Tag fatigue

Je pensais être trop vieille pour tout ça – Texte : Joanie Fournier

J’ai commencé ma famille quand j’étais très jeune. C’était voulu

J’ai commencé ma famille quand j’étais très jeune. C’était voulu, c’était ça mon plan de vie. Je voulais profiter d’eux, avoir de l’énergie et être cette jeune maman cool qui peut les suivre dans toutes leurs activités.

Mais la vie décide de bien des choses à notre place et parfois, son plan à elle est plus fort que le nôtre. Dix ans plus tard, je retombais enceinte. Même papa, même amour, même bonheur, mais quelle surprise !

Et je vais être honnête, après 30 ans, je pensais vraiment être trop vieille pour tout ça. Je pense que c’est un gros tabou dans notre société. J’ai souvent eu peur de l’admettre devant les autres. Parce que certaines femmes décident d’avoir des enfants plus tard et que je respecte leur choix à 100 %. Certaines femmes aussi ne pensaient pas en vouloir et finissent par changer d’avis en vieillissant. D’autres rencontrent le bon partenaire plus tard. Bref, à chacune son parcours et c’est bien correct comme ça.

Mais MOI, moi avec moi, je pensais être trop vieille pour recommencer. Quand j’ai su que j’étais enceinte et que la vie nous avait fait cette surprise, j’ai eu peur. J’ai commencé à calculer l’âge que j’aurai quand ce bébé sera adolescent… J’ai commencé à me demander à quel âge les enfants partiront de la maison. Je me suis demandé si j’avais encore la force d’accoucher. Si j’avais encore la patience de bercer toute la nuit. Si j’avais encore assez de douceur pour allaiter, pour chanter des berceuses… Je me suis demandé, puisque tous mes autres enfants étaient maintenant grands, si j’étais trop vieille pour tout cela.

Puis, bébé est arrivé. Et je suis retombée en amour. Une cinquième et dernière fois. Je suis tombée en amour avec ce petit être, qui ne demandait qu’à être aimé. Je me suis surprise à le sentir, mille fois par jour, pour que son odeur s’imprègne dans ma mémoire. Je me suis surprise à le regarder dormir la nuit, moi qui me demandais quelques mois plus tôt si j’allais arriver à le veiller tard. Je me surprends chaque jour à être attendrie par son sourire et ses yeux coquins. Je suis en amour. En amour « ben raide ».

Mais bon, pour avoir eu des enfants dans la vingtaine, je peux affirmer que, dix ans plus tard, c’est vraiment pas la même game. Ho que non ! Faire des nuits blanches à 25 ans, c’est facile. Faire des nuits blanches à 35 ans, c’est de la torture. Allaiter à 25 ans, c’est doux et fusionnel. À 35 ans, ça l’est tout autant, mais mausus que j’ai eu plus hâte de retrouver mon corps à moi et juste à moi. Accoucher à 25 ans, c’est comme courir un marathon. C’est un gros défi, c’est souffrant, mais tu t’en remets vite après ! À 35 ans… accoucher, c’est comme courir un marathon, avec une jambe dans le plâtre, sous la pluie et avec une poche de patates dans le dos. C’est pas mal plus souffrant, pis non, tu ne t’en remets pas aussi vite. Dans la vingtaine, j’ai eu quatre grossesses en quatre ans et je n’ai gardé aucune vergeture. Dans la trentaine, une seule grossesse et j’ai l’air d’une tigresse.

Parce que le corps a vieilli, pis il est fatigué. Pis là, j’ai compris pourquoi les femmes commençaient à avoir des enfants bien plus tôt dans l’temps… parce que je suis persuadée que plus t’es jeune, plus c’est facile pour le corps.

Évidemment, avoir des enfants plus tard, ça apporte de la sagesse, de la maturité, une sécurité financière et professionnelle, etc. Mais je vais vous le dire, moi. Pour avoir vécu des grossesses dans la vingtaine et dans la trentaine… c’est sur le corps qu’il y a une différence ! Je ne me plains pas du tout. Je constate.

Et je veux lever le voile sur ce tabou. J’aurais aimé ça que quelqu’un me parle de tout cela quand j’étais jeune. Je pense que certaines mères ont tellement peur d’offenser les autres, qu’elles ne parlent que du positif. Comme si une mère n’avait pas le droit d’être épuisée. Comme si ça faisait d’elle une mauvaise mère, une mère ingrate.

Je refuse. Je suis fatiguée. Je suis épuisée. Et je remercie la vie chaque jour de m’avoir offert la chance de vivre ce bonheur une dernière fois. Je suis une bonne mère. Et j’ai le droit de dire qu’après 30 ans, je trouve ça plus dur. Mon corps est vieux, bon. C’est un fait. J’adore mon bébé, je suis en amour avec lui. Mais oui, quand je fais le cheval à quatre pattes avec bébé sur mon dos, c’est vraiment plus souffrant qu’avant de me relever ! Ça fait que je reste couchée un peu plus longtemps par terre avec lui, pour reprendre mon souffle, mais aussi pour savourer l’odeur de son cou juste encore un peu.

Joanie Fournier

 

Le bonheur à travers tes yeux

Ce soir, je suis fatiguée et grippée. J’ai l’impression que mo

Ce soir, je suis fatiguée et grippée. J’ai l’impression que mon corps lâche et que ma patience le suit. Je suis certaine que plusieurs se reconnaîtront. Le genre de soirée où on a la tête encore au boulot et le corps épuisé. Mais toi, petit cœur sur deux pattes, tu viens tout changer…

Ces soirs-là, quand la grippe m’envahit… et que tu viens me porter en souriant un petit verre vide. « C’est du chocolat chaud, Maman! Ça va te soigner! Vite, bois. » Et quand je feins de boire dans ce petit verre vide, tes yeux se remplissent de fierté et que tu cours en gambadant pour un autre remplissage imaginaire. Et tu as raison, ça me guérit un peu, de voir le bonheur à travers tes yeux.

Ces soirs-là, où j’ai encore la tête au boulot… et que tu pars me faire un dessin. Tu reviens, du haut de tes quatre ans, avec une œuvre colorée qui respire la joie de l’enfance. Et je me demande depuis quand tu dessines aussi bien. Et tu me ramènes l’esprit avec toi, avec nous. Je n’ai plus envie de penser au travail quand je vois le bonheur à travers tes yeux.

Ces soirs-là, où j’ai une bulle immense et que je voudrais être seule un peu… et que tu t’enfermes dans une chambre avec tes sœurs. Quand je vous perds de vue, je ne peux m’empêcher d’aller voir ce que vous faites… C’est peut-être l’instinct ou l’habitude qui me force à me rapprocher de vous. J’entrouvre la porte de la chambre et je vous découvre, tassées comme des sardines dans un lit, un grand livre à la main. Je t’écoute raconter une histoire à tes grandes sœurs qui jouent le jeu et qui font semblant que ce sont bien les mots qui y sont écrits… et j’ai juste envie de venir me blottir avec vous, quand je vois cet amour dans vos yeux.

Ces soirs-là, où je n’ai plus d’énergie pour cuisiner… et que vous me demandez de souper avec des céréales et des fruits que vous allez couper vous-mêmes. Je ne sais jamais si vous avez senti ma fatigue ou si ça vous fait vraiment plaisir. Puis, vous me remerciez de vous laisser déjeuner pour souper et je sais que c’est authentique. Ça vient du cœur. Et je m’assois moi aussi, avec mon bol de céréales. Il goûte meilleur que les autres, je trouve… parce que je vois le bonheur à travers vos yeux.

Demain matin, c’est une journée-pyjama à la garderie. Tu prépares ton pyjama préféré de chatons et tu chantonnes en fouillant dans tes tiroirs, parce que tu as tellement de joie dans ton cœur, qu’elle déborde en chanson. Et j’ai aussi envie de fredonner, parce que je vois le bonheur à travers tes yeux…

Parfois, malgré la fatigue, la grippe et les tâches, on réalise que le bonheur n’est au fond qu’une question de choix. Et toi, petit cœur, tu m’apprends chaque jour à faire le bon choix. Tu forces mon cerveau à s’arrêter pour apprécier le moment présent, et ça, c’est tout un superpouvoir. Merci, petit cœur, de me permettre de voir le bonheur à travers tes yeux.

Joanie Fournier

 

Vidée

<span style="margin: 0px; line-height: 107%; font-family: 'Times New

« Chérie, qu’est-ce que t’as? T’es sûr que ça va? T’avais pas l’air de feeler tantôt? »

Au téléphone, je réponds simplement : « Mais oui. Je suis fatiguée comme d’habitude, c’est tout. »

Je voudrais tant lui dire à quel point ça ne va pas. Que mes pensées sont souvent en guerre et que mes larmes en sont le sang versé. Que mon corps fatigué en est le champ de bataille.

Mais cette belle douleur, je la garde pour moi. Je lui dois d’être forte.

Mais qu’est‑ce que je pourrais bien lui dire alors que je ne connais pas réellement la source de mes douleurs? De quoi vais‑je encore me plaindre?

J’ai la chance d’avoir un homme qui m’aime, trois enfants en santé.

Alors, lorsque je me retrouve seule, pourquoi ai‑je la folle sensation que je vais tomber? Que j’ai fait le dernier pas possible, que mes genoux vont enfin lâcher afin que je puisse m’avouer vaincue… vidée.

Ce point dans ma poitrine qui s’est pointé le bout du nez il y a plus d’un mois maintenant m’a fait réaliser que je ne suis pas faite d’acier. Un jour, je tomberai.

Je suis si douée pour prendre soin des autres… pourquoi suis‑je incapable de prendre soin de moi? Ou est‑ce un laisser‑aller inconsciemment volontaire?

Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Maman est vidée. Littéralement vide. J’avance sur le pilote automatique en espérant de toute mon âme croiser la station d’essence très bientôt. J’ai besoin de faire le plein ou de me brancher dans une source d’énergie. De sentir cette belle énergie me submerger à nouveau.

Pour l’instant, mes pleurs se font discrets sous la chaleur réconfortante de la douche. Le jet arrive directement sur mon visage, la chaleur apaise ma douleur. Mes larmes se font transporter par le courant de l’eau jusqu’aux égouts, pour aller directement à l’usine d’épuration d’eau. On y enlève tous les déchets afin que mes larmes soient déversées dans la rivière.

À partir de ce jour, chaque fois que je contemplerai une rivière, la mer… peu importe le courant d’eau, je penserai à toutes ces femmes qui ont su maintenir le niveau de l’eau. La mer est faite de larmes. Vos larmes sont maintenant nettoyées de toute tristesse afin de se transformer en vraie beauté.

 

Comment vas-tu?

« Comment vas-tu ? » Elle répond tout sourire qu’elle va bi

« Comment vas-tu ? » Elle répond tout sourire qu’elle va bien et la conversation se poursuit normalement. Elle sourit, elle est attentive et empathique aux propos de son interlocuteur qui ne lui adresse la parole que pour se plaindre de problèmes et lui demande de trouver des solutions. En dedans d’elle, par contre, c’est le chaos. Mais ça, elle ne le laisse pas paraître.

Plus simple de répondre « ça va » en souriant que de dire que ça fait deux jours qu’elle ne dort pas parce que ses enfants font des terreurs nocturnes et qu’elle doit les consoler au détriment de son propre sommeil. Elle ne dort pas non plus parce qu’il y a des petits rhumes à la maison et que ça se réveille en pleurs à cause d’un mal de gorge ou d’un nez bloqué. À quoi bon aller se recoucher ? Dès que la tête sera sur l’oreiller et que les yeux se fermeront, un « mamaaaaaaan » se fera de nouveau entendre et la tirera du sommeil.

Entre les appels des enfants, elle calcule son budget, trop serré à son goût. Elle est monoparentale et essaie tant bien que mal de joindre les deux bouts en travaillant à temps plein. Elle ne peut pas toujours payer des sorties ou des activités à ses enfants la fin de semaine par manque de budget. Du coup, pour les enfants, leur papa est tellement un meilleur parent qui leur offre mille et une sorties lorsqu’il est avec eux.

Elle calcule aussi le budget pour la nourriture, pour s’assurer que les enfants ne manquent de rien, quitte à se priver elle-même. Elle perd du poids parce qu’elle ne mange qu’un repas par jour, mais personne ne le remarque. Elle est malade, elle est affaiblie, elle est inquiète, mais elle sourit et répond que ça va. Son cerveau roule à cent milles à l’heure et va dans toutes les directions.

Elle console ses amies qui viennent lui raconter leurs gros chagrins d’amour pour des amourettes qui ne durent que depuis quelques semaines. De son côté, son amoureux à elle se bat quotidiennement pour sa vie, mais ça, elle le passe sous silence. La médecine ne peut plus rien pour lui, il attend la fin. Elle essaie de trouver ce qui pourrait renverser ce verdict qu’elle n’accepte pas. Elle espère un miracle qui, elle le sait, ne viendra pas.

Elle écoute les autres parents se plaindre de leurs weekends surchargés alors qu’ils jouent au taxi pour les mille et une activités de leurs enfants et se plaignent de ne pas joindre les deux bouts. Ça coûte cher les activités des enfants, mais ils vont tout de même dans le Sud deux ou trois fois par année. Elle, elle n’a pas pris de vraies vacances depuis des années. Elle les écoute et elle sourit, et compatit avec leur « malheur ».

Elle ne se confie pas et garde tout pour elle. Ses yeux n’ont plus de vie. Elle est cernée, elle est épuisée. Elle calcule sans cesse et essaie de tout régler seule puisque l’aide ne vient pas. Lorsqu’elle pile sur son orgueil et admet qu’elle en a trop sur les bras, son interlocuteur s’empresse de lui dire qu’il changerait bien de vie avec elle question de relaxer parce que sa vie à lui est beaucoup plus chargée. Eux ont raison d’être essoufflés, pas elle. À quoi bon gaspiller de la salive ? Elle n’a pas le luxe de gaspiller quoi que ce soit.

Nous avons tous une personne comme elle dans notre entourage, mais nous ne la voyons pas. Nous la voyons avec des yeux occupés. Des yeux qui ne prêtent pas attention aux gens qui les entourent. Des yeux et des cerveaux trop pressés de retourner consulter le cellulaire parce qu’un texto vient d’entrer ou pour naviguer sur les réseaux sociaux. Si elle ne « poste » pas sa peine sur Facebook, Twitter ou YouTube, personne ne l’entendra. Et même si elle le faisait, est‑ce que quelqu’un y prêterait vraiment attention ?

Pour 2019, je souhaite que nous ouvrions collectivement les yeux. Que nous redevenions humains avec toute l’empathie que ça implique. Que nous prenions le temps de réellement écouter la réponse de notre interlocuteur quand nous lui demandons « comment ça va ? », et que nous décelions si ça ne va pas. Je nous souhaite de nous intéresser aux autres, réellement. De faire en sorte que ces personnes ne soient plus isolées. De faire en sorte que d’autres vies humaines ne seront pas perdues parce que la seule solution perçue est de s’enlever la vie pour que celle‑ci arrête de faire mal.

Eva Staire ….. mais elle ne fermera pas les yeux.

Au bout de sa route

<span style="margin: 0px; line-height: 107%; font-family: 'Times New

C’est arrivé au fil des jours. Au début, je n’ai pas voulu voir. Je n’ai pas voulu y croire non plus. C’est cliché, mais c’était quand même comme ça : ça arrivait aux autres, mais pas à moi.

 

Je perdais mes couleurs. Je devenais gris terne. Même pas un beau gris. La vie, ma vie, perdait aussi un peu de ses couleurs. Mon travail m’épuisait. Je n’y arrivais plus. Ça m’a pris beaucoup de temps avant de le reconnaître. Probablement trop. Je me suis perdue solide.

 

J’ai commencé à oublier des choses. Futiles, puis importantes. La concentration avait oublié de se concentrer sur moi. Les hamsters qui couraient dans ma tête se sont mis à faire des bébés et dieu sait que ça se reproduit vite ces bibittes‑là. L’anxiété prenait sa place tranquillement mais sûrement. Je perdais le contrôle. Et ça m’effrayait. Et quand on a peur, eh bien, on fait deux choses : on affronte le monstre avec sa lampe de poche ou on se cache en dessous des couvertures. J’ai choisi les couvertures.

 

Je ne me suis pas bien cachée. Je devenais de plus en plus fatiguée, de plus en plus fragile. J’arrivais toujours à maintenir la façade pour moi, pour ma famille, pour mes collègues, mais je sentais bien que quelque chose en moi s’effritait. Je ne voulais pas. Je voulais être un beau paysage de Monet. Un beau lac bleu pastel avec de petits nénuphars dessus. Je me sentais plutôt comme une toile de Picasso. Tout abstraite. Toute défaite. Une belle toile, mais chaotique.

 

J’ai rapporté du travail à la maison. Des fois pour vrai, des fois dans ma tête. J’enchaînais les heures supplémentaires parce que tout était plus long, plus difficile à faire, me demandait plus d’énergie. La fille était brûlée, mais travaillait plus. J’essayais de reprendre le rythme. Ça n’a pas fonctionné.

 

À la maison, rien n’allait plus. Les demandes de mes enfants m’irritaient, tout comme leur insouciance. Ça courait partout, ça riait fort, ça criait quand on les chatouillait. Un genre d’allergie au bonheur. J’ai failli m’acheter des bouchons pour les oreilles. Je me sentais coupable. Je n’y arrivais plus au travail, je n’y arrivais plus à la maison. Mon homme voulait faire l’amour. Moi, je voulais dormir.

 

 

Et le matin est arrivé. Un évènement et je me suis effondrée. J’ai réussi de peine et de misère à sortir du bureau et je suis allée me réfugier dans ma voiture. Milieu neutre et connu. Pas bon et rassurant comme la maison mais bon, j’ai pris ce que j’avais pas loin. Sangloter à ne plus respirer. Je me suis dit que c’était fini. Je me suis dit que je l’étais aussi. Ce matin‑là, je ne suis pas retournée au bureau. Je me suis inventé une urgence avec les enfants. Mais l’urgence, pour vrai, c’était moi.

 

Ça m’aura pris des mois, si ce n’est pas un an pour m’être rendue là. Dans le fond de ma peine, dans mon sentiment d’incompétence au travail qui s’est transformé en sentiment d’incompétence de maman, puis de conjointe, puis de sœur, puis d’amie, etc. J’ai eu mal. Je somatisais de partout, mon corps réagissait au fait que je ne veuille pas arrêter. Mes émotions devenaient de plus en plus difficiles à gérer. J’avais l’impression d’avoir perdu la bataille. J’étais une perdante. Et ça, tout ça, ça m’a fait beaucoup pleurer.

 

J’ai mis mes couvertures dans la salle de lavage et j’ai allumé la lumière, même pas la lampe de poche. J’ai parlé à mon conjoint, il m’a donné sa main et j’ai respiré mieux. Je suis allée voir mon médecin, j’ai arrêté de travailler et je me suis posé un million de questions. J’ai finalement quitté le domaine d’emploi dans lequel je travaillais depuis plus de dix ans. Aujourd’hui, je suis ailleurs. Je suis à la maison. Mais je suis rose. Un beau petit cochon avec une petite patte cassée, mais ça va aller. Ça prendra le temps qu’il faudra. Là, j’ai des enfants qui veulent rire et se faire chatouiller.

 

Eva Staire

Jamais tu ne t’arrêtes

Avec toi, ça bouge.

Avec toi, ça bouge.

Ça bouge tout le temps.

Jamais tu ne t’arrêtes!

Tu ne tiens pas en place. Tu montes, tu descends, tu grimpes, tu sautilles, tu cours, tu virevoltes, tu repars, tu reviens, tu gosses avec crayon, tu tapotes avec tes doigts sur la table, tu te penches sur ta chaise, tu tombes, tu te relèves, tu grouilles… tout le temps.

Jamais tu ne t’arrêtes!

Quand le soir s’installe, j’espère un peu de calme… Quand tu dors, tout est si paisible. Un peu de sérénité. Juste entendre ton souffle régulier, rassurant…

Sauf que chaque soir, je sais que la trêve sera courte… Je pense alors fort, fort fort : «Je t’en supplie, dors… s’il te plaît, qu’il dorme toute la nuit…»

Mais ça ne marche jamais… Je t’entends dès le premier gémissement… Tu te réveilles… souvent… tout le temps…

Jamais tu ne t’arrêtes!

Et moi? Je ne dors plus depuis que tu es dans ma vie…

Avec toi, ça brasse!

Je manque de patience, mon bébé! Je manque de sommeil, j’ai de la misère à encaisser les journées… Tu te colles, tu me fais ce joli sourire avec tes petites boucles blondes qui font fondre mon cœur… et tu repars de plus belle…

Quand tu n’es pas là… c’est vide, trop vide. Tu remplis tellement l’espace, tu engloutis mon temps… Mon cœur est froid quand tu es loin de moi.

Oh non, jamais tu ne t’arrêtes… alors, continue de bouger, mon enfant… Explore, teste, marche, cours, saute, avance! Bouge! Tu es la vie… parfois trop plein de vie… pour un corps fatigué de maman…

Mais ne t’arrête jamais, mon enfant…

 

Gwendoline Duchaine

 

J’ai trois ans et un travail à temps plein

Un jour, je serai grande et j’irai passer mes journées assise en

Un jour, je serai grande et j’irai passer mes journées assise en classe, devant une enseignante qui me remplira de connaissances et d’habiletés pour pouvoir être indépendante et travaillante. Je choisirai une profession qui me correspondra. Mais avant tout ça, je dois travailler. J’ai trois ans et je travaille à temps plein. En milieu de garde. Déjà. Et parfois, au‑delà des quarante heures. Et ce, sans salaire. Sauf la plus belle des occasions d’apprendre et d’évoluer dans un milieu sain et bénéfique pour mon développement.

Toi, du haut de ton âge, tu penses que je joue à longueur de journée. Pourtant, j’acquiers un tas de connaissances qui me permettent de me développer.

On se lève plutôt tôt. Trop tôt même. Comme c’est toi qui m’amènes au boulot, je dois respecter ton horaire. Déjeuner, m’habiller, faire ma toilette et entendre à répétition « GOOOOOO! Je vais être en retard. » Comme s’il n’y avait que toi qui travailles… Puis, direction le service de garde. Je vais t’avouer qu’il y a des jours où j’aimerais mieux rester au lit. Mais tu me ramènes rapidement à la réalité… sécher mes larmes, faire ma grande de trois ans et accepter que la journée soit longue sans toi. Chacun de notre côté, nous travaillerons. Toi pour gagner des sous et moi, pour un jour en gagner aussi.

Tu n’as pas si tort en disant que je vais jouer. Mais sais-tu que jouer me permet de créer une liaison entre toutes mes sphères de développement? Je combine mes idées, mes intuitions, mes déductions. J’apprends à avoir une opinion, à analyser selon les expériences que je vais vivre tout au long de ma journée. Plus je vais grandir, plus cela va évoluer, se complexifier. Mon jugement et mes capacités d’analyse.

Là, je vais te parler de termes que tu ne connais probablement pas. Il s’agit de mots scientifiques pour exprimer ce que je fais comme travail. Je développe :

Mes habiletés motrices. Apprendre par des jeux à développer mes mains, mes doigts. Un jour, je pourrais bien tenir un crayon et me mettre à écrire sans cesse. C’est important de savoir bien tenir les objets dans ses mains. Savoir les diriger pour exécuter les bonnes actions. Tu sais que ça prend une bonne dextérité pour être chirurgien?

Les habiletés intellectuelles : Apprendre à analyser et à déduire. Me construire une logique. Apprendre à gérer mon temps. Planifier. Ça requiert beaucoup, énormément de pratique. De répétition, d’exécution. Rien de moins pour construire une base en mathématique.

Les habiletés sociales : On ne vient pas au monde avec des habiletés sociales. Je dois les apprendre, pour ainsi communiquer facilement. Je dois d’abord être en mesure de bien parler, faire des demandes, comprendre ce que veut dire « à tour de rôle ». Je pourrai ainsi mieux communiquer, mais aussi interagir avec mes collègues de la garderie et avec vous, chers parents.

Les habiletés langagières : Le langage, ce n’est pas qu’émettre des sons. C’est aussi être en mesure d’entendre, de comprendre pour ensuite être en mesure répondre. Mais pour répondre, je me dois de construire un bon vocabulaire diversifié. Pour cela, je dois entendre de nouveaux mots et les associer pour ensuite les mettre en application.

Les habiletés affectives. Ces habiletés qui vont me permettre de mieux me connaître pour ainsi être capable de bien gérer mes émotions. Connaître mes limites. Reconnaître que je suis bonne et aimée, pour ainsi forger mon estime. Tu sais que si j’ai de bonnes habiletés affectives, j’ai plus de chance de persévérer à l’école et de me rendre loin dans mon cheminement scolaire? Je serai en mesure de mieux gérer le stress, la colère. J’aurai plus d’empathie.

L’adulte ou le plus grand que moi m’aide en m’orientant, mais aussi en me laissant deviner. Il me laisse choisir pour que je puisse déduire par moi-même. Lorsque j’explore, c’est moi qui m’amène à mieux comprendre le monde qui m’entoure et dans lequel j’habite. J’assimile plus rapidement. Je bâtis peu à peu mon estime personnelle. Pour cela, j’ai besoin d’encouragements et de patience. Je sais, je sais, je ne suis pas toujours l’employée du mois, mais bon, j’essaie fort.

J’apprends énormément sur des tas de trucs différents en même temps et parfois, cela me fatigue. Je deviens alors moins patiente. Je sais que cela te demande beaucoup de m’expliquer encore et encore. De nommer le sentiment qui m’habite pour que je puisse comprendre ce qui se passe en moi. À la longue, je finis par tout mélanger. C’est l’expérience qui rentre!

Pour mieux m’aider à être une employée efficace, j’ai grandement besoin de toi. Toi l’adulte. J’ai besoin que tu définisses une routine autour de mes journées. Je vais donc ainsi associer plus rapidement avec celles‑ci l’ordre des choses. Mentalement, mon cerveau va se préparer et je pourrai mieux anticiper ce qui m’arrive. Je sais, pour toi c’est acquis et tu ne vois pas l’importance de bien te sentir là‑dedans, mais moi, ça m’aide à devenir autonome. Et qui dit « autonomie » dit « ça va goaler les matins pressés ».

Et le dodo! Si tu savais, j’en ai tellement besoin!! Tu sais que mon cerveau travaille encore lorsque moi je dors? Tout ce que j’ai enregistré durant la journée, mon cerveau profite de ce petit calme pour tout mettre en place pour que dès demain je puisse m’y référer vitement. Je continue de grandir et tout mon système se réinvente, se refait. Ça m’évite d’attraper des petits microbes, car mon système est plus fort. J’ai déjà essayé, mais, lorsque je suis malade, je ne suis pas efficace au travail.

Sais-tu qu’il est prouvé que passer plus de quarante heures en service de garde peut m’amener à être plus agressive? Un peu comme toi, passé tes quarante heures au boulot, tu le dis souvent à la maison que c’est vraiment éreintant. Je te comprends donc! C’est pour cela que j’attends, moi aussi, les vacances pour décrocher de la routine de mon emploi. J’en ai besoin pour faire un arrêt et ensuite reprendre le boulot en forme, remplie d’une bonne et belle énergie. Pour me soustraire du bruit du service de garde. Il paraît que le bruit en garderie équivaut au bruit en décibels d’un marteau piqueur qui fracasse l’asphalte. C’est difficile d’apprendre et d’assimiler dans autant de bruits.

Merci à vous, papa et maman, de considérer mon temps en milieu de garde comme mon milieu de travail. Là où j’apprends, je grandis et j’évolue. Là où ma paye se mesure à grands billets de laissez-passer pour un avenir meilleur.

Mylène Groleau

 

Ce matin-là

<span style="line-height: 107%; font-family: 'Times New Roman','seri

Ce matin-là

 

Doux printemps, tu es arrivé. On t’attendait avec impatience depuis plusieurs mois, prétextant que tu nous aiderais à reprendre un peu de la motivation que l’hiver a su nous enlever avec son acharnement exemplaire. J’y ai cru. Et tu es arrivé. Mais cette année, comme depuis les deux dernières, ce que j’espérais éviter est à nouveau arrivé.

 

Mon enfant, mon sang, ma raison de vivre. Je sais que tu es fatigué, que l’année scolaire tire à sa fin. Tes activités sportives sont moins excitantes qu’elles l’étaient au début de l’année. Tu es fatigué. Tu es épuisé. Tu me répètes que non, mais mon cœur le sait pourtant si bien. Je le sais parce que tu changes. Comme à chaque début de printemps. On peut mettre le blâme sur plein de facteurs différents. Ton déficit d’attention, ton hyperactivité, ton opposition, tes difficultés scolaires et j’en passe. Mais moi, ta maman, je le sais que oui, cela en fait partie, mais que ce n’est pas tout. J’anticipe depuis deux ans cette période‑ci de l’année. J’anticipe tes comportements violents, tes rages, tes colères démesurées. Alors que le soleil fait du bien à la majorité des gens, toi, ton petit corps réagit différemment.

 

J’ai mal ce matin. Tu as décidé, sous un prétexte encore inconnu à mes yeux, d’exercer une certaine forme d’autorité dans la maison. Tu as décidé que tu devais gérer la famille, faire ce que bon te semblait quand tu le désirais. Parce que je suis l’adulte et toi l’enfant, je dois continuer à exercer mon autorité. Mon autorité, ma conscience, mon amour pour toi ne te donnent en aucun cas la chance de me frapper, de m’insulter et encore moins de me blesser. J’ai souvent acquiescé à tes excuses en me disant que c’était un cas isolé. J’espérais que cela ne se reproduirait plus.

 

Puis, ce matin, je porte des marques sur mon corps. Des marques de violence qu’un enfant, que MON enfant, m’a laissées avant de partir à l’école. Ta venue au monde m’en a pourtant laissé plusieurs visibles et celles-ci ne m’importunent pas du tout. En revanche, celles dont je parle aujourd’hui ont une tout autre portée. Elles me font mal à l’âme. Mon cœur se tord et je ne peux m’empêcher de pleurer. Je ne peux accepter que tu me blesses. Je ne peux accepter ton manque de respect. Je ne peux accepter la terreur que tu sèmes dans la famille. Je ne peux accepter tes excuses, comme on essuie un dégât sur le plancher.

 

Ce matin‑là, j’ai dû prendre une décision. J’ai dû faire plusieurs appels à différents organismes afin de trouver des solutions, temporaires ou permanentes. Ne cessant de pleurer, je me demande encore si c’est la bonne chose que j’ai faite. Je t’aime tellement et je ne veux tellement pas que mes actions bouleversent ta vie. Mais mon amour, tu as besoin d’aide. Tu as tellement de belles choses à accomplir devant toi. Ta rage, ta haine, il faut les ranger. Il faut les évacuer, mais surtout apprendre à les gérer. Peu importe les gens que la vie mettra sur ta route, les échecs que tu rencontreras, les réussites que tu obtiendras, tu dois garder la tête haute et persévérer. Je le sais et toi-même, tu sais que tu es capable d’accomplir de bien belles et grandes choses.

 

Ce matin, je n’arrive pas à travailler. Je n’arrive même pas à me concentrer. J’ai surtout besoin d’évacuer ma peine à ma manière. Vivre avec un enfant violent, c’est inquiétant. Ce l’est pour nous les parents, mais aussi pour toi, pour ton avenir, pour ce que la vie te réserve. Accepte l’aide que nous voulons t’offrir, aide-toi à devenir une meilleure personne. Apprends. Souris à la vie.

 

Avec tout l’amour que j’ai pour toi, avec toute la reconnaissance que j’ai de t’avoir dans ma vie, unissons‑nous pour contrer tes petits démons.

 

Je t’aime

 

Eva Staire

Toi, tu es forte

« Ouais, mais toi, tu es forte. »

<p style="text-align: j

« Ouais, mais toi, tu es forte. »

C’est ce qu’on a toujours dit de moi, mais surtout, c’est ce que j’ai toujours dit de moi.

Je me pensais forte parce que j’ai toujours été une personne travaillante.

Je me pensais forte parce que j’étais à l’écoute, toujours là pour aider mes amis et pour les faire sourire avec tout plein de petites attentions.

Je me pensais forte parce que j’ai toujours eu beaucoup d’énergie, parce ce que je suis la fille aux mille projets, parce que je fonce.

Je me pensais forte, ou plutôt, je m’imposais de l’être.

Mais il y a eu ce jour d’octobre, où je me suis sentie réellement forte et où j’ai compris que je l’étais réellement.

Ce jour-là, j’ai compris que je touchais le fond.

Ça faisait des mois que j’encaissais les coups, mais que je me relevais parce que je n’avais pas le droit de tomber trop longtemps. Je ne m’en donnais pas le droit. Je ne parlerai pas de ce qui m’a menée là, parce que ça peut être de petites comme de grandes choses qui font qu’on touche le fond, un jour ou l’autre. Je ne parlerai pas des grossesses difficiles, du harcèlement psychologique au travail, des bobos de mes bébés, de la maladie de belle‑maman, etc. Ça serait long pour rien.

Je vais seulement parler de ce jour-là, car il restera à jamais gravé dans ma mémoire.

C’était un dimanche d’octobre, en 2012. Mon bébé pleurait, encore et encore. Il souffrait, le pauvre. Ma grande fille de dix‑huit mois dormait.

Depuis beaucoup trop de jours, je perdais souvent patience. Je n’étais pas bien, je n’allais pas bien. J’étais fatiguée, mais c’était plus que ça. Je n’étais plus moi-même. Moi, une si bonne maman aux yeux de tous. Moi, toujours pleine d’énergie. Moi qui arrivais toujours à tout gérer seule. Moi… J’étais qui, moi?

Ce jour-là, c’en fut trop.

Le bébé a pleuré, comme toujours, quand je l’ai déposé.

Et moi, j’ai crié.

J’ai couru à la salle de bain, le souffle coupé.

J’ai encore crié à en avoir mal à la gorge et au ventre.

Et je suis tombée. Littéralement, je me suis effondrée, sans vouloir me relever.

Puis, une grande porte s’est ouverte en moi et les larmes ont commencé à tranquillement se déverser.

Et c’est vite devenu violent.

J’ai pris place dans le plus petit recoin possible, entre la toilette et un muret, et j’ai laissé brutalement sortir les larmes et tout ce qu’elles pouvaient contenir en elles, en moi.

J’ai crié et ordonné à mon mari de me laisser tranquille lorsqu’il a voulu venir me réconforter.

À ce moment précis, ce dont j’avais besoin, c’était d’avoir mal. La douleur contenue dans chaque sanglot était si intense, si vive, si vraie. Ça faisait mal, mais ça faisait tellement de bien.

Laisser sortir, me donner le droit « d’être ».

Simplement, à ce moment-là, être une femme et une maman imparfaite, qui est fatiguée, qui a mal, qui a trop accumulé.

Deux ou trois heures plus tard, je ne sais plus, la douleur a fini par doucement s’estomper pour laisser place à une grande fatigue et surtout, une grande lucidité.

Ça n’allait pas. Pas du tout.

Ce jour-là, incapable de parler, j’ai écrit à mes amies les plus proches ainsi qu’à mon frère.

Je leur ai clairement dit que j’allais avoir besoin d’eux.

Ne s’en est pas suivie une longue dépression par la suite. Non. L’histoire s’arrête presque là. Décevant comme texte, hein? Mais ce ne fut pas facile pour autant. Je ne parlerai pas de la maladie et des malchances qui ont suivi. De la conciliation travail-famille-école qui m’étourdissait. Du troisième bébé avec ses bobos bien à lui. De la mort. Des troubles sensoriels et anxieux d’un de mes enfants. Ça serait long pour rien.

Mais il reste que cette porte qui s’est ouvert ce jour d’octobre, elle ne s’est jamais complètement refermée.

Et je ne la fermerai jamais.

Grâce à elle, je sais qu’en un simple petit coup de vent, tout peut basculer.

Grâce à elle, j’ai compris que ce n’est pas en la gardant fermée et barrée à clé que je suis la plus forte. Au contraire.

Je suis forte quand j’admets mes faiblesses, quand j’admets que j’ai besoin d’une pause, quand j’admets que je ne suis pas parfaite.

Je suis forte et j’ai de droit de simplement « être ».

Je suis peut-être forte, mais je ne suis pas invincible.

Ma vie a un peu changé, ce jour-là, quand je l’ai compris.

Caroline Gauthier

Fatiguée pas à peu près

Selon ma montre intelligente, ma nuit moyenne compte à peine plus d

Selon ma montre intelligente, ma nuit moyenne compte à peine plus de trois heures de sommeil et l’équivalent de sommeil agité. Beau temps, mauvais temps. Avec des somnifères dans le système, je me rends parfois à cinq heures. Si je suis chanceuse.

Ça a quand même des avantages. Je ne me fais jamais réveiller par le beep beep beep agressant du réveil matin. Je souffre assez peu des nuits écourtées par les petits bobos des enfants ou par les insomnies temporaires. Au lieu d’avoir seize heures d’éveil quotidien pour être efficace, j’en ai une vingtaine. Yé! Yé?

Pourtant, je me suis améliorée. Il n’y a pas si longtemps, ma nuit normale commençait systématiquement par trois heures d’insomnie, de virage de bord, de tirage de couvertures, de jambes agitées. Gros party disco de hamsters dans le cerveau. Non-stop. Ça arrive encore, mais c’est rare. Et seulement quand je m’en donne la permission. Parfois, ça fait du bien de perdre le contrôle.

Quand j’étais une petite jeunesse, ça pouvait toujours aller. Le corps suivait, la tête réagissait au quart de tour. Mais à la longue, ça use, des nuits aussi courtes! Ça brise l’énergie, ça fragilise l’humeur, ça nuit à la famille, ça affaiblit le système immunitaire. Exit, la concentration. Ciao bye, les idées claires. Attention! Chute de quotient intellectuel à l’horizon!

Quand je suis devenue maman la première fois, je me souviens avoir pensé que c’était impossible de mourir de fatigue. Donc, le sommeil était LA chose à sacrifier pour survivre. Résultat : je me suis poussée à bout. Ma fille aînée se réveillait à 5 h du matin. Sa petite sœur vivait la nuit. Dans les quelques heures pendant lesquelles elles dormaient en simultané, je préparais mes cours et je corrigeais les travaux de mes étudiants. Et j’essayais de dormir. En réalité, je ne dormais pas : je m’effondrais.

Pendant plusieurs années, j’ai fonctionné sur le pilote automatique. Un robot. Gauche, droite, gauche, droite. J’avais l’impression que je contrôlais ma vie, j’étais efficace, je réussissais, je jonglais avec tellement de projets en même temps! On ne meurt pas de fatigue, n’est-ce pas?

Puis, les maladresses et les erreurs d’inattention se sont mises à s’empiler dans mon quotidien. Je portais mes jeans à l’envers et je m’en rendais compte en les enlevant le soir (merci, pull-up pants!), j’entendais mes collègues me dire : « Euh… ton chandail… les coutures sont en dehors…» Je portais deux souliers différents et je passais la journée à me demander si une de mes jambes avait grandi pendant la nuit. Je faisais des accrochages mineurs en auto…

Un jour, je revenais de chez ma mère. Cinq heures de route. Les quatre enfants endormis dans leur siège. Je venais de traverser le pont entre l’Ontario et le Québec. Il me restait moins de dix minutes de route avant d’arriver à destination. J’avais combattu le sommeil pendant tout le trajet. Je ne pouvais quand même pas louer une chambre d’hôtel en plein jour et y stationner toute la famille pendant que je ronflais! Lumière rouge. Je me suis endormie. Deux fois. La vie de mes enfants et la mienne entre les mains, juste à la place du volant. Je me suis endormie. Contre ma volonté. Contre la loi.

Je suis arrivée tant bien que mal chez moi. J’ai réveillé les enfants pour les faire entrer dans la maison. Et je me suis réveillée pour vrai. Il était plus que temps que je me repose. Que je prenne soin de moi. Que j’enfonce les freins à fond. Avant qu’il soit trop tard.

J’ai pris une pause de conduite automobile pour un bout. J’ai appris à faire des siestes. Je me suis forcée à me coucher un peu plus tôt, progressivement. J’ai regardé dans les yeux ma peur de ne pas m’endormir. Je me suis convaincue que j’avais du pouvoir sur mon sommeil et sur mon niveau de stress.

Je n’aurai probablement jamais besoin de huit heures de sommeil en ligne. Mais rien ne m’empêche de gérer mon repos autrement. Quelques minutes de calme sur l’heure du dîner, cinq minutes de méditation au retour du travail, un câlin de bonne nuit prolongé après l’histoire du dodo : ça maintient mon niveau de repos dans une zone sécuritaire, autant pour ma santé physique et mentale que pour mes enfants. C’est pas mal plus facile d’être heureuse et de prendre de bonnes décisions quand on est reposé!

On ne meurt pas de fatigue. Mais la fatigue peut nous tuer. Et je refuse.

Nathalie Courcy

 

Quand il fait noir

Tu te lèves le matin et il fait encore nuit. Les jours sont si peti

Tu te lèves le matin et il fait encore nuit. Les jours sont si petits… Chaque journée on te vole un peu de lumière… Tu te diriges doucement vers la salle de bain. Tu pars travailler en laissant ta maison endormie. Dehors c’est noir.

Tu ne peux t’empêcher de penser que ton corps a besoin de repos, de se lever avec le soleil et de se coucher avec la lune. Sauf que la vie lui impose un autre rythme. Ton organisme est malmené chaque jour. Le temps passe et tu puises un peu plus d’énergie dans tes réserves. Tes collègues s’effondrent un par un en burn-out… tes amis sont usés, minés… tes enfants sont épuisés et chialent sans arrêt. La lumière du jour manque cruellement à tous…

Dans ton char, en route pour ta job, tu pousses un grand soupir, tu frottes tes yeux encore collés… tu relèves la tête… et là…

Le ciel est rouge ! Il n’est pas jaune, mauve ou rose, il est rouge ! Bouche bée, tu admires ce spectacle que t’offre le ciel. C’est grandiose ! Il s’embrase !

C’est ainsi que tu réalises que c’est seulement quand il fait noir qu’on peut voir la lumière… que ça valait la peine de te lever si tôt afin d’admirer le show ! Le jour qui se lève, flamboyant, est rempli d’espoir et surprises !

Même quand il fait noir, la vie est belle !

Courage à tous, l’automne est difficile pour beaucoup de gens. Alors, je vous donne une tape dans le dos ! Prenez le temps de voir le beau, écoutez-vous, respectez-vous, tendez la main, reposez-vous, bougez et surtout : souriez ! Pour donner et partager un peu de lumière !

Gwendoline Duchaine