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La fausse couche – Texte : Valérie

J’étais enceinte. Je l’espérais depuis plusieurs mois déjà, alors j’étais très heureuse

J’étais enceinte. Je l’espérais depuis plusieurs mois déjà, alors j’étais très heureuse de voir enfin apparaître le petit + sur mon test de grossesse. Huit jours plus tard, l’indésirable sang est apparu. Un petit peu au début, puis de plus en plus. Je savais. J’avais beau savoir, tant que rien n’était confirmé, une infime partie de moi y croyait encore.

 

J’appelle à ma clinique pour demander une requête pour une de prise de sang. À ma grande surprise, une infirmière me répond dès la première sonnerie. Calmement, je lui explique que je crois être en train de faire une fausse couche et que j’aimerais pouvoir confirmer le tout avec une prise de sang. Elle ne semble pas trop savoir quoi me dire outre que si ça ne fait qu’une semaine que je suis enceinte, ce sont mes règles tout simplement. J’insiste alors elle me met en attente pour en discuter avec le médecin. Elle me revient en me disant que comme je n’ai pas mal, il n’y a pas d’urgence et que ça peut attendre la semaine suivante. Jusque-là, j’étais calme, mais là les larmes me montent aux yeux.

Je comprends tout à fait que médicalement parlant, je ne représente pas une urgence. Cependant, je sais que je suis enceinte et présentement, je saigne abondamment et j’ai besoin d’avoir une réponse. Elle ne veut rien savoir. Elle me dit que si je saigne à ce stade, ils ne peuvent rien faire. Pourtant, à aucun moment je n’ai demandé à ce qu’on sauve ma grossesse. Je sais pertinemment qu’ils ne peuvent rien pour moi, ce que je veux, c’est une réponse. Oui, tout porte à croire que j’ai perdu ce petit être que j’espérais, mais j’ai entendu tellement d’histoires de femmes qui ont saigné abondamment en début de grossesse, mais qui ont tout de même eu un bébé en santé que j’ai besoin d’avoir l’heure juste.

 

De son côté, elle n’ouvre même pas la porte à l’espoir puisqu’elle me dit que c’est pour le mieux que je sois en train de faire une fausse couche car si je le perds, c’est que le bébé n’était pas viable. Probablement en guise de réconfort car à ce stade, mes paroles sont entrecoupées de larmes, elle croit bon d’ajouter qu’elle entend mon bébé pleurer en arrière et que donc, si j’ai déjà eu un enfant, j’en aurai bien un autre ! Il a fallu que je lui parle du bébé que j’ai perdu à 39 semaines de grossesse pour qu’elle finisse par m’envoyer la c*** de requête. Ça m’a arraché le cœur de devoir utiliser mon bébé décédé pour obtenir le formulaire que j’aurais dû avoir dès le début de cette conversation. C’est donc dire que sans mon historique, ce que je vivais à ce moment-là était absolument invalide ?

 

Si j’écris ce texte, ce n’est pas pour « basher » l’infirmière (malgré que je n’irais pas prendre un café avec elle demain !). Ce que je veux, c’est que l’on cesse de banaliser les fausses couches. Aucune femme qui perd un bébé, et ce, peu importe le nombre de semaines, n’a besoin de se faire dire que ce n’est rien, que ce n’est pas urgent ou grave. Aucune femme qui fait une fausse couche, même si c’est dans l’heure qui suit le test de grossesse positif, ne regardera le sang couler sans émotions.

 

Oui, selon les statistiques c’est une femme sur cinq qui fera une fausse couche lors du premier trimestre. Oui, le personnel médical voit des cas chaque jour. Mais chaque cas, c’est une femme qui souffre. Chaque fois, c’est une maman qui dit au revoir à un être qu’elle voyait déjà dans ses bras. En huit jours, j’ai eu le temps d’imaginer ce futur bébé, de me demander si c’était un garçon ou une fille, de penser à l’accouchement et de me réjouir grandement d’enfin vivre une grossesse en même temps que ma belle-sœur.

 

Il faut arrêter de dire aux femmes d’en revenir ou de faire comme si rien ne s’était passé. Si une femme que tu connais est passée par là, prends le temps de lui demander comment elle va. N’insinue pas qu’elle n’y pense plus parce que ça fait longtemps ou parce qu’elle n’en parle pas. Peut-être qu’elle n’ose pas en parler par peur de se faire refermer la porte au nez parce que c’est en général ce que les gens font. Ouvre-lui la porte. Et si tu l’as toi-même vécu, parles-en, tu verras, ça fait du bien. Jamais une femme ne devrait souffrir seule et en silence. Une fausse couche, ce n’est jamais banal, point.

 

Valérie

 

La grotte — Texte : Carl Audet

Voilà que j’amorce ma cinquième semaine de thérapie fermée loi

Voilà que j’amorce ma cinquième semaine de thérapie fermée loin de ceux que j’aime. Un revirement s’est fait dans ma tête il y a une semaine. Celui de lâcher prise envers le négatif. Tout simplement arrêter de m’en faire pour des petits riens. Ainsi, j’ai arrêté d’être impulsif et de me mettre en colère. Aucune envie de consommer de l’alcool également depuis trois semaines.

Maintenant, je me sens prêt à retourner chez moi. Mais je persévère dans le programme afin de mettre toutes les chances de mon côté.

Pourquoi ? Je ne veux pas rechuter. Je ne veux plus souffrir. Je veux être moi-même. Cet homme que je suis devenu et qui ne veut pas retourner en arrière. Cet homme que je n’ai jamais connu. Qui maintenant apprécie davantage la vie d’une autre manière.

Comme dans une grotte sur le bord de la mer qui accumule les débris avec les vagues. J’étais paralysé dans celle-ci. Fuyant la réalité et accumulant les sentiments de colère et négatifs. Épuisé émotionnellement et physiquement, je vivais dans l’isolement.

Maintenant que je suis sorti de cette grotte obscure, je suis capable de communiquer complètement. Je suis capable d’admirer la vie qui s’ouvre à moi. Je commence à établir des buts, des plans et des projets. Tout en gardant à l’esprit : un jour à la fois. Afin de ne pas me mettre de pression.

Toi ma femme, ma fille, mon fils ou mon ami(e), je désire te connaître autrement. Mon écoute est différente maintenant. Mes yeux sont plus grands pour mieux te voir et pour admirer la beauté qui m’entoure. Mon cœur est plus grand pour mieux t’apprécier. Pour la première fois, je suis devenu cet homme. Cet homme qui est devenu meilleur.

Comme à toutes les fins de semaine, nous avons des rencontres avec des gens qui sont rétablis. Des personnes qui ont souffert beaucoup. Parfois même, certains ont tout perdu. Très émouvant de voir leur cheminement.

Terrible cette maladie de dépendance. Malheureusement, trop de personnes en souffrent sans demander de l’aide. Pour d’autres, c’est un moyen de mourir tranquillement.

Merci grandement à ma femme qui m’a aidé à sortir de cette grotte. Qui m’a tendu la main à sa façon. Elle aussi qui sera là pour me soutenir si des obstacles se présentent devant moi.

Lorsqu’elle m’a reconduit à la clinique, elle m’a simplement dit : ne t’inquiète pas pour nous, tout ira bien. Pense à toi et prends bien soin de toi.

Carl Audet

Le sentiment de culpabilité d’une maman malade

Ce soir, maman a le cœur gros, elle ressent un sentiment de culpabi

Ce soir, maman a le cœur gros, elle ressent un sentiment de culpabilité intense. Maman a mal et cette douleur fait en sorte qu’elle ne peut s’occuper de toi comme elle le désirerait.

Cette douleur qu’elle ressent qui va du dos et qui s’étend jusqu’à la main l’empêche de te prendre dans ses bras. Elle aimerait tant pouvoir te réconforter quand tu pleures, te prendre dans ton lit la nuit pour te donner ta bouteille et te bercer. Mais cette douleur est tellement vive qu’elle ne peut le faire. Il y a aussi le risque d’aggraver cette blessure qui pour le moment est inconnue.

Les médicaments ne font que diminuer de très peu le mal qu’elle ressent et ils l’endorment profondément la nuit pour lui donner une pause de cette douleur pendant quelques heures. Ton papa prend la relève jour après jour et en se levant nuit après nuit pour répondre à tes besoins de petit gamin.

Le temps passe et la douleur est encore bien présente. Mais maman ne peut s’empêcher de te soulever pour te mettre dans le bain ou t’asseoir dans ta chaise haute. Elle sait que ce n’est pas bon, la douleur le lui rappelle après. Mais son cœur de maman ne peut tolérer ce sentiment de culpabilité qui la ronge. Elle veut donner une pause à papa qui se réveille dix fois par nuit. Alors elle se dit que la douleur s’atténuera avec les médicaments.

Maman a mal, mais son cœur devient plus léger, car elle a pu combler quelques-uns de tes besoins de petit gamin. Et le sentiment de culpabilité diminue au même rythme que la douleur augmente… Pourquoi sommes-nous faits ainsi? Avons-nous besoin de nous sentir coupables de tout pour rien? Suis-je la seule à me sentir coupable de ne pas donner mon 100 % à mes enfants quand je suis malade?

La maman incognito

Ta vie, c’est de la marde ?

J’ai bien de la difficulté à comprendre, car moi la vie, je l’

J’ai bien de la difficulté à comprendre, car moi la vie, je l’ai vue quitter le corps de mon frère.

Comprends‑moi, ton malaise, ton mal‑être, ta souffrance, je ne les renie pas.

Crois-moi, je sais ce que c’est de souffrir chaque seconde de chaque journée.

De ne pas savoir quand cette vie va arrêter de faire mal.

Quand je vais finir par voir un peu de soleil, car chaque jour et chaque nuit ne m’offrent que la noirceur.

Que chaque seconde m’attire encore plus dans un tourbillon négatif.

Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est comment tu peux vouloir te faire souffrir autant.

Vouloir mourir, je crois qu’on le vit tous.

Vouloir qu’enfin, ce qui nous ronge, ce qui nous détruit puisse enfin être chose du passé.

Mais c’est ça l’affaire.

Quand on souffre, c’est toujours temporaire.

Je ne te cacherai pas que très souvent, cela fait mal en cr*& ? % $ !

Mais c’est ça l’affaire.

Vouloir se donner la mort, c’est quelque chose de permanent.

Crois-moi, je l’ai vue… c’est laid, à mort.

On se fait souvent une idée préconçue de notre mort par suicide.

On va mourir comme Juliette et son Roméo.

Mais non, pardon de briser ta bulle.

Un corps sans âme, c’est laid.

Tellement laid, car tu n’y es plus.

Ta souffrance, tu vas la transmettre à quelqu’un d’autre.

Souvent, tu vas la transmettre à la personne qui va te trouver.

Parce que la souffrance ne va pas s’arrêter là où tu l’as laissée.

Plus jamais la personne qui va te trouver ne va pouvoir vivre comme elle l’a déjà fait.

Plus jamais ses yeux ne vont se fermer sans l’image de ton dernier acte de vie.

Plus jamais elle ne pourra passer une journée sans se rappeler l’image de ta dernière scène.

Cette image qui va hanter cette personne, elle va contaminer ses proches.

Elle ne sera plus jamais la même, cette personne qui va te trouver.

Elle n’arrivera plus à aimer.

Elle n’arrivera plus à s’aimer.

Les statistiques sont là, les proches d’un suicidé ont davantage de risque de recourir eux‑mêmes au suicide.

Est-ce qu’on peut appeler cela l’effet papillon, je ne le sais pas…

Une chose est certaine par contre : chaque jour où j’ai pu voir un papillon après le décès de mon frère, pas une fois cela ne m’a offert de réconfort.

Quand je regarde le visage de ma mère, je vois la souffrance qu’aucun parent ne devrait vivre.

Quand je vois ma mère sourire, je vois une mère qui sent qu’elle ne mérite pas le bonheur, car son enfant ne le trouvait pas.

Quand je vois mes enfants qui ne connaîtront pas leur oncle, je sais qu’elles voient la mère qui a été brisée par le choix de leur sang.

J’ai pardonné.

J’ai fait la paix aujourd’hui pour toute cette souffrance qui m’a été transmise.

Mais ce serait faux de nier tout le chemin, la souffrance que j’ai dû libérer pour me permettre de vivre, sans me dire que ma vie, c’est de la marde.

Si tu as vécu un moment de ce genre, sache que je t’envoie du gros (immense) love.

Viens me retrouver dans mon monde lumineux, j’ai un cadeau bonheur pour toi : http://www.martinewilky.ca/

Martine Wilky

 

Cette douleur qui ne me quitte pas!

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Que j’aimerais retrouver mon corps de vingt ans! Ce corps qui ne me faisait pas souffrir. Ce corps que j’ai oublié parce que chaque jour, il me portait où j’avais envie d’aller. Retrouver ce corps qui peut se lever de son lit, de sa chaise ou de son sofa sans souffrir.

Je suis là, je souris! Je fais semblant que tout va bien, que ça va passer. Mais la douleur est là, constante, chaque jour de mon existence. Même la nuit, la douleur me réveille, m’habite, m’envahit. Cette douleur physique, creuse. Ces fourmillements dans mes jambes, ces douleurs dans la colonne qui m’empêche de me tourner comme j’ai envie.

Chaque matin, difficilement, douloureusement, je me lève. Je me lève avec le sourire, car je suis bien là! Je souffre certes, mais je suis là. Là pour mes deux rayons de soleil. Là pour tous ceux et celles qui en ont besoin. Mais moi, moi, qui est là pour moi? Moi qui souffre en silence chaque minute, chaque seconde.

Je les amène ici, je les amène là! Allez maman, viens avec nous dans ce manège! Tu as peur maman? Non, maman n’a pas peur, maman a mal. Et si elle monte dans ce manège, elle aura encore plus mal! Pourquoi, maman, on ne va pas faire une randonnée en vélo? Parce que maman ne peut pas faire de vélo, la douleur serait trop intense.

Et je suis là à accumuler les kilomètres, ces kilomètres sans lesquels je ne marcherais probablement plus. Sans lesquels la douleur dans mon corps serait encore plus intense. Mais quel est donc ce mal qui me ronge? Ce mal inexplicable, incompréhensible pour ceux qui ne le ressentent pas. Ce mal caché derrière ce sourire, derrière ces belles paroles et ces encouragements. Derrière cette compassion. Mais moi, moi, est-ce qu’un jour on me comprendra?

 

Annie Corriveau

Les 1001 « Aïe ! » d’une mère

Eh qu’on se le fait dire avant de devenir mère que porter un enfa

Eh qu’on se le fait dire avant de devenir mère que porter un enfant donne des courbatures, qu’accoucher est supposément la pire douleur du monde, qu’allaiter peut donner des gerçures et des crevasses, que tralali et que tralala…

On nous prépare beaucoup aux mille et une petites et grandes douleurs du DEVENIR mère, mais pas tant à celles du ÊTRE mère. Mais je vous le dis tout de suite, je n’ai pas envie d’avoir ce soir un esprit de synthèse en dressant un portrait général de la Mère-Martyre. N’y allons pas pour les grandes constatations mélancoliques : lançons-nous plutôt dans les détails bidonnants, car vaut mieux en rire qu’en pleurer !

C’est donc les rotules en feu à force d’être à genoux par terre à ramasser des morceaux de papier bricolés que je vous écris cette petite liste de mes douleurs, courbatures et inconforts physiques que j’attribue ENTIÈREMENT à la maternité ! Puisque comme l’a dit ma sage‑femme, l’honorable Karine : la maternité, ça t’magane un corps !

J’ai mal, ô, tellement mal à/aux :

  • Cuisses, à force d’avoir des enfants assis dessus non pas sans avoir mené une chaude lutte pour désigner l’identité du chanceux qui aura cet honneur.
  • Côtes, qui s’affaissent à force de m’endormir en allaitant sur le côté la nuit.
  • L’abdomen, parce que ça vient à faire mal se pencher par-dessus le lit du bébé pour l’endormir en lui flattant tête, épaules, genoux, orteils, genoux, orteils, genoux, orteils, yeux, nez, bouche, oreilles…
  • Épaules, après des mois à faire du portage de façon probablement inadéquate, parce que je peux être botcheuse quand il est question d’ergonomie.
  • Mamelons, que mon bébé en train de percer ses dents empoigne, férocement parfois, de ses gencives acérées.
  • Coudes… Puisque mon bébé de dix mois ne fait toujours pas ses nuits, je me relève souvent en utilisant cette partie visiblement vulnérable de mon corps comme point d’appui, la condamnant à ratatiner de sécheresse sous l’effet de cette friction incessante.
  • La face. À force de côtoyer de grands bébés qui ont pour passe‑temps favoris le tirage de joues, le griffage de nez, le pinçage de paupières, l’arrachage de lunettes… Fut une époque, la peau de mon visage ressemblait à la douce pelure d’une pêche…
  • Lobes d’oreilles, parce que parfois, j’ai des idées folles comme, t’sais, de vouloir être coquette l’espace d’un instant en portant des boucles d’oreilles…
  • Au cuir chevelu, car je suis la fausse cliente préférée des petites coiffeuses en herbe de ma maison !
  • Yeux, aveuglés par les paillettes, brillants, diamants, arcs-en-ciel éclectiques, rose bonbon et nanane qui tapissent mon quotidien.
  • Oreilles, qui saignent parfois de les entendre crier de joie, de peine, de rage, de désespoir, d’excitation, alouette !
  • Tête, ibid. !
  • Pieds, parce qu’il y a une loi non écrite qui interdit aux mères au foyer de s’asseoir. JAMAIS. Pis aussi, parce que j’ai le tour de piler sur un Playmobil itinérant le soir avant d’aller me coucher, en allant donner à mes enfants un tendre bisou des plus… amoureux…

Je pourrais poursuivre cette métaphore filée de la douleur et conclure cet article en ajoutant que les voir grandir me fait mal au cœur et à l’âme, mais je crois que cette conclusion est implicite et prévisible.

Je vais donc juste terminer ce texte sur une note simple, pour ne pas dire simplette, mais bien sentie, à l’intention directe de mes enfants.

Aïe aïe aïe, mausus que j’vous aime !

Véronique Foisy

 

Le poids de la souffrance

L’industrie de l’amaigrissement a le vent dans les voiles et tout le monde veut sa part du gâte

L’industrie de l’amaigrissement a le vent dans les voiles et tout le monde veut sa part du gâteau. Traiteurs convertis en experts en nutrition, amateurs de musculation transformés en coachs/naturopathes/experts de l’entraînement : l’appât du gain transforme qui le veut en magicien. Tous les jours, je reçois des invitations à aimer la page d’un nouvel expert en nutrition ou en remise en forme. Tous me promettent une nouvelle vie remplie d’énergie. Par le biais de LEUR programme, je retrouverai LA femme que j’étais ou celle que j’ai TOUJOURS voulu être. Ils offrent de beaux forfaits, ils font de belles promesses. Grâce à eux, je vais devenir LA meilleure version de moi-même. Je vais sur leur page. Je regarde leur fil d’actualité. Je vois des photos « avant-après ». En furetant, je vois la photo d’une femme (magnifique) en sous‑vêtements. Sous cette image, le texte suivant : « Cette maman de trois enfants, qui travaille à temps plein tout en effectuant un retour aux études, a décidé de reprendre sa vie en main. Elle a enfin gagné sa lutte contre elle-même, contre SA plus grande ennemie. Voilà ce qu’on peut faire avec de la volonté! »

Lutter contre soi, c’est de la violence. Ce n’est pas de la volonté.

J’admire cette femme. Je la respecte. Perdre 110 livres, c’est un exploit. Je connais ces matins où l’on se lève le corps brûlé et où on décide malgré tout de dépasser ses limites. Je connais aussi le chemin qu’elle a traversé et la souffrance qui l’a habitée à toutes les livres qu’elle a gagnées.

Ce n’est pas le manque de volonté qui fait prendre 110 livres.

Pour prendre 110 livres, ça prend beaucoup de tristesse. Ça prend du désarroi, de la colère, de l’épuisement, de l’impuissance et du vide à l’intérieur de soi. Les gens mangent compulsivement parce qu’ils souffrent. Pas par lâcheté ou par manque de volonté.

Avant de s’entraîner six jours sur sept, de mettre les « efforts nécessaires », d’ajouter des graines de chia dans son yogourt sans gras et de « faire preuve de focus et de détermination », il faut comprendre pourquoi on porte notre poids. Il faut panser ses blessures. Il faut guérir. Il faut apprendre l’indulgence envers soi-même et l’honnêteté. Il faut réapprendre à manger par plaisir et recommencer à dessiner des cœurs sur son calendrier. Le bien-être n’est pas généré par des squats et de la sueur, mais par la capacité qu’on a de s’aimer.

Moi, j’ai mangé jusqu’à ce que mon corps n’arrive plus à se tenir droit. J’ai mangé pour combler tout le vide et les deuils qui m’habitaient. J’ai mangé pour étouffer ma souffrance, j’ai mangé pour m’apaiser. J’ai mangé pour arrêter d’avoir mal. J’ai mangé parce qu’on ne m’a pas appris à pleurer. Dégoutée par ma faiblesse et par ce que je devenais, j’ai recommencé le lendemain et le surlendemain. Avec plus de colère, plus de peine, plus de honte, plus de culpabilité, plus de dédain, plus de découragement. Pendant presque trente ans, j’ai tenté de combler mes vides et ma douleur avec la nourriture. Je me suis punie; je me suis détruite. J’ai mangé comme on boit, comme on fume, comme on consomme : pour oublier tout ce qui faisait trop mal à gérer.

Rien à voir avec la négligence et la volonté.

Au lieu d’apprendre à m’aimer, à ressentir ma peine, à l’exprimer, à comprendre ce que je vivais, j’ai lutté contre moi, contre mon humanité, ma fragilité, ma féminité. Depuis l’enfance, chaque livre perdue et chaque livre gagnée est le reflet de ce que j’ai traversé. La première chose que je me dis quand je regarde une femme en surpoids, c’est « Par où est-elle passée? » et pas « Mais qu’est-ce qu’elle a bien pu manger? » La souffrance ne se mesure pas en calories. La valeur et la volonté d’une femme ne devraient pas l’être non plus.

Janvier, c’est une page blanche, un mois de résolutions. C’est le moment dans l’année où on veut tout changer, où on espère se réinventer, mais pour y arriver pour vrai, il faut d’abord se réparer. Pour une toute petite fois, essayons de mettre toute l’énergie qu’on dépense sur une perte de soi, en véritable amour et en acceptation de soi. Voyons comment notre corps réagira.

Liza Harkiolakis

http://www.equilibre.ca

ANEB : Aide et soutien aux personnes touchées par les troubles alimentaires ainsi qu’à leurs proches.

Naufragés du système de santé

 

Ça s’est passé un vend

 

Ça s’est passé un vendredi soir. On est rentrés du cinéma et ma fille de seize ans a commencé à se sentir mal. Vraiment mal. Elle se tordait de douleur. Elle s’est mise à vomir. La douleur devenait de plus en plus forte. Elle avait le souffle coupé, la cage thoracique comprimée, des nausées, une barre dans le dos et des vomissements. Puis cette douleur aigüe dans le ventre…
– Je t’en prie, fais quelque chose, je vais mourir…

Alors, on a appelé le 9-1-1…
Les quinze minutes les plus longues de notre vie…
L’ambulance est enfin arrivée et avec elle, le soulagement d’être pris en charge. Les ambulanciers sont comme des anges apaisants, rassurants dans cette angoisse pesante…

Que se passe-t-il? Ma fille va-t-elle mourir? On a besoin d’un chirurgien? Pourquoi souffre-t-elle tant? Pouvez-vous nous aider? Est-ce son cœur? Son ventre? Son appendice? Son utérus?

Je vous assure que tous les scénarios sont passés dans nos têtes de parents apeurés…

L’ambulance arrive à l’hôpital…
On va nous aider maintenant…
L’infirmière… le triage…
Son cœur est ok, ouf...

P4-Civière… douleur 5/10…
Ça, c’est ce qui était écrit dans son dossier…

Dans les faits, notre adolescente pleurait de douleur, elle était si pâle, les nausées étaient si fortes. Elle n’allait vraiment pas bien et nous l’avons signalé plusieurs fois.

Mais t’sais, notre système de santé…
Des professionnels débordés et sollicités par tous, pour tout et rien…
Dans la salle d’attente, pleine de « bobologie », certains patients simulaient des malaises afin d’être réévalués… d’autres perdaient patience et haussaient la voix devant l’infirmière… un gardien de sécurité les forçait à revenir au calme…

Pendant ce temps, ma fille me suppliait…

P4-Civière
Dans les faits, elle n’a jamais eu de civière, car il n’y en avait plus de disponibles. Dans les faits, elle a seulement eu du Paracétamol pour sa douleur…

Savez-vous comment elle s’est sentie?
– Maman, l’infirmière ne me croit pas. J’ai mal. J’ai si mal.
Alors, on a insisté…

Notre fille a fini par recevoir un anti-inflammatoire et un anti-nausée.
Notre fille a attendu 12 heures et 34 minutes sur un fauteuil roulant en salle d’attente avant de voir un médecin…
Il a prescrit un bilan sanguin et une échographie.

Pendant que nous allions à l’écho, j’ai lu le dossier médical de mon enfant. L’infirmière a écrit plusieurs fois que ma fille dormait « paisiblement », avec son papa, en salle d’attente… sauf que son papa dormait à la maison avec nos deux autres enfants. C’est moi qui avais pris le relai. Son visage crispé de douleur n’avait rien de paisible. L’infirmière n’est jamais venue réévaluer notre fille… pendant douze longues heures…

Dans les faits, nous avons passé la nuit toutes les deux, sur des chaises, dans la salle d’attente. Par chance, j’ai toujours des sacs de couchage dans mon auto, ils nous ont permis de fermer un peu les yeux… Entre les allers-retours des patients, les appels des soignants dans l’interphone… je me suis sentie si seule… démunie face à la souffrance de mon enfant… sans filet dans ce système de santé… je me suis sentie oubliée… incomprise…

C’est quand les résultats de la prise de sang ont été connus que tout s’est accéléré…

Et quand le médecin est entré dans la salle d’auscultation… il a posé son regard sur ma fille, il a regardé le sol, a pris une grande respiration et m’a annoncé la nouvelle sans jamais me regarder dans les yeux. Les murs se sont mis à tanguer. Mon souffle s’est arrêté. J’ai senti le sang dans mes veines cesser de couler. Mon ciel bleu s’est couvert. Je me suis accrochée au visage blême de mon enfant…

J’ai posé toutes les questions qui me venaient là… sur le coup… sans me douter que j’allais en avoir des centaines d’autres quand nous serions parties…

D’autres prises de sang… quatorze tubes de sang… dans sa jaquette bleue, ma fille était malade… L’infirmière m’a disputée, car ce n’était pas la bonne carte d’assurance maladie sur les documents. Elle m’a renvoyée à l’accueil… J’étais une automate… les secrétaires me faisaient encore des reproches… Je ne comprenais rien. J’étais sous le choc et je me foutais pas mal de la paperasse…

Je n’ai ressenti aucune compassion. Je me suis sentie seule. Triste, paniquée et seule.

– Son foie est malade.
– Pourquoi?
– Ils ont fait plein d’analyses, il faut attendre…
– C’est grave?
– Oui.

Le médecin nous a alors relâchées, nous donnant rendez-vous dans trois semaines pour interpréter les résultats.

Trois semaines! C’est le bout du monde!
Trois semaines sans savoir… sans filet… naufragés de ce système de santé… nous sommes rentrées à la maison…

Les questions ont commencé à fuser dans nos têtes… et depuis, l’angoisse, chaque jour qui passe… l’angoisse de retourner dans cette ambulance et dans ce système de santé qui laisse un enfant souffrir pendant plus de douze heures sans soins… ce système qui nous laisse sans aucune réponse…

Naufragés… c’est ainsi que nous nous sentons… comme ces centaines de personnes qui traversent les portes des urgences des hôpitaux du Québec…

 

Gwendoline Duchaine

Chaque mois, tu voudrais être un gars

Chaque mois depuis que tu as douze ans, c’est la même rengaine. Tu

Chaque mois depuis que tu as douze ans, c’est la même rengaine. Tu commences par être fatiguée, mais vraiment ÉPUISÉE. Puis tout t’énerve! TOUT et tout le monde te tapent sur le système. Ceux qui vivent avec toi savent… Le fichu SPM est de retour…

Ton chéri et tes enfants ne stressent pas quand tu te mets à pleurer pour un oui pour un non. Tu es si émotive! Ils comprennent… Ils parlent doucement et essaient d’être gentils et ça t’énerve encore plus! Tu ne m’endures plus toi-même. Tu as envie de frapper le cave d’en avant qui ne roule pas assez vite, d’insulter l’enfant qui crie si fort dans les rayons de l’épicerie ou de chialer après l’animateur radio qui n’est pas capable de parler sans bafouiller!

Une asthénie envahit ton corps, tu travailles sans concentration et tu es épuisée juste à te tenir debout. Tu as envie de pleurer parce que tu aimes ton chéri, parce que tes enfants grandissent si vite, parce que tes parents te manquent, parce que tes amis sont merveilleux, parce qu’il fait beau, parce que la lune est belle, parce que le chien est mignon quand il dort et que le patient de Grey’s Anatomy était trop attachant…

Puis. Tranquillement mais sûrement… la douleur s’installe…

Chaque mois, la même douleur… Elle commence sur les côtés en bas du ventre, lancinante… Tes ovaires se tordent et brûlent tes entrailles. Cette douleur sourde qui se propage jusque dans tes cuisses, dans tes jambes… Ton utérus se contracte et ton souffle se coupe…

Chaque mois, tu subis cette douleur pendant deux jours.

Et tu commences à te vider. Ton corps rejette le petit nid qui aurait pu accueillir un bébé. Sauf que ça n’a rien de cute. Ça pue, c’est moche et ça fait mal. Pendant une journée, tu saignes tant que ton visage se décolore, les caillots font souffrir ton col et ton ventre n’est qu’un gouffre de souffrance. Tu es étourdie. Tu es vidée.

Tu n’as plus d’émotions, tu n’as plus de colère, tu es seulement vide. Les flots volent ton énergie…

Tu te sens grosse et laide. Tu te trouves poilue, trop vieille. Tu mets du linge mou et tu manges des chips.

Chaque mois, la même rengaine. Douze fois par année… et tu seras prise avec ça jusqu’à ta ménopause, que tu n’as pas hâte de voir arriver tellement ça a l’air d’être l’enfer.

Chaque mois, c’est plate être une femme. On doit souffrir toute notre vie pour avoir l’honneur et le privilège de donner la vie. Ça reste une belle compensation! Mais chaque mois, tu voudrais quand même être un gars! Juste une fois par mois.

Mon suicide raté

Mon frère s’est enlevé la vie. Je ne suis pas la seule à avoir un membre de sa famille qui s

Mon frère s’est enlevé la vie.

Je ne suis pas la seule à avoir un membre de sa famille qui s’est suicidé. C’était fin février que mon frère a « réussi » son suicide et que moi, j’ai glissé vers le mien. Oh! Rassurez-vous, j’étais bien vivante, en chair et en os. Mon âme, ma lumière humaine, par contre, avait foutu le camp au pays de la noirceur totale.
Pendant cette période, j’avais besoin d’en parler, pas de moi, mais du geste qu’il avait posé. Je nourrissais inconsciemment cette douleur. Malsainement, les gens avaient aussi besoin d’assouvir leur curiosité, de savoir COMMENT il s’était enlevé la vie plutôt que de s’informer comment MOI, sa sœur, je vivais ça. Donc, de fil en aiguille, je me suis fait un speech où je racontais la scène marquante du film noir de mon frère. Oui, car comme si ce n’était pas assez de vivre son suicide, je suis celle qui l’a trouvé. J’ai bien tenté de le réanimer mais malgré quelques heures de sursis, où ma mère a pu lui dire au revoir, il était trop tard. Ensuite, les gens se taisaient, envahit par le malaise car peut-être que maintenant, ils en savaient trop ! Donc du coup, on changeait de sujet pour parler météo !
Dans le bureau du médecin, on m’a dit que j’avais un pourcentage élevé de tenter de me suicider, moi aussi. Oui, en plus de vivre le suicide d’un être cher, les proches d’un suicidé ont plus de chance statistiquement parlant d’y recourir.
Je devais donc me conscientiser à reconnaître les signes avant-coureurs d’une dépression… Allô ? Je suis en plein dedans !!! Mais la fille fière (ou inconsciente et pleine d’égo) n’était pas pour admettre ça! Voyons, je ne pouvais pas vivre l’échec.
À la place, j’ai travaillé l’automédication, c’est à dire: alcool en masse et vie de fou. Si bien qu’à un moment donné, mon corps ne voulait juste plus participer à mon autodestruction. Je suis tombée encore plus bas dans ma noirceur. Tu sais, celle-là où tu ne vois juste plus où tu vas, et en même temps, tu ne veux plus aller nulle part !?
Les gens ne se doutent pas parfois de ce qui se passe dans la tête des autres. Pendant ces temps sombres, les autres me percevaient comme une fille forte. Je n’ai jamais arrêté de travailler, je sortais, je voyais des gens… J’étais active. Pour plusieurs, ma noirceur ne paraissait pas et c’est là où le bât blesse.

Je ne me serais pas tuée… pour ma mère. Juste pour ne pas voir dans ses yeux que son âme mourrait davantage. Mais si je n’avais pas vécu le suicide de mon frère, est-ce que j’aurais fait l’acte ? Je ne peux qu’être pleine de gratitude pour mon frère qui m’aura permis… de choisir une autre destination que la sienne.
Ce que j’ai retenu de cette noirceur, c’est que souvent, ceux qui choisissent le suicide ont fait pendant longtemps comme moi. Que dans leur habileté à cacher leur voyage vers la noirceur, ils se sont malheureusement perdus en chemin… C’est alors que la destination ultime, la mort, est devenue à leurs yeux, le tout-inclus désiré.

Un voyage vers la fin de la souffrance, mais où celui de leurs proches commence…

Si vous pensez au suicide ou craignez qu’un de vos proches y pense, sachez qu’il y a des ressources, dont l’Association québécoise de prévention du suicide.

L’absence

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 Je t’attendais. J’ai compté les jours et les nuits et je t’ai cherché partout, comme pleurait Cabrel. Je t’aurais décroché la lune et les étoiles. C’est ce qu’on dit quand on aime. C’est ce qu’on dit quand on souffre.

 

Tu étais de moins en moins là. Dans ta vie. Avec moi. Tu faisais preuve de présence, mais tu ne t’habitais plus. Tes yeux souriaient rarement. Ton visage ne s’éclairait plus comme le soleil. Comme avant. Avant quoi? Je ne sais pas. C’était différent. Tu survivais. Tu ne vivais plus. La mort t’avait trouvé à quelques reprises. Des humains t’avaient sauvé. T’en souviens-tu?

 

Tu t’es mis à travailler. Beaucoup. À t’étourdir. À ne plus penser. À ne plus souffrir. Je souffrais pour nous deux, car toi tu n’en avais pas envie. Moi non plus d’ailleurs. Mais ça me prenait au corps. Ma peau se flétrissait d’anxiété; l’urticaire m’envahissait tout comme de la mauvaise herbe. J’en avais perdu la voix. Je cherchais mon souffle. À bien y penser, je te ressemblais. J’essayais de survivre à la douleur. Au manque de toi. Je me suis faite belle. Et douce. Et rieuse. Puis après, j’ai crié et j’ai pleuré. J’ai même supplié pour que tu restes.

 

Ça n’a pas marché. Tu es parti.

 

Ce trou béant que tu laisses. Non pas derrière, mais en moi. Ce vide que je devrai apprendre à combler. Par moi. Par ce qu’il me reste. J’y arriverai. Mais pas tout de suite. Je me sens trahie et abandonnée. Des blessures de fin du monde. Des blessures de petite fille pas réglées. Elles me font mal à l’âme. Je me sens vulnérable et trop petite. Je me roulerai en boule, je me saoulerai dans mon salon et je te crierai toutes les bêtises du monde. Je rencontrerai peut-être d’autres hommes qui me rassureront un court moment dans la nuit. Je m’étourdirai.

 

Au final, je ferai comme toi.

 

Je t’ai tant aimé. Je t’aime encore. Je t’aime au corps. Je voulais que tu me choisisses. Être la première et la dernière de ta vie. Ce que j’étais, ce que je suis n’aura pas suffi. Je n’ai jamais été une bonne deuxième. Toujours une bonne première, mais pas pour toi. Je t’ai donc laissé partir. J’ai agité le drapeau blanc. J’ai signé la reddition.

 

L’amour fait du bien. L’amour transcende tout. L’amour fait vivre. Un jour, j’y croirai encore.

 

Isabelle Bessette