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Croire en une confiance oubliée – Texte: Shanie Laframboise

La chance de se faire détruire, nous l’avons tous déjà volontairemen

La chance de se faire détruire, nous l’avons tous déjà volontairement prise en osant offrir à certaines personnes l’accès à l’arme la plus puissante que l’on possède : notre confiance. Peut-être n’ont-elles aucune intention de s’en servir, mais notre cœur affligé nous rappelle la souffrance de notre corps qui nous est revenu trop souvent brisé. Et puis, nous avons conscience qu’il est fort possible qu’elles nous blessent encore, par accident, comme un vase fragile perdant toute valeur une fois tombé et dont on ne tarde pas à se débarrasser. 

On l’apprivoise pas à pas, on donne notre confiance goutte à goutte, mais il ne suffit que d’un faux pas pour la perdre par litres. Par peur de faner telle une fleur si fragile qui ne repoussera pas perpétuellement, on se console en se disant qu’il vaut mieux vivre dans l’indépendance pour dissimuler la réalité de notre crainte d’accorder cette confiance. Il nous est donc plus facile de nous masquer la vérité pour nous protéger d’être une fois de plus atterré en un claquement de doigt par une déchirure qui perdure. Une fois que le mal est fait, alors que ceux qui la méritaient le moins en ont abusé, nous refusons trop souvent notre confiance à ceux qui la méritent le plus. Nous nous mentons à nous-mêmes en évitant nos besoins de croire et d’être compris, par peur d’offrir ce que nous possédons de plus intime : l’accès à notre cœur. 

C’est vrai, parfois, la peur d’investir dans la déception s’estompe et on retrouve l’espoir de pouvoir croire. On croit qu’elle peut durer, on croit qu’elle peut nous accompagner ainsi qu’elle peut nous relever, et ce, jusqu’à tant qu’on retombe les pieds sur terre et qu’on se rappelle que la confiance est éphémère. Elle réussit à nous faire espérer, jusqu’au moment où on se la fait enlever par le temps qui la fait filer entre nos doigts. Parce qu’on la souhaite plus que temporaire, on tente d’agripper de toutes nos forces le mince fil la retenant, celui qu’on voit glisser et qu’on sent nous échapper, jusqu’à ce qu’on le brise plutôt qu’il soit. 

Parce que toute cette dite confiance se change en méfiance, on cohabite avec le vide de notre solitude en essayant de se relever d’une chute dont on n’aurait jamais envisagé la possibilité. Il nous semble parfois plus facile de s’éloigner et de se détacher des autres que de devoir assumer des décisions sur lesquelles on n’a pas de contrôle et qui nous donnent l’impression de tomber dans le vide sans savoir où nous allons atterrir. Cessons de nous cacher le fait qu’il nous est plus facile de crier haut et fort notre solidarité et de nous répéter que tout va bien aller, alors qu’au fond nous cherchons à fuir l’évidence de nos vies isolées. À quoi bon se mentir à soi-même en tentant de se convaincre qu’on vit ensemble dans l’humilité, alors qu’on arrive à peine à distinguer notre authenticité et qu’on vit tous repliés faute de se sentir incompris ? Rendons-nous à l’évidence qu’à la place d’affronter nos souffrances, on s’étourdit sans prendre le temps de s’arrêter pour réaliser que nous passons à côté de la possibilité de se libérer de ce papier que l’on tente de défroisser. À force de vouloir se protéger pour éviter d’exposer notre vulnérabilité, on n’a plus personne à qui se confier pour guérir la honte et la culpabilité de notre château de cartes qui s’est écroulé. Parce que c’est l’une des rares choses qui n’a pas de valeur monétaire, on n’a plus le temps et la patience à lui consacrer. Et si, au fond, c’était l’investissement le plus profitable ?  

Le risque de remettre l’entièreté de ce que l’on est entre les mains qui se tendent à nous est difficile à accepter, mais personne ne cherche à cesser de vivre par peur de mourir, alors pourquoi cesser de s’ouvrir par peur de souffrir? Le moment où nous oserons nous révéler sincèrement et en toute intégrité sera fort probablement celui où naîtront les plus belles confidences créant des liens d’une inexprimable puissance. On n’a pas à ouvrir le ventre du mystère pour essayer de deviner où cela va nous mener et pour réaliser que c’est cette simple beauté qui nous fera redécouvrir le bien-être que l’on a oublié. 

 

Shanie Laframboise 

Montagnes russes matinales

Je sais, je suis au courant, avoir un toit sur la tête et des paren

Je sais, je suis au courant, avoir un toit sur la tête et des parents aimants, c’est la base pour les enfants. C’est leur sécurité, leur petit monde. C’est rassurant et ils peuvent être eux-mêmes en tout temps. Énergiques, anxieux, tristes et en colère. Drôles, turbulents, colleux ou distants. Oui, je sais tout ça.

Mais à un certain âge, c’est comme si le cerveau de nos ados pouvait changer d’émotion en quelques minutes. Je vous le jure que c’est possible. Au début, ça m’a prise par surprise! Une blague, une niaiserie ou un délire qui était super drôle la veille était devenu TELLEMENT niaiseux le lendemain… Pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé entre hier et aujourd’hui? Mes niaiseries ont perdu de la valeur en une nuit?

Alors ce matin, l’impolitesse et l’air bête de ma grande étaient au rendez-vous. Habituée à ces montagnes russes matinales, je gardais mon calme et je gérais la routine du matin comme une Ninja, en esquivant les yeux dans les airs, les soupirs, les remarques plates et le chialage entre sœurs à grands coups de grandes respirations.

Nous voilà dans la voiture, en route pour l’école, et j’ai joué le tout pour le tout. J’ai essayé de lui parler, de lui expliquer ou plutôt, de lui faire prendre conscience de son air matinal vraiment pas agréable.

« J’espère que tu n’auras pas cet air‑là avec tes amies! Pauvres eux! »

« Ben là, franchement, j’ai pas cet air‑là avec mes amies… »

C’est à ce moment que j’ai compris que j’étais la chanceuse, la privilégiée, qui avait droit à son air bête de temps en temps. Et c’est aussi ce matin‑là que j’ai réalisé que nos enfants se donnent le droit de vivre leurs émotions à la maison avec ceux en qui ils ont confiance.

Nos enfants se sentent en sécurité et ils savent qu’ils peuvent être de mauvaise humeur de temps en temps sans se faire rejeter. Bon, c’est certain qu’une petite discussion occasionnelle sur le fait que je suis quand même sa mère et qu’un sourire, ça fait du bien, va s’imposer. Mais au moins, je sais maintenant que mes enfants sont à l’aise d’avoir l’air bête.

Valérie Grenier

 

Le secret maudit (version soft de « Le maudit secret »)

- Chut! Mamie arrive demain pour la fête de ta sœur. Il ne faut pas le dire, c’est une surprise!

– Chut! Mamie arrive demain pour la fête de ta sœur. Il ne faut pas le dire, c’est une surprise!

Ça, c’est un beau secret. Un secret qui fait du bien. Un secret qui fait sourire le cœur. L’enfant qui le reçoit aura toute la misère du monde à le garder pour lui tout seul parce qu’il sait que les personnes concernées adoreraient vivre cette surprise tout de suite. Une telle bonne nouvelle, ça se partage!

Ça, c’est un secret qui donne le goût de danser et de courir vers l’autre.

– Chut! Ne dis jamais à personne ce qui vient de se passer. Si tu le dis…

Ça, c’est un secret maudit. Un maudit secret rempli de caca qui pue. C’est un secret qui traumatise le cœur, qui le fait brailler en cachette jusqu’à la fin des temps, que le secret trouve son chemin ou non vers une oreille accueillante.

L’enfant qui le reçoit aura toute la misère du monde à décider s’il doit le cacher de tous ou s’il peut oser le déposer dans le cœur d’une personne aimante et protectrice. La honte, la peur de trahir l’initiateur du secret ou de trahir sa propre personne. C’est un secret qui donne le goût de mourir par en dedans, de s’enfuir de soi, de s’isoler. C’est un secret qui donne la nausée.

Chaque enfant (chaque adolescent aussi… une petite piqûre de rappel est nécessaire à l’occasion) devrait apprendre la différence entre les secrets qui font du bien et ceux qui tuent. La main qui touche les fesses innocentes et la main qui s’élève sous le coup de l’alcool et de la colère ne doivent pas être protégées par le silence et la solitude. La menace n’a pas sa place, qu’elle existe en mots ou en gestes.

Chaque parent, chaque adulte de confiance devrait trouver les mots et le moment pour faire comprendre aux enfants qu’ils doivent apprendre à connaître et à écouter la petite voix en eux. Celle qui leur dit de crier, de refuser le secret, de trouver LA personne de confiance qui prendra soin de l’enfant et du secret qu’il s’est fait imposer. Celle qui leur dit « Non, ce n’est pas ta faute. » Et chaque adulte qui reçoit la confidence d’un maudit secret devrait croire l’enfant qui a osé vivre dans la vérité et défier le manipulateur.

Nathalie Courcy

Toi, Lui et Elle

Quelqu’un a déjà dit : pourquoi se méfie-t-on des inconnus alo

Quelqu’un a déjà dit : pourquoi se méfie-t-on des inconnus alors que tous ceux qui nous ont fait mal un jour, on les connaissait ?

Quand un bon matin, Elle a fait son entrée dans votre vie, ton anxiété a atteint des niveaux record. Tu avais déjà été tellement blessée et rapiécée que cette fois, tu ne voulais pas te tromper. Tu ne savais plus de qui ou de quoi te méfier. Pour déjouer la peur qui te rongeait, tu as choisi de te méfier de toi-même et non de Lui. Ou d’Elle.

Tu as calmé tes craintes et ta panique à grands coups de citations Pinterest et de respiration trop longues. Tu as profité de ton temps dans la douche pour verser en paix les larmes d’angoisse que tu refoulais. Tu as fait des détours en voiture pour écouter sur repeat des chansons qui te déchiraient le cœur, mais qui te faisaient du bien en même temps. Tu as fait tout ce que tu as pu pour te méfier de toi-même et non de Lui. Ou d’Elle.

Tu as avalé ses paroles à Lui comme une pilule de travers et les siennes à Elle se coinçaient au travers de la gorge comme la boule d’émotions que tu vivais jour après jour par en dedans. Tu voulais tellement te méfier de toi-même et non de Lui. Ou d’Elle.

Tu as vu défiler les changements impromptus de mot de passe, ses regards paniqués, les bonnes excuses, ses compliments pour toi, et tu as deviné ceux pour Elle, les mensonges, ses élans d’amour pour toi, ses élans de je ne sais quoi pour Elle, leur belle amitié, tes questions et ses bonnes réponses à Lui, tes questions et ses belles menteries à Elle, son assurance, ta déchéance. Tu as prié d’avoir raison de te méfier de toi-même et non de Lui. Ou d’Elle.

Tu as survécu à ces jours où tu te voyais dans le rôle que personne ne veut camper. Tu as mis le pilote automatique et tu as laissé ta vie se conduire toute seule sur une route cahoteuse en pleine averse. Tu as essayé d’ignorer le risque d’aquaplanage parce que tu voulais donc lui faire confiance à Lui, à la vie. Et tu t’es méfiée de toi-même et non de Lui. Ou d’Elle.

Quand tu as finalement heurté le mur que tu avais vu venir mais choisi d’ignorer… tu étais complètement seule, mais les dommages, eux, étaient collatéraux. Tu ne savais plus à qui la faute. Ta confiance n’avait plus de roue de secours et ta tête était une perte totale, ton cœur, lui, avait simplement déserté. Tu n’avais finalement rien compris au dicton. Une fois de plus, tu ne t’étais pas méfiée de la bonne personne. Tu t’étais méfiée de toi-même et non de Lui. Ou d’Elle…

Quand tout ton corps frissonne de peur, de craintes et d’angoisses, écoute‑toi.

Quand ta tête te répète une mise en garde tel un mantra et que tu t’efforces de l’ignorer, questionne‑toi.

Quand ton cœur est affaibli de trop de blessures et que tu veux juste arrêter d’avoir mal, aime‑toi.

Quand tu ne sais plus à qui faire confiance parce que tu n’en connais plus le sens, choisis‑toi.

Quand tu penses que la vie, l’amour, l’amitié et tout ce qui fait que vivre est supportable n’est pas pour toi, confie‑toi.

Ou viens vers moi et je l’écrirai pour toi. Pour nous.

Mais surtout pour Lui.

Et beaucoup pour Elle.

Karine Arseneault

Chercher le sens : le quotidien d’une psychologue pour enfant

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Vous défilez dans mon bureau chaque semaine. Je vous accompagne pour des motifs variés : anxiété, dépression, idéations suicidaires, trouble alimentaire et j’en passe. Vous avez 4 ans, 8 ans, 13 ans, 16 ans, peu importe, je vous rencontre et je vous écoute. C’est mon travail, je suis psychologue. Bien souvent, vous ne savez pas trop ce que c’est mon métier. Vous arrivez avec vos doutes, vos craintes, vos défenses. Pour certains, c’est une première, pour d’autres je surviens après une longue liste de professionnels rencontrés, de diagnostics émis, de médications essayées. Mes collègues vous voient, vous saluent, mais ne connaissent pas votre histoire. Vous avez l’air rieur, confiant, arrogant; pourtant, quand la porte de mon bureau se ferme, c’est toute votre souffrance qui prend la place. Plus le temps avance et plus vous êtes à l’aise. Ça prend quelques minutes pour certains, des mois pour d’autres, mais nous réussissons toujours à bâtir une relation de confiance. Je vous trouve courageux, brillant et pertinent.

 

Ce que je fais avec vous est simple et complexe à la fois : nous cherchons le sens. Chercher le sens, ça veut dire voir au-delà du symptôme. Ça veut dire que vous n’êtes pas fou, votre corps, vos comportements et vos paroles livrent le message d’un mal‑être beaucoup plus profond. Ce qui est merveilleux, c’est qu’en le trouvant, en le nommant et en le pansant, les symptômes s’atténuent, puis disparaissent. lls n’ont plus lieux d’être. Il ne s’agit pas de mauvais symptômes à dresser, contrôler ou faire disparaître, au contraire, ce sont les alliés de votre santé mentale. Vos crises de panique, d’angoisse, de rage, elles nous permettent de comprendre le sens de votre souffrance, le sous ‑texte de votre vie que vous n’arrivez pas à mettre en mots ou encore pire, qui a été mis en mots, mais ignoré et qui ressort en maux. Je ne suis pas l’experte qui vous aide, j’ai autant besoin de vous que l’inverse, car sans votre confiance et vos confidences, je ne comprends pas plus que vous ce qui vous arrive. C’est vous les experts de votre système; je possède les connaissances, vous possédez la réalité de votre quotidien et ensemble, on co-construit un espace de réflexion, d’écoute puis de changement.

 

Parfois, je me sens mal de tout ce qu’on vous demande, nous comme société. Je trouve, en effet, qu’on vous demande d’être dans la norme dès votre arrivée dans le ventre de votre mère. Ni trop gros, ni trop petit, préférablement avec le bon nombre de chromosomes. Même chose à votre arrivée au monde : il faudrait idéalement boire aux quatre heures, ne pas trop perdre de poids et le reprendre bien vite. Dormir seul à quatre mois, être propre rapidement, être sociable, bien vous intégrer à la garderie et à notre rythme de fou. Et hop, vous voilà rendu à l’école où, là aussi, il y a beaucoup de consignes et peu de place pour la différence. Apparemment, vous êtes plus royal qu’avant. Personnellement, ça ne m’inquiète pas, ça me rassure. Parce que oui, il n’y a pas si longtemps, tout le monde écoutait à l’école et personne ne remettait en question l’autorité parentale, mais pour quelle raison? Par peur? Parce que les émotions, ce n’était pas si important? Parce que la petite sœur au couvent pouvait donner un coup de règle? Je vois là le symptôme d’une génération à qui on apporte plus de soin, une génération qui nous crie nos imperfections. Je vois là une occasion de grandir, d’échanger, de nous écouter. Je vois là des enfants qui étouffent dans des cases rigides où le temps va trop vite et où la peur est au cœur des relations et des décisions. Mais s’il arrivait ceci ou cela? Mais si à l’adolescence, ça empirait? Mais si on laisse faire ça, qu’est‑ce qui arrivera ensuite? Avec nos peurs, nous perdons de vue l’essentiel : votre capacité à vous adapter et à changer si seulement on vous accueille et on vous encadre. Oui, il en faut des règles, un cadre, des limites, sans elles vous êtes perdu, sans elle vous allez trop loin et vous vous perdez de vue. C’est pour cela que la relation est importante, la réciprocité, l’échange, ce regard bienveillant qui apporte le réconfort et qui enseigne sans brimer.

 

 Merci de votre authenticité, merci de nous rappeler les failles de notre société, merci de nous faire réfléchir et grandir. J’espère que vous avez, sur votre chemin, des adultes significatifs qui croient en vous pour ce que vous êtes et non ce que vous faites : un père, une mère, un enseignant, un oncle, des grands-parents, peu importe, quelqu’un qui ne veut pas vous changer, qui prend le temps de vous écouter et de vous souligner ce qui vous rend unique. Et s’il faut aller voir un professionnel, je vous souhaite qu’il soit disponible et ouvert, qu’il vous fasse sentir bien et qu’il cherche avec vous à faire émerger votre identité dans ce qu’elle a de plus authentique. Votre potentiel est immense lorsque vous êtes bien accompagné.

 

Roxane Larocque

Mes larmes de mère

Elles coulent sur mes joues, salées et amères… mes larmes de mè

Elles coulent sur mes joues, salées et amères… mes larmes de mère. Mes yeux se noient. Me souffle est saccadé. Mon cœur est déchiré. Ton détachement me fait mal, mon enfant. Ta désinvolture me rentre dans le corps. Ton dégoût de moi assombrit mon âme.

Je pleure. Je pleure ton indifférence, je pleure ton ingratitude, je pleure mon échec. Je me sens si mauvaise mère. Bien loin de la maman bienveillante et sereine, je suis dévastée. Je te regarde grandir et t’éloigner. Je suis fatiguée d’avoir l’impression de te déranger dès que je t’adresse la parole, d’avoir peur de me brûler dès que je te frôle…

Je me souviens de mon adolescence tumultueuse et de la haine que je ressentais envers mes parents. Je suis si triste, car je pensais que toi et moi, nous serions au-dessus de ça.

Je ne peux m’empêcher de te répondre et les hurlements fusent dans la maison. Je fuis ce domicile où je me sens de trop. J’ai de la misère à respirer dans ma propre demeure. J’étouffe.

On parle sans arrêt de la détresse des ados, mais le désarroi des parents, on le cache. Je souffre chaque jour en silence. Alors parfois, j’explose. Je laisse les cris et les larmes sortir de moi. Mon corps est secoué par cette colère. Je ne suis pas faite pour ça. Je ne suis pas bonne. Ma confiance en moi est ébranlée. Quel exemple suis-je pour toi? Comment peux-tu te sentir entouré et accompagné avec une mère comme ça?

Que de culpabilité je porte en moi…

Puis, doucement, sans faire de bruit, m’entourant de tes bras réconfortants, tu viens coller mon visage sur ton cœur. Je le sens cogner fort dans ta poitrine. Ta main caresse mes cheveux. Mes larmes coulent de plus belle. Mon esprit devient un peu plus léger.

Nous restons ainsi en silence. Nous savons que nous allons parler. Mais pour l’instant, nous avons besoin de pleurer. Pleurer notre détresse. Pleurer notre amour. Pleurer cette trêve. Vider ce mal.

Je ne suis pas la maman parfaite que j’aurais aimé être, mon enfant. Je suis humaine. Je fais de mon mieux et mon cœur explose d’amour pour toi. Je nous souhaite des tonnes de merveilleux moments avant que tu t’en ailles mener ta barque. Je nous souhaite de nous comprendre et de nous respecter. Je nous souhaite de nous haïr encore pour mieux nous aimer. Je nous souhaite d’apprendre à nous comprendre et d’arriver à vivre encore un peu ensemble.

Je te berçais quand tu étais bébé. Maintenant, c’est à mon tour de me laisser réconforter.

Je suis là, tu sais.

Je serai toujours là pour toi.

 

Gwendoline Duchaine

La petite gardienne

Tu sais, faire garder mes enfants, j’y ai souvent pensé.

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Tu sais, faire garder mes enfants, j’y ai souvent pensé.

Soit pour des petites sorties d’amoureux ou pour des rencontres entre amies lorsque papa ne peut être présent pour les enfants. Parce qu’on a tous besoin de prendre du temps pour soi ou pour son couple.

Mais est-ce moi qui suis étrange ou bien c’est réellement difficile de faire garder ses enfants par une autre personne que les grands-parents ou tous autres membres de la famille ?

Oui, je l’avoue. Je trouve ça rough. Certains parents me qualifieront de mère poule, de control freak, de mère qui n’est pas capable de couper le cordon… Je m’en fous. Je sais comment je suis, et je suis au courant que de faire venir une petite gardienne à la maison est, pour moi, un défi de taille. La preuve est que ma grande fille aura six ans, et qu’elle n’a jamais été gardée par une personne n’ayant aucun lien familial.

Je vois ça comme une étape. Toute une étape puisque je dois prendre quelques respirations et lâcher prise. Il faut arriver à faire confiance à une personne qui connaît peu l’histoire de tes enfants et pour moi, cette confiance-là se gagne avec le temps et non durant une petite entrevue de quelques minutes pendant laquelle la petite gardienne verbalise toutes ses belles capacités.

Une grosse étape. Mais tu sais, j’ai décidé d’aller de l’avant. Oui ! oui ! D’abord parce que je sens que les grands-parents ont besoin d’un petit break et que même s’ils ne l’avoueront pas, semblent un peu fatigués d’être les seuls gagnants de la roue du gardiennage. Puis, bien, parce que l’humain est fait pour s’adapter. Je sais qu’il y a de bonnes gardiennes et que je dois m’enlever de la tête cette image de la petite adolescente qui invite son petit chum sur le lieu de gardiennage. Elles ne sont pas toutes comme ça et faire de la généralisation ne m’aidera certainement pas.

Donc, bref, j’ai décidé que j’allais trouver ma petite perle de gardienne. J’ai mis une annonce sur les réseaux sociaux pour faire connaître mon intention. Toutefois, lâcher prise ne signifie pas que je suis prête à laisser mes enfants à la première personne qui me répond. Je reste ferme sur certains critères que je trouve essentiels. Par exemple : avoir un cours de gardienne avertie et donc une formation de RCR.

Cette formation me dit que la petite gardienne que je choisirai a voulu parfaire ses apprentissages, aller chercher un maximum d’informations pour être la meilleure gardienne qui soit et qu’en plus, elle est sans doute responsable et mature. Je me dis que c’est plus facile de faire confiance à une adolescente qui a une formation qui atteste que la sécurité de nos enfants est primordiale, non ?

Donc, suite à cette recherche de la petite gardienne parfaite, j’ai reçu quelques messages. Il ne me reste qu’à les rencontrer et voir avec qui ça clique le plus pour mes enfants.

Pour ce qui est du reste, je vais faire confiance à la vie, et me dire que nous étions rendus là, tout simplement. Les grands-parents seront satisfaits, les enfants aussi. Et je suis convaincue que la personne choisie sera également heureuse de pouvoir s’amuser avec mes adorables enfants.

C’est le cours de la vie.

Je suis curieuse : avez-vous eu de la difficulté à faire garder vos enfants ? Avez-vous trouvé la perle des petites gardiennes ? Racontez-nous vos expériences !

Kim Racicot

Réflexion de maman un dimanche matin

J’ai trois enfants. Une fée de huit ans, une artiste de presque q

J’ai trois enfants. Une fée de huit ans, une artiste de presque quinze et un futur policier de dix-huit. Ces trois enfants qui sont les miens sont les amours de ma vie. C’est cliché mais c’est comme ça.

J’aime les voir grandir. J’aime participer à la construction de leurs rêves et à ce qu’ils deviennent. J’ai l’intime sentiment que je leur ai donné le meilleur de moi-même. Pas toujours mais souvent. Pour ce qui leur aura manqué, ils peuvent toujours être sauvés par la thérapie ou par une rencontre avec quelqu’un qui saura être significatif. Ce bout-là me console. Je sais fort bien que même si j’ai donné le meilleur de moi-même, il y aura toujours des manques, des failles. Je ne peux pas répondre à tous leurs besoins sur-le-champ. D’autant plus qu’ils sont trois. Trois enfants que j’aime, mais trois enfants fort différents avec des besoins et des attentes différentes. Non pas que je ne veux pas, mais des fois je passe à côté, je ne décèle pas tout ce dont ils ont besoin. Et hop! Une thérapie de plus.

Je ne suis pas une maman parfaite. Loin de là. Je n’ai d’ailleurs aucune idée de ce à quoi ça ressemble. Celle qui fait les lunchs, qui assiste à tous les tournois de hockey, qui est toujours bien mise, qui ne crie jamais après ses enfants? Ça m’importe peu. Je suis toutefois une maman qui ressemble à la femme que je suis. What you see is what you get, qu’on dit. Je ne peux pas être plus transparente que je ne le suis.

Mes enfants grandissent donc à une vitesse folle. Parfois, j’en perds le nord. Fréquemment, lorsque je les aime au travers de mon regard, de par mes gestes, dans ces paroles que je peux leur dire, je me rappelle les paroles de Khalil Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. » J’ai mis des enfants au monde pour qu’ils puissent parcourir le leur. À leur façon et non pas à la mienne. Et ça des fois, ça me fait peur. Et ça des fois, ça me fait pleurer.

J’aime ce qu’ils sont. Ce qu’ils deviennent. Mais non, je ne suis pas toujours en accord avec leurs choix. Je ne suis pas toujours d’accord avec la route à prendre. Je les vois parfois s’engager sur des chemins difficiles, sinueux et qui amèneront inévitablement souffrances et déceptions. Je voudrais les prévenir, leur crier : ne va pas là! Tu vas tant te blesser! Et parfois je le leur dis. Et parfois non. Parce qu’à la toute fin, c’est eux qui décideront. Qui emprunteront le chemin qui leur semble juste, porteurs d’espoirs et de désirs, qu’importe ce que j’en dis. Des Christophe Colomb à la conquête de l’Amérique. De la leur.

Le mieux que je peux faire est de les accompagner. S’ils en ont envie. Au-delà de mes peurs et de mes incohérences. Les laisser s’envoler du nid et parcourir des montagnes jonchées de chemins tranquilles et d’une beauté à couper le souffle. Emprunter les chemins les plus obscurs et terrifiants. Respirer un grand coup. Rester disponible pour qu’ils me racontent leurs voyages. Et continuer de leur faire confiance, me rappeler le bagage qu’ils portent en eux-mêmes, le legs que leur père, de leur entourage et de moi‑même leur avons laissé. Et le plus important : les aimer fort et le leur dire. Et leur envoyer des baisers même si c’est de bien loin.

Isabelle Bessette

 

Ces gens-là

Ces gens-là. Ceux qui se disent tes meilleurs amis

Ces gens-là.
Ceux qui se disent tes meilleurs amis pis qui te poignardent au moindre faux pas.
Ceux qui drainent toute ton énergie et qui s’accrochent à toi telles des sangsues.
Ceux qui brisent ton cœur qui sera bien long à réparer et qui anéantissent ta confiance.

Ceux qui te font sentir comme une mauvaise personne parce que tu n’es pas à la hauteur de cette amitié si envahissante.
Ceux qui manipulent, mentent et parlent dans ton dos.
Ceux qui font mal.

Ceux qui sont jaloux, qui n’acceptent pas que tu voies d’autres gens.
Ceux qui ne respectent ni ton intimité ni tes valeurs.
Ceux qui critiquent ta façon d’être, de penser et d’élever tes enfants.
Ceux qui trouvent pathétique ton amour avec l’homme de ta vie.

Ils puent la jalousie, ils sentent la trahison. Ils laissent ce goût amer sur ton cœur.

Une rupture d’amitié, c’est comme un couple qui explose. Les dommages collatéraux sont immenses et dévastent trop de cœurs.

Une rupture d’amitié, ça fait pleurer. Il faut du temps pour ouvrir son âme à nouveau. Et sans doute qu’on ne le fera plus jamais si sereinement.

Une rupture d’amitié, ça fait mal. Longtemps.

À ces gens-là qui ont pressé tout le sang qu’il me restait dans le cœur, je voulais vous remercier. Vous m’avez donné une arme : la méfiance. Je voulais vous dire que je vous ai pardonné, car finalement, vous êtes sans doute très malheureux, dans votre vie où vous consommez les gens et les jetez comme de vieux mouchoirs quand ils ne sont plus utiles.

À ces gens-là : tenez-vous loin de moi. Laissez mon cœur continuer de s’amuser comme si demain n’existait pas!

Le temps effacera ce goût amer.

Une rupture d’amitié, ça fait mal.

 

Gwendoline Duchaine

 

Même pas peur!

Il m’est arrivé de crier devant mes enfants. De sortir mes gros y

Il m’est arrivé de crier devant mes enfants. De sortir mes gros yeux menaçants. T’sais, une mère à boutte, c’est une mère à boutte. Et quand c’est arrivé, j’ai vu dans le regard de mes enfants une peur, une inquiétude qui m’a fait peur. Je ne veux pas être cette mère-là qui règne parce qu’elle est crainte et se croit toute-puissante. Dans ce temps-là, j’aurais le goût de m’auto-dire : « Vade retro Satanas! »

Mais la plupart du temps, je me contrôle, je gère mes trop-pleins comme j’aimerais que mes enfants gèrent leurs émotions. Un travail de chaque instant.

Ce soir, mes enfants m’ont donné à tour de rôle la petite tape dans le dos qui me félicite de mes efforts et qui renforce mes bons comportements.

***

Belle cocotte : « Maman, c’est quoi, les règles? Pas comme les règles d’école ou les règles de discipline, là… » Après explications d’usage, elle me dit : « C’est l’fun, maman, parce que toi et moi, on est toutes les deux scientifiques. Ça fait que si j’ai des questions, je peux te les poser, et toi aussi, tu aimes ça quand je fais ma “minute scientifique!” »

Les discussions existentielles, ce n’est pas obligé d’être compliqué et cousu de malaises.

***

Moi : « Est-ce que quelqu’un a vu le LeapPad de Coco? Je pense qu’il aimerait jouer avec dans les prochains jours et il est encore ‘disparu’ »

Silence radio.

Trente minutes plus tard, Tiloup vient me voir : « Tiens maman, j’ai trouvé la tablette de Coco. Elle était en dessous de mes couvertures. Je voulais aussi te donner ton colleux bonne nuit. »

Il aurait pu cacher la vérité et la tablette, mais non. Il savait que je ne le chicanerais pas, alors il m’a simplement rapporté le jeu de son frère.

***

Tiloup : « Guliana et moi, on a le même projet pour plus tard. On veut se marier ensemble. »

Cette déclaration sortant de la bouche de mon bonhomme de six ans m’a charmée. C’est parfois si difficile pour les petits garçons de révéler leurs émotions!

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Grande Peanut, après deux mois à refuser de prendre la médication qui l’aide à gérer son anxiété et ses sautes d’humeur explosives : « Maman, j’ai décidé de recommencer à prendre mes médicaments. Ça n’a pas d’allure, quand je ne les prends pas. Je suis vraiment désolée de tout ce que je vous ai fait vivre dans les dernières semaines. »

Après un câlin mère-fille, je lui dis : « On va appeler cette période, un test? »

Elle : « Oui, un test échoué. »

Moi : « Je parlerais plus d’un test concluant. Ça me soulage que tu choisisses de prendre soin de toi. »

Elle aurait pu continuer à s’enfermer dans un entêtement tiré des plus chaudes luttes de pouvoir. Mais non. Elle a corrigé le tir et m’en a parlé ouvertement.

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Dix minutes après s’être couché, mini Coco s’est relevé et est venu me voir dans ma chambre : « J’ai juste oublié un petit quelque chose. Ton câlin et ton bisou. » Et il est retourné faire dodo, le cœur rempli de sérénité et de sécurité.

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Ce sont des petites bulles d’instants, des câlins qui chatouillent le cœur et le font sourire. Après une soirée aussi bien remplie de confiance mutuelle, au dodo! Satan est retourné dans son trou pour y rester.

Fuir ou frapper : pas les seules options

Mes filles arrivent à l’âge où j’ai fait subir à ma mère l

Mes filles arrivent à l’âge où j’ai fait subir à ma mère l’inquiétude aiguë de ne pas savoir où j’étais, mais de savoir que j’allais mal. En deuxième année du secondaire, je me suis sauvée deux fois de l’école privée. J’ai fugué. Pas longtemps, pas loin, mais assez pour semer la panique. Et je ne voudrais tellement pas que mes enfants fassent la même chose! (Je m’excuse encore, maman…)

La Nathalie de l’époque était malheureuse. Elle avait le goût de mourir. Elle avait des amis, elle réussissait très bien à l’école, elle avait des buts dans la vie (gagner les compétitions de fanfare avec les cadets, gagner le concours de dessins et la dictée annuelle), elle avait un toit pour se couvrir et une famille aimante. Tout pour être heureuse et bien dans sa peau, mais apparemment, quelque chose manquait.

Il manquait un père, qui me manquait terriblement depuis son décès cinq ans plus tôt. Le deuil s’étirait, et l’expression du deuil n’était pas toujours bien accueillie. À l’âge où je vivais mon trip d’Œdipe, lui apprenait qu’il avait un cancer incurable. Alors à l’âge où j’aurais eu besoin de mon papa policier pour me policer et m’aimer, il me manquait. Un manque dans le sens de sevrage. Avec des souffrances et des séquelles.

Je ne manquais pas de confiance en moi, je connaissais mes forces et j’étais capable de répliquer aux terreurs de cinquième secondaire qui essayaient de terroriser la classe de petites bollées que nous étions. Mais derrière l’ado frondeuse que j’étais, derrière la mi-rebelle, mi-nerd, il y avait une fillette terrorisée, jammée à l’âge où son papa était parti et où elle subissait des abus de la part de jeunes garçons en rut. Pas facile de se définir comme jeune fille, quand nos repères masculins sont aussi biaisés.

Et puis, j’avais deux frères, eux aussi premiers de classes et rebelles à leurs heures. Ils étaient passés maîtres dans l’expérimentation des mauvais coups de la vie. Alcool, drogues, découchages, tests d’explosifs, violence… Je me rappelle avoir eu cette conversation avec moi-même : « Tu dois faire quelque chose qu’eux, ils n’ont pas fait. » Ils n’avaient jamais fugué, alors c’est ce que j’ai fait. Probablement par manque d’attention, aussi pour exprimer un mal-être.

Quand on habite dans un petit village de campagne perdu entre Montréal et Québec, le choix des destinations est limité. La première fois, j’avais planifié l’expédition. J’avais apporté un deuxième manteau pour éviter d’être repérée grâce à mon manteau rose bonbon. J’avais calculé le temps que je devais niaiser à ma case pour que les autres élèves partent à leur cours avant moi. J’avais choisi la journée où notre première période avait lieu dans un autre pavillon. Ça me donnait une raison pour sortir de l’école. Il ne me restait qu’à passer par un chemin où je ne serais aperçue par personne et ce serait tiguidou.

J’ai marché, marché, marché. Et encore marché. Le long de la rivière gelée en contemplant l’idée très attirante de me pitcher dedans. Deux visions m’en ont empêchée : la panique que je ressentirais avant que mon corps s’endorme, et l’impact que ce suicide aurait sur les compétitions de fanfare. Je ne voulais pas, bien sûr, que ma famille et mes amis aient de la peine, mais au bout du compte, c’est bel et bien mon appartenance aux cadets qui m’a retenue sur la rive.

J’ai marché dans le froid hivernal jusqu’à une forêt. Et là, je me suis couchée en boule sous une chaloupe qui y avait échoué. Comme moi. Je ne sais pas combien de temps j’y suis restée, mais je sais que j’ai marché dans le sens inverse tout l’après-midi. À 3 h 45, je montais dans l’autobus jaune comme si de rien n’était. Pendant que moi, j’étais dans ma tête, en plein débat sur ma volonté d’en finir, de continuer à marcher ou de revenir, ma mère, mes profs, la direction de l’école étaient en mode panique : où est Nathalie?

Il n’y a pas vraiment eu de conséquences, peu de discussions à la suite de cette fugue. J’ai perdu des points de bon comportement à l’école parce que je m’étais absentée sans permission. Dossier clos.

La deuxième fois, ce n’était pas prévu. Mais bien sûr, comme rien n’avait été réglé, la répétition était prévisible. Je ne me souviens même plus de ce qui a déclenché mon départ, mais je suis partie de l’école encore une fois. Et j’y suis revenue quelques heures plus tard. Le soir, ma prof titulaire m’a téléphoné, inquiète. Elle a été très présente toute l’année et son écoute m’a soulagée d’une grande tristesse. Plusieurs années plus tard, je l’ai croisée par hasard et j’ai pu la remercier. Mais maintenant qu’elle est décédée, je reste avec le regret de ne pas l’avoir remerciée assez.

Le lendemain de ma fuite, la directrice générale a demandé à me rencontrer dans le corridor : « Nathalie, normalement, on devrait te mettre à la porte du collège. Tu as perdu tous tes points à cause de tes absences non autorisées et aussi parce qu’il t’arrive d’insulter des profs (vous savez, ceux qui m’appelaient “Poison” ou “Microbe” parce que je parlais trop et que je dessinais en classe…). Mais tu es une de nos meilleures élèves. J’ai l’impression que c’est juste une mauvaise passe. Acceptes-tu de rester avec nous? »

J’ai eu un samedi de retenue (pendant lequel j’ai pratiqué mes pièces au cor français en vue des compétitions, et aussi mangé du sucre à la crème préparé par la surveillante) et j’ai dû promettre de ne plus m’enfuir. Promesse tenue, je ne suis plus partie de l’école ni de la maison.

Quand on pense aux « si » (si ç’avait été dans une grande ville, si je n’étais pas revenue la journée même, si j’avais sauté dans la rivière, si quelqu’un m’avait embarquée, si la police avait été lancée à mes trousses, si j’avais reçu plus d’aide dès la première fois, si j’avais été mise à la porte du collège, si, si, si…), on angoisse facilement. Dans mon cas, ces « si » ne se sont pas produits. J’ai été chanceuse et j’ai aussi fait ma chance en revenant chez moi, en acceptant le compromis avec l’école et en apprenant de cette leçon.

Et maintenant que c’est à mon tour d’être maman d’ados, j’espère que je ne serai jamais confrontée aux « si » d’une fugue. J’essaie d’être à l’écoute des signes et d’enseigner à mes enfants d’autres options afin que fuir et frapper ne leur apparaissent pas comme des solutions. On verra si ce sera suffisant.

Nathalie Courcy