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Ce qui m’a sauvée de ma dépression

Après un mois de suivi avec ma psychologue, mon psychiatre et la tr

Après un mois de suivi avec ma psychologue, mon psychiatre et la travailleuse sociale, j’ai appris qu’une dépression est, très souvent, liée au fait que nous avons cessé de penser à nous, à nos besoins, à notre bien-être. Alors j’ai dû réapprendre à me connaître. Je me suis remise à faire du dessin, ce que j’adorais faire plus jeune. J’ai recommencé à chanter.

J’ai essayé l’entraînement, mais ce n’était pas pour moi, j’avais besoin de calme et d’équilibre. J’avais de l’anxiété généralisée, je devais trouver un moyen de calmer mon esprit. Alors, une annonce de yoga est passée et je me suis inscrite. Le cours était dans une maison au coin de ma rue. J’ai adoré, un coup de foudre. En plus, ma mère m’accompagnait. Nous faisions une activité ensemble. J’étais tellement heureuse. Le yoga m’aidait à connaître mon nouveau corps, celui qui a fait deux magnifiques enfants et qui n’a pas perdu son poids. Ça m’a permis d’apprendre à aimer ce nouveau corps. Mais durant mes cours de yoga, au lieu de me concentrer sur ma respiration, je pensais aux tâches à faire, à l’épicerie. J’étais incapable de mettre mon cerveau à off.

La professeure nous a proposé un atelier sur la méditation. J’étais sceptique. Mon cerveau n’arrête jamais. Même la nuit, je ne dormais pas parce que j’avais mille choses en tête. Après l’atelier, j’ai compris que ça pourrait fonctionner. J’ai téléchargé les applications Petit Bambou et Namatata. J’ai adoré les deux, mais j’ai un gros coup de cœur pour Petit Bambou. Une application facile, qui montre comment débuter la méditation, autant pour les débutants que pour les personnes plus expérimentées. Maintenant, il y a des listes de lectures de méditation sur Spotify qui sont incroyables. Donc aujourd’hui, je suis capable de méditer avec de la musique, mais dans le silence, je n’y arrive pas encore. Puis, je fais du yoga chaud chez Idolem, une seconde maison pour moi.

Durant mon rétablissement, j’ai découvert que l’écriture était libératrice pour moi. Ça me permettait de sortir mes pensées, mes émotions. J’ai même écrit 2 livres et 2 autres sont en construction.

J’ai aussi essayé la lithothérapie. C’est croire en la puissance des pierres guérisseuses. Ça m’a aidée pendant un bout de temps. Je méditais avec mes pierres.

Ensuite, les huiles essentielles. J’ai appris lesquelles étaient bonnes pour combattre la dépression et l’anxiété et pour favoriser le sommeil. J’ai porté longtemps un collier diffuseur, qui avait de la bergamote, de l’eucalyptus ou de la sauge à l’intérieur.

Il y a plusieurs façons de guérir d’une dépression, mais le plus important est de se laisser du temps et de se battre. Ce n’est pas le psychologue ou le psychiatre ou les médicaments qui vont nous guérir, mais les efforts que nous allons mettre pour guérir. Ces gens et les médicaments ne sont que des outils pour nous aider à nous battre. Quand j’ai eu mon diagnostic en octobre 2016, j’étais convaincue qu’un an après, je serais guérie. Mais c’est seulement en février 2020 que j’ai eu la confirmation que j’étais guérie. 4 ans. Ça m’a pris 4 ans. Je sais que je ne suis pas à l’abri d’une rechute, mais je suis salement plus équipée aujourd’hui pour affronter cette maladie. Il faut essayer des choses pour nous aider, il faut essayer de se trouver une chose qui nous fait du bien et s’y accrocher.

Il y a beaucoup de mères qui souffrent de cette maladie. C’est un fléau, je dirais. En plus d’être tabou. Une mère avec une dépression post-partum est une mère qui est lâche. C’est ce qui est dit. Qui ne se donne pas un coup de pied au derrière alors qu’elle a toutes les raisons du monde d’être heureuse. Oui, c’est vrai, mais quand la noirceur envahit ton esprit, quand les hormones te jouent des tours, la maman ne voit plus correctement. Toute personne suicidaire pense être un fardeau, un boulet que ses proches traînent. Elle ne voit pas l’amour de ces derniers, elle ne voit pas leur inquiétude. Elle ne ressent que sa douleur. Intense. Mais une main qui est tendue lorsqu’on s’y attend le moins peut sauver des vies. Dont la mienne.

Voici un texte que j’ai écrit lorsque je suis sortie de l’hôpital après ma crise psychotique.

La dépression

Un trou noir sans fond.

Une douleur saisissante.

De l’amour et de la haine.

Un bonheur et une détresse.

Une envie de disparaître.

Un désir de rester.

Se sentir seule même entourée de gens.

Se battre avec des soldats blessés.

Se battre sans une armée.

Avoir envie de se battre.

Parfois vouloir tout abandonner.

Croire que la vie serait mieux sans moi.

Voir ses enfants et la vie devient belle.

Lentement le trou grossit.

Des émotions nouvelles surgissent.

La colère, la haine, l’agressivité se sont invitées.

Impatience, irritabilité, tristesse.

Ont envahi ma forteresse.

Le besoin de guérir, d’aller mieux.

Devient un cercle vicieux.

Sourire, rire, être heureuse.

Ne sont que des facettes piteuses.

Est-ce que je vais vraiment bien ?

Je me sens comme une bombe sans lendemain.

À quand l’explosion ?

Ce fut durant un moment de sentiment d’abandon.

Le choc, la bombe explose.

Le cerveau lâche, le corps surchauffe.

Le cœur veut succomber.

L’esprit et l’âme crient à l’aide.

Une main est tendue

Je m’accroche à elle.

Un faible rayon de soleil

Dans les ténèbres.

Un sentiment que je croyais perdu à jamais surgit.

Voilà l’espoir.

Cindy LB

Ma dépression post-partum majeure qui a failli me coûter la vie

En 2002, j’ai été abusée sexuellement par un copain. En 2005, m

En 2002, j’ai été abusée sexuellement par un copain. En 2005, mon père est décédé du cœur à 45 ans et c’est moi qui ai téléphoné au 911, tout s’est déroulé devant moi. En 2013, j’ai fait une fausse couche horriblement traumatisante. En 2014, j’ai accouché de ma fille et ce fut tout aussi traumatisant. Ça s’est terminé en césarienne d’urgence, j’étais endormie. Ma fille et moi avons failli mourir. En 2015, j’ai fait une seconde fausse couche. Je suis tombée enceinte de mon fils plus tard dans l’année. Cette grossesse fut extrêmement difficile, j’ai été malade tout le long et j’ai subi du harcèlement psychologique au travail. J’ai été arrêtée pendant toute ma grossesse, car j’en pouvais plus d’être malade et d’avoir une ambiance toxique au travail. Heureusement, ma césarienne avec mon fils s’est déroulée paisiblement et dans le bonheur.

Les premières semaines après la naissance de mon fils, tout se déroulait merveilleusement bien. Puis, mon fils est tombé malade à un mois et demi (bronchiolite) et il a été hospitalisé 4 jours. Ensuite, ce fut mon tour d’être malade. Les médecins ont découvert des pierres à la vésicule biliaire. Après plusieurs visites à l’urgence, je me suis enfin fait opérer pour la retirer. La convalescence fut difficile, je me remettais tout juste de celle de ma césarienne et je retombais en convalescence, à être incapable de soulever quoi que ce soit. Difficile avec 2 enfants, une de 2 ans et un de 4 mois.

Mon humeur avait commencé à changer après l’hospitalisation de mon fils, j’étais facilement frustrée, mais après ma chirurgie, c’est devenu pire. J’avais de très grosses sautes d’humeur, toujours en colère contre mon conjoint, incapable de rien faire, toujours fatiguée, jamais envie de sortir ou de voir des amis. Les disputes avec mon conjoint étaient intenses. Je n’ai jamais été une personne colérique ni agressive, mais à ce moment, j’aurais pu le devenir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était toujours contre mon conjoint.

Quand mon fils a eu 9 mois, mon conjoint nous a payé un séjour en amoureux à l’Esterel. J’étais tellement heureuse et soulagée. Le séjour s’est déroulé à merveille, je n’avais même pas envie de retourner à la maison. J’avais l’impression de ne pas m’ennuyer de mes enfants et c’est là que j’ai commencé à penser que je faisais peut-être une dépression post-partum. À notre retour à la maison, la situation est revenue comme avant le séjour.

Un soir où nous nous étions disputés vraiment fort, mon amoureux m’a dit : « Sérieusement, tu n’es plus pareille. Tu as changé. Peut-être que tu devrais prendre un rendez-vous avec ton médecin. » Le fait que lui me le dise m’a insulté ; pourtant je le savais que quelque chose clochait. J’ai pris le téléphone et j’ai appelé à la clinique, un soir de semaine à 17 h 45. Quelles étaient les chances que quelqu’un réponde ? Eh bien, une secrétaire a répondu. Je lui ai expliqué la situation et elle m’a dit qu’elle allait en parler avec mon médecin et me rappeler. À 19 h 30, la secrétaire me rappelait pour me donner un rendez-vous le surlendemain. J’étais sous le choc.

Quand je suis arrivée à la clinique, j’étais convaincue que c’était seulement de la fatigue. J’allaitais mon fils de 9 mois et demi aux deux heures jour et nuit. Mais lorsque je suis entrée dans le bureau et qu’elle m’a demandé comment j’allais, j’ai éclaté en sanglots. Elle m’a regardée et m’a dit : « Je n’ai même pas besoin de te passer le questionnaire, tu es en dépression post-partum modérée. » Elle m’a obligée à arrêter l’allaitement, j’ai débuté la médication et je devais trouver une psychologue.

Je suis sortie de la clinique et j’ai téléphoné à mon conjoint pour lui dire la bombe. Il a été rassurant, même si je savais qu’il ne croyait pas tant à la dépression, mais il devait admettre que je n’allais pas bien. Pendant le chemin du retour, je me rappelais que plusieurs personnes m’avaient dit que d’avoir 30 ans les avait affectées énormément. Et là, me voilà à 2 jours de ma fête de 30 ans, nouvellement diagnostiquée avec une dépression post-partum modérée. Je me disais que ça ne pouvait pas me rentrer dedans plus que ça. Hum… j’avais tout faux.

J’ai rapidement trouvé une psychologue en qui j’avais confiance et à qui je me suis livrée comme jamais. Je savais que j’avais une chance en or de pouvoir me payer une psychologue au privé et d’en avoir trouvé une qui fit avec moi. Mais malgré la thérapie, la médication et le repos, je m’enfonçais dans un gouffre sans fin. La noirceur était partout. J’ai donc décidé de me lancer dans mille projets et d’aider n’importe qui dans le besoin. Mais 9 mois après mon diagnostic et avec une thérapie qui avançait très bien, ça n’allait pas du tout. Mes amies s’éloignaient de moi, je me sentais plus seule de jour en jour. Puis, mes idées suicidaires sont devenues de plus en plus convaincantes.

Un matin, je suis allée porter mes enfants à la garderie. J’avais décidé que c’était cette journée-là que ça se passerait. Que j’allais passer à l’acte. J’étais convaincue que mes enfants et mon conjoint seraient mieux sans moi, que je les ferais moins souffrir si je n’étais plus là à traîner ma noirceur. Je ne me sentais pas à la hauteur comme mère, j’avais l’impression d’avoir échoué, car mes enfants voyaient une maman triste, en colère et qui ne jouait pas avec eux, qui n’avait pas d’énergie. J’avais une séance avec ma psychologue en matinée, je n’avais pas envie d’y aller, mais une force ou une petite voix m’a poussée à y aller.

Lorsque je suis entrée dans son bureau, elle m’a regardée et l’expression sur son visage a changé. Je me suis installée sur le divan en face d’elle. Elle me posait des questions et je répondais le minimum. Puis, elle a commencé à me piquer, à me chercher, à me faire sortir de mon état de silence. Et ça marchait, elle me gossait royalement. Elle s’est mise à me répéter une question : « Qu’est‑ce que tu veux ? » Je ne répondais pas. Mais elle répétait sans arrêt, de plus en plus fort, de plus en plus comme un ordre. Et d’un coup, j’ai explosé. « JE VEUX MOURIR, JE VEUX DISPARAÎTRE, JE VEUX PLUS ÊTRE UN FARDEAU, JE VEUX M’OUVRIR LES VEINES AVEC TON OUVRE-ENVELOPPE, JE VEUX SAUTER EN BAS DE TA FENÊTRE, JE VAIS ALLER M’ÉCRASER CONTRE UN MUR DE BÉTON AVEC MON AUTO. » Et là, je tremblais, je me berçais, je criais des sons ou des mots incompréhensibles. Elle m’a demandé si elle pouvait contacter mon conjoint, j’ai dit non, d’appeler ma mère. Puis c’est flou. Ma mère est venue me chercher au bureau de ma psychologue et elle m’a amenée à l’hôpital. Je n’ai aucun souvenir du chemin, je ne faisais que pleurer. Ma mère me parlait, mais aucun souvenir de ce qu’elle m’a dit.

Arrivée à l’hôpital, on m’a prise en charge très rapidement, en moins de 30 minutes, j’étais assise dans le bureau du psychiatre et un plan était établi. Thérapie plus intensive alternée entre ma psychologue et lui. Il ne prenait plus de patients, mais il a décidé de me suivre en externe. Puis, changement dans ma médication et suivi avec une travailleuse sociale. Je ne faisais plus une dépression post-partum modérée, mais une majeure.

Si ma psychologue, en qui j’avais totalement confiance, n’avait pas remarqué mon changement d’attitude, je ne serais probablement pas là à vous écrire. Mes enfants n’auraient plus de maman et mon conjoint n’aurait plus sa petite femme.

Cindy LB

T’es ben autiste !

La rentrée scolaire est un temps difficile pour la plupart des gens

La rentrée scolaire est un temps difficile pour la plupart des gens neurodivergents ou atteints de troubles mentaux ou neurologiques. C’est entre autres le moment où on recommence à entendre des mots liés à nos troubles et à nos particularités utilisés de façon ignorante, comme insultes ou bien comme simples adjectifs à chaque coin de corridor.

Eh oui, ce n’est pas assez de se faire intimider pour nos différences. Il faut aussi que le nom de nos troubles serve à décrire des gens dont le moindre comportement rejoint la définition erronée de nos troubles.

 L’insulte la plus répandue dans mon école secondaire ?

« T’es ben autiste ! »

Moi, je ne suis pas autiste. Toutefois, à cause d’une combinaison d’autres troubles et particularités, j’ai plusieurs traits en commun avec les gens qui ont un trouble du spectre de l’autisme. Donc forcément, entendre ce mot utilisé comme insulte à tout bout de champ est incroyablement insécurisant. Cela nous enseigne à avoir honte de nos différences et à vouloir les cacher. Alors que ça ne devrait pas être le cas…

Lors de ma dernière évaluation neuropsychologique, le TSA a été mentionné au début comme hypothèse diagnostique. Même si je suis éduquée sur le sujet, que je sais en quoi le TSA consiste et que je suis consciente d’avoir plusieurs traits en commun avec le TSA, après avoir passé des années à entendre le mot « autiste » utilisé comme insulte, ce mot a développé une connotation négative dans mon subconscient. Entendre cette hypothèse, alors que je comprenais parfaitement pourquoi c’était une hypothèse, m’a fait peur pendant un moment. Si ça a eu cet effet sur moi qui connais bien les troubles mentaux, imaginez à quel point les insultes semblables contribuent à stigmatiser le trouble du spectre de l’autisme dans la tête de ceux qui sont moins éduqués à ce sujet.

Les troubles mentaux ou neurologiques utilisés comme adjectifs participent aussi énormément à la stigmatisation de troubles déjà stigmatisés. Ça, je ne l’entends pas juste à l’école ; je l’entends au travail, dans l’autobus, quand je vais m’acheter un beigne, et même parfois dans ma propre maison.

Les gens atteints de troubles mentaux ont déjà assez de difficulté à avoir de l’aide et à se faire comprendre parce que la plupart des gens construisent leur image des troubles mentaux d’après ce qu’ils voient dans les médias comme la télévision et le cinéma. Les troubles sont soit démonisés et vus comme quelque chose dont seulement les tueurs et les « fous » sont atteints, soit vus comme vraiment moins graves et handicapants qu’ils le sont vraiment. Tout cela rend très difficile de parler de nos difficultés de santé mentale à notre entourage.

Arrêtez de dire que vous êtes OCD quand vous voulez que quelque chose soit bien placé ou propre. Le trouble obsessionnel compulsif est un trouble complexe qui ne se résume pas au fait d’être perfectionniste ou germophobe. Le principal symptôme de ce trouble est de vivre constamment avec des pensées comme « touche 4 fois cette poignée de porte d’une certaine façon précise, sinon, toute ta famille va mourir ».

Arrêtez de dire que vous avez une attaque de panique pour dire que vous êtes stressés. Une attaque de panique, c’est être sûr qu’on est en train de mourir, c’est être incapable de respirer, c’est avoir de la difficulté à tenir debout, ce sont des pensées catastrophes et terrifiantes qui défilent dans notre tête à la vitesse de la lumière.

Arrêtez de dire que vous êtes en dépression pour dire que vous êtes tristes ou déprimés. Un trouble mental n’est pas une émotion. La plupart du temps, les gens en dépression ne se sentent même pas tristes. Être en dépression ou dans un épisode dépressif, c’est se sentir vide, être incapable de fonctionner, de se motiver à faire quoi que ce soit, même les choses qu’on aime le plus faire. Ce sont aussi des pensées suicidaires terrifiantes.

Arrêtez d’utiliser le mot bipolaire pour décrire une personne qui a changé d’humeur ou d’idée rapidement. Si la température a changé plusieurs fois en une journée, arrêtez de dire « mère Nature est ben bipolaire aujourd’hui ! ». La bipolarité, c’est l’alternance d’épisodes dépressifs et d’épisodes de manie ou d’hypomanie, et un des critères diagnostiques est que les épisodes s’étendent sur une certaine période. Donc non seulement utiliser à la légère un trouble mental comme adjectif est insultant, mais en plus, ça associe « sautes d’humeur et changements d’humeur rapides et fréquents » avec le trouble bipolaire, ce qui est une fausseté.

N’oubliez pas que les maladies mentales sont tout aussi graves que les maladies physiques. On peut mourir d’une maladie mentale tout comme on peut mourir d’une maladie physique. C’est tout aussi sérieux. Au Canada, le suicide est la 2e cause de décès chez les gens de 15 à 24 ans. En 2018, c’était la principale cause de décès chez les jeunes de 10 à 14 ans. Et c’est la 9e cause de décès pour tous les âges confondus. C’est le temps de s’éduquer et de prendre cela au sérieux.

Est-ce que vous diriez « OMG! Je suis tellement asthmatique » quand vous toussez ? Ou alors « J’ai le cancer dans le piton aujourd’hui ! » lorsque vous avez mal quelque part ? Ben non. Alors, pourquoi dire des choses comme ça avec les troubles mentaux ?

Vivre avec un trouble mental ou neurologique, c’est déjà assez difficile comme ça, alors s’il vous plaît, arrêtez d’utiliser ces mots comme insultes ou adjectifs. Renseignez‑vous sur le sujet au lieu de croire tout ce que vous entendez autour de vous. Travaillons ensemble pour arrêter la stigmatisation des troubles mentaux.

Alexane Bellemare

Ze journée pour en parler

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Un jour, on n’en aura plus besoin de cette journée-là. Un jour, on en parlera tous les jours, ou pas. Un jour, on répondra sans gêne aux « comment ça va » en disant « je me sens joyeuse », « j’ai de la tristesse au cœur », « c’est une période pénible, mais je vois un thérapeute pour aller mieux ».

Déjà, j’entends dans les cours d’école et les garderies des enfants qui nomment leur ressenti. Qui disent « j’ai mal au ventre, je pense que je suis stressée, je vais aller respirer ». C’est beau, hein? Pas le stress à un si jeune âge, mais cette capacité de nommer la sensation et de l’associer à l’émotion.

Il y a dix ans, je me faisais juger par plusieurs parce que je disais que j’avais vécu une dépression. Si on se rend au bout du semi-marathon pour lequel on s’est entraîné, ou si on décroche notre diplôme tant espéré, ou si on survit à la première année de bébé (colique, nuits écourtées, nez qui coule et autres agréments de la parentalité), on a le droit, hein, de dire qu’on est fier de soi?

Alors si on remonte la pente après avoir touché le fond, on a le droit d’être fier de soi et de le dire. Si on réussit à passer toute une semaine sans vouloir se pendre alors qu’on combattait cette pensée quotidienne depuis des mois, on a le droit de se féliciter et de célébrer. Sans se faire juger, sans se faire regarder comme si on était un extraterrestre violet avec des pustules au bout des antennes.

En dix ans, les choses ont changé (mais pas encore assez). Dans notre monde super-méga-full évolué, on se fait encore juger, mais par moins de gens, et pas tout le temps. Il y a même des personnes et des groupes qui nous questionnent, qui veulent entendre notre témoignage d’ancien poqué de la santé mentale. Ils veulent comprendre par où on est passé, tout d’un coup que notre cheminement en inspirerait d’autres.

On était tellement habitué de se faire regarder comme des pas bons… et là, on se fait dire qu’on peut enseigner des stratégies aidantes, qu’on peut donner de l’espoir, qu’on peut être le modèle de quelqu’un. Bref, on se fait dire : « T’as tellement bien fait de ne pas te tuer, parce que tu améliores notre vie ». Et on le croit.

En cette journée dédiée à la santé mentale et à la prévention du suicide, croyez en vous, croyez en la vie. Parce que la vie croit en vous. Et dites à quelqu’un que vous l’aimez, qu’il est précieux pour vous. Demandez « Comment ça va? », avec l’intention sincère d’écouter. Et si la réponse ressemble à « Ça ne va pas bien », soyez présent, pour vrai. Ça peut changer la suite des choses.

 

Nathalie Courcy

 

Quand l’anxiété vient s’installer dans ta vie

Quand tu penses que tu ne peux pas y arriver. Que tu n’as pas les

Quand tu penses que tu ne peux pas y arriver. Que tu n’as pas les capacités de surmonter les épreuves. Ça teinte ta vie de peur. Tu as peur de perdre tout ce que tu as. Non, pas le côté matériel, mais émotif. Tu as peur de voir tes parents partir, tu as peur que ton chum te quitte, tu imagines souvent le pire pour tes enfants. Tu as peur de mourir, donc tu as également peur de la maladie. L’anxiété qui est dans ta vie grimpe sans prévenir.

J’ai toujours pensé que j’étais une fille tout simplement peureuse. Peut-être un peu trop, mais je n’en ai jamais fait de cas. Je disais très souvent que j’étais moumoune. Un jour, après avoir consommé un mélange de hasch et de cannabis, j’ai fait un bad trip. Pourtant, ce n’était que la troisième fois de ma vie que je prenais de la drogue. J’avais 24 ans. Je ne considère pas que j’avais une dépendance, j’étais plus dans l’essai et l’expérimentation. Mais ces expériences ont déclenché quelque chose en moi.

À partir de ce jour‑là, les crises d’angoisse sont nées. Je dirais plutôt qu’un monstre est débarqué dans ma vie. Probablement que ce monstre était bien caché en moi, qu’il était prêt à surgir à tout moment. Il a attendu que je joue avec mes cellules pour exploser. Je n’aurai jamais la certitude que c’est la drogue qui a déclenché le tout, mais je la tiens tout de même responsable de cette explosion.

 

Si tu vis des crises toi aussi, tu vas comprendre le sentiment que l’on ressent. C’était épouvantable. J’avais l’impression de perdre mes repères quand une crise débarquait à la maison. J’avais l’impression qu’on m’étouffait. Qu’on venait prendre tout mon air et qu’on me le retirait, sans me le remettre. Mon cœur battait tellement fort! J’étais étourdie et engourdie. J’avais peur. Je croyais sincèrement mourir. Plus je croyais mourir, pires étaient les symptômes. Une nuit, j’ai réveillé mon chum en allumant la lumière à minuit et demi. Je lui disais que je faisais une crise de cœur. Heureusement, il m’a calmée et j’ai compris que c’était une crise d’angoisse.

Elle s’est présentée à ma porte plus d’une fois. Souvent, elle choisissait l’heure du dodo pour y cogner. J’ai commencé à reconnaitre les symptômes de sa présence : tête qui tourne, membres qui s’engourdissent, respiration accélérée. Grâce à mon détecteur de crise, je pouvais la colmater avant qu’elle produise un ravage.

Mes trucs étaient simples, mais ils fonctionnaient. J’ouvrais mon cellulaire, j’allais sur YouTube et je commençais à regarder des vidéos d’humour. Jérémy Demay n’est peut-être pas au courant, mais il a souvent assommé la crise d’angoisse. Je le remercie, sincèrement! Mais, ne croyez pas que c’était toujours aussi simple.

J’ai développé une peur d’avoir peur. La peur de la voir me regarder par la fenêtre. La peur d’être incapable de l’arrêter et qu’elle produise encore son effet dévastateur sur moi. J’ai pensé, pendant un long moment, que j’étais folle. Que ça empirerait et que je serais prise, en permanence, avec un cerveau qui délire. Que je serais celle qu’on fait interner. Si tu vis d’angoisse, tu comprends probablement tous les scénarios que je pouvais imaginer. J’aurais pu en écrire des films tellement il y avait des idées qui mijotaient dans ma tête.

Puis, petit à petit, j’ai compris que je faisais de l’angoisse. Que non, je ne suis pas folle. Que non, je ne suis pas juste une moumoune, mais que j’avais bel et bien une maladie mentale. Ok, ça fait big dit comme ça, mais l’angoisse fait partie de ce qu’on appelle un problème de santé mentale.

Récemment, j’ai commencé à consulter une psychothérapeute. Pas surprenant, elle m’a diagnostiqué un TAG. Qu’est-ce qu’un TAG? C’est un trouble d’anxiété généralisée. Pour le dire plus simplement, c’est avoir peur de tout ou presque. Heureusement, j’ai la chance d’avoir en moi ce besoin de foncer. C’est probablement ce qui me permet de vivre une vie plus « normale».

Avec la psychothérapeute, je réalise que je ne me crois pas assez forte pour affronter tout ce qui pourrait arriver de grave. Donc, je mêle anxiété et manque de confiance en mes capacités. Un beau petit cocktail! C’est ce qui fait en sorte que j’ai toujours peur que mon chum me quitte pour toutes sortes de raisons, que le jour où mes enfants font de la fièvre je m’imagine automatiquement qu’ils ont une maladie grave. Qu’un matin où les enfants dorment plus longtemps, je ne relaxe pas, mais j’imagine qu’ils ne respirent plus. Je pourrais remplir des tonnes de pages avec des exemples.

Quand je fouille dans mes souvenirs, je comprends un peu mieux pourquoi j’avais si peur la nuit, pourquoi je pensais toujours qu’il y aurait des voleurs. Je comprends aussi pourquoi je voulais toujours dormir avec mes parents. Dison que j’ai compris bien des comportements. Je suis contente, aujourd’hui, de mieux comprendre le pourquoi du pourquoi. Ça me permet d’améliorer les situations. Ça m’aide à relativiser la situation. À savoir que c’est juste l’angoisse qui parle et que NON, ce n’est pas un mauvais pressentiment que j’ai. Je sais maintenant que je ne suis pas folle et que je ne le deviendrai probablement pas. Je fais seulement de l’anxiété. J’ai saisi pourquoi je commence beaucoup de projets, mais que je lâche tout, dès que mon niveau de stress augmente. Je pars quand je n’en peux plus, quand l’anxiété est trop forte. C’est un cercle vicieux, mais maintenant, la roue est brisée et je saurai la faire tourner autrement.

Je suis contente d’avoir fait le choix de soigner ma santé mentale. C’est la meilleure chose que j’ai pu faire. Ça m’a sauvé la vie. Pourquoi j’ai choisi de consulter? C’est parce qu’un jour, j’ai eu la certitude que mon cerveau allait venir à bout de moi, qu’il allait me tuer.

Je ne suis plus seule ; ma psychothérapeute m’apporte des outils, des points de vue différents. Elle m’aide à voir dans mes angles morts des choses que je n’aurais jamais vues sans elle. Je sais que je devrai probablement côtoyer l’anxiété toute ma vie, mais je ne serai pas obligée de lui laisser toute la place. Elle ne prendra plus le contrôle de ma vie. Maintenant, je pourrai l’accueillir plus légèrement quand elle frappera à ma porte.

On pense parfois que l’anxiété est banale, mais elle ne l’est pas du tout. C’est un problème présent chez beaucoup de gens. L’anxiété apporte son lot de pensées noires, elle nous fait croire qu’on est fou, elle nous empêche d’être bien avec soi-même. Parfois, elle nous confine à la maison, car on a peur de sortir, on a peur de ce que les gens penseront de nous, on a peur de déplaire, peur de ne pas faire la bonne chose, alors on s’isole.

Si tu côtoies une personne qui, selon toi, est juste trop peureuse. Que tu crois qu’elle exagère, que ses pensées n’ont pas d’allure, s.v.p. ne lui dit pas de se calmer. Offre-lui tout simplement ton écoute, sans jugement. Dis-lui que tu seras là pour elle. Car, crois-moi, cette personne qui doit vivre chaque jour avec l’anxiété échangerait volontiers son cerveau contre celui d’une personne qui n’est pas comme elle.

Ne restez pas seule avec l’anxiété, consultez quelqu’un qui saura t’aider, te donner des trucs pour mieux vivre conjointement elle et toi.

Karine Larouche

Ta honte de consulter, ma fierté de te voir ici

J’appelle ton nom dans la salle d’attente qui est bondée de gen

J’appelle ton nom dans la salle d’attente qui est bondée de gens.

Je te vois entrer dans mon bureau, la tête fléchie vers l’avant, les yeux qui cherchent à m’éviter, l’air épuisé.

Tu as probablement le cœur qui veut sortir de ta cage thoracique.

Je vois et ressens ta détresse, tes inquiétudes et tes doutes. Je peux discerner ton mal-être.

Et soudainement, des larmes se mettent à couler sur ton visage si pâle.

Lorsque de ta bouche, la voix tremblante, la gorge nouée, tu réussis à sortir difficilement quelques sons. Je réussis à comprendre ce qui t’amène ici.

Tu m’admets avoir honte de consulter pour cette raison. Tu m’avoues que jamais tu ne pensais te rendre là.

Tu te sens humilié.

Dans ton parler, tes mouvements qui semblent si douloureux et pesants, tes larmes qui coulent sur ton visage depuis la première minute de notre rencontre, sache que je te « feel ».

Je te regarde, je te laisse te confier à moi. Je veux que tu te libères de ces émotions qui pèsent sur toi… Ces émotions qui ont pris une trop grande place dans ta vie.

J’ai envie que tu voies en moi, non seulement l’infirmière que je suis, mais aussi, ma personne, ma capacité à te comprendre.

Celle qui s’est déjà sentie comme tu te sens présentement.

Celle qui est maintenant assise devant toi et te dit qu’on peut s’en sortir.

Je tiens à te rassurer, personne ne te jugera ici.

Personne ne se demandera ce que tu fais ici.

Nous avons au contraire, un immense respect pour toi.

Toi qui ce jour-là, as décidé que tu en avais assez de vivre sous l’emprise de l’anxiété, de la dépression ou de n’importe quelle maladie mentale dont tu souffres.

Tu es au bon endroit, n’en doute pas, n’aie pas honte.

Je suis heureuse que tu viennes nous voir. J’ai une grande admiration pour toi, pour ton courage, ta force.

Je sais que présentement tu te sens faible, fatigué et surtout que tu te sens mal à l’aise de venir nous voir. Tes pensées se bousculent, tu as envie de reculer, de partir.

Reste. Fais-le pour toi, pour tes amis, pour ta famille, tes enfants.

Crois-moi, dans un avenir rapproché, tu seras fier de toi comme je suis aussi fière de toi aujourd’hui.

Tu auras franchi une grande étape en sortant d’ici tout à l’heure.

L’étape de la résilience.

Tu entreras dans l’étape de la guérison bientôt et je veux que tu te souviennes de ceci.

« Chaque petit pas, aussi petit soit-il, est une grande victoire. »

J’ai hâte de te revoir dans quelques semaines, dans quelques mois…

Je suis impatiente de voir le chemin que tu auras fait.

Je sais que ça ira bien.

Aujourd’hui, je prends mon expérience pour te rassurer et te dire que tu as pris la bonne décision en venant nous voir.

Parce que moi aussi, j’ai déjà consulté. J’ai eu honte. Je me suis demandé si j’allais m’en sortir.

Je suis ici, devant toi et je t’assure que si je n’étais pas allée voir un médecin cette journée-là, je ne serais peut-être pas ici pour être fière de toi.

Isabelle Nadeau

 

Le mauvais chum dans le salon

2004, j’étais presque à la fin de ma mission en Afghanistan, et

2004, j’étais presque à la fin de ma mission en Afghanistan, et j’avais le pressentiment que cette mission était la dernière de mes trois missions dont deux auparavant en Bosnie-Herzégovine. Car celle‑là, je la trouvais difficile et j’avais de la misère à me comprendre.

À mon retour, l’alcool s’est installé quotidiennement de façon rapide sans que je m’en aperçoive, car ça me faisait du bien. Ça me gelait sans que je m’en aperçoive à la fin de mes journées de travail.

2005, j’ai décidé de m’acheter une maison, car je ne pouvais plus rester dans les maisons militaires en rangées collées les unes sur les autres. Je ne sortais plus dehors. Je restais enfermé dans mon logement parce que j’étouffais avec le monde.

Ce fut l’achat d’une belle maison canadienne en pierre avec vue sur le fleuve St-Laurent, dans le bois et possédant un vaste terrain boisé. Par la suite, j’ai fait l’obtention d’un chien. J’étais heureux, enfin, je pensais que je l’étais. Ma consommation d’alcool avait nettement augmenté à une quantité phénoménale, que j’ai maintenue pendant quatorze ans. Je ne savais pas ce que j’avais. Toujours pendant ce temps, j’avais le pressentiment que quelque m’observait ou était présent avec moi. Mais je ne voulais pas vraiment y porter attention…

En 2007, j’ai connu ma femme, puis en 2008, nous emménagions ensemble. 2009 fut l’année marquante de l’arrivée d’une belle petite fille aux yeux bleus et 2013 fut l’année de l’arrivée d’un beau petit garçon aux yeux bleus lui aussi.

Puis à travers ces années, j’étais devenu un papa heureux et fier d’avoir de beaux enfants en santé. Mais cela impliquait aussi d’avoir une vie sociale que je n’avais pas avant car j’avais une vie isolée, ce que je n’avais pas remarqué.

2012, je n’en pouvais plus de souffrir avec mes douleurs physiques et chroniques. Je commençais finalement à utiliser le mauvais chum dans le salon qui était là tout le temps à m’attendre. Et il m’aidait pour faire des plans pour mettre fin à mes jours. Suite à cela, j’ai discuté avec l’infirmière en santé mentale de la base militaire et j’ai été référé à une psychologue en ville.

Mars 2013, libération médicale des Forces canadiennes pour mes blessures et mes douleurs aux genoux et au dos. Ce fut un soulagement, une pression de moins sur mes épaules. J’ai décidé d’arrêter tous mes médicaments avec l’accord de mon médecin parce que selon moi, l’armée était mon problème.

Automne 2017, quelle erreur de ma part ! J’avais encore pété les plombs un matin comme tant d’autres, jusqu’à faire un black-out. Je me sentais mal, j’avais mal au ventre, je n’avais plus le goût de vivre. J’avais fait du mal à mes enfants, ceux que j’aimais le plus au monde. Le mauvais chum du salon était encore là. J’ai appelé ma femme dans le stationnement du DIX30 à Brossard et je me suis mis à pleurer. Je craquais, je ne voulais plus vivre ainsi, j’avais besoin d’aide !

J’ai pris un rendez‑vous à ma clinique privée et en m’y rendant, je me voyais écrire des lettres d’adieux à mes enfants. Je me suis dit : bon, il est temps que j’arrive, car ce maudit chum de salon n’arrête pas ! Il m’aidait encore à faire des plans pour m’enlever la vie.

J’ai consulté des psychologues pour finalement découvrir que j’étais atteint du trouble de stress post-traumatique (TSPT), alors que j’avais toujours eu des doutes par rapport à cette blessure. Donc, j’ai dû avaler ma pilule et l’accepter ! Car oui ça pouvait exister, j’en étais atteint !

Avec ma thérapie maintenant, je me suis rendu compte que je m’étais développé une vie en accord avec ma blessure sans m’en rendre compte.

Depuis environ quatre mois, ce mauvais chum de salon, je l’ai mis dehors de ma maison avec les conseils de ma psychologue et depuis, ça va beaucoup mieux. Car tant et aussi longtemps que je garde ce mauvais chum près de moi, rien ne pourra m’aider.

Je lui ai dit : Va-t’en dehors, mauvais chum ! Je ne veux plus te revoir !

Carl Audet

Ce n’est pas une blague !

– C’est débile !

– T

– C’est débile !

– T’es vraiment TOC !

– Attends-tu que je me tue ?

– Un vrai mongol !

– T’as pas pris tes pilules ?!

Ce sont des blagues. Des expressions banales. Des mots qui semblent anodins et inoffensifs. Mais qui peuvent blesser les personnes souffrant de ces troubles ainsi que les personnes qui les entourent.

Ces mots perpétuent les traits caricaturaux et fondés sur les préjugés qui sont associés à certains troubles mentaux ou physiques. Lancer à quelqu’un qu’il est « fou raide » ou « parano », c’est un manque de jugement marqué par le jugement malsain de ce qu’on ne connaît pas.

On ne connaît pas l’histoire intime, ni les fragilités des personnes à qui on s’adresse, ni celles des personnes qui nous entendent. Notre blague ne part pas d’une mauvaise intention ! C’est juste une façon de parler… On connaît cet ami depuis la maternelle. Un vieux chum ! On s’est toujours parlé comme ça…

Mais qui nous dit que cette personne ne souffre pas véritablement d’un TOC (trouble obsessionnel compulsif) ? Elle peut avoir besoin d’une médication pour gérer l’anxiété. Peut-être que son frère est trisomique ou que sa mère s’est suicidée. Samedi dernier, quand votre vieux chum a décliné votre invitation au cinéma, c’était peut-être pour aller voir son grand-père atteint de démence. Ou encore parce que sa sœur est hospitalisée en psychiatrie pour traiter un épisode dépressif sévère. Et il ne vous l’a pas dit, parce que depuis toujours, vous dites à la blague qu’il devrait être enfermé à l’asile…

– Coudonc, es-tu dans ta semaine ?

Toutes les filles se sont déjà fait dire ça. Des dizaines de fois. Parfois, le commentaire tombe à point ! On est en plein SPM. Note au lecteur : votre commentaire ne fait qu’attiser le SPM. Et si on n’est pas en SPM, vous venez d’en réveiller les symptômes. Parce que c’est un réel syndrome, avec de réels symptômes. Je ne connais aucune fille qui se plaît à perdre le contrôle de son humeur et de son acné chaque mois jusqu’à ce que la ménopause apporte pire. Offrez plutôt un bon bain chaud et proposez de lire l’histoire de dodo aux enfants ce soir‑là. Merci, amen.

Ces mots-là ne se disent pas, ne se disent plus. Faisons attention aux mots que nous utilisons.

Utilisons l’humour autrement. Pas par souci d’être politiquement corrects, juste pour être plus humains.

Utilisons les mots pour faire du bien, dans un contexte qui rassure et qui n’impose rien.

– Comment te sens-tu ?

– J’ai remarqué que tu as l’air moins concentré/plus soucieux/plus nerveux que d’habitude, est‑ce que je peux faire quelque chose ?

– Aimerais-tu qu’on aille prendre une marche pour en parler ?

Avec la journée Bell Cause pour la cause qui approche, posons-nous la question : si quelqu’un parlait à notre enfant comme nous parlons aux autres, quelle serait notre réaction ? Si ça fait sortir la lionne protectrice ou le papa protecteur en nous, c’est probablement parce qu’il est temps qu’on ajuste notre filtre. « Tourne ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler », ce n’est pas juste un dicton de grand-mère, c’est encore d’actualité.

Ce qui est une blague pour l’un peut être une profonde blessure pour l’autre.

Nathalie Courcy

La maladie mentale

Je ne peux pas croire que c’est encore tabou, en 2018.

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Je ne peux pas croire que c’est encore tabou, en 2018.

On en parle un peu, sur le bout des lèvres sans trop vouloir en parler, car on ne veut pas se faire traiter de fou.

J’ai trente ans.

À quinze ans, après une première rupture, j’ai pris un cocktail de médicaments et un peu de vodka. Je ne voulais plus avoir mal.

Aujourd’hui, je me questionne à savoir si cet épisode était vraiment causé par cette rupture ou simplement le premier signal que j’étais atteinte d’une maladie mentale.

Plusieurs années plus tard, avec bon nombre de chutes en chemin, cette maladie est devenue silencieuse. Je me disais vraiment que j’en étais sortie.

En fait je ne pensais pas que j’en étais atteinte, je n’étais pas cette fille qui devait être internée à Philippe Pinel, là ou les gens sont emmenés lorsqu’ils sortent du lot.

C’est vraiment là qu’on voit la mentalité des gens. Selon moi, les pires là-dedans, ce sont les gens qui jugent les autres.

Puis les crises de panique sont revenues. Quand le médecin m’a proposé de prendre des antidépresseurs, je suis partie à rire. Je n’étais pas folle ni dépressive, je n’avais que des vertiges, des sentiments de perte de contrôle lorsque j’étais trop stressée.

Encore plusieurs épreuves plus tard, ça « allait mieux »…

Quand je me suis coupé le dessous du nombril, des années plus tard avec mon petit rasoir, je n’avais pas mal. Mon mal sortait avec le sang.

Mais la culpabilité est ressortie lorsqu’on me demandait ce que je m’étais fait. Un coin de table m’avait fait saigner.

Soit mes proches étaient vraiment niais, soit ils savaient mais ne voulaient pas voir.

Encore quelques années plus tard, mon exécutoire recommençait. Pour moi, je vois ceci comme un petit démon en dessous de mon lit qui fait surface parfois. Il vient me réveiller, il m’épuise, mentalement et physiquement.

Et ce que les gens ne comprennent pas là-dedans, c’est qu’on peut avoir une belle vie, un bon travail, un bon amoureux, mais simplement, c’est dans notre tête que ça cloche.

Mais ayant des enfants, on ne peut pas dire que ça ne va pas. Sinon en moins de temps qu’il le faut, les services sociaux arrivent, te mettent dans une catégorie et telle une tache de vin rouge, ils ne partent plus de ta vie.

C’est désolant qu’en 2018, ce soit le texte d’une comédienne qui me fait réaliser que non seulement personne n’est parfait, mais que personne n’est à l’abri de ce petit démon, qui n’avertit pas avant d’arriver dans notre vie.

Il ne se nomme pas, il nous fait deviner son nom, le gros terme qu’on catégorise.

Bonjour, je m’appelle Eva Staire, et je suis atteinte de maladies mentales.

Eva Staire

Faire taire les voix

Quand j’étais petite, j’adorais l’été, flâner autour de la

Quand j’étais petite, j’adorais l’été, flâner autour de la piscine, inviter des copines à la maison, manger des pop sicles jusqu’à en avoir la langue de couleur arc-en-ciel. L’été, c’est fait pour rêver, pour avoir des histoires à raconter, pour avoir des souvenirs. Quand on est enfant, l’été c’est l’insouciance, la liberté, la légèreté, comme si rien ne pouvait nous atteindre. Et pourtant…

En remontant le temps, un été m’a plus marqué que les autres ; des images se sont gravées à jamais dans ma tête, un sentiment nouveau m’a habitée, une odeur amer de tristesse et d’incompréhension est restée dans l’atmosphère et la moiteur de cet été. Un énorme nuage gris est passé sur nos vies, un nuage de colère, de douleur, d’impuissance, rempli de pourquoi et de si. C’est cet été-là que j’ai vu mon père pleurer pour la première fois, des larmes discrètes, à peine visibles, comme la rosée du matin sur les fleurs des champs. Cet homme si fort, si sûr de lui, impassible, presque froid parfois. En une fraction de seconde, tout avait basculé. Il voulait nous expliquer, mais ne trouvait pas les mots. Il était sans voix. Aucune explication ne pouvait justifier ce geste. Il venait de perdre son petit frère.

Mon oncle dormait à la maison. Mon père était allé le chercher chez lui plus tôt dans la journée. Il  avait fourré quelques affaires rapidement dans une valise: une brosse à dent, un short et une chemise. Cela ne pouvait plus continuer, il avait besoin d’aide. Même si c’était un adulte, lui‑même père de deux enfants, il n’avait plus la force ni les idées assez claires pour s’en sortir seul. Ce soirlà, pour seule explication, mon père nous avait dit que mon oncle était malade et qu’il devait rester avec nous. Pourtant, avec mes yeux d’enfant, je ne remarquais rien d’anormal. Il ne saignait pas, aucune blessure apparente. Il devait aller chez le médecin le lendemain. Peut-être qu’avec des pilules, il arriverait à calmer ses angoisses et ses terreurs, à guérir, à revivre. En attendant son rendez-vous, il ne devait pas rester seul, c’est pourquoi mon père l’avait amené chez nous. Mon père était patient avec son petit frère. Depuis leur tendre enfance, il se sentait responsable de lui, il devait le protéger, l’aimer et le chérir. Est‑ce une promesse qu’il avait faite à mon grand-père, j’en doute. C’était plutôt un lien fraternel unique entre eux deux.

Le soir venu, je lui ai proposé ma modeste chambre. Il s’est couché dans mon petit lit d’enfant, blotti et recroquevillé sous les couvertures, presque enfoui pour se cacher. Moi, je suis allée me coucher dans la pièce d’à côté, avec ma sœur cadette. Durant la nuit, nous l’avons entendu pleurer, hurler et crier comme un loup solitaire dans la forêt. La forêt qu’il aimait tant. Un long cri de douleur dans la noirceur. Il avait peur, peur des autres, de lui-même. Ce n’étaient pas des cauchemars, pour lui c’était son quotidien, sa réalité. J’ai entendu ma mère se lever sur la pointe des pieds, comme elle l’aurait fait pour nous. Il pleurait, trempé par les larmes, la sueur, transi de peur. Ils chuchotaient. Ma mère l’a bordé et est restée à son chevet le temps qu’il somnole et que sa respiration devienne plus régulière. Moi, je ne dormais pas, j’écoutais. J’ai compris qu’il était vraiment malade, un mal qu’on ne voit pas, un mal qui ne s’explique pas, un mal qu’on ne comprend pas. Un mal qui rongeait son âme, son esprit. Il avait mal dans la tête.

Au petit matin, le soleil brillait déjà bien fort, une belle journée d’été s’annonçait. J’avais hâte de mettre mon maillot de bain et de piquer une tête dans la piscine, car l’été c’est fait pour s’amuser. Nous étions tous installés en terrasse pour le déjeuner. Mon oncle est arrivé, l’air livide, les yeux cernés, fatigué de ne pas avoir bien dormi. Malgré la souffrance qui le dévorait, il nous a souri inconsciemment et s’est assis. En sirotant son café, ses gestes étaient tendus, nous le sentions stressé, inconfortable, mal à l’aise. Il ne cessait de scruter l’horizon, à la recherche d’un indice, de quelque chose, de quelqu’un. Il sursautait au moindre bruit, une voiture qui passait, un oiseau dans le ciel. Il a commencé à dire d’une voix tremblante et de plus en plus inquiet : «  Ils me cherchent, ils veulent m’attraper, ils viennent pour me prendre, ne me laissez pas aller, protégez-moi. » Mais qui ? Il n’y avait personne, que nous, encore en pyjama, marqués par les stigmates de la nuit passée. Mon oncle demandait de l’aide. Je ne pouvais pas en vouloir à mon père de passer du temps avec lui, il en avait sûrement plus besoin que moi. Ses démons le hantaient et le traquaient même en plein jour. Je me souviens de la douleur dans son regard.

Après le déjeuner, il est venu avec nous dans la piscine, sans dire un mot, sans toucher l’eau, il a sauté, comme s’il perdait pied dans le vide. Il est resté de longues secondes sous l’eau, des secondes qui me parurent une éternité. Puis il est réapparu, l’eau ruisselant sur son visage, mi‑homme, mi‑enfant, fragilisé par ce qu’il lui arrivait, mais enfin apaisé. C’est la dernière image nette et précise que j’ai de lui. Ensuite, mon père l’a conduit chez ma grand-mère qui habitait à un kilomètre de la maison. Là-bas, une de mes tantes devait le conduire à l’hôpital pour son rendez-vous. Le garderait‑on sous observation ? Resterait-il là-bas le temps de reprendre ses esprits, le temps de mettre des mots sur sa maladie ? On ne saura jamais, car il ne s’est pas rendu à ce rendez-vous.

Alors que tout le monde était à l’extérieur, prêt à monter en voiture, mon oncle s’est éclipsé, on ne sait pour quelle raison, prétextant une excuse. Peut-être qu’il savait déjà ce qu’il devait faire. Peut-être qu’en passant devant le mur, au-dessus du foyer, il a vu les fusils et tout s’est précipité dans sa tête. Des fusils de chasse bien alignés, bien rangés, comme une décoration, comme une invitation, comme une certitude pour lui. Les voix criaient dans sa tête, l’empêchaient de penser, mais lui ordonnaient d’agir. Mon oncle en a pris un, il était tellement habitué de les manier. Il aurait pu le reposer, mais par malheur, il y avait une douille à l’intérieur, une seule ! Les voix étaient sûrement incontrôlables, impénétrables dans sa tête, il a posé le canon sur sa temple et a appuyé sur la gâchette sans réfléchir, comment pouvait-il avec ce brouhaha, c’était le chaos dans son esprit. Malgré toutes les voix qu’il entendait, il ne pouvait pas mettre de mots sur sa douleur. D’un simple geste fatal, les voix ont éclaté en mille morceaux. C’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour les faire taire, pour les chasser à jamais de sa vie. Il était un chasseur aguerri qui ne ratait jamais sa cible. Il n’a plus jamais entendu de voix à partir de ce moment-là. Le silence… long et lugubre. Le silence, parfois cruel, parfois salutaire. Lui, il voulait juste faire cesser tous ces sons dans sa tête. Il ne souffrait plus.

Pour nous, ce fut une longue détonation, qui a résonné en écho dans la forêt. Les oiseaux ont volé, comme libérés de leurs cages invisibles. C’était une évidence. Mon père a toute de suite compris. Après, il y eut les sirènes, le néant, l’absence, la souffrance, une famille déchirée, qui se demandait encore parfois si on aurait pu éviter l’inévitable.

 

Gabie Demers

Ma santé, à votre santé

Côté maladies mentales, j’ai frappé le jack pot avec m

Côté maladies mentales, j’ai frappé le jack pot avec ma parenté. J’ai grandi en me convainquant que ça ne pouvait faire autrement : j’allais un jour me faire attaquer par des bibittes mentales. Aucune surprise, c’est arrivé!

Rien de plaisant là-dedans. L’attaque de panique, la dépression majeure, l’anxiété… une souffrance. Parfois menaçante comme une hyène enragée, parfois envahissante, souvent tapie dans l’ombre et dans l’attente.

On pourrait dire que mes enfants sont aussi tombés dans la même gadoue mentale que moi. Mêmes gènes, t’sais…

Mêmes gènes, oui. Mais pas les mêmes outils. Pas les mêmes habitudes. Et ça, c’est un cadeau.

Très jeune, j’ai commencé ma quête de ressources aidantes pour me garder à flot. J’ai consulté. J’ai lu. J’ai parlé. J’ai écrit, et j’écris encore. J’ai souvent fait à ma tête, je n’ai pas toujours écouté les conseils, mais j’ai cheminé. J’ai construit mon coffre à outils, toujours prêt lorsqu’une vague de déprime ou une anxiété grimpante se pointe.

Sans développer une culpabilité exagérée, je sais que les années pendant lesquelles j’ai souffert de dépression ont eu un impact sur mes enfants, sur mes filles surtout. Elles étaient toutes petites et elles auraient eu besoin d’une maman présente dans sa tête et dans son corps. Mes garçons aussi en ont souffert. Ils sont arrivés dans ma vie après ma guérison officielle, pu de thérapie, pu de médicaments. Yes Sire! Mais guérison selon le médecin n’égale pas nécessairement guérison complète et sans séquelles. Mes garçons ont eu une maman moins énergique, plus épuisée, plus stressée que la maman que j’étais dans mes premières années. Pas facile de faire la G.O. quand tu te sens torturée.

Par contre, mes enfants grandissent aussi avec une maman qui se connaît mieux. Une maman qui sait reconnaître ses premiers signes de rechute. Qui voit aussi les drapeaux rouges lever avant que les choses s’aggravent. Et qui agit.

Mes enfants ont accès en tout temps à mon coffre à outils. J’aurais pu le cacher dans un tiroir à serrure, mais non. Il est là, accessible, ouvert. Aucune honte là-dedans.

Au fil des conversations, des partages sincères, des confidences, des actions, mes enfants apprennent à connaître les ressources dont ils pourraient avoir besoin aujourd’hui ou dans dix ans, pour prendre soin d’eux ou des autres. Pour préserver leur santé mentale ou pour la réparer.

Dans mon coffre à outils, il y a (entre autres…) :

  • des respirations profondes, qu’elles soient yogiques ou de pleine conscience ou de cohérence cardiaque;
  • de la joie, des niaiseries pour rire et pour alléger l’atmosphère, pour construire des relations solides;
  • de l’espace pour bouger, pour se défouler, pour être des enfants;
  • des moments de repos, pour une sieste ou pour des moments collés-collés;
  • du positif, beaucoup de positif, dans le choix des mots, dans le choix des interventions, dans le choix de l’énergie qui nous entoure;
  • des projets, des petits et des grands, individuels et format familial;
  • des personnes qui nous aiment et qu’on aime, qui nous comprennent même quand elles ne peuvent pas tout comprendre;
  • des professionnels compétents, qui peuvent nous orienter quand ça dérape et nous éviter de nous péter les dents sur le mur de béton;
  • de la douceur qui masse, qui caresse, qui offre un toucher sécurisant;
  • de l’honnêteté : quand ça ne va pas, ça ne sert à rien de faire semblant;
  • de l’amour inconditionnel, complice et encadrant;
  • et surtout, il y a nous. Notre famille unie. Les épaules qu’on offre à chacun pour pleurer au besoin, les bras qu’on étire pour faire des câlins sandwich et pour soutenir ceux qui se sentent plus fragiles, les oreilles qui écoutent sans jugement et les bouches qui disent « Je t’aime comme tu es ».

Avez-vous le goût de partager ce qu’il y a dans votre coffre à outils pour favoriser la santé mentale dans votre famille?

Nathalie Courcy