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Marginal?

Encore un autre sujet où je perds sans doute trop d’énergie à n

Encore un autre sujet où je perds sans doute trop d’énergie à nager contre le courant…

L’anonymat ou le réconfort du banc, très peu pour moi. Tout le monde le fait, fais‑le donc… Encore moins! Dans le pré, vous me verrez de loin. Surtout si vous êtes raciste. Mais je vis très bien avec ma façon de faire les choses.

Le racisme, je l’exprime au moment de faire un chèque en blanc!

Vous avez deviné, je suis « le » parent. Celui qui ne donne jamais l’autorisation pour qu’on use (abuse) de l’image de son enfant. Celui qu’on regarde de travers dans le système scolaire. Tu veux mon portrait? Que je semble leur répondre en fronçant les sourcils.

Sans même souligner que le formulaire, habituellement, il a été rédigé par des avocats en mal de mots. À ceux-ci, je suggère simplement d’écrire des romans. Tant qu’à ne pas savoir quoi rédiger d’intelligent… Là, au moins, votre personnage pourra porter bretelles et ceinture!

Vous voulez rire? Malgré une demande, un formulaire, des frais d’avocats inutiles (vous mettez l’inutile avant ou après), une expression catégorique de mon droit; l’école secondaire de ma fille a mis sa photo… sur l’agenda scolaire de cette année! Je l’ai trouvé bien drôle. Surtout en cherchant le nom des mêmes avocats, pour faire la procédure qui corrigerait le tout…

Je suis déjà habitué. Ce document, je le complète chaque année depuis plus de quinze ans. Tout comme, chaque année, je constate qu’une enseignante, qu’une éducatrice ou tout autre impliqué, prend et partage des photographies de l’un ou l’autre de mes enfants.

En même temps, souvent, qu’on me prévient qu’un individu louche a été vu rôdant autour de l’école. Qu’il a même abordé des jeunes, avec les tactiques habituelles de chasse…

On me demande d’être très vigilant!

C’est là notre belle société. On rédige des lois, on encadre des droits et des obligations. On crée des beaux formulaires. Pour, au final, faire n’importe quoi! Et après, on se surprend du laconisme persistant.

Évidemment que je trouve mes enfants beaux. Photogéniques. Certains de leurs défauts ne s’expriment pas en deux dimensions! (émoticône de papa souvent à bout)

Alors, je pense à toutes ces nouvelles tristes d’enfants enlevés. Abusés, tués. Aux conseils que nous donnent les forces de l’ordre : Ne jamais faciliter la tâche des prédateurs! Ne rien faire qui leur permet, si rapidement, d’agir. L’identification publique qui servira à autre chose que de souligner le bricolage fait en classe. Quand il sera malheureusement trop tard pour revenir en arrière.

Mais c’est juste pour partager entre les parents… Et moi de répondre, en fronçant les sourcils (ça va me prendre du Botox) : « Les gens dangereux, ils n’ont jamais de famille, ils vivent isolés de tout? »

Je suis certain que bien des parents n’écrivent plus de nom sur le sac d’école. Pourtant, les photos identifiées circulent à plein. Sans contrôle!

Ce texte, il part d’un échange sur les limites de ce qu’on doit mettre sur Facebook. J’ai eu, alors, cette même impression d’être le seul martien. Même si c’est son martien favori. Pourtant, je ne veux qu’exprimer les risques d’une trop sombre réalité…

Je ne suis pas naïf, j’imagine bien que mon ado de fille fait bien pire. À moi de tenter de le lui faire comprendre. D’espérer un peu de jugement de sa part. Mais, surtout, à moi de ne rien faire qui pourrait être, sans le vouloir, l’occasion.

Et vous pouvez compter sur moi pour « partager » au maximum!

michel

 

Genre?

Sur ce sujet, j’ai souvent en tête l’image de mon parent éloig

Sur ce sujet, j’ai souvent en tête l’image de mon parent éloigné…

Une belle grande « femme » de plus de 100 kilogrammes. Autrefois Pierre, elle adopte ses atours pour de bon vers la fin des années 1990. Je crois qu’elle a toujours l’appareil externe, mais je n’irai certainement pas vérifier. Je sais, cependant, que son choix ne change rien pour moi. Ne cause aucun malaise dans mon identité.

J’étais quand même un brin curieux. Eh oui, le Barreau la reconnaît uniquement dans sa nouvelle identité. De nouveaux prénoms. Elle a sans doute provoqué aussi le changement à l’État civil. Et puis alors? Je crois qu’elle aime bien provoquer. Il y en a plein d’autres comme ça.

Je ne veux pas m’attarder à ces détails. Si superficiels. Encore moins me demander dans quelle toilette elle va. Elle doit aller. J’ai encore souvenir de ces filles qui profitaient de celles des hommes, dans les bars. Pour éviter la file. Aucune émeute provoquée par une telle impertinence sociale. Ça faisait sourire, tout au plus.

Cet être reste plutôt une occasion de réfléchir à la question.

Dans la nouvelle définition, LGBTTIQQ2S, il semble y en avoir pour tous les goûts. Les leurs. S’ils tiennent à entrer dans une case. Comme si une étiquette pouvait donner la réponse. Une sexualité à la carte. Un menu du jour, plein de tendances. Moi, j’y serais allé au plus simple : « Différent(e) ».

À nouveau, l’angle obtus de la vision religieuse érige un mur. C’est beaucoup plus simple de tirer la femelle par les cheveux. Derrière soi. Quitte à prôner une solution finale pour tout ce qui n’entre pas dans la dichotomie de base. Ou, par un certain humanisme, chercher au moins à les soigner.

Qui sont les malades?

Aux tout-petits, je leur parlerais des pièces du casse-tête. Certains n’ont la patience que de faire le pourtour. En commençant par les quatre coins. De beaux angles droits. Rassurants. Souvent, ils se découragent quand ça devient plus confus. Mais la réussite exige l’utilisation de toutes les pièces. Peu importe leur forme, leur couleur. Leur position. L’image globale, on n’y accède qu’avec tous les morceaux.

Imaginons une image de plus de 7,4 milliards de pièces.

Je mettrais le sujet obligatoire, à l’étude en éthique. Dès le primaire. Comme le prolongement de la liberté d’opinion. Cette pluralité essentielle. Celle qui n’aime pas les dogmes. Plutôt, que ces derniers n’aiment pas. Le miroir qu’on veut casser plutôt que d’accepter la réalité. Quand l’interprète veut réécrire le texte à sa façon. Rejeter l’évolution.

Si j’aime l’art pariétal, je ne veux pas revenir au temps de Lascaux…

Est-il si difficile d’accepter l’ouverture? De franchir l’entrée de la grotte. De constater que ce qui y confine l’humain, c’est la peur. Alors que, le plus souvent, ce ne sont que des gens fragiles qui semblent si inquiétants. Qu’ils ne menacent pas grand-chose, sinon le conformisme.

Et là, je les rejoins totalement. Je ne voudrai jamais que certains m’imposent leur pensée. Que la société soit dirigée par les faiseurs de contours. Que l’ignorance prévale. Que les dinosaures soient de retour. Qu’on me force à rester au fond de la caverne. En m’imposant quelles images je dois aimer.

En cette journée toute féministe, j’aimerais que ces êtres puissent aussi continuer de s’épanouir. D’avoir la même finalité que moi. Que nous tous. Chercher à être heureux. À aimer et à être aimés. Égaux. Acceptés pour qui nous sommes. Essentiellement différent(e)s.

Il en va de notre avenir commun…

michel

« Maman, j’aime les filles. »

Ma fille avait d

Ma fille avait demandé à toute la famille de rester à la table après le souper. Elle avait quelque chose à dire. Elle avait besoin d’être écoutée. Entendue. Acceptée. Aimée.

« Maman, j’aime les filles. »

Son frère a répondu : « Hein? Ça veut dire que tu m’aimes pu?! »

Sa sœur a répondu : « C’est correct tu sais, c’est important de suivre ton cœur! »

Et moi, j’ai répondu : « Comment tu te sens d’en avoir pris conscience? »

Pas plus compliqué que ça.

Elle nous aurait annoncé que sa couleur préférée était maintenant le jaune que ça n’aurait pas fait moins de vagues.

Elle nous a expliqué que depuis quelque temps, elle avait réalisé que les garçons ne l’intéressaient pas, qu’elle ne les regardait même pas. Que même si aucune fille en particulier ne l’attirait, c’était vers le sexe féminin qu’elle se sentait appelée. Qu’elle avait pris le temps d’en parler avec sa meilleure amie et qu’elle aussi, elle avait bien réagi.

Tout le monde a quitté la table comme si de rien n’était. Notre journée a continué. Aucun signe de catastrophe nucléaire. Pas de tsunami à l’horizon. Et c’est parfait ainsi.

Plus tard, ma fille est revenue me voir en disant : « Tu le savais, toi, hein, maman? »

          Oui. Je m’en doutais. J’en avais même glissé un mot à ton père.

          Mais comment as-tu su? Même moi, je ne le savais pas!

          Je t’ai portée dans mon ventre, je t’ai portée dans mes bras, et je te porte toujours dans mon cœur. Grand-maman dirait : « Je te connais comme si je t’avais tricotée ». Je le sentais, c’est tout.

          Et tu ne m’en as jamais parlé?

          Non. Je voulais respecter ton rythme à toi. Je ne voulais pas te mettre de pression sur les épaules ni d’idées dans la tête. Je savais que quand tu serais prête, tu serais assez honnête avec toi-même pour prendre conscience de ton attirance pour les filles. Et j’avais confiance, je savais que tu nous ferais assez confiance pour nous en parler. Rien ne pressait.

J’ai pensé, pendant une seconde, que je pourrais ajouter que l’attirance change parfois, qu’on peut être attiré par les gars et les filles, bla bla bla. Je me suis tue.

La théorie, elle la sait. Les nuances du désir, elle les connaît même si elle ne les a pas encore expérimentées. Elle en entend parler régulièrement à l’école secondaire, à la télé, sur YouTube. Elle sait où s’informer. Elle sait qu’elle peut me poser toutes les questions du monde. Alors je me suis tue. Je ne voulais pas lui donner l’impression que je l’orientais vers d’autres options que celle qu’elle venait de choisir ou d’accepter.

Ce que je voulais, c’est qu’elle se sente bien, tout simplement. Qu’elle se sente aimée dans toute son identité. Elle aime les filles, point. Si elle a besoin d’accompagnement, elle l’aura. Si elle a besoin d’information, elle l’aura. Mais elle n’a pas besoin qu’on en fasse tout un plat, qu’on en fasse une publicité au Super Bowl ou qu’on la remette en question.

Ce soir-là, en me mettant au lit, je me suis dit que le Monde a bien évolué. Et que c’est parfait ainsi.

 

Eva Staire

À la femme que je suis

À la femme que j’étais, je voulais dire que tu étais belle.

À la femme que j’étais, je voulais dire que tu étais belle.

Tu étais belle de candeur et de détermination.

Tu étais belle, mais tu ne le savais pas parce que personne ne te le disait.

Comme la rose a besoin d’eau, tu aurais dû recevoir, tout au long de ton enfance, une pluie de compliments pour aider ton estime de soi à grandir et pour t’apprendre à devenir femme.

Mais au lieu de ça, ta mère t’a présenté ta féminité comme un fardeau. Cette beauté innocente que tu devais cacher sous des cols roulés pour ne pas trop transpirer de confiance en toi. Car cela aurait été indécent que tu te sentes bien dans ta peau lorsque le regard des hommes commençait à se poser sur toi. Qu’est-ce que les gens auraient pensé de cette jeune femme aux cheveux blonds et aux yeux d’un bleu pétillant de vie qui ose porter de l’avant sa poitrine, et rejeter ses épaules vers l’arrière, d’un air nonchalant? C’est ainsi que cette peur du jugement des autres a eu raison de vingt ans de ballet à pratiquer ton port de tête et un regard franc. Alors tu t’es mise à porter la beauté de ta jeunesse comme un poids mort. Malgré tes cheveux longs. Malgré ton bonnet C. Tes épaules, arrogantes de la vie que tu avais devant toi, se sont refermées comme un écrin sur ta féminité…

Et puis tu es devenue mère.

À cette femme que je suis devenue, je voulais dire que même si tu avais la mèche plus courte, tu étais toujours aussi resplendissante de vie avec ta poitrine gorgée d’amour. Tu as toujours eu le don de porter ta maternité comme une bénédiction et cela t’a rendue encore plus belle de maturité. Je sais que tu ne le savais pas parce que personne ne te l’avait jamais fait ressentir.

Au lieu de ça, l’homme que tu aimais t’a fait sentir la honte et la jalousie lorsque le regard d’un autre te désirait. Il t’a fait vivre des situations où tu étais toujours contrainte de choisir entre la femme et la mère. Pourtant tu étais les deux. Et pas moins l’une que l’autre. Ta maternité n’a jamais flétri ta féminité. Au contraire, elle était le terreau dans lequel la rose s’épanouit. Mais sans jardinier, elle ne pouvait grandir pour devenir un rosier. Alors ton amour‑propre a commencé à se ternir. Un peu. Beaucoup. À la folie. Pour toujours. Par amour.

Et puis tu es tombée malade.

Tes cheveux se sont fanés, laissant à vue un crâne lisse et nu de vérité. Ta poitrine déracinée a effeuillé ce qu’il te restait de ta féminité. De la rose, il ne restait que les épines. Et pourtant…

À cette femme qui n’est plus, je voulais dire que les effluves de ta sensualité n’ont jamais été aussi capiteux. Tes cheveux courts soulagent tes frêles épaules du poids des stéréotypes de la poupée Barbie. Tu peux désormais redresser ta colonne vertébrale sans crainte du regard prédateur des hommes. Ta nuque, libérée de la culpabilité de ne pas être celle qu’on voulait que tu sois, laisse désormais entrevoir le creux de tes épaules dans lequel tes enfants aiment se lover pour y trouver toute la force et la douceur de l’amour d’une mère.

Je voulais te dire que ta peau est suave comme un pétale de rose dans la brise printanière pour celui qui daigne y apposer une caresse. Tu ne le sais pas parce qu’aucun homme ne te l’a encore dit. Mais de moi à toi, je te le dis aujourd’hui, car tu n’as pas besoin d’un homme pour te rappeler chaque jour que tu es belle, que tu es mère, que tu es femme, que tu es toi. Il te suffit de regarder dans le miroir pour y voir se refléter l’authenticité, la ténacité et l’amour inconditionnel qui se dégagent de ce corps meurtri par la vie.

À cette femme que tu as été et que tu ne seras plus, à celle que tu es devenue et qui n’est plus, à celle que tu voudrais être, je voulais dire que moi, je t’aime comme tu es, pour tout ce que tu es. Je t’aime. Et c’est tout ce qui compte.

Pour en lire plus sur mon quotidien avec le cancer, visitez www.laviecontinuemalgretout.com

Vanessa Boisset

Les méchants de l’histoire

Chaque film d’animation pour enfants vient avec son méchant. Celu

Chaque film d’animation pour enfants vient avec son méchant. Celui qu’on aime haïr. Le méchant qui, le plus souvent, n’est pas beau à regarder et si facile à détester. Et si ce vilain n’était pas si méchant finalement… ?

Chez nous, quand on termine un nouveau film, j’aime beaucoup discuter avec mes enfants de ce personnage en particulier. Je leur rappelle, chaque fois, qu’un « méchant », c’est une personne bien normale, mais qui fait de mauvais choix. Elle ne prend pas de bonnes décisions, le plus souvent, parce qu’elle a été blessée.

En partant de cette base, je demande aux enfants ce qui manque à tel méchant ou à telle méchante… Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour l’aider ? Comment ils auraient pu faire de meilleurs choix dans leurs histoires ?

– Et si le grand méchant Loup n’avait jamais connu la famine ? – Et si quelqu’un avait réellement aimé la méchante Reine, assez pour qu’elle voie dans les yeux de cette personne qu’elle serait toujours la plus belle ? – Et si on avait appris à la mère Gothel qu’elle était belle en vieillissant et qu’elle pouvait s’épanouir dans la vieillesse ? – Et si Moufassa avait aimé et accepté son frère Scar dans sa différence ? Et s’il lui avait fait une place dans sa famille ? – Et si Gaston ou les Bergens avaient réellement connu l’amour ? Et s’ils avaient été aimés réellement pour ce qu’ils étaient ? – Et si les hommes avaient accepté Maui… S’il n’avait pas eu à voler le cœur de Te Fiti ? – Et si ses douze frères avaient mieux traité Hans et lui avaient fait une place au sein de leur royaume ? – Et si Gargamel n’avait jamais connu la pauvreté ?

Et si…

Et s’il n’y avait aucun méchant ? Et si c’était notre vision de la société qui avait besoin de rejeter la faute sur un coupable ? Et si nous avions tort de toujours chercher le méchant de l’histoire ? Qui d’entre vous n’a jamais fait d’erreurs ? Qui d’entre vous ne regrette aucune décision dans sa vie ? Personne. Parce que nous sommes tous les gentils pour quelqu’un et les méchants pour d’autres. Parce que dans la vie, tout est une question de choix et de perceptions.

J’ai choisi d’enseigner à mes enfants à regarder le meilleur de chacun, peu importe ses choix. Mine de rien, je leur ai aussi appris qu’ils avaient droit à l’erreur. En leur démontrant que ces personnages de fiction ne sont pas que méchanceté et haine, je leur donne le droit aux imperfections. Parce qu’un enfant peut se voir comme un méchant s’il fait trop de mauvais choix et qu’on le lui reproche quotidiennement…

Pensez à l’enfant impulsif, qui peut se montrer plus souvent colérique et impatient. Combien de temps cela prendra-t-il pour qu’il se sente « méchant », pour qu’il s’identifie au mauvais rôle ? Et si cet enfant pouvait apprendre que ses choix et ses comportements ne définissent pas ce qu’il est ? Il est temps de démontrer aux enfants qu’ils ont aussi droit à l’erreur. Ils ont le droit de ne pas être parfaits. Ils ont le droit de ne pas être de petits adultes tous les jours…

Apprenons-leur qu’ils ne seront jamais les méchants de leurs propres histoires.

Joanie Fournier

 

Ce que je suis, ce que je vaux

Dans les derniers mois, j’ai mis fin à une relation qui durait de

Dans les derniers mois, j’ai mis fin à une relation qui durait depuis vingt ans, qui m’a apporté du bonheur, de beaux enfants, de la maturité, de la connaissance de soi, quelques déménagements, des voyages… et aussi certains désagréments. Sinon, la relation s’enlignerait vers sa 21e année!

Vingt ans, c’est la moitié de ma vie. C’est beaucoup. Dans mes yeux à moi et à travers les yeux de ceux qui me connaissent, je suis cette femme qui s’est mariée à vingt-et-un ans avec la certitude que c’était pour toujours. Pour toujours parce qu’une relation se travaille, évolue, se choisit encore et encore. Quand les gens nous disaient : « Au pire, vous vous séparerez! », on se révoltait. On défendait notre opinion, notre amour, notre certitude. L’amour prend du temps et des efforts, mais l’amour peut durer si on le choisit. Vingt ans plus tard, j’ajouterais : si on le choisit à deux, jour après jour.

Pendant vingt ans, j’ai été définie comme amoureuse, comme épouse, comme partenaire de vie, puis comme mère (un peu weird) de quatre enfants. Pendant toutes ces années, je me suis définie comme une bonne personne, comme une femme qui voulait s’améliorer, comme une épouse qui voulait aimer.

Si on fastforward nos années de relation, on se retrouve avec un couple qui s’était perdu de vue. Le couple a explosé. Par le fait même, c’est mon identité qui a pris le bord. Je suis devenue une mère célibataire (bizarre, quand tu n’as pas utilisé ce mot depuis vingt ans!), une monoparentale en garde partagée. Une ex-épouse-future-divorcée. Mais j’ai choisi de ne pas devenir la divorcée aigrie qui hantait mon imagination.

J’ai eu peur que les gens collent à ma nouvelle identité des idées comme : « celle qui a tout brisé sur un coup de tête » (les personnes qui me connaissent savent que je n’aurais jamais pris cette décision sans des tonnes de réflexion), « la bitch qui veut enlever les enfants au papa » (ce qui n’est pas du tout le cas, on s’est entendu sans problème sur une garde partagée même si mon cœur de maman s’ennuie de mes enfants quand ils sont ailleurs), « la femme qui a oublié son couple au profit de ses enfants » (oui, mais sans culpabilité. J’ai fait ce que mon cœur me dictait).

J’ai senti, j’ai entendu des commentaires sur ma personnalité inadéquate pour être en couple (ou pour être, tout court). Des commentaires sur mon hypersensibilité, mon intensité, mon habitude épouvantable d’analyser les situations et de rechercher de l’aide quand je ne suffis plus à la tâche. Des commentaires sur bien d’autres traits qui m’appartiennent et que je peux expliquer, que j’ai choisis dans la plupart des cas.

Oui, tout ça a contribué à la rupture, puisque ça fait partie de moi, et que je fais partie de la séparation. Après la séparation, j’ai eu peur de devoir changer pour être heureuse ou pour rendre les autres heureux, pour être « adéquate ». J’ai eu peur de ne plus savoir qui j’étais. Mais j’ai réalisé que je sais très bien qui je suis, que je choisis d’évoluer puisqu’une partie de mon identité a changé dans les derniers mois. Mais moi, je suis moi. Et dans « moi », il y a mon enfance, mon adolescence, les quarante années depuis ma naissance et les vingt années qui ont suivi mon mariage, et aussi toutes les prochaines années qui n’attendent que moi. Il y a moi comme fille, comme femme, comme ex‑épouse, comme mère, comme humaine. Et je n’ai pas à changer cela, j’ai seulement à continuer de m’améliorer.

Dans mon processus de deuil, je dois continuer de m’aimer et de me voir comme une bonne personne, puisque c’est ce que je suis. Je dois continuer de reconnaître ce que je vaux et ne laisser personne me laisser croire que ma valeur a diminué. Ça n’enlève rien aux autres, mais ça me donne le droit d’être moi.

Nathalie Courcy

Non déterminé

C’était partout dans les médias il y a quelques jours, vous avez

C’était partout dans les médias il y a quelques jours, vous avez sans doute vu cette nouvelle passer : un parent canadien a obtenu de pouvoir apposer la mention « non déterminé » sur la carte d’assurance maladie de son bébé, à l’endroit où il devait indiquer le sexe de l’enfant.

J’ai lu la nouvelle, moi aussi. J’ai posé mon café (froid) et je me suis sérieusement demandé : « Est-ce que c’est quelque chose que j’aurais fait, moi, comme parent ? » À froid, comme ça… Non. Mes enfants sont nés mâles ou femelles, tout comme ils sont nés blancs et canadiens, en janvier ou en août. C’est un fait, c’est tout.

Mais en y réfléchissant plus longtemps, même si, a priori, je ne vois pas trop pourquoi j’aurais choisi de ne pas associer de sexe à l’identité légale de mes petits, et que ça me semble une façon compliquée de transmettre nos valeurs (notamment parce que le pronom neutre désignant une personne sans utiliser de genre en français est encore au stade de suggestion et donc encore bien trop loin de passer dans le langage usuel. Faudrait y penser avant longtemps, d’ailleurs. Maintenant serait un bon moment, je dis ça de même), je dois admettre que… je comprends un peu le fondement de la démarche.

Je veux dire, si on avait été classés biologiquement selon la couleur de nos yeux ou notre groupe sanguin, est-ce que ces choses seraient, justement, le fondement de notre identité sociale? Est-ce que la société aurait des attentes différentes entre un B+ et un A–? Est-ce que le 0– serait moins bien payé ? Est-ce qu’on aurait attendu d’un A+ qu’il ne joue pas avec quoi que ce soit de jaune, couleur réservée aux AB– ? Aurait-on attendu jusqu’au milieu du vingtième siècle pour accorder le droit de vote à tous ceux portant un rhésus négatif, alors que ceux nés avec un facteur rhésus positif l’auraient eu depuis toujours ?

Sauf qu’en même temps, la couleur de nos yeux, c’est sur notre permis de conduire. Notre groupe sanguin est dans notre dossier médical. La nature nous a faits biologiquement différents, à plusieurs niveaux. Il peut être utile que ce soit au moins noté, ne serait-ce qu’à des fins d’identification. Et il serait un peu hypocrite de faire comme si la différence physique n’existait pas. Mais reste que le problème est là. À mon très humble avis, le problème se trouve bien plus dans le carcan encore trop rigide dans lequel on fait évoluer nos enfants, souvent sans même s’en rendre compte, selon leur genre. Le problème se trouve dans le fait que l’avancée de la neutralité est encore loin d’avoir fini son chemin.

Le problème c’est qu’encore en 2017, un garçon et une fille n’auront pas les mêmes regards portés sur eux, les mêmes attentes de la part de leur entourage, parfois carrément pas les mêmes droits, selon l’endroit où ils sont nés.

Abolissons les inégalités, laissons les enfants être qui ils veulent, peu importe ce qu’ils ont entre les jambes au moment de la naissance. Peu importe ce que ça peut vouloir dire et ce que ça peut impliquer par rapport à leur entité personnelle, sociale et sexuelle tout au long de leur vie : laissons-les être totalement EUX. C’est ça, le véritable combat à mener.

Zabethe Boucher

Comment je suis, tout simplement

Depuis toujours, on me dit que j’en fais trop. Que je ne prends pas le temps de m’arrêter et de

Depuis toujours, on me dit que j’en fais trop. Que je ne prends pas le temps de m’arrêter et de ne rien faire. C’est vrai, j’ai toujours cette irrépressible envie de faire quelque chose de productif pour me sentir efficace. Je m’adonne même parfois à faire deux choses en même temps pour rentabiliser mon temps et pour exécuter mes nombreuses tâches. Plusieurs se reconnaissent ? Pour vrai, comme plusieurs autres, un petit hamster court dans ma tête sans arrêt, m’obligeant à analyser toutes situations et me grugeant tellement d’énergie pour des éléments qui peuvent paraître si banals.

 

À force de vouloir un moment de répit, j’essaie le plus souvent possible d’être en compagnie de quelqu’un pour faire une quelconque activité afin de ne pas me retrouver seule avec mes pensées si dominantes. Inversement parlant, le fait d’être souvent entourée de personnes ou d’être en train de faire quelque chose m’empêche de me centrer sur moi-même et d’écouter ce que mon corps et mon esprit veulent. Je me rends compte qu’en fait, je ne me connais pas vraiment.

 

On souhaite tellement exceller dans une panoplie de domaines qu’on oublie de se demander ce qu’on aime vraiment, au fond. On se compare aux autres au lieu de se comparer à soi-même.

 

Je pense qu’il est à notre avantage d’apprécier nos moments de solitude. Pour ma part, je vais en profiter pour me questionner et pour analyser. Pas seulement pour analyser tout ce qui est superflu et qui se trouve autour de moi, mais pour analyser comment je me sens vraiment et comment je suis, tout simplement.

 

 

Marie-Claudel Bolduc

La fille que j’étais

Mais où est donc la fille que j’étais avant ? Avant qui ? Avant

Mais où est donc la fille que j’étais avant ? Avant qui ? Avant quoi ?

Je me souviens d’elle. Chaque jour, je montre à mes enfants comment être confiants, être passionnés, être overload d’espoir et de rêves loufoques. Exactement comme la fille que j’étais… AVANT.

Pourtant, entre le cégep que je n’ai jamais terminé, l’amour prépubère de ma vie d’adolescente, devenu le père de mes enfants, enfants beaucoup trop beaux, trop fins, trop toute, et le fameux «9 à 5», la moi-même s’est perdue de vue.

La trentaine, la vie de famille, le boulot ? Est-ce que c’est le train-train et la routine qui ont dévoré tout cru ce que je pensais que je serais pour toujours? Je voudrais dire non, je le veux fort, fort, fort, mais pourtant ! Je voudrais répondre non, je ne le veux pas, mais ce n’est pas le cas.

C’est à grands coups de belles phrases toutes faites et de tableaux Pinterest que je me lève chaque jour en voulant changer mon monde. Pas le monde entier là, non non, juste mon petit monde à moi.

Accompagnée de mon premier trio, dans notre petite maison jaune accumulant les typiques journées de fou, les moments à faire pleurer de rire et ceux à faire pleurer tout court, je voudrais vraiment réaliser un ou deux de mes rêves.

Mais quand je dépose enfin la tête sur mon oreiller, un mercredi soir, après avoir manqué de jus pour terminer un épisode des Simones, vous devinez que le projet du rêve à réaliser s’endort lui aussi et souvent avant moi!

«Sois toi-même, mais sans déplaire aux autres.» «Fais des folies, mais fais pas trop la folle.» «Sois authentique, mais en restant juste assez low profile.» NOOOOON! Juste non. Mis à part le fait que je suis la douce moitié de mon amoureux, j’ai envie d’être entière dans toutes les autres facettes qui façonnent la vie d’une femme.

Les belles paroles et les beaux discours que je fais à mes petits monstres pour les rendre grands et forts, j’aimerais ça les mettre en pratique plus que 5 minutes par jour. «Fais ce que je dis, pas ce je fais!»

Rester la pimpante fille de 20 ans, c’est utopique, je sais. Je ne voudrais pas la voir essayer de passer au travers d’une seule de mes journées, elle flancherait avant que l’autobus ramasse les enfants à 8h04! Par contre, garder les grands espoirs et la petite touche magique qui te font croire que tout est possible, à cet âge, ça je les prendrais.

Alors plutôt que de partir à la conquête de mes rêves, d’être la maman, la femme, l’amoureuse, l’amie parfaite et en contrôle, je songe de plus en plus à partir à la conquête de moi, une «moi revue et améliorée». Une petite touche de l’ancienne, une dose de toutes celles qui m’entourent et une parcelle de celles que j’idolâtre. Tout ça dans le moule, que je me construis depuis 30 ans, à grand coup d’amour, de jogging, de crème glacée à la vanille et une fois de temps en temps, d’un p’tit verre de vin!