés.   

Tu as avisé ta petite troupe qu’il restait deux minutes à votre horaire pour jouer au parc et qu’ensuite, vous retourneriez à la maison.  Le dîner serait servi sous peu. Un des chasseurs de papillons était venu te rejoindre sur le banc et s’était accoté la tête, lasse et fatiguée de sa chasse, sur tes cuisses. Ta main dans ses cheveux était très affectueuse. Tu as alors demandé à ta troupe de venir te rejoindre avec les jeux qu’ils avaient en leur possession. Tu avais responsabilisé un grand en lui demandant d’apporter le petit bac de gourdes d’eau vers la brouette. Par cette chaleur, tu avais pensé à leur bien-être. L’autre pirate était déjà prêt à faire monter ses moussaillons dans son navire imaginaire. Tous avaient pris le rang, de façon machinale. Et vous aviez emprunté le chemin du retour en regardant à gauche et à droite tout en entonnant de petites comptines que mon oreille continuait de percevoir malgré vos silhouettes disparues. Des chansonnettes vivantes et ressenties. Sécurisantes et drôles. 

Après mon intrusion dans ta profession. Après mon jugement à ton égard. Je m’en suis un peu voulu. Je croyais que tu ne faisais rien.  Que tu n’étais qu’assise, épuisée de ton travail.   

J’ai compris que tu avais inculqué à tes moussaillons l’art de ne pas toujours dépendre de l’adulte. Qu’ils avaient besoin, eux aussi, de liberté. De choix. D’apprendre à se connaître et d’écouter ce que leur dictaient leurs intérêts et leurs motivations. Que de toujours choisir pour eux n’aidait en rien leur épanouissement. Le développement de leur personnalité. Que tu les sécurisais par ta simple présence. Que ta routine était bien établie et que tu les avais sécurisés dedans puisque tous et chacun savaient ce qu’ils avaient à faire. Tu avais laissé ces enfants acquérir de l’autonomie.   

Dans le fond, ton petit groupe d’enfants te ressemble. Ils sont empreints de calme. Ils sont sereins. Ils sont libres. Ce n’est pas cela, le travail des enfants? Jouir de l’enfance et de la liberté qu’elle offre? Vivre le moment présent sans se soucier du demain? Évoluer dans un environnement aimant et constructif? Apprendre à se connaître pour ainsi se faire confiance? 

Je t’avais jugée, sans te connaître. Je t’avais observée dans le doute que tu ne sois pas à la hauteur. Pourtant. J’aurai dû voir dès mon premier regard qu’ils étaient heureux, ces enfants-là. Leur bonheur à lui seul aurait pu me montrer que tu étais une bonne éducatrice. Que ton travail se fait tout au long d’une journée. Que tu as le droit d’observer, toi aussi, ces petits êtres afin de continuer ton travail en les accompagnant dans leur développement. Tu peux y voir leur comportement avec leurs pairs.  Leur motricité globale dans leurs jeux.   

Et pour les observer, il n’y a pas de meilleur endroit que sur ce banc de parc.   

 

Mylène Groleau 

 

Les éducatrices, celles qui dessinent des moutons

J’ai toujours voué un profond engouement pour Le Petit Princ

J’ai toujours voué un profond engouement pour Le Petit Prince d’Antoine de Saint‑Exupéry. Un intérêt aussi grand pour ce récit que pour ma profession que j’affectionne tout autant. Passer mon quotidien avec des Petits Princes et de Petites Princesses qui me font devenir un être meilleur et me forcent à me surpasser. Réfléchir sur la façon dont je perçois le monde et de quelle manière je peux le rendre meilleur.

Un passage du récit qui suit vous fera comprendre que l’art de percevoir l’enfance s’estompe avec le temps. À la demande du Petit Prince de lui dessiner un mouton, l’aviateur lui en dessina, selon sa perception adulte, quelques-uns qui furent tous rejetés les uns après les autres parce qu’ils avaient l’air trop malades ou trop vieux, ou encore à cause de leurs allures de bélier. Suite aux refus de l’enfant, l’aviateur lui tendit un dernier bout de papier avec un griffonnage d’une caisse fermée avec trois trous sur le côté :

– Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai :

– Ça, c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :

– C’est tout à fait comme ça que je le voulais!

Nous, les éducatrices, à la demande de nos princes et princesses, nous dessinons des moutons, à leurs façons. Nous entrons dans ce que l’on appelle : la magie de l’enfance. Nous ne réinventerons jamais le monde. Pourquoi donc? Nous en inventons des milliers sur demande!

Les enfants n’ont rien à faire de ce que nous sommes capables ou non d’accomplir. Ils ne demandent qu’à ce que nous entrions dans leur ronde. Main dans la main. Des rondes remplies d’amstramgram et de poudre de perlimpinpin. Remplies de comptines et de mots nouveaux et rigolos.

Une fois atteint l’âge adulte, nous avons cette perception fausse du monde qui nous entoure. Cet âge qui nous donne cette vision terre à terre et qui nous empêche, du coup, d’accéder à l’imaginaire de l’enfance.

Les éducatrices ont comme instruments de travail, entre autres, l’écoute, la patience et l’accueil. Rien à voir avec la magie et ses baguettes qui font apparaître des lapins dans des chapeaux. Non. Il s’agit plutôt de capacités acquises pour accéder à ces univers enfantins. L’écoute dirigée vers les enfants afin de saisir l’importance de ce qu’ils demandent. La patience de saisir cette importance (c’est parfois complexe et long! Ça requiert du temps.) Et l’accueil. Cette qualité qui nous permet de prendre l’enfant là où il est rendu, comme il est, sans interférer par nos jugements, et de l’aider à évoluer.

Soyez des Petits Princes. Un enfant, c’est pur, c’est innocent. Réapprivoiser l’enfance en vous. Celle qui vous fait rire à grand déploiement. Celle qui vous fait pleurer de voir le beau qui vous entoure. Celle qui vous laisse prendre le temps de devenir et pas seulement d’être. Permettez-vous de vivre et pas seulement de survivre. Inventez des mondes où vous serez les héros. Soyez des guides pour vos enfants, des accompagnateurs de l’univers de la petite enfance.

Transformez les moments difficiles et routiniers en aventures rocambolesques. L’heure du bain peut devenir du même coup l’heure du conte avec de petits livres plastifiés dont on cache les images avec de la mousse en invitant les enfants à souffler dessus pour découvrir la suite de l’histoire. Les moments d’attente deviendront tour à tour des instants recherchés. Les périodes de déplacements se transformeront en vols de papillons, en marche de dinosaures ou encore en détectives évitant de se faire repérer. Essayez! Laissez-vous emporter par ce qui vous a, jadis, habité. Soyez vivant, tout simplement.

Aux dires de Saint-Exupéry, les éducatrices sont une espèce d’êtres à part qui se souviennent.

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. » (Antoine de Saint-Exupéry)

Les éducatrices sont une sorte d’ode à l’innocence et à la rêverie de l’enfance.

Mylène Groleau

 

L’éducatrice à la maison ou la sans-papiers

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Comme je l’ai déjà mentionné, je suis une responsable d’un service de garde à la maison. J’exerce ma profession en accueillant chez moi des minis et ce, depuis maintenant près de quinze ans. 

Auparavant, j’étais éducatrice en installation. Là où s’entremêlent tout au plus 80 enfants. J’ai obtenu ma certification en 1993 et depuis, j’ai poursuivi, à coups de formations annuelles, tout ce que j’ai pu apprendre afin de bien soutenir parents et enfants qui complètent mon quotidien. Afin de m’améliorer, de me moderniser. D’ajouter à mes compétences acquises diverses façons d’intervenir, d’observer et de m’ajuster à cette clientèle en pleine évolution.

L’automne dernier, je m’étais inscrite avec une amie à une formation échelonnée sur plusieurs semaines à un peu moins d’une heure de chez moi. Le même trajet emprunté pour aller me perfectionner. Ajouter du plus à mon service de garde. Apprendre à soutenir les enfants dans leurs apprentissages langagiers. 

Nous étions environ vingt éducatrices. Plus que majoritairement responsables en milieux familiaux. Nous avions toutes les mêmes objectifs. Les enfants. Les soutenir et les aider dans l’acquisition du langage. Nous détenions des années d’expérience sous notre chapeau de responsables. Pour avoir œuvré en installation, ces éducatrices formées étaient des femmes compétentes. Leurs propos étaient enrichissants et leurs passions débordantes. 

Un jour, l’une d’elles nous a lancé à la blague, mais avec une certaine pointe au cœur, qu’elle était « sans‑papiers ». Qu’elle n’avait pas de diplôme en petite enfance. Qu’elle ne possédait pas ce qui la qualifiait du statut honorifique d’éducatrice. Pourtant.

Je ne connais pas son passé. Ce qui fait qu’elle n’a pas de diplôme. Mais je sais qu’elle est une maman de plusieurs enfants. Dont certains avaient des troubles de langage. Qu’elle est une responsable déterminée. Qu’elle accueille avec bienveillance ses minis à elle, chez elle. Qu’elle m’en a appris sur ses méthodes d’observation. Que ses discours étaient justes, véridiques et méthodiques. Elle en connaît des trucs, des méthodes et des astuces. Elle s’ajuste en tout point. Elle est débrouillarde et en fait bénéficier toute sa petite marmaille. Accueillir un enfant à besoins particuliers n’a plus de secret pour elle. Elle ne se rebute pas devant un défi, elle fonce tête première et le relève avec brio. Comme si son manque de scolarisation l’obligeait à toujours se justifier. À toujours en faire plus.

Cela m’avait peinée. Constater à quel point les responsables en milieux familiaux ont, malheureusement, un jugement trop facile à leur égard. Combien des années à travailler peut parfois les désabuser de ne pas être considérées. Dans un monde où la performance est à un niveau supérieur, pourquoi toujours vouloir discréditer les années d’expérience acquises sur le tas? Pourquoi cette femme généreuse d’elle et de tout ce qu’elle peut offrir pour rendre le quotidien de tellement d’enfants si agréable doit-elle se vautrer dans le silence? 

Elle répond aux critères exigés par le ministère de la Famille. Elle se perfectionne chaque année. Elle donne sans compter. Elle est exemplaire.

Je vous le dis, malgré mes connaissances, mes diplômes et surtout celui de ma technique en petite enfance, ses expériences sur le terrain valent plus que tous mes diplômes cumulés. Elle brillera longtemps dans le cœur de bien des parents. Elle restera gravée tout aussi longtemps dans la mémoire de tant d’enfants.

À toutes ces responsables qui œuvrent « sans papiers », sachez que je vois votre travail. J’entends vos discours aimants offerts à votre petite clientèle. Je ressens votre don de vous. Je reconnais que vous êtes importantes dans le développement des enfants. Qu’à votre image, vous accueillez au sein de votre milieu, de votre vie, ce que vous considérez comme très précieux.

Je vous encourage à garder la flamme en vous, à perfectionner vos acquis, car cela reste toujours stimulant d’en connaître davantage. À garder en vous la raison ultime qui fait de vous une responsable. Vous êtes indéniablement une partie importante dans le réseau des milieux de garde. Je vous honore toutes pour votre travail donné sans compter.

 

Mylène Groleau