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Merci, nos Canadiens ! Texte : Marilou Savard

Malgré les larmes aux yeux et le motton dans la gorge, j’aimerais finir cette saison de hockey su

Malgré les larmes aux yeux et le motton dans la gorge, j’aimerais finir cette saison de hockey sur une belle note :

Je me souviens du but en désavantage numérique du numéro 41.
Je me souviens du but du numéro 15 à 15 minutes 15 secondes.
Je me souviens du genou à terre du numéro 73.
Je me souviens du saut dans les airs du numéro 62.
Je me souviens du retour et de la glissade du numéro 17.
Je me souviens du numéro 22 avec autant de talent à compter qu’à sourire.
Sans oublier ses passes avec son super binôme numéro 14.
Je me souviens de la confiance, de l’assurance et de l’excellence du numéro 31.
Et je me souviens de Marc Bergevin avec ses éclats de joie et tout son amour démontré pour ses boys.

Ah oui… je me souviens bien évidemment des pointes de pizza du numéro 24 après nos grosses win et des moments hilarants avec les anciens numéros 40 & 84.

Dieu sait que j’en oublie, tous ont été merveilleux tout comme mon préféré, numéro 26, Jeff Petry.

Vous avez gagné un trophée et c’est en finale que vous êtes allés.
Ce n’est pas rien.

Merci de nous avoir montré que croire en soi, en nous, fait toute la différence.
Merci de nous avoir donné de l’espoir.
Merci de nous avoir fait vivre des émotions incomparables.
Merci de nous avoir sauvés en temps de pandémie.

Une chose est certaine, ce n’est que le début. PROUD OF YOU!

Marilou Savard

Le temps qui rend tout croche en dedans- Texte : Sophie Barnabé

Depuis la dernière année, je les ai vus mes jeunes, perdre trop so

Depuis la dernière année, je les ai vus mes jeunes, perdre trop souvent leur sourire. S’isoler en attendant que le temps revienne comme avant. Je les ai encouragés tant bien que mal, je leur ai fait leur déjeuner préféré, je leur ai flatté les cheveux en regardant la télé, je leur ai ouvert mes bras pour qu’ils viennent y pleurer tout bas. Bien sûr, on a eu de bons fous rires, tout n’est pas noir, mais l’étincelle dans leurs yeux a parfois du mal à m’éblouir.

Après une année éprouvante sur tous les plans, je côtoie trop de jeunes qui sont à boutte ! Trois fois plus de jeunes du secondaire disent que leur santé mentale s’est grandement détériorée depuis un an. La détresse fait mal. Très mal. Au Québec, dans les dernières années, le taux de suicide a doublé chez les jeunes de 15 à 19 ans. Doublé ! La détresse fait peur.

 

Toi et moi, on l’sait bien que les mauvaises passes, ça finit toujours par finir. Que tout reviendra comme avant dans quelque temps… Quelque temps… Ce soir, bien calée sous mes couvertures, j’essaie de comprendre. Quand nos jeunes ont le moral dans les talons, qu’ils vivent des défis ou des épisodes de dépression, on leur dit que les choses vont finir par s’arranger, qu’il faut laisser le temps au temps… Et si c’était ça, le temps qui les rendait tout croches en dedans ?

Penses-y un instant… pas longtemps…

Qu’y avait-il de différent quand j’étais jeune ? Internet… Facile de mettre le blâme sur la technologie. Elle a le dos large, la pauvre. Le petit sablier qui marque le temps sur l’écran n’est pas si anodin qu’il en a l’air… Et si la technologie avait donné une nouvelle dimension au temps ? Cette ressource précieuse qui laisse retomber la poussière et qui guérit les blessures. Ce temps qu’on voudrait parfois arrêter pour savourer le moment…

Je ne sais pas si c’était comme ça pour toi, mais au secondaire, je passais des heures à la bibliothèque à chercher l’information, à photocopier, à séparer le mauvais du bon, à surligner. C’était long ! Baptême que c’était long ! Depuis qu’ils sont tout petits, mes jeunes tapent un mot-clé sur Google pour recevoir, en quelques secondes, une tonne d’informations déjà prémâchées. Ils font l’effort de chercher avec les outils à leur disposition. J’aurais fait pareil si j’avais pu. Faire une recherche en quelques minutes plutôt qu’en trois jours… Je ne peux leur en vouloir de s’impatienter quand le petit sablier sur l’écran tourne un peu trop carré.

Quand je voulais parler à mes amis, c’était parfois long. Je savais ce qu’était l’ennui. Ce feeling qui crée l’urgence en dedans quand t’as besoin d’un câlin qui arrête le temps. Mes ados communiquent par vidéo à la minute où ils en ont envie. Pourquoi attendre quand on peut le faire tout de suite ? À l’époque, suivre une série demandait une saison, une vraie… Aujourd’hui, une saison peut se résumer en une nuit. Pourquoi attendre quand ça peut se faire si vite ?

Nos jeunes sont nés à l’ère de l’efficacité, de la rapidité, des résultats immédiats… Habitués de comparer le temps au sablier qui tourne sur l’écran, nos jeunes sont probablement dépassés quand on leur dit que ça prendra six mois, une année ou cinq ans pour guérir un mal à l’âme, pour obtenir un diplôme ou avant de revoir grand-papa. Pour eux, c’est une éternité ! À leur place, je serais découragée. Bien trop long pour persévérer. Une montagne qui leur semble impossible à gravir. Ce doit être pour ça que certains pensent même à en finir.

Quand le mal-être fait trop de dommages, quand laisser le temps au temps demande trop de courage, certains jeunes lancent un ultime crime du cœur. Celui qui me fait si peur. Le suicide, c’est la mort qu’on a décidé de précipiter sans avoir donné le temps à la vie de nous prouver que ça vaut la peine de s’accrocher. Parce que toutes les émotions sont temporaires, parce que les nuages finissent toujours par passer. Parce qu’il n’y a jamais personne qui a dit que la vie était facile, mais il y a toujours un p’tit quelque chose qui fait qu’elle est belle.

Si tu connais quelqu’un qui t’inquiète, rends-lui visite. Impossible ? Prends le temps de lui téléphoner parce que les choses anodines entrent par texto. Quand on téléphone, c’est pour jaser de ce que les pouces ne peuvent communiquer. Ose en parler, ne passe pas par quatre chemins. Demande-lui : « Comment vas-tu ? Vraiment ? ». En cas de doute, prends une grande respiration et lance-lui : « As-tu des idées noires ? » BAM ! Direct de même ! Et si tu as besoin d’aide, compose le 1-866-appelle.

Sophie Barnabé

Quand les travailleurs essentiels se rencontrent- Texte : Karine Lamarche

Se sentir privilégiée. De faire partie des travailleurs jugés ess

Se sentir privilégiée. De faire partie des travailleurs jugés essentiels, d’habiter un pays fortuné où la lutte à la pandémie est devenue une priorité.

Franchir les portes d’un centre de vaccination le cœur rempli d’espoir et de gratitude.

S’entretenir avec des dizaines de travailleurs de la santé. Savoir que depuis des mois, ils sont à bout de souffle.

Ressentir une joie immense en m’assoyant près de l’infirmière. Échanger un regard brillant, entendre toute sa reconnaissance envers les gens du milieu scolaire. 💕 Oublier la piqûre. 😉

Quitter le centre le cœur léger.

Espérer que rapidement, tous puissent traverser les mêmes étapes que moi et qu’enfin, la vie puisse reprendre son cours. 🙏

Karine Lamarche
Enseignante

Mes chéries, Maman est en psychiatrie

Des mots trop lourds à écrire sur une feuille de papier recyclé.

Des mots trop lourds à écrire sur une feuille de papier recyclé. Des mots trop lourds à entendre pour vos petites oreilles. Même aligner les lettres transperce mon cœur tellement ça me semble irréel.

Mais ce soir, Maman ne sera pas à la maison.

Maman a trempé son doigt et touché la dernière goutte d’un vase déjà trop plein. Une sensation de vide a envahi Maman et même vos rires rebondissent sur ma chair. L’envie de me sentir saoulée par les notes aiguës qui sortent de vos petits corps a toutefois donné l’arme secrète dont Maman avait besoin pour aller demander de l’aide, alors qu’elle tenait une fine lame entre ses doigts, prête à commettre l’irréparable.

Maman est à bout de souffle. Maman ne se comprend plus. Maman n’entend plus le bonheur vibrer autour d’elle. Il n’existe qu’une vague tonalité neutre qui la guide pour avancer, un pas après l’autre, comme un zombie. Juste assez de puissance pour se rendre à l’hôpital. Juste assez d’amour pour savoir que ça va passer. Juste assez de force pour accepter qu’il faille recommencer.

Chéries, maman est en psychiatrie. Pour que vous sachiez que ça peut arriver, un breakdown. Que c’est humain. Que vous allez certes perdre des plumes au passage, mais vous en aurez d’autres qui pousseront doucement. Parce que Maman sait qu’elle est une battante.

Mais surtout, parce que Maman sait qu’elle n’est pas une personne horrible. Mais bien une bonne personne qui a vécu des horreurs.

Kim Boisvert

Je ne veux plus mourir – Texte: Nathalie Courcy

J’ai passé la moitié de ma vie à vouloir mourir. À trouver que

J’ai passé la moitié de ma vie à vouloir mourir. À trouver que la vie ne valait pas la peine. Je souffrais trop. Je ne voyais pas le but de me lever tous les matins. Je me rivais le nez sur des échecs répétitifs qui cachaient les succès que je vivais sans les vivre. Ma génétique et les trop nombreux suicides dans ma parenté m’avaient convaincue que j’étais née pour être déprimée.

Médicamentée ou pas, en thérapie ou pas, ça allait downhill de toute façon. J’avais la tête dans une gelée de cumulonimbus sombre et grandissante. Vous dire la lourdeur de l’enclume qui pesait sur mes épaules, à force de porter tout ce malheur.

Et pourtant. J’avais des diplômes avec mention honorable. J’avais une maison, un mari. J’avais des enfants en santé, une famille, des amis. J’avais un bon emploi. J’avais suffisamment d’argent.
Mais. Mais je ne me sentais pas adéquate. Je ne me sentais pas à l’abri ni aimée. Je ne me sentais pas entourée. Je ne me sentais pas à ma place. Je ne me sentais pas en sécurité, financière et morale. Je n’étais pas la maman que je voulais être : calme, drôle, énergique, en santé mentale et physique. Je n’étais pas celle que je voulais être : heureuse, équilibrée, libre, amoureuse.

J’étais une habituée des thérapies. Psy, masso, chiro, t.s., art-thérapeute, acupuncteur… je les avais tous essayés. Même chose pour les médicaments. Anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, antidouleurs… toujours avec un suivi adéquat, merci de demander. Mais je restais enfermée dans mon gros nuage noir. C’est frustrant, rester prise dans un gros nuage noir mélasse quand tu patauges sans arrêt pour t’en sortir.

Un jour, j’ai supplié d’avoir un médecin de famille. Que j’ai eu. Miracle, de nos jours. Et j’ai été honnête. Elle s’est étonnée que je tienne debout. Quand je dormais deux heures, je me trouvais chanceuse. Je ne pleurais pas, oh non ! J’étais gelée. Pas de drogue (merci à moi, je ne suis pas attirée par les drogues ni l’alcool [comme dit ma fille, l’alcool, ça goûte les pieds !]). Juste le cerveau embourbé, engourdi, comme si ma boîte crânienne était envahie par une glue visqueuse, pas de glitters. Mon corps était devenu immobile, toute mon énergie étant réservée à passer à travers mes journées de travail et mes soirées avec les enfants. Auto, boulot, dodo. Repeat. On repassera dans vingt ans pour le plaisir.

On a travaillé ensemble pour d’abord régler mon problème de sommeil. Ajuster la chimie du cerveau, mais aussi mon rapport à mon lit, à la nuit, à mon mari. J’ai mis des limites, je suis partie, je suis revenue vers moi, peu à peu. Le plus petit pas possible. PPPP. Quatre lettres qui m’ont sauvée, parce que si je m’étais fiée à la hauteur de la montagne à escalader, je n’aurais jamais osé. Elle m’aurait écrasée. Kapout.

Je me suis construit un nouveau nid, j’ai récupéré mon corps, je me suis activée. Je me suis pardonné plein de choses, et je me suis félicitée pour plein d’autres. D’abord de m’être choisie. D’avoir cessé d’attendre que d’autres le fassent à ma place. J’ai remis au centre de ma vie ce qui était important pour moi. Mes enfants, l’art, la créativité, l’écriture, la spiritualité, la famille, les amis, la santé. Puis l’amour.

Mais en premier, au tout début du parcours et ensuite à chaque jour, à chaque instant, je ME suis mise en premier. Égoïste ? Non, je ne crois pas. Si moi, je ne vais pas, rien ne va autour de moi. Si j’ai mes lunettes noires avec les verres salis par la glaise qui me sort du cerveau, je ne peux pas voir la beauté. Je ne peux pas percevoir l’amour, les bonnes intentions, la chance d’être en vie. Je ne porte pas de lunettes roses pailletées, ne vous en faites pas. J’ai les deux pieds sur terre, et c’est clairement mieux que s’ils étaient sous terre. Mais j’ai remisé mes perceptions erronées pour voir la vie comme elle est : variée, grande, lumineuse même dans ses bouts de noirceur.

Depuis l’adolescence, je restais en vie pour ne pas faire de peine à ceux qui restent. Je ne voulais pas déranger par mon départ. Je ne voulais pas laisser un vide dans la vie de ceux qui m’aiment. Je ne voulais pas générer de la culpabilité. Je ne voulais pas laisser comme héritage un gros sac de questions sans réponses.

Maintenant, si je reste, c’est pour moi. C’est parce que je vaux ce que je vaux et que je trouve que la vie est belle, même quand un nuage passe. Justement parce qu’il passe.

Si je reste, c’est aussi pour encourager les autres à rester. Un jour à la fois. S’il le faut, une heure à la fois. PPPP.

Nathalie Courcy

#BellCause

C’est encore possible

Il y a deux mois, j’ai fait un test de grossesse. Il y a deux mois, j’a

Il y a deux mois, j’ai fait un test de grossesse. Il y a deux mois, j’ai appris que j’attendais mon deuxième bébé. Il y a deux mois commençait un voyage qui, je le savais, ne serait pas de tout repos.

Pour toutes celles ayant déjà vécu une grossesse ectopique dans le passé, un résultat positif sur un test de grossesse sonne une cloche d’alarme. N’importe qui désirant un bébé se réjouirait de cette nouvelle. J’aimerais tellement que ce soit si simple. Oui, nous voulions agrandir notre famille, mais cela reste toujours inquiétant. Ce que j’ai vu avec les deux lignes sur le test, ce sont toutes les procédures qui allaient suivre et les nuits d’angoisse à ne pas dormir. Je voyais les appels en clinique pour essayer d’avoir un rendez-vous pendant la COVID. Je voyais les prises de sang aux deux jours. Je voyais l’attente du résultat téléphonique chaque soir. Je voyais les échographies à répétition jusqu’à ce qu’on trouve le petit cœur.

J’anticipais la déception si on m’annonçait qu’il n’était pas là où il devait être. J’anticipais la douleur des injections et du décollement. J’anticipais l’hospitalisation et le suivi post-injection.

Mon conjoint n’osait pas se réjouir, car nous avons déjà vécu cette expérience et nous savons ce qui peut arriver. On se regardait, on se souriait, mais on n’osait pas imaginer déjà notre vie à quatre.

Puis, après plusieurs tests, le résultat est arrivé… Bébé est à la bonne place et son cœur bat parfaitement. Nous sommes contents et reconnaissants de la chance que nous avons. Nous pouvons enfin nous réjouir.

Nous sommes conscients que plusieurs parents n’ont pas notre chance. J’ai pu garder ma trompe lorsque ma grossesse extra-utérine est survenue et ça m’a permis de concevoir ma fille et le futur humain qui s’en vient. En revanche, beaucoup de femmes se font prendre en charge trop tard et doivent se faire enlever une trompe pour sauver leur vie. C’est terrible de penser qu’une femme qui veut donner la vie passe proche de perdre la sienne par le fait même.

Je voudrais dire aux femmes qui ont vécu cette expérience par le passé que ce n’est pas impossible de concevoir après avoir vécu une grossesse ectopique. Certaines histoires se terminent bien. Et si certaines ne veulent pas se réessayer, c’est bien correct aussi. Il faut savoir s’écouter et se respecter. Mon témoignage aujourd’hui est juste pour vous dire que si vos trompes ont survécu à cette épreuve, il n’est pas impossible de concevoir à nouveau et à la bonne place. Ça prend beaucoup de courage et de résilience, mais c’est possible.

Je vous souhaite, à toutes celles qui le désirent, d’avoir un petit cœur dans le ventre lorsque vous vous en sentirez prêtes.    

Anouk Carmel-Pelosse

On ne se lâche pas!

Mon message du jour, entre deux journées de gros travail…

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Mon message du jour, entre deux journées de gros travail…

Je le sais que c’est pas facile.

Chaque jour, on annonce les nouveaux chiffres, les nouveaux décès, les nouvelles mesures.

On est dans la quatrième semaine de confinement et de distanciation sociale.

Chaque jour, nous vivons des émotions complètement contradictoires et intenses.

La nuit, on ne dort pas. On dort mal.

Que tu sois seul chez toi, que tu sois confiné avec ta famille, que tu te lèves chaque jour pour aller travailler parce que tu travailles pour un service essentiel… tu vis des moments terriblement difficiles.

C’est normal que tu te sentes mal. C’est normal que tu pleures. C’est normal que tu paniques, car cette pandémie est très sérieuse et l’avenir est complètement incertain. C’est normal que tu manques d’appétit et de sommeil. On est tous dans ce même bateau… ruinés, isolés et apeurés.

Mais tu sais, je crois qu’on va se tenir, on ne va pas se lâcher.

Appelle tes proches, ta famille, tes collègues, tes amis. Tous les jours.

Demande‑toi chaque jour : qu’est‑ce que je pourrais faire de bien ou de drôle aujourd’hui pour une personne ?

On a besoin plus que jamais les uns des autres.

Essaie d’apporter des petits morceaux d’espoir dans le cœur de tes proches.

Mange bien, fais du sport, chaque jour. Fais‑toi une routine, essaie de lâcher prise… On ne peut rien changer à cette situation, mais on peut décider de vivre pareil chaque jour et d’être heureux quand même.

Parce que la vie, c’est aujourd’hui.

Merci à tous ces artistes qui font des concerts ou des shows d’humour en live. Vous brisez cet isolement. Merci à tous ceux qui partagent des niaiseries sur les réseaux sociaux. Rire, ça fait tellement de bien.

Lâchez pas.

On va se tenir. On ne va pas se lâcher.

Gwendoline Duchaine

Lettre pour Nell

Salut ma peanut,

Deux ans. Deux

Salut ma peanut,

Deux ans. Deux ans déjà que papa et moi, nous t’attendions. Nous étions tellement contents quand tu es arrivée ! Malheureusement, ou heureusement, tu es arrivée en grand. À quatre semaines, j’avais déjà des symptômes. On ne pouvait pas s’imaginer que la joie indescriptible de voir enfin deux lignes bleues apparaître dans nos vies allait se transformer en notre première vraie peine d’amour. Maman est allée consulter, car malgré ta présence, elle n’avait toujours pas cessé de saigner. C’est à ce moment‑là que le docteur nous a expliqué trois possibilités :

  1. Tu ne grandissais pas à la même vitesse que les autres.
  2. Tu t’étais fait un petit œuf, mais tu ne t’y étais pas installée.
  3. Tu n’avais pas fini ta course et tu t’étais installée dans la trompe de maman.

C’est cette journée‑là que le plus long mois de notre vie a commencé. Prise de sang aux deux jours, douleur, excitation, doute, peur.

Lorsque tu as été assez grosse pour être vue à l’échographie, nous avons pu constater que malheureusement, tu t’étais fait un nid à la mauvaise place.

Le docteur nous annonce que nous allions devoir te sortir de là, car si tu grossissais trop, ta maison ne pourrait pas s’étirer comme tu voudrais et maman ne pourrait pas survivre. Il a donc fallu que maman reçoive une injection en espérant que tu t’endormes, que tu disparaisses. C’est la piqure qui m’a fait le plus mal de toute ma vie. L’aiguille était sur la hanche, mais c’est dans mon cœur que je l’ai sentie me piquer et je la sens encore de temps en temps.

Tu t’es battue, maman l’a senti. Tu t’es décollée de ton nid pour voler jusqu’à mon cœur et t’y faire une place pour toujours. Douleur extrême, autant physique que psychologique et émotionnelle. Je me suis sentie horrible de te faire ça quand toi, tu voulais simplement rejoindre nos vies. Je m’excuse tellement. Si tu savais comment j’ai trouvé ça dur de te dire au revoir avant même d’avoir pu te dire bonjour. Comment j’ai trouvé difficile d’annoncer à tes grands-parents qu’ils ne te connaîtraient jamais.

Pour papa et moi, tu resteras toujours notre premier bébé, notre premier espoir d’une vie de famille. Tu as été deux mois dans nos vies, mais tu resteras toujours dans nos cœurs et nos esprits. J’espère que tu comprends que je t’aime et que je t’aimerai toujours. Et que je m’en veux encore même si je n’ai pas eu le choix. Je sais que tu es là et que tu veilles sur ta sœur. Merci d’avoir fait le chemin pour elle et de l’avoir guidée dans nos bras.

Jamais je ne t’oublierai. Sache que pour moi, mars 2019 restera toujours le mois où tu ne viendras pas au monde.

Ta maman pour toujours

Anouk Carmel-Pelosse

Mon éternel printemps

Bel enfant,

Toi, tu ne réalise

Bel enfant,

Toi, tu ne réalises pas combien la vie a changé. C’est ton premier printemps. Les oiseaux commencent à chanter, la neige fond, le soleil se pointe le bout du nez un peu plus souvent. Si seulement tu pouvais vivre ce premier printemps dans le calme, la douceur et l’éveil de l’âme qu’amène la venue de cette saison tant attendue.

Malheureusement, mon amour, tu dois sentir que quelque chose ne va pas comme à l’habitude. Je voudrais bien pouvoir t’expliquer tout ça, mais je n’arrive même pas moi‑même à réaliser que la terre tourne au ralenti en ce moment. Je ne me souviens plus tout à fait quel jour le chaos s’est installé autour de nous. Il me semble que c’est loin derrière. Pourtant, c’est tout récent.

Toi tu ne le vois pas, nous non plus d’ailleurs, parce que l’ennemi est invisible. Depuis qu’il est là, les gens ont changé. L’incertitude, la méfiance, l’anxiété se sont installées dans nos têtes, nos cœurs et nos maisons. C’est de plus en plus chacun pour soi. Pourtant, j’aimerais t’apprendre mon bébé que c’est dans ces moments qu’on a le plus besoin les uns des autres. Qu’ensemble, on réussit souvent à mieux ramer dans la tempête. Tu sais, il y a heureusement toujours de belles personnes qui parsèment le monde de leur bonté et de leur espoir. Parce qu’il y a toujours des gens qui réussissent à faire du beau avec le laid qui les entoure. C’est sur ces personnes que je tente de me concentrer ces jours‑ci.

Malgré tout, je dois te dire qu’il y a des jours où l’avenir me fait peur à moi aussi. Depuis ta naissance, quand je pense à l’avenir, je pense surtout à toi. J’imagine ton futur : tes saisons qui reviendront et j’espère qu’elles seront plus belles que ton premier printemps. Je veux pour toi un monde qui te permettra de grandir, de t’épanouir, de rire, mais surtout de rêver. Je veux pour toi un avenir où tout sera à ta portée, mais il y a des jours où je me demande vers où notre bateau collectif s’en va. C’est comme si on ne ramait pas tous dans la même direction et je le réalise particulièrement pendant qu’on est au cœur de cette crise.

Mais tu sais, je me dis qu’il faut parfois une grande crise pour atteindre le fond et se relever. C’est ça aussi le printemps : renaître après le vent glacial qui a refroidi nos cœurs. C’est peut‑être ce qui arrivera pour nous quand tout ça sera terminé ? Je me dis qu’on aura sûrement appris que rien n’est acquis et que notre vie qui tourne à trois cents miles à l’heure n’est peut‑être pas si importante finalement quand on n’a pas le temps de la vivre. On le réalise, tu sais, quand on est obligé de s’arrêter et de revenir à l’essentiel. Et l’essentiel j’espère qu’on ne l’oubliera pas de sitôt.

Je le sais, tu dois ressentir que ces temps‑ci, le cœur de ta maman bat un peu plus vite, ses yeux semblent plus préoccupés et parfois, ils se remplissent de larmes. J’arrive à peine à voir la fin de ce malheur qui tombe sur nos têtes. Surtout, ça me chavire le cœur de voir tous ces gens autour du globe qui vivent des épreuves inhumaines loin des leurs.

Malgré tout, j’essaie de t’offrir le plus beau des printemps. Celui qui rafraîchit le cœur, celui qui nous fait redécouvrir le monde. J’ai envie que tu saches que c’est grâce à toi que je réussis à rester dans le moment présent. Parce que toi, tu ne connais que le moment présent. Merci, mon enfant, d’être là, à ce moment précis dans ma vie ; tu me fais fleurir moi aussi.

Puisque je réalise que ce qui nous attend demain est toujours incertain, j’apprends à ne plus tenir les choses pour acquis. Je profite de tout ce renouveau que tu m’offres. Je ne me tannerai jamais de te voir découvrir le monde avec tes grandes perles bleues à grands coups de sourires. Et ces moments, j’essaie de les garder près de mon cœur pour m’en souvenir malgré le temps qui file bien vite entre mes doigts.

Mon bébé, même si demain le printemps n’est plus comme avant, il y aura toi. Tu seras mon éternel printemps !

Catherine Desgroseilliers

Garde espoir

Je voula

Je voulais te dire, cher parent d’enfant timide, de garder espoir. De ne pas t’en faire… un jour ton enfant va prendre confiance et va s’envoler plus haut que tu ne l’aurais imaginé.

Je vais te raconter une histoire. L’histoire de ma fille.

Enfant, elle était terriblement timide. Maladivement timide…

Bébé, elle refusait le contact des gens, en dehors de son petit cercle de proches. Elle hurlait quand un inconnu lui adressait la parole. C’était un bébé à bras, collée, accrochée sur son papa et sa maman.

Quand elle était petite fille, tout ce qui sortait de sa routine l’angoissait au plus haut point, elle paniquait au moindre changement. Elle en a versé d’horribles larmes à son premier jour d’école… déchirant mon cœur de maman… Elle a pleuré pendant plusieurs semaines… Elle s’adaptait toujours doucement, en faisant le moins de bruit possible, essayant de ne jamais déranger…

Elle avait beaucoup de difficulté à aller vers les autres, petits ou grands, en dehors de sa bulle rassurante familiale…

J’avais de la misère à comprendre. J’ai été une enfant turbulente, proactive, leader, très active! Mon enfant m’envoyait une image à l’inverse de mon mode de fonctionnement. Je ne savais pas trop quel était mon rôle comme parent. La pousser, la forcer à aller vers les autres, ou respecter cette peur incontrôlable qu’elle avait tout le temps?

Nous avons décidé de la rassurer, toujours, tous les jours, par notre présence. Et nous avons décidé de la valoriser. De travailler son estime de soi, en étroite collaboration avec l’école…

Vers l’âge de huit ans… tout tranquillement… nous avons assisté à sa métamorphose… Ça s’est fait en douceur, par étapes. À force de réussites : à l’école, dans ses relations avec les autres, dans le sport, dans les loisirs, auprès de tous ceux qui l’aiment… ma fille s’est ouverte sur le monde…

À l’adolescence et en évoluant dans un milieu scolaire très dynamisant et valorisant… elle a pris son envol… elle s’est assise sur sa confiance et a escaladé bien des montagnes! Elle excellait non seulement dans le domaine scolaire, mais elle est aussi devenue le noyau de son cercle d’amis. Elle a gagné des concours, notamment, en écriture et en poésie, et elle a été amenée de nombreuses fois à prendre la parole devant des centaines de personnes, avec une assurance incroyable!

Jeune adulte, elle a participé à une simulation d’une assemblée de l’Organisation des Nations Unies (événement qui se déroule à New York), et elle a débattu sans aucune gêne, avec une passion intense et beaucoup de conviction! Elle vient de participer à un voyage humanitaire au Nicaragua auprès des populations démunies. Cette expérience l’a confortée dans l’idée qu’elle veut étudier en politique internationale afin d’avoir un impact réel dans la vie des gens et de participer à changer le monde!

Elle vit seule en appartement depuis qu’elle a dix-sept ans!

Elle a un réseau social très développé et n’a aucune difficulté à aborder les gens et à entamer des discussions enflammées!

Alors, cher parent :

Garde espoir.

Ne t’en fais pas.

Continue de lui tenir la main.

Aide-le à se relever quand il tombe.

Sois bienveillant.

Et… regarde-le sortir tranquillement de son cocon pour devenir le plus beau des papillons…

Ce petit timide, c’est la plus grande leçon qu’une vie peut t’apporter…

 

Gwendoline Duchaine

 

« On est des jumelles. »

Suite à

Suite à notre déménagement, ma plus jeune a commencé à fréquenter un nouveau centre de la petite enfance. Cette transition a donc amené son lot de rencontres. De nouvelles éducatrices, de nouveaux locaux, et bien sûr, de nouveaux amis.

Ma fille apprenait donc à connaître les nouveaux enfants avec qui elle partagerait son quotidien. Le soir, elle revenait en nous parlant d’eux : «Maman! Je suis chanceuse, moi! Dans mon groupe au CPE, y’a que des filles!» Ma petite princesse était aux anges. «Maman, j’ai tellement hâte de te présenter Dulcy. Tu vas voir, on se ressemble tellement elle et moi! Dulcy et moi, on est des jumelles!» Je trouvais ça fascinant de la voir s’intégrer si rapidement dans son nouvel environnement. La maman que je suis était bien fière de la voir s’épanouir et se faire des amis.

Un soir, dans le vestiaire, je remarque que le manteau de Dulcy est encore accroché sur le casier voisin. Ma fille s’emballe et me dit que je vais pouvoir enfin rencontrer sa jumelle! On arrive dans le local. Ma fille commence à me présenter les filles de son groupe, parce qu’effectivement, il n’y a que des filles cette année. Et avec le plus grand sourire du monde, elle prend Dulcy par les épaules et me la présente.

Dulcy est haïtienne. Elle vient d’arriver au Québec avec ses parents. Elle est noire. Ses cheveux bouclés sont domptés par des tresses. Elle ne peut pas être plus à l’opposé physiquement de ma fille, qui est blanche comme neige et a des petits cheveux fins et raides. À ce moment‑là, leur pureté à toutes les deux m’a éblouie. Amusée, je leur demande pourquoi elles sont des jumelles. Ma fille répond : «Dulcy, elle court aussi vite que moi!» Et Dulcy la complète : «Et en plus, on aime le poulet toutes les deux, on est pareilles!» Elles se tiennent par les épaules et se font un dernier câlin avant de partir.

Je suis partie ce soir‑là avec un sentiment incroyable de fierté. Ces enfants‑là, ils ont compris quelque chose que bien des gens ne saisissent pas encore. Parce qu’on s’en contrefout de la couleur de la peau du voisin. Ses traits physiques ne font pas de lui qui il est. On se définit par nos actes, nos choix, nos intérêts. Et apparemment, nos enfants de quatre ans pourraient l’enseigner à bien des gens…

Ces deux petites filles‑là, elles ont compris que si on a du plaisir ensemble et qu’on peut partager un bon repas en se parlant à cœur ouvert, ça s’appelle de l’amitié. Et que c’est tout simplement ça qui devrait rassembler tous les peuples de la Terre.

Plusieurs pessimistes vont dire qu’elles sont encore naïves, innocentes, et que la réalité les rattrapera en grandissant. Moi, je refuse de penser comme ça. Au contraire, je pense que ce sont ces enfants‑là qui feront grandir et changer notre société et pas l’inverse. Ce sont elles qui, en grandissant, montreront au monde que l’amitié n’a pas de couleur.

Je continue d’espérer que nos enfants jetteront à terre des barrières invisibles qui existent depuis trop longtemps. Je continue de rêver à leur avenir. Je veux imaginer des gens heureux, qui partagent un bon repas, peu importe où sont nés leurs ancêtres. Je veux imaginer une tablée diversifiée qui pourra fêter à la fois la fin du Ramadan, la fête du Québec, le Nouvel An chinois et Noël tous ensemble. Une tablée de gens qui prônent l’amitié et le respect des autres. Et surtout, je continue d’espérer un avenir où nos enfants devenus grands sauront se réjouir pour le voisin, juste pour partager son bonheur avec lui.

Parce que nos filles ont raison. Si on court aussi vite et qu’on aime le poulet, ensemble, on pourra changer le monde.

Joanie Fournier